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Full text of "Histoire generale des plantes : contenant XVIII livres egalement de partis en deux tomes"

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Purchased by the % 

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"Il Book Fund Ile 
, Founded A.D. 1893 fe* 
Cooper Union Library jjg 








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HISTOIRE 

GENERALE 

DES 

PLANTES. 



HISTOIRE 

GENERALE 

DES PLANTES, 

CONTENANT XVIIL LIVRES 

EGALEMENT DEPARTIS 

EN DËVX TOMES: 

Tirée de l'Exemplaire Latin de la Bibliothèque de M c Iacqves Dàlechamp P u î s ^ te 
Françoife par M c Iean des Movlins Médecins très- fameux de leur Siècle: 

or SONT T>OFRTRAITES ET DE SCRITES INFINIES "PLANTES, 

par les noms propres de àiuerfes Nations , leurs ejpeces , forme , origine , faifon » 

tempérament naturel , & vertm connenables a la LMedecine î 

AVEC VN INDICE CONTENVAV COMMENCEMENT DV SECOND 

Tome, tres-viile & cres-neccfTaire pour monftrer les propriecez des Simples , adonner 

guerifon à toutes les parties du Corps Humain: 

ENSEMBLE LES TABLES DES NOMS EN DIVERSES LANGVES. 

TOME PREMIER. 

Dernière Edition , reueuë , corrigée } Se augmentée de plufieurs Plantes Se Figures , qui manquoient dans les précédentes^ 
ôc illuftree de diuers ornements , comme il cil déduit plus amplement dans l'Epiftrc au Lecteur, 




A L Y Ô N, 
Chez Philip. Borde , Laur. Arnaud, & Cl. Rigaud. 



sa. D C. LUI. 
Awec Priailege àa Roy, 








LE LIBRAIRE 

AV LECTEVR S. 

RES-CherLetteur, 

Le defir inf attable que î homme a defçauoir^fait paroifire 
que la curiofité efi 'une chofe enracinée dans fa nature : d'où 
vient que l'œil , qui efi ï organe le plus recommandable du 
corps humain , ri efi \amais tellement fatisfait des obiets fur 
lefquels il s'arrefie, quoj qu'ils foient les plus rares & les 
plus beaux de tVniuers , qud riafiire mceffamment^a découurir des chofe s nou- 
uelles pour pouffer plus auant les termes de fa connoijfance -, laquelle ne peut eftre 
bornée que par fon propre defir } qui reprend naiffance dans fes fatisfaâions } & fe 
porte auecplus de vigueur a des nouuelles conquefies iufques a îmfiny* 

Quelle merueille ! que ce puiffant defir deJcauoir,ayt tellement éleué ï homme au 
de fus defoy-mefme , quemèprifantles délices dans le/quelles il femble nager reti- 
rant l'air de fa Patrie^ oubliantes biens & les foffeffions que le droitt de fa naif- 
fance, ouïe bon-heur de fa fortune luy ont acquifes.il fe foit tranfiortéauec des tra- 
uaux incroyables dans les pays efirangersjs régions les plus loingt aines non feule- 
ment de la terre habitables mais qud ayt pénétré les plus horribles deferts 3 Çf les 
contrées Us plus effroyables sÇf dans ces lieux au delà de toutes les vif tes des homes, 
il y ayt recherché dïvn œil ialoux , & plein de z^ele, iufques aux plantes les plus ab~ 
firufesjefquellesfembloient mefne fe vouloir écarter de la connoijfance de l homme. 
Ces ejprits prodigieux, qui portoient toutes les merueilles de tVniuers dans leurs 
idées inconceuables, confder ans que Dieu & la Nature ne font chofe aucune inutile-, 
que la Prouidence nous ayme iufques aux délices, : quelle na que àes tendreffes 
qui F obligent a procurer toutes fortes de remèdes a nos infirmités , & nous fournir 
les moyens démener vne vie pleine de vigueur & à' allegreffe 5 fe font portes auec 
ardeur a contempler iufques aux Plantes les plus minces , & 'qui fembloient de 
nuls effets Çf de nulle valeur s ils ont tafchéde les reconnoifire , ont remarquées 
leurs différences , leurs qualités , vertus Çf propriétés; & pour éuitex toutes 
confufîonsen ont conferuée les formes & les figures, afin ien renouueller la mémoire 

à lapofierité. 

a 2> C$. 



2 



Ce font les f miels de leurs trmaux ramaffes en cette Hifioire des Plantes, que 
nous expo/on s maintenant a la veue de tout le monde, auec denouueaux ornemens, 
Çf enrichis de diuerfes Figures .qui ne fetrementpas dans les Éditions précédentes: 
on' a corrige' des fautes innombrables q\n s'y eftoient gliffée s par le pajfé s les noms 
des Plantes , qui auoient efié changez* parmef garde , enplufieurs endroits, (ce qui 
pouuoit caufer grande perturbation à ceux qui exercent la pharmacie >& de grands 
dangers dans leurs opérations , ) ont eflé remis conformément au deffem de £ Au- 
t heur s les barbari fines du langage, & fur tout , ceux qui fe rencontroient a tous 
moments dans COrtographe, de forte qu dfembloit que quelque Payfan ou Idiot eufi 
diclé.ceft œuure a fi* mode. Le tout a eftépoly auec vnfom Çtf vndefirfingulierde 
'vous donner vne fatisfaclion telle que vous la pouues fouhaitter en la lecture de 
cet œuure. Cefi a vous maintenant de moiffonner les douceurs de tant de peines & 
de trauauxs & de prendre vos esbats dans ces parterres efmaillés de toutes les va- 
riétés de la nature, vous ne courrerez, aucun danger des beftes venimeufes cachées 
bien fouuent fous les plantes Ip s plus belles & les plus verdoyantes * vow ne fou f- 
frireXjiucune incommodité en parcourant par la leffure de ce volume, tout es les con- 
trées de l'vniuers \ ce threfor fera les frais de tous vos voyages \ toutes vos courfes 
feront abbregées par le moyen de cette Hiftoire , & tomes vos peines feront foula- 
ge es par celles de t Autheur 3 qui a recueilly toutes ces merueilles. Cefi Maifire la- 
ques D aie champ s l'Oracle des JVledecins de fon fie de a qui vous en aues l'obliga- 
tion, pour auoir tiré de diuers A ut heurs tant anciens que modernes cette grande va- 
riété de plant es £5*1' auoir difpofe ' auec vne méthode fi admirable, que parmy les La- 
byrinthes qu'il Jemble y auoir dans le vafte pourprix de la nature , chacun y peut 
diuertir fon esprit fans aucune confufion ; car les arbres , qui croiffent dans lesfo- 
refis, y font reprefentez> feparement d'auec ceux qui croiffent dans les vergers s les 
plant es, qui portent des ombelles, d'auec celles qui portent des fleurs \ & ainfi chaque 
plante felvn fa qualité efi rangé dans le liure qui luy efl propre. Perfonne ne peut 
prendre aucun degouft , car s'il ne fe plaift dans' les fore s~ts , ou s'il s'ombrage & 
f efpouuante fous ces grands arbres , fous les Chefnes &les Cèdres qui femblent tou- 
cher le ciel de leurs cimes : iltrouuerafon diuertiffeynent dans les verger s, ou dans les 
parterres diaprés de fleurs, ou en quelque autre endroit de ce volume $ au pis aller ', 
il aura recours a l'ellébore, dont les admirables effeclsfnt racontez^, en cet te Hiftoire, 
pour luy purger le cerueau^ & le defeharger dvne fi noire melancholie. Voyla^ Le* 
âeur? ou nous a porté le defir que nous auons de vos contentemens. Adieu. 



SOMMAIRES 




OMM A I 




DES NEVF LIVRES 

CONTENVSAV PREMIER TO 

de l'Hiftoire générale des Plantes» 

L î V R Ë PREMIER. 

Defcriptton éfourtrritts de tons les Arbres qui croisent aux fore fis [ans eftre plantez,, fili 

LIVRE SECOND» 
Defcripthn épowtraitts de tons les ArbriJfcM* qui croijfent de leur bongriparmy les haps.é' htitpns.^ 

LIVRE TROÏSIESME 
*î>efcripion & fourtraifïs des Arbres qui croijfent dans les Fergers^<\i 

LIVRE Q^V ATRIESMË* 

Defcripthn épomtraicls dei 'Bleds, à Légumes, & autres Herbes croiffans pefe méfie auèc les Bleds emrnj 
les champs labourez» $1% ( 

LIVRE GIN aV ï É SUE, 
pefcription <jr pourtraitfs des Herbes potagères, & autres qui cmffent dans les lardms.^ S 

LIVRE SIXiËSME, 
Deferiptkn é'pourtraiBs des Hantes qui portent des ombelles. 5 8 9 

LIVRE SEPTIESME. 
Vefiriptim épourtraitfs des Fiantes qui font recommandées À raifon de leurs belles fleurs. 684 

LIVRE HVICTIESME. 
l>eferiptionèpourtrmBsdesPlmtesodorantes,quiferuenthfairedeschap 

LIVRE N EVF V I E S ME. 
nefmptm&pourtmZts naturels de toutes les Plantes qmwennent es lieux marefcageux^t 




PRIVILEGE DV ROY- 

O VIS par la grâce de Dieu Roy de 

1 France & de Nauarre. A nos Amez & Féaux les Gens cenans nos 
Cours de Parlement , Maiftre des Requeftes Ordinaires de noftre 
Hoftel , Baillifs , Senefchaux , Preuofts , Lieutenans, & tous autres nos 
, Officiers qu'il appartiendra. Salvt : Noftre bien-amé Laurens 
^ Arnaud Marchand de la Ville de Lyon , Nous a fait remonftrer qu'il 
luy a efté mis es mains vn Liure intitulé ÎHiftoire dei Plantes, recueillies 
par Dalechamps , de nouueau, augmenté , lequel ledit Arnaud defireroit feke imprimer par 
noftre permiflîon , qu'il nous fait fupplier luy vouloir accorder. A ces Caufes défont bien 
&fauorablement traitter ledit Expofant : Novs luy auons permis &: o&royé , permettons 
& octroyons par cesprefentes faire imprimer, vendre Ôc diftribuer en tous Lieux, Terres, 
Pays & Seigneuries de noftre obeyfTance que bon luy femblera ledit Liurepar tels Impri- 
meurs qu'il voudra choifir, en tel volume Ôc charactere qu'il voudra, durant îe temps de 
fept ans à compter du iour qu'il fera paracheué d'imprimer, faifant deffences à toutes per- 
sonnes de quelques qualitez ôc conditions qu'elles foicnt de le faire imprimer, vendre & 
diftr buer durant ledit temps en aucun lieu de noftre obeyfTance , fous quelque prétexte 
que ce foit , à peine de trois mille liures d'amandes, payable fans déport noriobftant oppo- 
fi iomou appellations quelconques > pour lefquelles & fans preiudice d'icelles ne fera diffé- 
ré : & po tr chacun des contreuenans , applicable vn tiers à Nous , vn tiers à l'HoftelDieu 
de noirre bonne Ville de Lyon ^ôc l'autre tiers audit Expofant, confifcation des exemplai- 
res contrefii ts ,. & de tous dépens dommages ôc interefts , ( à la charge de mettre deux exem- 
plaires dudit Liure en noftre Bibliothèque, ôc vn autre en celle de noftre trcs-cher Ôc Féal le 
Sieur SeguierCheuallier Chancelier de France J auant de lesexpofer en vente, à peine de 
nullité des prefentcs du contenu defquelles,Nous voulons & vous mandons que vous falliez 
ioiiir plainement&paifiblement ledit Expofant, & ceux qui auront droit de luy, fans fouf- 
frir ny permettre qu'il luy foit donné aucun trouble , ny empefchement. Voulons aufti 
qu'en mettant à la fin ou au commencement dudit Liure vn Extrait des prefentes, elles 
foient tenues pour deuê'ment fignirlée Se que foy foit adiouftée aux copies collation- 
nées par vn de nos araez ôc Féaux Confeiîlers & Secrétaires comme a l'Original : man- 
dons au premier noftre HuifTier ou Sergeant fur ce requis , faire tous exploits necefTaires> 
fans demander autre permiffion quecefditesprefentes, car tel eft noftre plaillr nonobftant 
clameur de Haro , charte Normande, prife à partie,ny autre chofe à ce contraire, aufquelles 
Nous auons dérogé & dérogeons par ces prefentes. Donné à Fontainebleau le vingt- 
feptiéme iour d'Aouft l'an de grâce mil fîx cens quarante fîx , Ôc de noftre règne k 
quatorziefme. 

Par le Roy en fon Confeil. 

BERAVD, 

Acheuê d* Imprimer le quinze f me de Septembre I6#. 





LIVRE PREMIER 

LHISTOIRE 

GENERALE DÈS PLANTES: 

AVgVEL SONT DESCRIPTS , ET POVRTRAJTS TQVS LES ARBRES 
qui croiffent aux Eorejts fans élire plantez. 



^pyGïz&r' 




Bu Chefne. C H A P. /. 

s £|g| ES anciens Grecs ont entendu route forte d'arbre par le mot <tyvV>- qui 
vient du verbe, fyta , lequel lignifie pouiîer , S>C bourgeonner. Les La- 
tins fous le mot Glans, ont comprins toute forte de fruicls -, comme 
' dit Iabolenus , alléguant l'exemple du mot Jjfiè en 3a langue Grecque, 
en laquelle toutes fortes d'arbres font appeliez dicçcfyua , qui vient du 
mot«VV; par lequel Caius dit eftre entendue toute forte de fruicl. Ce 
que les Autheurs Latins ont nommé Glans , ou Glandifera v les Grecs le 
nommèut Bcthein^J,. Hermolaus dit, que les Grecs "par le mot <hvg , ont 
entendu toute forte de bois , dont vient que Gerandryon fe prend pour 
quelque arbre que ce foit, vieil, & à demy biuilé\ou comme qui d.iroit ,fcche'de vieillejfe : vn vieil 
bois branchu. Mais celle fi ample lignification fe reftraint tellement , que tyvg fe prend feulement 
pour tout adiré qui perte gland : principalement pour le Chefne. Or les arbres qui portent ce que 
les Latins ont proprement nommé Glans , comme dit Pline , font le Roure , le chefne , l'rfchia , le 
Cerre,l'Eoufe>& le Liège. AKçofpva font proprement fruicls, qui ont l'efcorce dure comme bois. 
Pline dit, qu'il n'eft poffible de comprendre en vn mot Latin tous les arbres qui portent gland, 
comme font les Grecs par le mot fyvg , Se par le mot ancien Saron , qui a donné nom au goulfe 
Saronien. Saro auflî eft vne foreft en Arcadie par delà le fleuue Ladon , de laquelle le goulfe 
Saronien a pris fon nom : parce que tout autour il eftoit garny de Chefnes , que les anciens nomî- 
moient, Saro : combien que Paufanias veut que ce goulre ait efté ainii nommé par Sàro, qui 
régna après Altipus. Quelques vns , comme Theodorus Gaza , ont eftimé, que toutes les fortes de 
Chefnes pouuoient eftre comprinfes fous le mot de rRpure : mais mal à propos ; veu que Roure eft 
vneefpece tant feulement entre pluiîeurs, comprinfes ious le genre fyvç Matthiolaufîi eftimeque 
Diofcoride a comprins fous le mot fyvç tous les arbres portans gland comme nous faifons icy: 
mais en Latin guercus fe prend tantoft pour le genre , & tantoft pour vne feule efpece \ laquelle 
eft ainfï nommée, par ce que ceft arbre eft dur , & pefant, &: croift en fort grande eftendue. Car fé- 
lon l'opinion de quelques vns £)uerquerus vaut autant à dire , comme grand & pefant. Or tant 
les anciens , que les modernes ont diuerfement diftingué, U defeript l'hiftoire des arbres, qui por- 
tent gland , &fur tout des Chefnes. Car comme dit Theophrafte , les bûcherons du mont Ida 
content pour efpeces de fat Hemeris , JEgilops , Platyphyllos, Phagus,érHaltphlœusox\ Eutyphlœus: 
les Macédoniens content Etymodris , Platyfhyllos, Phagus , Afprù , & Haliphlœus. Pline dit , qu'il 
y a pliuleurs fortes de gland différentes en leur figure , grandeur , & grofîeur naturelle , au terroir 
auquel ils naiflent,au fexe & au gouft : & que le moure, chefne, ifchia, Cerre , & Eoufe, portent le 
fruid, qui proprement eft appelle Gland. Hermolaus met quatre' fortes de Roures : àfçauoir le 
Chefne, Roure jfchia.Cerre, qui font / ' Hemeris,JEgtlops,Hdiphlœus & le Platyphyllos des Grecs,mais 
(dit- il ) fe ne fuis pas encor afleuré fi tHalifhUus eft le Roure. D'autres les ont autrement diftin- 
gué & expliqué. Surquoy,encor qu'il y ait fi grand difeord entre les doctes , qu'il eft mal -aisé d'en 
décider : ce neantmoins ie ne laitray en premier lieu de traite fort clairement , & exactement de 
Tome premier. A toutes 



Les noms- 



Aux Coroll. 
ch.desChef. 
fur leliur.i. 
de Diof. 



Liu-iX 
ch.6. 



Liu.4.ckj. 



Auch. des 
ChefJiur.i. 
fur Uiofc, 



Leseff>eces, 



Li.i. de Hii. 
ftoir.çh.?. 
Au mef.lictt 
chap.io, 
Liu.ié. 
chap.j. 
Chap. 6, 



Let tsjeces. 

i.tfptct. 
lues noms. 
Iiu.i6. c. ; 
Ltfyrmt 



Li-j-dcrhi- 
fi@ir.ch. 10= 



Uî.dc VU- 
ftoir. ch. i o, 



ti.,3,(îcl'hi 
ftoir.ch.9. 



2 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

toutes les fortes de Chefnes:puis après des autres arbres,qui portentgland:£ç ce par feduis, & tu- 
gement de M. laques d'Alechamp Médecin tres-dode,& tresbien vcrfé par longue expérience^ 
vfage,en la connoiffance des fimples. Il y a donc cinq fortes de Chefnes, Platyphy/los,Hemcris,Pha- 
gué, Mgilops^é Haliphlœus, quieft auffi appelle Ccrre femelle, & Farnia des Italiens.Cellcs-cy font 
différentes en fueilles,tronc,matierc,ou bois,& quafi en toute leur efpcce: plus au ^ouft du fruiS-, 
'■ en fa groffeur, forme &: couleur. Le PUtyphylos des Ideens,& Macédoniens , que Pline traduifanc 
mot à mot, appelle Latifolia : c'eft à dire Large-fueille , eft le perçus des Latins , qui s'appelle en 
François chejheien Italien Jjhterci* : en Al\emand,Eichbaum. C'eft vn arbre des plus hauts ( après 

l'^gilops)qui a le tronc droiâ: , l'efcorceafpre par le bas , Se 
Large- faille ma/le. toute creuaflee.mais lifsé par le haut,auec fon aubour def- 

fous,qui fe pourroit aucunement comparer au lard,ou graif- 
fe des animaux.il k tte pluiieurs braches en rond, defquelles 
l'ombre eftendue,n'cft aucunement maunaife.Il aies fueilles 
grandes, plus largcs,que le Ccrrc,& l'Haliphlccus,poulpues, 
& fort incifées par les collez , quand l'arbre eft vieil. Celles 
qui forteiit de l'arbre coupé , ou csbrançhé font moins 
découpées ; mais plus larges , &; efpaiffes : &: lors qu'elles 
tombent, pluftoft noires, que iaunaftres. Le gland eft de 
moyenne groffeur, plaifant aux porceaux: & par ainfî pro- 
pre à les engraiffer.il eft moins doux, que celuy du Thagus, 
& du Hemeris: mais plus que celuy l'Haliphlœus , &: Aegi- 
/o/>.f : citant à comparaifon d'iceux moins afprc , & amer au 
gouft.Sa coupelle n'eft point picquante : mais feulement af- 
pre , & rabotteufe, auec quelques boffettes. Le gland fort 
au plus haut des branches , court, & comme rebouché au 
bout, ayant l'aiguillon qui fort au bout du gland , court , &: 
qui ne picque point. Il y en a fouuent au bout d'vue brandie 
trois enfemble, ou deux, peu u*e fois vn feul. La queue, qui 
les fouftient , eft groffe , & courte , & fort de la branche en- 
femble auec lafùeille , par vn mefme endroit: l'on en voit 
fouuentesfois au bout d'vn ietton , trois emfemble d'vn co- 
fte, & de l'autre deux ; & au prochain vn feul, à mefure que 
la feue qui les nourrit s'efpand mieux d'vn cofté , que d'au- 
tre. Ses racines s'efpandent fort au long, & au large. Son 
bois eft le plus mauuais pour baftir , aptes celuy del'Hali- 
phlœus: & ne vaut rien pour brufler, ny pour faire du 
charbon, non plus que l'Haliphlœus, & eft fubied à eftre vermolu , comme ditTheophrafte ; ad- 
iouftant vn peu après ; Le bois (dit-il) du Large-fuelle ejl marnais en ba(liment : Car eftantraboté il 
il eft du tout inutile, fe rompt, Se ne tient pas ferme, mais il eft meilleur fans raboter : & pourtant 
l'on s^en fert fans ofter l'efcorce. Il n'eft pas bon auflî pour brnller , ny pour faire du charbon : car 
le charbon n'en vaut rien du tout : parce qu'il péril le , & faute ; &: eft bon feulement pour les for- 
ges,où fe fond le cuyure , pource qu'il s'cfteind incontinent que l'on ceffe de le fouffler, & en sV 
fteignant ne fe confume pas beaucoup. Or nous auons traduit ce paifage de Theophrafte autre- 
ment qu'il n'eft aux liures Grecs & Latins imprimez : parce qu'il nous femble y eftre corrompu. 





LîiMé.eh. 6 



des Macédoniens A quoy toutesfois contredifent les paroles, qui {umentainû; Son bois aujfi eft 
marnais: & ce que nous auons dit cy deffus. Car comme eft il poffible que le bois de l'Aftr/s foit (î 
mauuais, &: inutile tant pour bruller, que pour faire du charbon, veu que(felon ledit Theophrafte 
mefme)il eft fort droict, haut,& léger, Se d'vn merrein tresfort en long? Parquoy fans doute il faut 
lire vimÇv.Le merrein Au Large- fueille eft mauvais .-comme défia nous l'auonscy deffus tranflaté. Ce 
quifeprouue tant par Theophrafte mefmes, queparl'authorité de Pline. Car Theophrafte répète 
Chap.io. ic y cc qu'ilauoit dit au précèdent chapitre du merrein 4u L,arge-fueille. Son bois Cdit-il) après celuy 
de l'Haliphlœus , eft le pi re pour baîiir , & ne vaut rien pour brufter , ny pour faire du charbon. Pli- 
ne attribue au Large-fueille tout ce qui eftoit mal à propos raporté à l'i^ffpris en ce lieu de Theo- 
phrafte : Difant ainfi,./* Large-fueille eft le plus haut après t Aegilops. Toutesfois Un eft fi bon à 
la ch arpent erie, ny à faire du charbon. Et eftant efquerre\il eft fub te ta pourrit are : \^4uffion n en fait 
que du charbon rond , quitte fert que pour les forges a cuyure : parce qu'incontinent qù on ceffe de le 
fouffler , ilsefteinèl, & ainfiilfe recuit fouuentesfois. Au refte il ie tte force ettincelles, & eft meilleur 
eftant fait de ieune bois. Ce que nous efprouuons tous les iours en noftre charbon de CUefne. Car 

celuy 



Des Chefhes. Chap.I. 



Ltfge fueille femelle 



3 

celuy qui Te fait du tronc, ou des groupes branches fendues, que l'on appelle communément char- 
bon de quartier , pétille , &: faute au feu , &: ne s'allume , fi on ne le fouffie toufiours : car ceflant 
de le fourrier , fi on ne l'entretient auec quelque bois qui btufle aifément , il s'efteinct iucontinent: 
mais celuy qui fe faict des branches plus minces, que nous appelions charbon de branche^ s'allume 
aifément, &: fans le foufïïer beaucoup &: fouuent, &: retient fon feu iuqu à ce qu'il foit réduit en 
cendres. Il faut icy comme en pafTant corriger les fautes , qui de long temps font aux fufdits deux 
Autheurs en cepailage. En Theophrafte , au lieu delire> les Macédoniens content quatre fortes de 

chefnes, faut lire , cinq > afin que les Macédoniens en facent 
autant , que les Idéens, veu qu'incontinent après il en met 
autant: zttmoit: , Etymcdris , Efculus, •'Platyphyllos , Afpris, 
Haliphlceus. En Pline, au lieu de lire ; Sed minus vtilis &di- 
ficijs , attjtie carbone , dotât a vitijs obnoxia efl : faut liire, 
Minus vtilis xdificijs , atque car boni , dolata vitijs obnoxia 
eft. Car Theophrafte, duquel Pline a traduid les mots: 
dit , qu'eftant efquerré il eft du tout inutile. Retournons à 
noftre propos du Large-fueille. Aucuns doutes fimplici- 
ftes difent , que le Platyphyllos ou Large-fueille , duquel 
nous parlons , eft le malle ; &C que la femelle croift le plus 
forment en lieux pierreux , & afpres , plus baffe que le maf- 
le , fon efeorce aux petits furjeons eft rougeaftre , & non 
blancheaftre, comme au malle. Sa fueille , moindre, plus 
courte , &c eftroidte , plus aiguë au bout, fit découpée Ci dru 
par les collez , que de loin on iugeroit qu'elle eft crefpée. 
Sa couleur verde , luifante, & plus ioyeufe. Son gland eft 
petit, & mal nourry. On en treuuevrayement de tels aux 
montagnes de Sauoye , & de Dauphiné , parmy les ro- 
chers , en lieux qui font pierreux , & à l'abry, quelque peu 
différents à l'œil pour raifon de l'afpreté, Ôc iccherefTe du 
terroir : mais la femelle croift aufli aux autres forefts de 
Chefnes, qui a la fueille plus courte, que le malle, plus 
large au bout , fie pafle par deflbus , l'efcorce des bran- 
ches plus noire, le fiuidt fort petit, fortant au bout des 
Glands du Lar?e- \ Glands impur- branches. & furjeons, quelquefois fix ou cinq enfemble, 
, ■ ... 6 r t fouuent trois, ou quatre, rarement deux: &c encor plus 

rarement s'en voit il vn qui foit feul. Il eft comme rebou- 
ché , l'aiguillon petit. Il eft fort auant enchafsé en fa cou- 
) pelle , à laquelle il fc tient bien ferme. Mettons au nombre- 
)des Large-fueille s la forte de Chefne qui verdoyé tou- Thcoph<Hit 
liîours, tel queftoit celuy , que Ion defcouuroit ancienne- i.de r-hift- ' 
ment de la ville de Sybaris qui iadis eftoiten Calabre, le- cha P a >- 
r quel ne perdoit iamais Ces fueilles , OC ne bourgeonnait point 
auant la moitié de l'efté. On en voit de femblables en i'Ap- Lia i6 cii 
pennin , & au terroir d'Angers , tellement que ce que Pline 
treuuoitefmeruellable de fon temps, ne l'eft point à nous. Ua.i6.ck6, 
Il y a bien plus dequoy s'efmerueiiler de ce que Pline dit, 
que l'on cognoit la bonté da gland du Large-fueille , en 
j ce qu'en la longueur de chafque coftéil y croift vne fub- 
ftanec dure comme pierre, & que le gland eft meilleur , fi 
j telle durté croift en l'efcorce que fi elle croiffoit au corps 
j du noyau : & que cecy ne fe rencontre qu'au malle : veu 
' qu'ayant voulu , comme il femble , exprimer tes mots de ^ e çh ^ 
Theophrafte , il dit tout au rebours de luy. Car Theo- 
phrafte , ne dit pas , que cela tefmoigne la bonté du gland: 
& mefmes n'attribue pas cela au Large-feille mais au Phagns 
&Haltpblœiis. Le Phagns dit-il , & Haliphlceus ont cela 
de particulier, que leur gland , aux malles tant feulement, 
a vne pierre en chafque bout , qui eft quelquesfois en l'ef- 
corce , & d'autresfois dans le noyau : tellement qu'ayant 

& JE oft ^ laclite p ierrc ' jl y reftc vn creux ' ^ Lli k P ourroit Com ' 

parer à la cauité des animaux.Le Large f mille croift merueilleufement grand en nos forefts. L'au- ,. effect . 
crccfpccc de Chefnes ckHcmeris des Idéens, £i^Ww des Macédoniens, les Xatins la -nomment, 
Tome premier. A z Robur ' 





I f fgrtfJS 



te lieu. 



l.;s}ne. 



Le Ko are. 



4 Dure I de l'Hiftoire des Plantes, 

Rohm, les Italiens , citera. En quelques lieux de Sauoye il s'appelîe Roure. Fefttis dit , que Rohm 

.eftvniieuenkptiion , auquel on precipiroit les malfaiteurs , que l'on auoitaccauftuméaupm- 

uanc d enfermer en coffres faits de Roure. Plautus appelle aufïi ledit licuMu/ium carceremfrifo», 

orne. En Lucrèce , Rotor fe prent pourvue malle de bois , auec laquelle on battoir les malfa- 

deurs. Gaza traduit allez hardiment, 'sljfon accouftuméc , la- 
mot, Hemeris, l'appellantP/^*^. Pline feiert du mot Grec. 
Ceft vn arbre, duquel l'efcorce n eft pas lifte : ains afpre , &c 
creuafîée , qui ne croiftpas fort en hauteur : mais demeure 
bas. Son tronc ne croift pas droid : mais tortu , & percé 
débranches en diuers lieux. Son merrein eft fort, .& dur; 
non toutefois autant, que celuy du Phagus. Son gland eft 
le plus doux , après celuy du Phagus : mais plus long , &: plus 
gros : memiesil n'y en a point , qui les porte fi gros. Il tom- 

j be aifément de fa coupelle , laquelle eft petite Ô£ racourcie, 
&c attachée à vne longue queue , quelquefois il n'y en a 
qu vn feul : quelquesfois deux enfemble. Ce qui ne fe voit 

| point aux autres Chefncs. Les Dauphinois cjtù habitent le 
long du Rhofne , retenans vn peu du mot Grec , 1 appellent 

' Chermillat ; comme qui diroit , chefne Hemeris. Les Sauoi- 
fiens le nsmmcn t, Dry lie-, qui vient du mot Grec Dry s. Il 

> croift en lieu fabîonneux , & pierreux, & en terre menue , Se 
fterile. Latroinefmeefpece deChefnes eft le phagus , ainn* 
nommé par les Grecs du verbe <$a,yeïv. Les Latins fajjpel- 
lent Efculus, du. mot efea. Deuant que traider de cefte cy, 

1 U faut aduertir le ledeur, que le cpr,yoç de Theophrafte,n'eft 
pas noftre Fagus : combien que plufîeurs , & mefmes Pline 
l'ait ainii creu , ayant efté trompé par la femblance des 
noms. Mais noftre Fagus eft L'Ochya de Theophrafte. Car le 
Thagus de Theophrafte eft petit commet' Hemeris, ayant fes 




Efculus ou petit Chefne mafle. 



Efculus -ou petit Chejne femelle. 





branches en rond, & non eftenées. Mais noftre Fagus eft fott haut; , Se croift fort droit* : n'eftant 
rien moindre en grandeur, que le Sapin. Dauantage Theophrafte dit tout clairement , que fon 
Pkagus porte gland , veu qu'il did , que quelquesfois en l'efcorce des glands du *pk»gus , &C Halï- 
vhîœus , & quelquesfois dans le noyât» , il croift des pierres , lefquelles cftans oftées, il y refte vn 

creux. 



Des Che/hes. Chap. I. 5 

creux j comme aux animaux. Ce qui doit eftrc entendu du vray gland, Se non du fruict de noftre 
Fagus, qui ne porte pas des glands : mais des noyaux afféslongs,triangulaires,&aigus,quicroif- 
fent dedans leur couuerteheriflee. Ioind que les Macédoniens veulent que le fruid de leurglâd 
foit rond : ce qui ne conuient aucunement auec le frui& de noftre Fagus , foit que l'on confidere 

r 11 _ 1 :a~„ ^., Uir>nVe-frr\rrp nr fon frnid.on mpfmes \p nn.van.nni *»(> i-rioMmiloirf» "Pn mi- 



qu il ioit du tout abruti oe îans wguucm, *n.u i viait uici. ^u i ni^ui uunu uci xuccns , où iviace- 1 
doniens, ainii nommé du mot Grec cpevyw par ce que Ton fruid eft doux , Se par ce moyen plai- 
dant au °-ouft , Se bon à manger, comme la chaftagne : au lieu que celuy des autres Chefnes n eft 
bon que pour les pourceaux. C'eft vn arbre bas, qui a fes branches en rond, comme fHemeris.non 
releuées. Il eft toutefois moins tortu, que l'Hemeris.Se a le tronc fort gros , la fueille plus eftroitte, 
Se plus courte, fa couleur de verd plus obfcur, blancheaftre par deflous. Son gland eft fort doux» 
rond , Se long : plus court toutesfois, que celuy du Route pendant de fa queue courte , Se groffe. Se 
bien attaché à fa coupelle , laquelle embraffe vne bonne partie d'iceluy. Il fort des furjeons des 
braches,prefques auec chafque fueille il en fort vn feul Se rarement deux.il 'eft plus petit,que celuy 
du Large-fueille, Se plus aigu, Se fon aiguillon eft plus poignant, y a aufli vn arbre de cefte mefme 
forte qui porte le gland du tout femblable à celuy, que nous venons de dire , fi non quil eft plus 
gros 'plus <*rand, Se plus plein, Se qui à raifon de fa groffeur , Se pefanteur , abandonne aifément fa 
coupelle. Les bûcherons tiennent que l'vn de ceux cy eft mafle , &: l'autre femelle. Les païfans, 
qui mandent de ce gland cuit en la braife, ou bien bouilly en l'eau, fentent puis après vne pefan- 
teur de tefte, Se font comme yures,ne plus ne moins quexeiix qui ont mangé du pain, auquel il y a ^ 
de l'ynroye méfiée. Le merrein du Fagus eft tresfort,& n eft point fubied à pourriture.Ce, que Pli- ù.j. j e { h C 
ne attribue auChefne en ces motSiLe Chefne a le bois plus forcer moins fubieÛ à corruption. Au lieu &»«. ck. 9 . 
que Theophrafte dit expreffement cela du Phagus.pime dit, que fi nous voulons croire à Virgile, usmL'^ 
qu'il eft aufli profond dans terre qu'il eft haut fur icelle. Les Latins l'appellent ^«//tf, fumant l'opi- 
nion de Seruius,de Efus.ou bien du mot efia.qm veut dire , viande Les Tofcans ifihia du mot Ef- 
culus corrompu.Les païfans d'autour de Rome le nomment encor à prefent Efculo : Les Efpagnols 
appellent l'arbre Enzina>Selcs glands, Ve Ilot as, defquels pour leur douceur ils mangent au deflert^ 
de table,les ayant cuits fous les cendres. Gomme ccft arbre ne croift pas par toute l'Italie; aufli ne ' ' 
fait il en France.Horace toutesfois monftre qu'il y en a abondance en la Pouille,difant ainii; 
fl eft certain que la Fouille guerrière. 
Ne nourrit point vne beftefifiere 
Bans fes forefts.de n^oure bien garnies. 
Il en croift aufli en ce quartier delaSauoye,quieftle long duRhofne, auprès du village d Ara- 

blerieu, &: près les caues des perrieres , qui font là : ceux du 
lieu les appellent petits chefnes, à comparaifon de l'Etymo- 
dris, ou Roure, dont il y a grande abondance en ce lieu la : Se 

l'appellent Grand chefne. Les autres Sauoifiens retenans en 

ri ,'-'.— .■.» T ■ f r 4-e/f re- 

partie le mot Latin, le nomment Rome. La quatnefmeel-^»,,^ 

pece eft lAegilops des Ideens ,i Afpis des Macedoniens,CVr- 
' rus des Latins. Les Italiens le nomment , Cerro C'eft vn ar- 
bre incogneu en France : Se pour cefte caufe il n'a point de 
nom en François. Mefmes Pline dit, qu'il n'y enapoint £e//fa . 
en la plu s part de l'Italie. Il croift merueilleufement grand 
dans les forefts de la Grèce , Se de la Tofcane. Il âimc La f orm , 
les lieux champeftres ; croift fort droid : fon merrein eft 

* fort léger , Se très-fort en long , Se bien propre pour faire les 

* planchers des maifons- Sa fueille eft groffe ,- & fort dechi- 
^quetée par les bords. Il n'eft pas fterile, comme quelques 

vns ont eftïmé : mais fon gland eft laid, afpre, rond, Se corn- 
! me obtuz,tref-amer, Seû mal-plaifant, qu'il n'y a aucun ani- 
mal qui en mange , excepté les pourceaux. •& encor s'il en Lî ? .delhî- 
mangent c'eft par faute d'autre viande , Theophrafte dit, ftoir.cha.io. 
que fi quelqu'vn en mange , il aura douleur de tefte : ce que Liu,é " 
ii toutesfois Pline attribue mal au gland de FHaliphlœus. Le 
gland eft quaû* tout enclos dans fa coupelle , laquelle eft 
' o-arnie, Se entourée d'aiguillons afpres , larges, Se qui font 
de couleur de cendres, ne reffemblant pas à ceux des cha- 
ftagnes , comme dit Pline : car ceux cy font plus gros , SC 
plusroides.Lesmarchans parfois apportent les glands du 
Cmw couuerrs de leur coupelle des Ifles de Cypre , Se de 
Tome premier. A 3 Chio, 



Le Cerrtts. 




6 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 



.€XKHS CE&RI 



cnt 



ï.ii j. sspe-e. 
Les noms. 




Haliphlœm , ou Cerrus femelle. 



Liurc ? de 
l'Hiftoir.ch. 



Ch io, U autres lieux aufqucls le Cerrus croift. Il y en a , qui les appel! 
Gallons > les autres , Vallons. L'on s'en fert en lieu de galles , pour ceindre 
les drapsen noir: mais h teindure n'en eft pas bonne, & feperdaufîi 
coft : & pourtant elle eft peu prilée. La cinquiefme efpece , eft l'Haliphlœus 
des Ideens &c Macédoniens. Quelques vns la nomment Cerrus femelle. 
Les Italiens, Farm*, En France elle eft incogneuë. Elle n'a point de nom 
Latin : à cefte caufe Pline la nomme tôuiiours du nom Grec. Ce que 
Gaza deuoic pluftoft enfuiurc, que de controuner mal à propos le nom 
Efcorce falée : comme fi le nom eftoit composé des mots Grecs «Aç, 
qui veut à dire fel ; & pA«oV qui fignifîe efcorce. Au 
lieu qu'il viendroit pluftoft de «à*, &>*«£, à caufe de 
la groiîeur de ion efcorce : comme le tefmoigne Pline,d;fant 
ainiï \IÎHaliphlœus ne fert ny à baftirny a faire du charbon: 
& a C efcorce fort ejpejje , & le tronc gros , & qui le plus 
fouuent eft creux é troué. Ce qu'ayant fans doute efté pris 
de Theophrafte , monftre que ce lieu cy de Theophra- 
fte eft corrompu aux exemplaires imprimez : où il faut qu'il 
J aitainfi ; & mitant que CHaliphlœus a l \ force fort ■ greffe, & 
au file tronc , qui efl creux , & tendre : au lieu qu'il y a ; par- 
ce que ÏHaliphUus a C efcorce creufe, & tendre Ceftc etymo- 
vO^ie donc eft plus receuable que celle de Gaza , qu n'ap- 
pelle efcorce-fale : comme fi vrayement l'efcorce de ÏHxli- 
phlœus eftoit falée. Il croift aux forefts de la Tofcane , fur 
tout aux lieux maritimes parmi le Cerrus, Ôc le Phelodrys:(on 
merrein ne vaut (rien, ny pour baftir, ny pour faire du char- 
bon ; parce qu'ayant le tronc creux & troué , il pourrit in- 
continent. Ce qui procède de la nature de l'arbre , lequel 
eftanctoutrabotteux, & tenant fes fueilles quafi droites, 
reçoit aifément la pluye , laquelle dégoûtant peu à peu fur 
le tronc, qui eft tendre & fpongieux , legafte bc le pourrit. 
Ilyenaaufliqui difent qu'il n'y a que ceft arbre quifoit 
ians cœur : mefme il eft fouuent frappé de la foudre , en- 
cor qu'il ne foit pas des plus hauts : & à caufe de cela on ne 
s'en feruoit pas aux facrifices en certain endroit de l'^Eolie, 
Lafome. mais on en faifoit feulement des effieux. Il a le tronc fort haut & droit , l'efcorce quafi de couleur 
ii 1 îïfSî! P er ^ e '• n eft blen au ~ ez branchu, mais les branches ne font pas fort longues, ny de grande eftendue, 
chofcauLa- comme celles du Chef ne, mais lont courtes, & îettent peu de petites branches; tellement qu'à voir 
tia « tout l'arbre , il femble qu'il àij elle coupé , ou esbranché. Il a les fueilles fcmblables à celles du 

Cerrus, plus longues, & plus eftroires , & beaucoup plus noires , &; les decoupeures aux coftez d'i- 
celles plus petites , & moins entrouuertes : elles font affez afpres deffus , &: defTous , & dures au 
toucher, & qui tombent l'hyuer : fon gland eft le plus petit de tous , excepté celuy de l'Eoufe. Il 
n'eft pas long, mais pluftoft rond,& vn peu rabatu , comme celuy du Cerrus mafle,Sc quafi tout en- 
clos en fa coupelle, laquelle eft garnie d efpines longues, iaunes, &: menuës,& efpefics comme cel- 
1 les des chaftagnes; non toutesfois fi fortes,iiy fi releuées:elles ne font pasaufli fi grottes que celles 
du Cerrus. Les coupelles, dans lefquelles le gland eft enferré; fortent le plus fouuent deux à deux 
par chafque bouton;& font attachées aux branches & furgeons : auec vne queue qui eft fort courte. 
Il a les racines fortes, lefquelles il ne iette pas droit en bas mais les efpand çà & là de tous coftez,5t 
en trauers. L'efcorce qui eft la plus prochaine du bois, tant aux branches, comme au tronc, &: à la 
racine, eft merueilleufementaftringente:mais les fueilles ne le font pas tant. La coupelle du gland 
a les mefme facultez que lefcorce.Les glands font plus aftringents, & mefme font amers : & pour- 
ce aufli les pourceaux n'en tiennent conte , finon qu'ils n'ayent rien d'autre à manger.Son merrein 
€ft fort& dur.il croift aux montagnes, & pluftoft en lieu gras, qu'au maigre, & fablonneux, lequel 
toutesfois ait le fonds pierreux. Il aime les lieux fpacieux, &: expofez à tous vents. Il y en a grande 
abondance fur Y Apennin : mais il s'en voit peu en la plaine. 

Il y a vne autre forte de C h e(ne{di& Bauhmtts) lequel fe pourrait appeller l'Haliphlœus des Bour- 
guignons. Il croift en vne petite foreft, qui eft fur le chemin quand on va de Dole à Befançon, au- 
près du village de Saintf Vi. Il a la fueille femblable à celle de tHemeris verdoyante : de laquelle 
les découpures fjnt aflfez rares. Ses glands font afiez grands , &croiflent le plus fouuent trois,' ou 
quatre enfemble ; & font attachez aux bran ches fans aucuue queue. Leur coupelle eft fort herrf- 
£êc,8£ vekmhle celle de l'Haliphlœus. ou du Farnia. Ceft donc ainfi que M. d'Alechamp adiftin- 
gué toutes les fortes de chefnes , après auoir bien çonfideré leur naturel , & fuiuant l'hiftoire de 

Theophraflc 




te lieu. 



Des Chefnes. Chap. I. 



7 



Theophrafte ( car ce que Porphire reconte des chefnes marins de Portugal eft fabuleux. lien par- Au t Hu deç 
le à la Grecque ; Il faut iaiffer engraifler les Tons de leurs glands, (comme dit Scaliger) Se plus exa- cauCdes pis. 
dément qu'aucun autre ; mefmes mieux que Pline. Car veu qu'il eft tout certain que Pline a em- Tho P lw - em- 
prunté plusieurs chofes de Theophrafte , il fera bien aile à cognoiftre , à qui conférera diligem- 
ment leurs eferits , que Pline a efté aiîez nonchalant en plufieurs endroits , Se qu'il eft bien em- 
brouillé en d'autres. On pourra toutesfoisadioufter, ou rapporter à quèlqu'vne des efpeces des 
fufdites le Chefne eftranger, ou de Barbarie : car il y a là vne riuiere qui entre dans la mer Atiariti- Scaliger 
que. En ce lieu là les Chefnes portent du gland qui eft fort gros, Se vn peu long, Se beaucoup plus ,,$,." 
doux, Se de meilleur gouft que la Chaftagne. Ruel dit , que le Robur de Pline eft l' Agriaàtys de 
Theophrafte , ce que communément en François on appelle chefne : mais il fe trompe , fi ce chef 
ne eft 1 e puerais ; car Pline les fai£t différents de f vn à l'autre par la groffeur du gland,qu'il dit eftre Liu - 1<ciu 8 6 ' 
fort gros au chefne ; mais que celuy du Roure eft petit : combien que (comme nousauons délia dit) 
Pline a efté affez négligent à remarquer la différence qui eft entre les arbres qui portent gland.Plu- 
fieurs eftiment que l'Efculm eft le Platiçhyllos des Grecs , du nombre defquels eft Belion : En la Liure i. des 
Thraconitidc,à\z-\\,croiftl'Efculus,qui s'appelloitpar les anciens Grecs Platyphyllos^ aprefent Vêla- obl ' eru - cha - 
guida.ll porte le gland de la groffeur d'vn œuf de pigeon,& duquel les hommes fe pourraient nom:- ' 
rir eu temps de famine : car il a quafî vn mefme gouft que la chaftagne. Mais Pline fait mention Un. ié.ch.* 
du Platyphillos, Se de l'Efculus en vn mefme lieu, comme eftans differens l'vn de l'autre. Dauanta- 
ge ÏEfculus{commc tefmoigne Horace)eft vn arbre raboteux,& qui ne croift pas fort haut : mais le 
Platyphillos, après £ JEgilops eft des plus droits , plus hauts , & ne vaut rien pour baftir. Il y a aulîi 
différence quant au gland : car celuy de l'Efculus eft fort doux , comme le monftre ï'etymologie de 
fon nom. Nous auons dit cy-defïus, félon l'opinion de Theophrafte,.que le gland du Platyphyllos, 
ne tenoit que le troiiïefme rang en cas de la bonté. Ceux qui eftiment que l'/Egylops , ou le Cermsi 
en oftant , ou changeant la première lettre , eft le Heflrc des François , fe trompent grandement. 
Anguillara traittant de tous les arbres qui portent gland , defquels Theophrafte a fait mention, Se 
qui font cogneus en Italie, dit que l'Haliphlœus eft le Rouero des Italiens;en quoy il eft certain qu'il 
fe trompe : cartons les autheurs Latins difent que c'eft le Robur ; & mefmes l'affinité du nom le 
monftre. Pline fait tout notoirement différence entre le Robur Se l'Haliphlœus : Le goitre , dit-il, Liu -i 6.ch.6. 
a le gland petite duquel la chair e ft ftaquc.l 'Haliphlœus ri en porte pas fouuent ; é" ceux qu'il porte font 
Amers , &riy a que les porceaax qui en mangent , encor eft ce par faute d'autre paflure. L' Hali- 
phlœus ne vaut rien ny pour baftir , ny pour faire du charbon. Il a l'efeorce , Se le tronc gros , Se le 
plus fouuent creux Se troiié ; Se n'y a point de Chefne qui pourriffe en plante que ceftuy-cy. Le 
merrein du Roun > eft dur Se ferme. Plutarque dit, que le frui£t du chefne eft le plus beau d'entre 
tous les arbres fauuages, Se que c'eft l'arbre le plus fertil : car les belles fauuages, Se les oifeaux s'en 

Les excréments des Chefnes. 



1. Excré- 
ment fait 
en forme 
de nobril. 

z.Pilltdes 
fembla- 
bles aux 
Galles. 
Theopb. 

3. Mules 

chenelties. 




Tfetfic ex- 
créments 



Deux 

Galles 



Excrément 
femblaUe à 
la te fie 
d'vn Tau- 
reau. 




reprefen* 
tans en 
quelque 
forte 

De Pro- 
vence. 



A 4 



noue 



8 Liure I de l'Hiftoire des Plantes, 

nourtiffent. M. Caton conte la foreft à gland entre les chofes qui font neceffaires en vne bonne 
Cequepor- métairie. Les Chcfnes portent auffi pluiïeurs autres chofes outre les glands,felon que Theophrafte 
Zomrelcs r f im0i ^' Ils P° rtent deux forces de Galles ' r ™eft blanche & petite, & l'autre eft noue , qui 
Glands, ^ par S / U ^ S™ 116 5 11 vne P omme » q^ eft pleine d'vn fuc reiineux : combien qu'il y en a 

Galle blan- q mllfent ^»W>? > c'eft adiré, de la couleur de, la poix Mais la première leçon fembleeftre la meil- 
c be m lcure, laquelle auffi Gaza a fuiui ; par laquelle Theophrafte dit que cefte Galle eft reiineuf e U noi- 

Galle noire, re : car il dit qu'elle bruûe en la lampe auffi bien que la pelotte, de laquelle nous parlerons tantoft. 
LaMeure. Ce qui n'aduient, finon d'autant que fa fubftance eft greffe &£ refineufe. Ils portent auffi vne cho- 
x Membu ^ c l ui re ^ emble a vne me ure , mais qui eft dur e, & mal aifée à rompre : toutesfois il s'en treuue 
«» e. rarcment> ii s p 0rtent encor i e ne f ça y q UO y ^ q ui au commencement refemble le membre viril , &: 
auecle tempsfe fait dur, Ôcdeuient comme la tefte d'vn taureau : & au dedans y a vn frui£t qui 
eft comme le noyau d'vne oliue. Ces deux fruids derniers font confufément defcrits aux exem- 
plaires de Pline imprimez , lefquels il faut ainfî corriger ; car il porte toutes les deux fortes de gal- 
les , & certains fruids qui refembleroient aux meures , s'ils n'eftoient durs & fecs ; de d'autres qui 
leTnude 1C plUS f ? uuent refemblent à la tefte d Vn taureau. 11 croift auffi fur les Chefnes des boules cou- 
/*;«" € uertes dvnc efoorce dure, q ui font pleines au dedans d'vne laine molle , laquelle eft fort propre 
s pour faire les mefehes des lampes : car elle brulle fort bien comme la galle noire. Pline adioufte, 
Bo-ules ve- qu elle bruflefans huile : ce que Theophrafte ne dit pas. Et certes il eft bien mal aifé à croire, 
lues. qu'vne chofe brulle en vne lampe fans huile , ou autre graille. Les Chefnes portent en outre des 

6 boules velues qui ne feruent à rien : toutesfois au printemps elles ont vn fuc doux comme miel. 
Teu'é ll encroift auffi Vautres a ux ailles des baffes branches , qui font fans queue , creufes au dedans , $£ 
y»*»*. ( j £ j^gj.^5 cou i curs } a y ans coriime vn nombril , qui tire fur le blanc , quelquesfois marqueté , & 
quelquesfois noir : &: au milieu font de couleur efcarlatine, & font noires , & pourries par dedans. 
Par ces mots il nous femble d'auoir corrigé , & efclairci le lieu de Theophrafte*, duquel nous auons 
tire ce que nous auons dit cy-deffus : car aux exemplaires il y a ainû-Jl porte au bas des branches vne 
autre boule fans queue, & attachée par fin creux a vne queue. Mais nous lifons ainfi : Il porte au de- 
dans des branche 's , ou rameaux des petites boule s^ou pilules fans queue, qui font creufes dedans ,qui font 
les mots que nous auons dit cy deffus : au lieu que Gaza lit ainfî : Aux aifes des branches il fait vne 
boule fans queue, & attachée par fa ^«i^aufquels mots il ya de la contradiction. Car il ces boules 
n'ont point de queue , & fi , comme dit Pline , elles font attachées par leurs corps , & non par vne 
queue : comment peuuent elles eftre attachées par vne queue à leur concauité ? En après en vn au- 
tre paliage Gaza le traduit ainfî; Car ils ont comme des nombrils releuez>,de couleur blanche afre, ou qui 
font marquetez, de taches noires. Nous y auons adioufte vne particule difiundiue,& lifons ainfi, Jto* 
font ou marquetez,ou noirs-.hqudlc diuerfité de couleur aufdits nombrils Pline mefmes n'a pas bien 
exprimée. Car il dit , que ces nombrils font de couleur blancheaftre, & qu'au refte il y a des taches 
noires.il n'a pas auffi bien remarqué ce qui eft adioufte furlafin,où il dit, Si on les ouure, elles ont le 
Pierres dedans noir, & amer.au lieu que nous lifons Œllesfont noires & pourries dedans. Les Chefnes auffi 
ponces. (mais peu forment) portent des pierres qui reffemblent des pierres ponces ( non pas de couleur cha- 
Boules de ^ a & n< ^ comme il y a aux Theophralïes Latins imprimez.) Plus rarement encor portent- ils des bou- 
f veilles. les faices ^ es Veilles ageaneces & repliées enfemble,& vn peu longuettes.il croift auffi au dos des 
9 fueilles,non pas,c*ome ditPline,en la fueille rougeaftrc,des petites bonles,& non des petits noyaux, 
Boules plei. comme luy mefmes dit, qui fontblancheaftres, tranfparentes, & pleines d'eau, cependant qu'elles 
nés d'eau, font tendres,dans lefquelles il vient desmoufcherons;& lors qu'elles font meures, elles fe font du- 
»o res comme la petite galle polie.Le Cachrys auffi croift deffus les Chelnes.-c'eft vne maffe de fueilles 
ac rys. enca fl^ es 3 q u j cr oift entre le vieux bois, & les nouueaux furieons : car Theophrafte en parle ainli ; 
Liure 3 .de Eçi ^ ^ azr2 ( s *vV'S ^v^ujerç (xirciÇv Kv<n\ov<rct 'srrjç ify-xfiç imÇvcnuç, acarep t^ (pv^,iKrji @Xct<rti(riaç ig&Jiveis: 
l'hift. ch. 7 . c eft a dire mot à mot; C'efl comme vne conception de fueille s fort ant au milieu du bouton lors qu'il croiji 
& pouffe,comme fi cefloit vne femence de fueilles-.Gamtotcfois litdfafîrtuç, & l'interprété ainfî illfe 
■ faiff comme vne génération de fueilles entre deux du vieux boutonné 1 celuy qui fort de nouaeau-.telle- 
ment qu'il prend ces mots,??' i£àpwiç cBnJvtTiç, pour l'emboucheure precedente,comme il parle, ou le 
premier nœud qui fait la liaifon.Cemot de Cachrys auffi fe prend pour la femence de celle forte de 
Lïu.j.ch.yi. Rofmarin,laquelle porte fruicT:. Icelle femence eft acre,& brufle la langue fî on la mafche:fur quoy 
* voy Diofcoride. Pline s'eftant trompé par la femblance des noms, aprins le Cachrys des Chefnes,&: 
celuy du Rofmarin pour vne mefme chofe , combien qu'elles foient du tout différentes. Le Rou- 
re, dit-il, porte aujjîle Cachrys : ainfi appellent les Médecins vne petite boule, qui eft de vertu cau- 
ftique èc bruflante. Il y en a toutesfois plufieurs qui n'appellent pas la femence du Rofmarin Ca- 
chrys, mais Canchrys. Or ce qui s'enfuit au mefme paffage en Pline, eft fort corrompu & imparfait, 
f hift l dC ^ ° 1 ' 1 tOUt CC C l lie Theophrafte dit du chaton du Coudrier eft reporté au Cachrys par Pline : qui tou- 
tesfois a emprunté tout ce qu'il en dit dudit Theophrafte : tellement que ce paffage peut eftre ainfi 
corrigé:Le Cachrys croift auffi fur le Sapin,fur le Melefe,fur le Pin fauuage, fur le Tilfur le Noyer, 
&-fur le Plane, après que leurs fueilles font tombées , &: dure tout l'hyuer, Au Coudrier, après que 

le frui6fc 



Des Ghefnes. Chap. I. 



le fruid en eft tombé, il croift vn chaton , lequel refemble à vne pomme de Pin nouueUe. Ic.cluy 
croift en hyuer, &c au prin temps s'ouure tout, & tombe lors que les fueilles commencent à fortin 
Entre tous les arbres qui portent gland, le (cul Aegilops (dit Pline ) porte des boulets fecs,couuerts Liu.é.ch.8. 
d'vne moufle blanche, qui croiflent no feulement fur fefcorce, mais aufli fur les branches ( Theo- 
phrafte dit, qu'ils fortent de fefcorce : non pas desfurjeons ) qui ibnc de la longueur dVne couldee, 
&c fentent bon.comme nous tuons dit en traittant des vnguents. Or ccsmots eftans puins de Theo- 
phrafte , nous monftrent quil faut corriger ce paflage , auquel il y a quelques fautes , là où il y a 
ainii o 'j KaKcvri rmç Çcttrxov , 'opcîaç ?=iç &£&Y%w<;-> n cùyiXo-^ jnoi'jj <p'tç{ ira Aie? , £ /S^y^iov, &c. Gaza 
le traduit ainii : Or ce qu'aucuns appellent vit,quifemble les ouyes despoiffons, croift fur le feul Cerrus, 
tout blanc, & couuert de mouffe.hw lieu de <pctmcov y nous y liions cQâpo:' par l'authorité de Pline , qui Lni.w.ci j 
ditainfv.Fn peu plus bas que ces régions la, enlaprouince Cyrenaique,ily croi/l le Sphagnos^que les au- 
tres nomment Bryon : le fécond en bonté 'eft ce luy qui croift en Cyprede troiftefme en la Phenicie. Lon dit 
au il en croift aujfi en Egypte, & mefmes en France) de quoy te nefay point de doute. -car c'eft vne moujfe 
blanche qui croift fur les arbres,telle que nous en voyons Jur le chefne, mais quifent merueilleufement 
ùon,&cc.Et en vn autre paflage il dit,2> Spbagnos, ou Syacos,ou bien Bryon, croift aujfien France , comme Ou. i 4 .c.6. 
nous auons dit,S>cc.U y en a qui l'appellent aufli Splachnos,Sc Hypnosûcs Arabes le noment vfneaizo- 
bié que Phauorinus traduit ce mot <p<*Vx(§Kpource qu'il croift fur les Chefnes. Au lieu du mot $&- 
?;s<W,nous y mettons /3/>J<nr,qui fignifie mou fe, comme il y a en Pline. Et au lieu de 7,-oMev , <£ (2^y- Uu.z^.c.^ 
%isv,nous liions -aoKicv, £ fipviAç-.ccik à dire, blanc, & couuert de moujje-.ou bien çauiSÂ^ceft. à dire, T j[^A J f 
femblable À vn linge defchire'-.cav incontinent après il compare cède moufle velue' à vne longue pie- ch. 9 . 
ce de linge defehirée. Ain fi les Chefnes produifentplufieurs autres chofes outre le gland : comme ^ i * 1 i'*?* 
mefmes les potirons , lefquels fortent de leur racine , & autour d'icelle. Le guy aufli , comme le 
miel,& les abeilles y croiflent, ainfi que dit Heiiode. Il eft bien certain qu'il tombe plus de manne > 

fur leurs fueilles que fur celles des autres arbres : mefmes Theophrafte eferit , que du Chefne Liu.i6.ch,8. 
bruflé il s'en peut faire du nitre. Ce que Pline &: Gaza qui l'a fuiui ont autiement expofé, di- 
fans que la cendre du Chefne bruflé tient du Nitre. Le Polipcde aufli , &c l'Agaric croiflent fur 
le tronc àcs Chefnes. Or des chofes fufdites , les vnes font propres aux Chefnes feuls , &c les au- 
tres croiflent aufli fur les autres arbres. Quant à la galle , au guy , aux champignons , au miel, 
bryon , agaric , &: polipode , lefquels croiflent fur les Chefnes, nous en tia ; tterons en leur lieu. 
Ruel dit, que l'on a veule Chefne eftant enté porter de bonnes poires. L'efcarlate aufli croift Liu- 1 •<&■**." 
fur les Chefùcs de Cilicie,en façon de petits limaçons , laquelle les femmes du pais cueillent 
auec la bouche, comme dit Diofcoride. Auquel paflage il y a de l'erreur, félon l'opinion de 
Marcellus , qui dit, qu'au lieu de W^«tTt,c'cft à dire, bouche, il faut lire autrement : &: que ce mot 
doiteftre entendu du temps auquel il faut cueillir l'efcarlate ; aucuns lifent, tzS çpippuTi , com- Llu * 4 ' 4 * 
me qui diroit , en tordant : pource que le*s femmes de ce pais là cueillent l'efcarlate en tordant. 
Touchant à cefte petite befte nommée Drynos, laquelle fe nourrit aux racines des Chefnes , pour 
fçauoir d'où elle a pris fon nom , & comme elle eft 11 dangcieufe, que fi quelqu'vn fans y pen- 
fer foule defliis , la peau des pieds luy en cherra , & les cuifles luy enfleront merueilleufement; ,. 
faudra voir Nicander au traicléde la theriaque , &: aufli Diofcoride , : & Galien. Les vers que Ion u ur e de la 
appelle Rauce s , viuent dans la racine du Chefne. Ceux qui croiflent dans l'Efculus , s'appellent jF lier - à Pi * 
proprement Galbes* Le Chefne eft de très - longue vie , ÔC a la racine longue &c greffe : combien nui. i 7 .ch. 
que Theophrafte efcriue , que de tous les arbres qui ont la racine grofle & longue , il n'y en a l *- 
point qui foit de longue vie. En quoy ( dit Scaliger ) il pafle mefure , & eft odieux : car les autres ch . 7 ^ 
autheur mettent le Chefne au nombre des arbres qui ne prennent quafi iamais fin. L'on dit que Lime *.de.s 
les Chefnes , qui font près la ville de Troye fur le tombeau d'Ilus , furent femez lors que la ville l6 * u s ' c 
commança à eftre appellee Ilium. En la région de Pont, èc à l'entour d'Heraclée il y a des autels Au c mm 4 
de Iupiter Stragius ; & deux Chefnes au mefine lieu , lefquels furent femez par Hercules, ainii que d c ^ çCmz 
dy: Pline. Plutarque recite qu'il y auoit près de la ville de Cephefus vn vieil Chefne, que l'on ap- Liu.ié.chap. 
pçl\oit,le Chefne d'Alexandre ., par ce qu'on croy oit qu'il s'eftoit campé là. Les Chefnes aufli de la 44 " 
foreft de Dodone ne font-ils pas très-anciens , aufquels l'antiquité folle &c fuporftitieufe alloit 
demander confeii en temps de neceflité ? Et non feulement les Chefnes font quafi d'éternelle 
durée: mais aufli il y en a quelques vns(encor que le nombre en foit petit )icfquels font dou- 
ble profit, en s'entretenant eux mefmes , & augmentant leur efpece. En quoy leur naturel eft 
d'autant plus efmerueillable , en ce qu'ils portent plus de fruift lois qu'ils font vieux. Il y a des 
Chefnes de merueilleufe grandeur & eftendue en la Foreft noire, deuers le Septentrion, qui n'ont 
iamais efte touchez , ainfi que Pline le récite; oc femblent auoir eu leur origine dés le commen- Ua6 ch u 
cernent du monde : tellement qu 'eftans quafi immortels , îlsfurmontent tous autres miracles. Il 
y a des forefts auprès de Saintonge , lefquelles font remarquables à caufe de la hauteur des Chef- 
nes , qui y font Ç\ hauts , qu'vn traid d'arbalefte ne fçauroit aller plus haut. Auprès de Bourges en 
la Foreft de Tronfac , il y a vn Chefne de prefque incroyable grandeur Stgrofieur, dontl'inuiiv 
cible Se très- dqc~te Roy de France François premier , l'ayant en admiration, le fit enuironner d'vne 

chanfsée, 



i o Liure ï. de l'Hiftoire des Plantes, 

chauffée , pour pouuoir pafler le temps deflbus en retournant de Ja chafle. Touchant le Chefnc, 
qui eft à Balle au bois de faind Pierre, qui a le tronc ii gros , que trois hommes ayans les bras 




aux dieux. Ils eftoient confacrez à lupiter : on en faifoit les ftatuës des dieux : on leurfacri- 
fioic : on s'addrefToit à eux comme aux oracles. En Bretagne on plantoit des Chefnes en droicte 
ligne au deuant des maifons des Gentils-hommes , & leur feruoient de porche , ou gallerie. Iceux 
eftans deuenus vieux, tefmoignoient no feulement l'ancienneté de la famille : mais aufli la fainde- 
té. Car fi quelqu'vn commettoit quelque ade infâme . non feulement il eftoir puny : mais auffi 
on coupoit les Chefnes de deuant fa maifon ; ce qui eftoit eftimé pour vne trescgr-uide note 
fuch. ch.g 4 . d'infamie. On pourroit adioufter plufieurs autres chofes touchant les Chefnes , dont les liures 
fch° nh ff ÏC ^ es anciens ^ ont cous pl enls : mais eucs ne Croient pas à propos de la matière que nous traidons. 
Le lieu'. ' Le Chefne croift par tout aux forefts , &: autres lieux. Il aime les lieux fablonneux , maigres , de 
(ces. Le CbermilUt , ou Hemeris croift en terre mince & fterile , en lieu fablonneux , & pierreux. 
Le Phagm en lieux fablonneux , &C maigre. Le Rotire aime les montagnes , & vallées , ainli que die 
Letemps. ' Pline. Le chefne bourgeonne au printemps : mais plus tard, que beaucoup d'autres arbres. Theo- 
Lm.i6.chap. pj^ffe ne antmoins le met au nombre de ceux , qui bourgeonnent des premiers. Il faid les fueil- 
Fuch.là mef. les nouueiles au mois de May. Le gland eft meur au mois d' Aouft. Les galles croiflent en efté, 
î-hift ch' dC ^ commencenc a tomber au mois de Septembre. Theophraftc dit , que le fruict du Chefne n'eft 
Dodon. lu. pas fi'toft meur : ains feulement enuiron le mois de Nouembre. Il deifeche , & eft aftringeant. 11 
chap.68. efchauJffe vn peu moins que le degré du milieu ; fçauoir au rang des tiedes. Les fueilles , l'efcorce, 
turlT&hi & la coupelle du gland , font fecs iufques au troiiiefme degré , &: aftringeans. Les glands ont le 
g*J*J: mefme remperament , horfmis qu'ils font plus chauds, &c moins aftringeans. Le gland , félon Aui- 

d*$ fimpl.' cenne,eft froid,& fec : froid au premier degré,& (ce au troifiefme. Tout Chefne eft de vertu aftrin- 
Dodon.n. 6. géante, mais principalement la petite peau , qui eft entre l'efcorce, & le bois : &: aufli la peau , qui 
Liufîf chap! enuironne le gland par deflbus la première efeorce. On donne leur decodion aux malades de 
a86. dyfenterie , &c aux cceliaques , 6c à ceux qui crachent le fang. On en faid des peifaires après les 

auoir pilées , pour reftraindre le trop grand flux des femmes. Les glands font les mefmes eiïeds, 
prouoquent l'vrine , & font douleur de teîte , & engendrent des ventofitez à qui en mange, & ré- 
futent aux picqueures des belles vènimeufes. La decodion des glands auec l'efcorce , eftans 
cuits auec du Jaid de vache , fert contre le poifon , fi on boit de ladite decodion. Si on en met 
fur les inflammations après les auoir pilé tous cruels , ils appaifent l'inflammation. Ils feruent con- 
Liu.i.ch.m. tre les durtez des vlceres malins, eftans mêliez auec de la graille de porceau falée. Voilà ce qu'en 
fim" 6 ' Ci " dit Diofcoride. Galien dit,que toutes les) parties du Chefne particicipent d' vne vertu aftnngeante: 
mais fur tout la petite peau qui eft deflbus l'efcorce du tronc ; & celle aufli qui eft , non pas fous 
la coupelle du gland , comme Gérard l'a interprété : mais fous l'efcorce , à fçauoir celle qui enui- 
ronne le noyau. Partant elle eft eftimée eftre propre pour eftancher le trop grand flux des fem- 
mes , le crachement de fang", &c tous flux de ventre , qui ont duré longuement. L'on fe fert prin- 
cipalement de fa decodion. Iemefouuiens d'auoir guéri vne playe faide par vn coup de ha- 
che , n'ayant point d'antre médicament , que de fueilles de Chefne. le les pilois auec vne pierre 
vnie , puis en frottois la playe , & tout à l'entour d'icelle. Le fruid du Chefne a la mefme vertu, 
que les fueilles ont ; &: y a des Médecins , qui s'en feruent au commencement des inflammations, 
Liu. des ma- &• cependant qu'elles croiflent. Hippocrate faid vn parfum de fueilles de Chefne , au fuftoca- 
Liuredes af- tions de l'amarry : luy mefmes vfe du mot /3aAa'v* , au lieu de tyvk : là où il ordonne de mettre 
feft. fur les inflammations iSctAÛva ÇvXka, , c eft à dire, des fueilles de chefne. Chacun fçait bien aufli, que 

«"d/uli les glands prouoquent l'vrine , fi on les mange. Car on les garde communément après les auoir 
fechez, pour en vfer, fi quelqu'vn a difficulté d'vrine. L'eau des fueilles tendres, cueillies inconti- 
Auch.m. nent qu'elles commencent à fortir , diftillée par vn alembic de verre , dans vnbain d'eau tiède, 
de Diofcor) arrefte les inflâmations du foye , rompt les pierres des reins , & eftanche le flux blanc des fem- 
mes. Elle l'ert aufli en la dyfenterie , & à ceux qui crachent le fàng. Il y en a, qui l'ordonnent à 
ceux, qui font malades de fleure peftilentielle : par ce quelle a grand vertu contre les venins. 
Les fueilles verdes tenues fur la langue , appaifent la chaleur de 1 eftomach. L'eau qui fe treuue 
dans le creux des Chefnes pourris , guérit toute forte de gale vlcerée. Ourre plus fes pelottes che- 
ueluès, feches, & mifes en poudre font fort aftringeantes. Et pource aufli c'eft vn fingulier remède 
contre tout flux de ventre. En fomme elles feruent lors qu'il faut eftancher. Et aux exemplaires, 
qui font en langage Allemand , il adioufte ce qui s'enfuit ; l'efcorce moyenne d'arbre , &C celle 
qui eft en dedans du gland , il on les cuit en eau , & vinaigre , amortiflentje feu volage , fi on les 
met deflus. Les fueilles de Chefne appliquées fur les pullules chaudes , appaifent la chaleur, & les 
gueriflent. Les femmes qui endurent difficulté d'vrine doiuent ietter du vin fur les charbons de 
Chefnes ardents, & receuoirla fumée par vn entonnoir, dans leur nature. Au flux des femmes il 

faudra 



Des Chefnes. Chap.I. H 

faudra fomenter leur nature aucc la decodion des fueilles de Chefnes cuites en l'eau. Les gland 
de Clicfnc font le mefme efed. Hierofme Tragus. L'eau diftillée des fueilles des Chefnes ten- Liu. $,ck, 7 o. 
dres , & lors quelles commencent à fortir , ou bien des glands , qui ne font pas encor meurs, eftan- 
che tous flux de ventre , &c de matrice : & mefmes la chaude-pitle. On en donne aufîi à ceux qui 
crachent le fang , & à ceux qui ontefté mordus , ou picquez par les ferpents , ou autres belles ve- 
nimeufes. Si quclqu'vna beu du poifon, ou des cantharides, tellement qu'il en pille le fang,com- 
me nous auons veu quclquesfois , qu'il boiuc des glands réduits en poudre , &: il s'en treuuera iou> 
lagé. Aucuns ordonnent les glands fechez contre le mal de la pierre. Les fueilles de Chefne ten- 
dres, & rouges , cuittes au vin appaifent la douleur des dents, fi on s'en laue la bouche , & que l'on 
$'en gargarize ; pourueu que la douleur foit caufée par vnc defluxion froide : mais il faudra fouirent 
lancr la bouche auec laditte decodion chaude. Dodo». L'efcorce du Chefne puluerisée eft bonne Jjtowhrffc 
aux petits enfans contre les vers» On méfie auec grands fuccez la coupelle des glands, & l'efcorce 
du Chefne parmy les onguents , huiles , &c emplaftres, qui feruent pour eftancher le flux de fang, 
8c tous autres. Democrite dit , que les ferpens meurent , fi on leur iette la fueille de Chefne dei- 
fus. La «acine bien pilée fert contre la morfure du ferpent nommé Hidrus. Sa décoction prife auec 
du laid de vache , fert contre les venins, & mefmes Ci on en frotte la morfure des ferpens. Le char- 
bon de Chefne, pilé aiiec du miel, guérit le charbon : duquel deux Romains qui auoient elle Con- 
nais , moururent iadis en vne mefme année ; à fçauoir Iulius Rufus &c Quintus Lecanius,comme le j^i&d» t ; 
récite Pline. Ainfi mefmes auxehofes perdues ( comme Pline l'a fort bien dit) ôc qui ne font corn- Liu.j6.ch. 
me plus en eftre , comme en ce charbon , il fe treuue encor des remèdes. Gal-en fait boire contre g£ ^^ 
la douleur d'eftomach du laiet , après y auoir ietté des charbons de Chefne bien allumez. Si Ion f es faciles à 
bouche l'entrée des trous des fouris champeltres auec de la cendre de Chefne, en touchant fou- JJJgKJ^ 
uent laditte cendre ils deviendront rongneuz,& en mourront.Le Chefne 8c l'Oliuier font Ci grands clup. 4 5 , 
ennemis , que fi Ton plante l'vn en vne folle , de laquelle on aura airaché l'autre , il enmourra. Le ^ e ^ u ' 14 " 
Chefne meurt auffi , û on le plante près du Noyer. 11 eft certain par le tefmoignage de pluficurs 
tant Poètes , qu'Hiftorieus qu'il n'eft pas befoin d'alléguer icy , que les hommes iadis fe nourrif- 
foient de gland , n ayans encor rreuué f vfag'c du froment. Pelalgus fut le premier qui aprint aux ? a ^ â »* L 
Arcades d'vfer de celle viande , laquelle leur eftoit fi aggreable , mefmes defpuis que les autres îiu.i.des aii- 
Grccs vfoient défia du bled , que l'Oracle Pythien , aduertilTant les Lacedemoniens qu'ils ne leur » en >- PIli - 
fiflent pas la guerre , les appelle Balanofages , c'eft à dire , Mangeurs de gland , comme Plutarque le 
recite. De là vient que le Chefne eftoit confacré à Iuppiter, ( combien que les Poètes en allèguent 
d'autres raifons ) 6c eftoit appelle l'arbre de Iuppiter : parce que Iupiter au commencement nourrit 
les hommes de gland , fubftentant par ce moyen leur mifcrable vie. De la vient ce prouerbe , lia 
mangé les glands de plu/icurs fe [les de Iuppiter ; pour dire, que c'eft vil homme aagé, 8c qui eft fage, 
par vne longue expérience de plufieurs çhofes. Et l'autre qui dit «A'f «^uc?, c'eft a dire, ajjex de Chef- 
nes; de ceux qui laiffans les choies mauuaifes s'adonnent aux meilleu: es,comme ceux qui ont laiffé 
les glands , après auoir treuué l'viage du bled , difans qu'il ont allez longuement demandé leur , 

nourriture aux Chefnes. Cicero meimes en vfe âiCzm,Dignitat2S $J$H tanqimm «tyu«ç, Dignit ati fatis g Ci * ' 
çonfuluifli,n{in.c fakiti çonfule-.Tu as affe\pcnfé a ton ho»neur,penfe maint enat à tafanté. De là venoit 
aiuTi la coftume qui eftoit en Athènes : c'eft qu'aux nopees vn enfant eftoit tout couuert & cou- 
ronné de fueilles d'efpine , & de glands de Chefne,8c portoit vn berceau plein de pain, &: en mar- 
chanterioit ainfi, Iay ef chape les malheurs,é' ay rencontré mieux : par lefquelles paroles.ils fouhait- 
toient tout bonheur à lefpoux &C à l'efpoufée , comme s'ils deuoient auoir meilleure fortune : car 
les efpines comme fteriles eftoient mauuaifes , 5c les glands auffi , defqucls les hommes auoient ac"- 
couftumé de viure s mais les pains eftoient bons. Defpuis mefmes que l'vfage du bled a efté treu- 
jaé , tous n ont pas delaifle d'vfer des glands ; car M. Varro, comme le tefmoigne Aule Gelle , en la ^ Varr<> 
Satyre des viandes, met au nombre des fruids exquis de plufieurs nations , les glands d'Efpagne. liu.16.cb.> 
Pline dit, que de fon temps les glands eftoient la richefle de plufieurs nations , melmcs en temps 
de paix : Et encor a prefent[àk-i\)à (autre d'autre graine, on fait de la farine de gland feché,& enpe- 
Jlntonditpaiii. Et encor auiourd'huy on en fert à table en Efpagneauec ledcllert. Or eft il plus 
doux s'il eft ciiit fous la cendre.Ceux qui habitent aux motagnes du Portugal(comme dit Strabon) 
ne viuent d'autre chofe que de gland , les deux parts de l'année : car après les auoir fechez , ils en 
font de la farine , laquelle puis après ils gardent pour faire du pain. Les Allobiens , peuple de la 
Sarmatie, ainfi que recite Clément en fon traitté des Parements, viuent de glands, 8c du menu Clément. 
fruid des arbres. Galien tefmoigne que ceux de la ville de Pergamc , dont il eftoit natif, ont vefeu £; h ^ s 
de gfonds , ayant difette de bled, les apreftans en diuerfes fortes : car par fois ils les faifoient bouil- 
lir en l'eau , &c puis les mettoient cuire fous la cendre chaude : quelquesfois après les auoir ré- 
duits en poudre ,iis en faifoient de la bouillie , ou auec l'eau feule y adiouftans puis après quel- 
que condeure, ou bien du miel : 5c par fois les faifans cuire dans du laid. Or ils nourriiîent bien 
abondamment,& autant que plutieurs viandes faides de froment : mais ils demeurent long-temps, 
yà parler , & ont vn gros fuc , dont s'enfuit qu'ils font de dure digeftion. ^tius en dit de mefme : 

Simeon 



tir p. j 4 . 



1 2 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

Lu -e i co Simcon Sethi dit ' °i uc les g lands font mal -aifez à digérer, qu'ils font tardifs à palier , Se qu'Os cn- 

s Su ' ' gcndrcnc des cruditcz.Pour ces raifbns les Médecins deftendent d'en vfcr.Galien entre autres cho- 
ies les defîend auiïï,non feulement en la douleur de tefte caufée par le confentement de l'efto- 
mach ,mais aufîi en toutes les maladies delà tefte. Pythagoras commandoit auffi le mefme, com- 
me dit Mit!â Or en ce temps icy les glands ne feruent qu'à nourrir les animaux , Se far tout les 
porrcaux:car ils endeuiennent gros Se gras, ainfi que Varro l'a efcriptxar par le moyen des glands 
plufieurs peuples, tant de la Fiance, qu'autres régions, engraifïent vne infinité de porceaux parmy 

Lin. 6 ch. 3 . les forefts à gland. Caton veut qu'on les cueille après les femailîes , Se qu'on les mette dans l'eau, 
pour en bailler au beufs , après qu'ils ont faift les femailîes, vu demy boiffeau, Se au printemps vn 

U e i des boi(î 5 an * cnac un. Columella veut qu'en hyuer on nourrifle les beufs de glands, Se des fueilles de 
..i.ru.c .;x. Chefne en efté,& en l'Automne. En fomme le Cliefne apporte plufieurs autres Se grandes com- 

Lm. 3 .c. 70. moàitez. Les Tanneurs Se autres tels ouuriers fçauent bien fe feiuir de l'cfcorce : combien que 
Bellon efcriue, que les Grecs , & ceux d'Afie fe feruent pour conroyer les cuirs des coupelles des 
glands de l'Efcuîus . comme en France on fe feit de l'efeorce des Chefnes. Quant au bois, Tragus 
dit, qu'il n'y a perfonne qui fçeut dire, combien il eft vtile Se profitable : car il n'y a point & de bois 
qui dure fi long temps en Ion entier, &: n'y en a point, qui foie en plus grand vfage , foit à baftir,ou 

1 T ?& 5 9 ^ ^ aire c ^ es meubles ôc autres inftrumcnts pour feruir tant en terre que iur l'eau.C)r ce que Tragus en 
3 ' dit ne doit pas eftre entendu du merrein de toutes les fortes de Chefnes,comme nous l'auons moii- 
ftré par l'authorité de Theophrafte, Se de Pline,qui difent que le Roure eft vn de ceux qui demeu- 
rent plus long temps à fe gafter Se pourrir. Que fi on le coupé au printemps,il eft fujecl à eftre ver- 
moulu. Que le Lotus eft le plus {ec de tous,&: après luy le Roure, qui eft noiraftre, après qu'on luy a 
ofté fon aubour:Que le Roure eft fi trefdur,qu'on ne peut le percer, fans l'auoir premieremét trem- 
pée qu'alors mefrnes il eft impoilible d'en arracher vn clou, qui y auraefté fiché : Qu'il y en a qui 
durent plus Ion temps en vn ouurage, qu'en l'autrc:Que l'Orme dure long temps à Fair,le Roure en 
terre,&: le Chefne caché en l'eau : Que l'eau marine corrompt le Roure Que l'E/culus n'endure 
point l'humidité : Que le Roure Se TOliuier fe courbe 6e plie fous le fais : Qu'il eft plus aifé de les 
feier eftans fecs,qu'eftans verts, finon le Roure, Se le Bouïs , qui rendent mieux, Se remplirent les 
dents de lafeie d'vne feieure molle; Se pourtant en les feiant , on ne meine pas également la feie, 
mais de biais, à fin que la feieure fe puiffe vuider. On tire de l'huile des glands, qui eft propre pour 
les lampes en les prenant après les auoir efeorcez , Se vn peu fechez, Se pilez. 



Des Galles. 



CHAP. II. 



Plia. Ha. 1 6. 
chap.6. 
Diofe. i. ch. 
113. 

Les noms. 



Les ejpeces. 



Lu forme. 
Oal.li.7.des 

Paul. Mt.lu 
7-chap.i. 



flin. liu.14. 
chap.4. 



Liure fur 
Pio Ce, chap. 
113. 




Ombien que tous les arbres, qui portent gland,portent auffi des galles,ainfi que dit Pli- 
ne :pource toutesfois qu'elle vicnt.plus fur les Chefnes , que fur les autres arbres , dont 



Noix de galle. 




mefmes Diofcoride appelle les Galles, fruict de chefne : Il 
ne fera pas hors de propos , après auoir trai&é des Chefnes, 
de parler auffi des Galles. Elles s'appellent en Grex «Ws; 
en Latin Se Italien GœlU : en Arabe Hafi : ou bien Hafus , en 
Alemand Galloepfel, Se Eychoepjfel:ç\\ Efpagnol AbogalU:cn 
François , Noix de Galle. Il y en a vne forte appellée Ont- 
fhdc'itïs , c'eft à dire , Verte^ ou Mal-meure , qui eft petite, Se 
froncie, comme les ioinftures des mains : car Matthiol in- 
terprète ainfî le mot x.ovJvAaJ'viç , lequel eft comme vne 
defeription de la Galle Omphacite , fi premièrement on ex- 
prime la grofîeur. Elle eft folide , Se n'eft point percée : l'au- 
tre eft pleine , légère, Se percée. Galicn&^Etiusfontla 
mefme diftinction , mettans la galle omphacite , Se l'autre 
qui eft iaune , grande , Se flacque. Ce qui n'eft point con- 
traire à ce que nous auons dit cy defïus, de la diuerfite des 
fruits , par l'authorité de Theophrafte. Car la Galle blan- 
che , petite Se folide , eft la mefme , que la grande, percée Se 
noire , comme dit Pline. Nous ne mettons pas moins de 
{ones de Galles , difant qu'elle eft folide , percée , ou blan- 
che , noire , grande ou petite. Ce qui fe prenne par l'autho- 
rité de plufieurs bons autheurs. Les Chefnes font des noix 
de Galle tous les ans : car en Italie , outre le gland , ils por- 
tent deux fortes de Galles , comme dit Matthiol : les moin- 
dres qui ont la peau froncie , defquelles les foulons &: tan* 
neuts fe feruent , Se que les Grecs appellent Omphaeitides : 
les plus grandes qui font plus légères. Nonobftant tout ce. 

qui 



-des 



Des Galles. Chap. IL 15 

qui a elle dit cy defTus:Cornarius alTeurequcla Galle Omphacite de Galien Se Diofconde,n'cft au- 
tre chofe que la coupelle,à laquelle les glands font attachez:ce qu'il tire d'vn feul paffage de Paul 
JEgine, qui dit ainfî : De l' Omphacite brujlee. C'eji ce creux auquel fort Le gland du chefne, & duquel *£* y 
les tanneurs fe feruent. Auquel partage il veut qu'il y ait cpQtt\i.m£®. , & nc .n pas opipoutiJ®*, ^Jj. j^ r , 
difant qu'il ne changera point d'opinion, il premièrement quclqu'vn ne luy monftre que cepaffa- Diofc - 
ge de Paul ^gine,cft corrompuîou bien que cemotôftp*xiV<* eniubftantif le prend par ledit Paul, ÏÏ.fzf ^ 
pour la coupelle du gland. Mais Matthiol reprend ledit Cornarius &à bon droit : car (dit-il) fi 
Paulus n'euft penfé que ce mot oy$*.ùè©* , pour eftrc rare , Se peu en vfage * ferait obf cur à plu- 
ueors , comme mefmes il a fcmblé obfcur à Cornarius, il n'euft point elle de beibin d'en adioufter 
1 interprétation. Il eft auiîi aiséàcognoiftrc, que Paulus parla Galle Omphacite n'a pas entendu la ^«JJ 
coupelle du gland : par ce que parlant en vn autre endroit des galles , Se non des glands , il met 
deux fortes de galles,defquclles il en appelle vnc Omphacitide, Se l'autre qui eft iaunc,grande Se de 
moindre vertu que la précédente, fuiuant en ce Diofcoride Se Galien , qui ne les ont point diftin- 
gue autrement, Se n'ont iamaisprins la Galle Omphacitide pour la coupelle du gland,fachants bien 
que les glands Se leur coupelle, cftoient du tout chofes différentes d'auec les Galles. D'auantage 
Diofcoride, Galien & Paulus n'ont iamais vsé du mot Omphachis, pourfignifier la Galle, fmon en 
s'en feruant comme d'vn adie&if ioin£t auec fon fubftantif xw. Parquoy il me femble , qu'il faut 
lire en Paulus hpty*ùâ@* , & non pas è/^ajc/W^ , comme Cornarius le maintient: Se que les 
Grecs appellent la coupelle des glands 'op<p&Ki<$a, ; combien que Cornarius Se Andernacus ( lequel 
a traduit le mot cpÇaKlJct, grape de vertus : encor qu'ils fuffent tous deux bien entendus en la lan- 
gue Grecquc)n'ont pas efté de ceft aduis.7K^,dit Cornarius, par le mot Omphacitis, il ne peut eflre 
que la Galle mal meure [oh entendue^uis que toutes deux, lors mefme quelles font en leur J ai fonffont 
malmeures.Ot quand Diofcoride & Galien nomment la Galle Omphacite , ils n'entendent pas par 
ce mot celle qui n'eft pas meure,combien que plufieurs les ayent ainfî tranflatcz:«rtiWj celle^ corne 
dit Galien,^///' effort afpre, a comparai fon de l'autre Galle \qui ne l'efpasffirt-.lzqucWc luy mefmes ç^i 1 CS 
dit que, les paifahs de lbn païs la nomment, àmK^KtJ'a, c'eft à dire, Galle de w»,parce que là où il y a 
befoin de grande aftri&ion, il la faut cuire dans du vin qui foit vn peu afpre. Aucuns toutesfois 
penfent que la groffe Galle ait efté appellée par Galien ovo^ki^o, , c'eft à dire, Galles des Afnes. Les 
autres eftiment qu'elle foit appellée Vtneufe à caufe qu'eftant moins aftringeante,elle approche plus 
a la qualité du vin.. Là Galle Omphacite , félon que dit Galien, deffeche au troifïefmc degré , Se re- 
froidit au fecond:l'autre deffeche bien auflî; mais d'autant moins qu'elle eft moins afpre. Auicenne Liu * 2 - chà P* 
dit,que la Galle eft froide au premier degré , & fecheau fécond : Dodonée veut qu'elle foit froide lïu.6. ces. 
Se feche iufqu'au troifïefmc degré,&: fort aftringeante. Diofcoride dit qu'il faut choifïr la Galle qui Llu - I - c * ia P' 
a plus de vertu , Se que l'vne Se l'aiitre eft tres-aftringeante. Si on les pile, elles empefehent lex ex- 
croiffances de la chair , Se les defluxions des genciucs , & de la luette , Se les vlceres de la bouche. 
Le noyau d'icelles mis dans le creux des dentS appaifes leur douleur. Si on les brufle fur les char- 
bons iufques à tant, qu'elles iettent de la flamme, en les iettans puis après dans du vin , ou du vin- 
aigre, ou bien dansdelafaumure forte, elles eftauchent le fang. Leur deco&ion eft fort profita- 
ble contre la cheute de f amarry, Se contre les defluxions d'icelle. Trempée dans l'eau ou vinaigre 
noircifTcnt les cheueux, Il eft bon d'en oindre , ou en donner à boire aux dyfenterics ou cœliaques 
dans du vin,ou bien dans de l'eau après les auoir pilé.Il les faut cuire parmy les viandes,ou bien les 
faire bouillir toutes entières dans l*eau,dans laquelle il faudra cuire ce que l'on veut qui férue auf- 
dites maladies. En fomme il en faut vfer, quand on voudra reftraindre , arrefter ou deifecher. Ruel 
corrige latradu&ion d'Andréas Lacuna en ceft endroit.-là oùil dit, que le noyau mis dans le creux 
des dents appaife la douleur,^* Grec, dit-il, il y aainfi to 'j y.i<rvt cwtuv, c'eft à dire le dedans d'icel- 
les. Auquel lieu Diofcoride entend le cœur, le dedans Se la moëlleaion pas le noyau,veu qu'il n'y a 
point de Galle qui en ait,& qu'elle font d'vne mefme fubftance par tout leur corps Mais Ruel fc 
peut défendre par l'authorité de Pline, qui eferit ainfî des Galles : Le noyau d'icelles m afche' appaife 
la douleur des dent s. Mais il ne fe faut pas eftonner fi Pline dit le noyau des Galles,veu qu'il appelle Liu. 14.C.4. 
l'acier, noyau du fer. La Galle Omphacitv{difGa\ien)deffèche, & repouffe les fluxions. Dauantage elle [^" 3 J c s l4> 
rcftraïnât Se referre les parties qui font flacq-ues Se molles, Se a grande vertu contre toutes deflu- f imp . 
xions-.mais l'autre Galle deffeche moins : parquoy eftant cuite feule , Se broyée, on en fait vn ca- 
taplafmequieftfouuerain pour les inflammations du fondement, Se pour la cheute d'iceluy. Or 
il la faut cuire en , l'eau , s'il n'y a pas befoin de grande aftriction : que s'il faut mieux reftraincjre, 
il la faut cuire dans du vin: Et pour la rendre encor plus aftringean te, il la faudra cuire dans du 
vin qui foit vn peu afpre. Bref les Galles eftans brufîées acquirent vne faculté d'eftancher le 
fang, receuans par la brufleure vne chaleur Se acrimonie , Se ont les parties plus fnbtiles , Se défi- 
chent plus que celles qui ne font pas brufîées. Or pour f lire qu'elles eftanchent lefang,illes faut suj.Ie.x.liu. 
mettre fur les charbons iufques à ce quelles foient toutes enflammées , puis les eftaindre dans du d £ Diofc. 
vin, ou vinaigre. Matthiol dit, que l'on fut de fort bon ancre à eferireauee la Çalle Omphacite, c ap,IÎ 
Tome premier. B du 



1 4 Liure I de l'Hiftoire des Plantes, 

du vitriol, de la gomme &: du vin, en ceft e forte : Prenez cinq onces de galles pilées gro{fierement^ 
de vitriol Romain trois onces , de pranmc Arabique deux onces , de fel vnedragme ; mettez le 
tout en vn pot de terre bien vernifFe : puis iettez deffus cinq liutes &c quatre onces de bon vin blanc 
tout bouillant, &: après auoir bien eftouppé le. pot , mettez le au Soleil quinze iours durant, ou bien 
en hyucr derrière le fourneau d'vn poéle , le bradant tous les iours auec vn bafton. Les gro fîes 
Galles ont cela de particulier , quelles monftrcnt tous les ans s'il y aura abondance ou cherté en 
en celle année là. Car en ouurant celles qui font entières èc non percées , il en fort , ou vne mou - 
che, ou vnearagnée , ou bien vn petit ver : Si la mouche s'en vole , cefl figne de guerre : s'il en 
fort vn vermifTeau , cefl: figne de cherté : fi c'eft vne aragnée, c'eft ligne de pefte. Et ne fe faut ef- 
merueiller fi cespetis animaux croiflent en toutes les Galles : Car, dit Matthiol, ienayfouuentfait 
S expérience, é° n'en trouuay iamaisvne qui ne fufl forcée , dans laquelle il ny eujl vn de ces trois 
snimaux. Mais fi elle eft percée, ileft bienaiféà voir que la befte en eft fortie: Nous pouuons 
donc à bon droift dire,que le Chefne produit des fruids &c des animaux. Ce que les anciens ayant 
bien remarqué, n'ont pas dit fans caufe, que le Chefne eftoit confacré au grand Iupiter. Albert 
le Grand dit , que fi la galle demeure fur le Chefne , elle pourrit, & qu'il s'y engendre vn ver , & 
que fi ledit ver eft au milieu de la galle, c'eft figne que i'hyuer prochain fera afpre : mais s'il eft au- 
près du bordj I'hyuer fera doux. 



Du Guy* 



chav. m. 



les noms. 
Lia. i. de la 
gêner, ch. i. 
Liu.r. de 
lhift.ch. 9 .&: 
16 & au i. 
liu.dcs.cauf. 




>.9.du 5 
liu.de ÙioCt, 



E Guy croift fur diuers arbres : toutefois pource que celuy qui croift fur les. 
Chefnes eft le meilleur , encor qu'il foit rare il femble qu'il ne fera pas mal 
feant d'en traider après les Chefnes. Ariftote le nomme *|W , d'où eft venu 
le mot Latin Vifcum. Theophrafte l'appelle <£<<* , qu'il dit eftrele nom com- 
mun : les Arcadcs.Hyphear : ceux de Ncgrepont,Stelis: les Arabes Debachty. 
Dabach, & Hele-.lcs François, G»)', le s Italiens,F//c^/o:les EfpagnoIs,L/^ mor~ 
dago : le Allemands Mifiel^ & Eichenmifel,Sc Vogellem\.z Poète Ion l'appelle 
fueur de chefne. Le Glu qui fe fait de fon fruid, retient en Latin le nom de la plante , comme auiîl 
en Grec il s'appelle <|«s. D'auantage à fin que la fimilitude des noms ne nous trompe, il faut noter 
que le Chameleoriblanc,ow Chardoujfe eft nommé par aucuns »£<«., par ce qu'il fe treuue du glu au- 
iiu.3. ch. 8. tour de fes racines, comme dit Diofcoride. Mais Pline met deux fortes de chzmeleon \ affauoir le 
Liu.ii.ci8. blanc, qui eft appelle <£/<*,. &c. En outre Diofcoride met l'ixias au nombre des racines venimeufes. 
Emb. 9 C .du 5' Laquelle Jxias, Pline voyant ( commedit Cornarius) qu'elle prenoit fon nom dtfxos^ c'eft à dire, 

Guy, 2. par tout vfurpé le mot de Vïfcum r 
Le Guy. pour / txias , qui a la racine venimeufe. 

En quoy il y a eu de la faute,à caufe que 
ce mot là fe prend pour le Guy des ar- 
bres , &: pour, te Glu aues lequel on 
prend les oifeaux. Ce que Leonieerus 
aauj.fi remarqué. Pline met trois fortes 
de Guy : l'vne qui croift en Negrepont 
Lia 1 6 c.44. ^^^^S?^^^^^^M^ry£^^ l ^^L i ^^^ fk ' feï le Sapin, Se laMeleze, qu'ils appel- 
z» #«*. <sÊÊM?Hm^M ' / ^^MfïM âb^ km Ste lis: &c Yzum dite pavlzs Av- 

czdçsflyphear.Mœis que le Guy croift fur 
le chejne,&le Ronre, efre. Selon l'opi- 
nion de Theophrafte l'llex,ou teufe du 
cofté de Septentrion porte le Vifcum* 
Theophr. lf. """Jlf W%È CI ^^^^^^^^^^^ % * & du co &£ de midy l'Hiphear. Mais ils 

i.des cauf. g| ^1^^^^*^^ ^HH^ ^^ ont tous vne mefme nature, & n'y a 

Liu1e5.de. différence qu'en l'habitude : D'autant qu'ils croiflent en diuers lieux- Il en. faudioit donc bien met- 
lhift ch.16. trc pi u £ eurs autres fortes , puis qu'il en croift auffi fur les autres arbres. Aucuns adjouftent celte 
différence , que le Guy tombe , s'il croift fur vn arbre qui perde fes fueilles : mais qu'il dure rou- 
fiours fur ceux qui ne les perdent pas : dautant qu'il reçoit continuellement nourriture fu r ceux-cy, 
ÔZ non fur les iutrcs:Mais{dk Sczligetfnous voyons que le Guy ne perd pas vne fueille fur nospomiers. 
Aux comm. €ncar ^ù il fient tous dette (lus far t affrète' de I'hyuer Ce quiaduienc d'autanr. qu'il a vn fuc glueux, 
des eVufcs* qui pour ceft 2 caufe eft aiïez baftant pour l'entretenir r comme il en prend aux animaux , qui de- 
meurent cachez en hyucr fans manger , ainfi aufiïfautil croire qu'il en foit des arbres , qui ne fe 
chap. i i? . defueftent point de leurs fueilles. Pline dit, que le malle eft fertile, &: la femelle au contraire eft 
Lufomie. infertile. Le Guy eft vne plante laquelle iette plufieurs branches , ayant fes iettons tous nouez , qui 
s'entrauerfent lVn l'autre, &: font de couleur de pourreau au dedans, & iaunaftre en dehors, 
comme dit Fuçhfe , &: Diofcoride auffi , qui toutesfois femble raporter ces mots au Glu , qui fe 

fait 




Du Guy. Chap.III. 15 

fait de cette plante, Se non à la couleur de la plante , laquelle Pline dit , qu'elle eft toufiours ver- r • 
doyante. lia vne mauuaife fenteur , la fueille quafi comme celle dubouïs , toutesfois plus petite, chap.!^', 
plus longue,&: plus groflette : la couleur eft verte tirant fur le noir. Il n'eft iamais o-uieres plus haut 
d'vne coudée. Ruel & Fuchfe difent , qu'il ne fleurit point :& toutefois il fait de petites rieurs Liû.i.c.140. 
iaunes defquellesil croift des petites bayes , rondes , Se pâlies , pleines d vne humidité vifqueafe, cha P- " h * 
& dans lefquelles il y a vne femence noire. Le Guy eft du nombre des plantes , qui ne peuuent ie/»» 
croiftre fur la terre , mais croiflent fur les arbres, Se n ayans point de lieu propre, elles croilfent en 
celuy d'autruy 3 ainil que difent Pline Se Theophrafte. Ce qui vrayement eft digne d'admiration, chap 1 ^ 16 ' 
que le Guy croiffe par tout fur les troncs des arbres, fans aucunes racines , & s'y entretient toute Theophra- 
l'année, &; mefmes l'hyuer, comme dit Virgile: ? e lmre *• 

Comme le Guy a la fueille nouuelle ch. % 3 . 

Croift aux forefts en-hyuer quand il gelé, 
Sans ce qu'il foit de fon arbre femé. 
Ceux de Negrepont appellent celuy qui croift fur le Sapin Se la Melize, #<?/«: ceux d'Arcadie 
l'appellent Hyphear. Plufieur afferment que le Guy ne croift que fur le Chefne , le Rouie , i'Yculc, , .. 
le prunier fauiiage, Se le Terbcntin , Se non fur les autres arbres. Il croift abondamment fur le mcC^™ 
Chefne 1 , &: eft appelle fyvbi Hyphear. lien ctoift auiîî fur le Chaftagnier, pommier, poirier,Sorbier, Dod °n H- 
fur lé Saule , fui le Til& furie Bouleau , Se fur d'autres. Mefmes Diofcoride dit, qu'il en croift Liu.^ch.sj 
fur la racine de quelques petits arbrifleaux. Bellon dit, qu'il y a des Oliuiers en la Paleftine , fur Liurei.dcs 
Icfqucls le Guy croift Se porte des bayes rouges , Se que pour cefte caufe ils en deuiennent ileriles. °h.8 ?"*"" 
II fleurit fur la fin de May. Son fruift eft meur au commencement de l'Automne, ou à la fin "z* tem^s 
de Septembre^ dure tout l'hyuer. Il efchauffc auec vne acrimonie , ainii qu'eferit Paulus. Il eft *££%?** 
composé d'vne matière aérée Se aqueufe , ayant peu de fubftance terreftre :, car l'acrimonie fur- £«.w«w, 
monte fon amertume. Selon Auicennc , il eft chaud Se fec autroifiéme degré. Ses fucilles Se fon ^ c ^!^ 
fruiâ: efchauffent Se deffechent , Se font compofez de parties aifés iubtiles. Le Guy amollit , re- Gal.iiu.6. 
fouit Se attire, fait meurir les parotides , foi-oncles , Se autres apoftumés , mis en emplaftre auec ^ sfiin P- 
autant de refine Se. de cire , il guérit les petits charbons : ioint auec de l'encens , il amollit les 718. ' 
vieux vlceres , Se apoftumés malins : cuit auec de la chaulx, Se la pierre Agathe , on Afliene, con- D °y n Vnh 
fume la râtelle, il on le met deffus. Auec orpigment ou arfeniefait tomber les ongles : meilé auec ùasef. dis 
de la chaux,-& lie de vin fa vertu s'augmenteoù comme aucuns lifent, il augmente leur vertu. fim ^ p ; 

Le Guy félon Galien, attire puiffamment les humeurs des parcies profondes , Se non feulement 
les fubtils,mais aufll les grofles,& les diilipe Se refoult. Or eft-il du nombre de ceux quin cfchauf* 
fentpas fi toft qu'ils font appliquez, mais qui demeurent quelque temps,comme la Thapfra. 
Matthiol dit, qu'il y en a qui reduifent le bois du Guy en poudre bien menue, Se la font boire à s . ur lcch -.z 7 

, A , , A , rr 1 r n ' • ri i .du 3. hure 

ceux qui tombent du haut mal, Se aileurent que pluiieurs ont eite guéris par ce ieul remède : mais de Diofc^r. 
il en faut vfer tous les iours par l'efpace de quarante ■ iours, Se prendre garde que le bois, après qu'il 
aure efté coupé, ne touche point terre. Le mefme bois pendu au col , ou au bras auec [on efeorce, 
aide les femmes enceintes: mais i'ay conneu plusieurs lefquels ne fçachans que c'eftoit ny du mal, 
ny du medicament,au lieu du bois faifoient prendre du glu mefmes en pillules. Nous fçauons bien 
que le Guy qui croift fur le poirier fauuage , eft vn fouuerain remède à ceux qui ont les membres 
tetirez. Il le faut piler auec fes fueilles Se branches , Se de la graine de chappon frefche- Pour les 
dartres il faut premièrement les frotter auec de la pierre ponce , puis les oindre de la fleur du Guy 
méfiée auec de la chaulx- 

Tragus dit , que le fuc tiré par cxprcflîon de toutes les fortes de Guy , fi on le pile lors qu'il eft ^ nc liu -M 
encor frais Se vert , & puis que l'on en mette dans les oreilles, refoult les apoftumés froides d'i- ]Liu. j.ch. j. 
celles, Se les amollit en peu de iours , Se appaife la douleur. Il y a encor pour le iourd'huy des 
Chreftiens il fuperftitieux , qu'il croyent , que le Guy du Chefne fert contre les enchantemens, 
Se illufions du Diable , Se pour cette raifon , ils en attachent au col des petits enfans. Aucuns 
Empiriques eftimeHt,que iï l'on met en poudre le Guy, qui croift fur le Chefne, Coudrier ou Poi- 
rier , deuant qu'il touche terre , Se que l'on en donne à boire auec du vin , qu'il guérit du haut 
mal. Ils en font aufll des chapelets ou Patenoftres , qu'ils eftirrïent feruir à mefme erfe£t. Les au- 
tres l enchaflent en des cpliers d'argent. Gentilis de Folegni , Se laques de Partibus ont creu fa £ cu a-pâ* 
vertu cftre il grande, qu'ils l'ont appelle, 'Bois de lafaincle Croix, fe perfuadans,que ceftoit vn ex- t ;b." 
cellent remède contre le mal caduc, l'Apoplexie & Paralyfictant pris dedans, comme pendu au 
Col. Curtius afferme que le Guy qui eft creu fur le Nefplier efpineux , guérit ceux qui ont la iau- 
niffe. Le glu fe fait, comme dit Pline, des grains du Guy cueillizau temps des moi/Tons , auant Liu.ze.ch. 
qu'ils foient meurs: car s'il pleut deffus , ils en'dcuiennentbien plus gros , mais ils ne valent plus ' J£ l6 cht 
rien pour faire le glu. On les feche , puis eftans fecs on les pile Se les meton pourrir en l'eau par 14- 
, l'efpace de douze iours ou enuiron ; S£ivy a que le feul Guy qui deuiennebon en fe pourriffant. 
Apres on le pile derechef auec vn pilon , en l'eau courante , iufque tant qu'ayant perdu fon efeor- 
ce ,- la chair de dedans dénient gluante. Et e eft le glu aueç lequel on prend les oifeaux , l'ayant 
Tome premier, S 2, * premie 



1 6 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

premièrement deftrempé &: meilé auec d'huile de noix. Matthiol dit,que le glu fe fait en pluficms 
façons > mais que le meilleur fe fait des grains de Guy, qui croift fur le Chcfne. Il y a grande 
abondance de Guy en la Tofcanc , outre celuy qui croift fur les poiriers , &c pommiers , qui n'a au- 
cune vertu, car il encroift de fort bon , non feulement furie Chcfne, mais aufli fur le Cerrus, 
l' Yeufe, &: la chaftagne, fingulierement en noftre marine de Siene, où il y a de grandes forefts,que 




les cuifent en 

eau que toute 

duquel les habitans de la Lombardie 



* tlCUlLC Cil 1UJL UllCC. 11 i Uliail aiUII Cil JJI.ll. HL-;> OlvUWlL^a , UIH^UC! ICb ilU.UlLd.115 Lit. 1<J. ^uiuuaiu»,. 

fe feruent pour prendre les oifeaux , parce qu'ils n'ont point de glu d'arbre. Ils l'achètent des 
Vénitiens , qui le fonr venir de la ville de Damas en Cyric; Et pource aufli eft-il appelle Damaf- 
quin : mais il n'eft pas fi bon que celuy du Chefne. On fait aufli du glu de l'efcorce des racines de 
houx, & de la viorne enfeuelies en vne foiTe, auec les fueillcs de ces arbres en vn lieu humide, au- 
quel on les laifle iufqu'à tant qu'elles foient pourries. En après on les ofte de là, &c ou les pile tant 
qu'elles acquièrent vne vifeofité , puis on les laue en l'eau chaude , les menant enfemble auec les 
Chap.i < 7 . mamSt On en fait aufli en la mefme forte en d'aucuns lieux des racines de Guimauues. Serapio 
eferit aufli qu'il ferait de bon glu de l'efcorce des branches de l'arbre nommé Tarabella. Les ha- 
bitans de Tofcane tirent vn grand feruice du glu : Car outre ce qu'ils s'en feruent à prendre les 
oifeaux , ils en frottent les feps de leurs vignes ; de peur que les chenilles &: autre telle vermine 
dont il y a grande abondance en ce païs-là , ne montent pour manger le bouton , lors qu'il ne fait 
que fortir.Les Griues fe nourriflent du fruid du Guy,principak ment les groffes,que ceux de noftre 
pais appellent 7W<r//^;dontl'efmeut eftât tout plein de la feméce du Guy } il fe feme parce moyen 
fur les aibres,fur lefquels lefdits oifeaux fe perchent & fc paiflent,&: de cette femenec fort la plan- 
te du Guy, de laquelle fe fait le glu. A raifon dequôy Plautus a plaifamment dit, que la griue chie 

/"- -„-..x D!i.«„ „/l As* .-.-. <=./".-.. a nnlninn ml 1 /-l-i-i i,r 1 /-»rirrinr» Ait f~iii\r • il *tp -h/rtit rlit-_il rYnflrrp P ft a.Vt.t I OMlf . 



Liu.i6. 

C.44. 




liurc 

caul'es, 



HtlLlUL, LClltjUU 11 lit. WVUL tlUJUli-5" j/inuiviviuvni, ai "V »^ uii.vuoi.uu . vhmv. -v^w ~y~ •»-..." - « j- 

fte eferit Se admire,parce que mcfmes le Guy produit fiuift &: femence,de laquelle il pourroit s'é- 
rc x. des gendrer. Mais Scaliger nie celait* preuue que le Guy croift de l'excrément des arbres,qui a vie,co- 
: les " cha * me d'vne femenec auec laquelle il a quelque proportion,comme aufli la Galle,& non de la femen- 
Âuï comm. ce efmeutie par les oikaux>CommeJï dans feffomach ( dit-il ) des Ramiers & Griues le grain du Guy 
fufd.&cn ne Çgtoumit digérer , ér toutes/ois les grains des lambruches ou njigne-fauuage , qui font de beaucoup 
1 6 »!"" " plus durs ér gros, y font bien confumez,.Cc que nous auons effayé ayâs donné à mâger à vne Griue des 
grains de vigne , &: puis après de ceux du Guy , fans en pouuoir remarquer aucune refte en leur 
efmeut. D'auantage les oifeaux mangent ces grains là fur la fin de l'Automne , & au fommet de 
quelques branches droites,fur lcfquelles le Guy croifhcomment donc eft-il poflible qu'il fe main- 
riene là tout l'hyuer , fans qu'il foit laue &: emporté par tant de mauuais temps ? car il n'eft pas 
vray-fcmblable, qu'il croifie tout à l'inftant. Le Guy donc formé au commencement par la cha» 
leur intérieure du fuc, qui luy eft aucunement femblable , &aidé par la chaleur extérieure qui fat- 
tire en dehors , s'engendre &: croift en forme d'vne plante , comme les cornes fortent des os des 
animaux. Il ne faut pas oublier à ce propos ce qui eftoit digne d'admiration aux anciens Gaulois. 
Car les Druydes (ainfiappelloicnt-ils les Preftres ) n'çftimoient qu'il y euft chofe au monde plus 
t facrée que le Guy,& l'arbre/urlcquel il crôift,pourueu que ce fuft vn Roure.Touchât la vaine fu- 

c.'^.dc'ia perftition defquels , & de l'aueuglement du peuple qui en eftoit abreuué , faut voir lcsplus amples 
guerre de difeours de Pline, & Iules Cefar. Les Druydes ( dit Cefar ) en certain temps de tannée saffeoient en- 
LhTril des fmble en vn lu u J acre, fur les confins de Chartres. Ce quartier-là s'appelle aujourd'huy la Comté 
ciuCch.'ii. Je Dieux. Le Guy fait mourir les arbres, comme le recite Theophrafte,&: Pline aufli , qui dit,qu il 
ew7 ne peut eftre corrompu , par le feu ny par l'eau. ïhyphear eft le meilleur pour nourrir les brebis: 
Uu-i j. , car il les purge premièrement des mauuaifes humeurs , puis engraiflfe celles qui ont peu fupporrer 
ttn'lï la P u rgation. Car celles qui ont quelque partie gaftée au dedans, ou interefleeme la fçauroient en- 
ci^ * durer. Le temps d' vfer de cefte purgation, eft en efté, quarante iours durant. 

VTeufe, CHAT. 1K 

^^fârïifSSR^ ' I l e x des Latins s'appelle en Grec fffîv^pource qu'à caufe de fa durte il le 
L i! U " Iô * *§[ W&>ÊÊi^ ^ auc ^ cier " Les Ara ^ es lc nomment Barbe , ou Carmas. Les François,!*/;/? 8C 
c ' 4+ ' ®' É(^S^3 Eoufe. Bellon l'appelle Chefne-vert n'entendant pas toutesfois le Chefne toù~ 
cM ^ iï^^Sfe J ours verdoyant , duquel nous auons fait mention au chapitre du Chcfne. En 
ml ^^S^^S ^ ca ^ ie on l' a PP e ^ e £ l* c e '* €n E^P a g ne Anz,ina &: Au&inheira &C Cofcoia>en Aile- 
Sur le 1. liu. «M IfS^^^ £ mand Stecheychen, Eingattung. Il y a deux fortes d'itex, ou Teufefvne qui a la 
thStiT' e fa&^ ï r*é vB fueille picquante,& l'autre qui ne picque point. Il y a grande abondance de 
Uu. 6. ch. j . ceftui*cy en Tofcane,&: de l'autre en Efpagne. Columella fait mention de tous les deux : L'on peut 

dit-if, 



De l'Yeufe. Chap. IV, 



17 



l'Teufè. 



(dit il) donne r aux beufs desfueilles de figuier, s il y en a abondance -.Toute sf lis la faille de Chefnes efl 
meilleure , ou bien celle de ÏYeufe ,pourueuque ce foit de celle qui n a point cCefpines:carle beftailne 
mange pas l 'autre \nonplus que celle du Geneure. Parquoy ceux là fe trompent, lcfqucls meus feule- 
ment par l'authorité de Plirie,&: Theophrafte tiennent que celle qui n'a pas les fucilles picquantes, 
11 eft pas la vraye Yeufe.l'Ilcx a les fueilles comme celles du Laurier, & qui durent toujours : elles 

font blancheaftres par deffus,&: aipres &c à f enuers font ver- L *f°"?c dt 
tes & poîics.taillées tout alentour en façon defcie,dont les tS^t fut 
pointes de l'vnc des fortes font roidcs, &: picquantes,& l'au- Ldofcc m. 
tre nondeur queue eft courte : le gland petit femblable à ce- 
luy du Chefne, plus petit, & qui eft attaché bien ferme le- 
quel Homère nomme Achilon, le distinguant ainfi de celuy 
du Chefne : l'Yeufe porte le Guy, & f Hiphear.il ne fleurit jf*" JJJJf 
point. C'eft vn arbre haut , &c auffi grand que le Roure, Theôph. te' 
pourucu qu'il ait le terroir propre. Son efeorce eft roufle-™?*"- 
noiraftre. Son merrein eft foîide, maffif&: très-fort, & de êhapAj! ' 
couleur noire tirant fur le roux. 11 a grand nombre de ra- 
cines, qui entrent allez auant en terre. Theodorus traduit, 
fort auant. Et de fait, Theophrafte eferit ailleurs : qu'entre rffich! 7 . 
tous les arbres fauuaees , il n'y en a point, qui pouffe fi 

r 1 v\r r « ' f r Theophrâft. 

auant les racines en la terre , comme 1 Yeufe , & que Ion ii Ut4 J c 1 hi- 
merrein eft merucilleufementfort & maiïîf : &c qu'à cefte ftoùccfoij, 
caufe il endure d'eftre pelé plus longuement : &c qu'il eft 
rougeaftre tirant furie noir.De là vientqu'Ariftophane ap- 
pelle les hommes neivmi , c'eft à dire, d' Yeufe , pour déno- 
ter des gens du tout rudes &c grolliers. Hermolaus toutes- 
fois dit,que l'Yeufe efclate & fe rompt de foy-mcfmes. Et 
que pour cefte caufe Pericles difoit, que les Bceoties refem- 
bloient à l'Yeufe, comme dit A riftote : d'autant qu'ils fe 
co'nfumoient par difeordes mutuelles & inteftines.L'Yeufe 
de laquelle Matthiol a donné le pourtraict, qui a la fueillc £ Diofc." 1 ' 
plus longue &eftro ire , eft peur cftre cefte forte là que 
Pline dit, qui croiften Italie , laquelle a lafueille qui n eft 
pas beaucoup différente de celle de l'Qliuier, & eft allez cogneue en,Proucnce ,'&. Languedoc, 
mefnies des femmes, & petits enfans' Ses fueilles font plus petites que celles de la premiereforte 
de liège , & plus rondes, & la plus part fans pointes, aux arbres qui font défia grands : lors toutes- 
fois qu'elles fortent & commencement à croiftre,elles font vn peu découpées & pointues:car celles 
des petits arbres,auant qu'ils portent gland , font toutes aiguës & picquantes , par le tefmoignage 
mefmes de Clufiodorus. Pline fait mention d'vne l'Yeufe efmcrueillable,difant ainû: Auprès dudit Lm - 1É ^-H- 
bois y a vne Yeufe admirable^qui a trente cinq pieds en rond de groffeur,froduifant defoy dix arbres de 
remarquable grandeur, tellemet que lie feule fait vneforeft.il met aufïi l'Yeufe au nobre des arbres, 
qui font de plus longue durée. Au mont Fatican,dk-ilily a vne Teufe plus ancienne que la ville, en 
laquelle y a vn tableau d ' airain,graué 'en lettre ToJ "cane, qui monftre que de fia de ce teps là on au oit de- 
notion À ceft arbre. Onfçait bien aufllquela ville de Tyuoli eft plus anciennes que Rome.Or il y a Plm.lîu 16. 
là trois Yeufes plus anciennes que Tybur qui fut celuy qui baftit Tyuoli, fous lefquelles il fut con- c ap ' 4 ' 
facré. On faifoit au commencement la couronne bourgeoife, ou ciuique d Yeufe dcfpuis on aima 
mieux prendre l'efeulus : d'autant qu'il eft confacré à Iuppiter. L'Yeufe eft de la nature des arbres, Theophrâft. 
lefqucls aimans les montagnes,ne pcuuent croiftre en la plaine,Entre tous les arbres fauuages il eft iiu-3.de m- 
toujours verdoyant. Il y en a foifon en Languedoc,fur tout à l'entour de Montpellier En Italie c'eft p££][ *^ 
vn arbre affez cogneu-En Ida montagne de Candie,auiourd'huy appellée Pfiloriti il y a force Yeu-, ehap.ft. 
fes ; &c au mont Athbs,& aufïi aux montagnes d'alentour de Hierufalem , 5c es enuirons du mont 5« obfïr'ï. 1, 
Amanus. L'Yeufe bourgeonne auprintefnps, comme dit Theophrafte : Ceux, dit-il , qui demeurent ch.i8.& 4+ . 
log temps a porter fruitt,& qù aucuns eftiment qu'il leur faut vn an a meurir leur fruicl^comme le Ge- J" J 10 "^^! 
nenre, & l'Yeufe , bourgeonnent au printemps. Son fruicl: aufïi, fuiuant l'opinion du mefme autheur, ch.8i.& 107. 
meurit bien tard : tellement que le nouueau treuue encor le vieil fur l'arbre. Et pour cefte caufe au- j^J^ dc 
cunsont penfé que ceft arbre portoit deux fois l'an. Il dit auffien vn autre lieu, qu'il n'y a point l'hift. ck 6, 
d'arbre, qui foit fi longtemps à rendre .fôn fruiâ: meur, comme fYeufe:car Gaza lit ainfi ^¥¥^î.IlL 
c\£i<wW*,8cc.Et l'exemplaire imprimé à Balle Ttdvrm «të tsXàçilw, c'eft à dire, le plus abondamment Liuii.ch.in*. 
de tous,éc. Au mefme lieu il dit, que le Chefne & le Chaftagnier font des plus tardifs à meurir £«™wh» 
leur fruia,aiTauoir enuiron le mois d'Octobre ; femblablementle Philirea^L l'Yeufe. 

Diofcoride dit* que les Glands de l'Yeufe font de plus grande vertu que ceux du Chefne.L'ef- 

;edç la racine de l'Yeufe cuite en l'eau iufqua tant qu'elle foit amollie, &:appliqiiée par 

Tome premier. B 3 l'efpace 




corce c 



1 8 Liure I. de l'Hiftoire des plantes, 

l'efpace d'vnc nui& furies cheueux que Ton aura premièrement nettoyez auec de la terre cimolie. 

les noircit. 
I iurc é. dc$ Galien dit, que le Phagus, &: l'Ycufe font lcs,plus aftrmgeans , foit que l'on les mette au nom^ 
c™ p t ; liUiI> bre des Chefnes, ou bien qu'on y mette de la ^ différence. Leurs fueilles eftant tendres, & appïi- 
chap.' xy^'quéesdeflechentfort&pbsquclcChcfnçi d'autant qu'il eft auffi moins aftringeanc. Dioico- 

ride parle en gênerai des fueillcs de toutes les fortes, &: dit, qu'eftant broyées, &: pilées , elles fer- 

uent aux enfteures, Si fortifient les parties des membres qui font foibles. La racine de l' Yeufe bro- 




Auf.mef. 
lieu. 

EraC aux 
Ctiliad.. 



$ete 

pcnuDiofc. 
Un. 8. 

Liu.d s bons bouillis, ils font de dure digeftion,&: ont vn fuc gros. Cornarius dit que Galien appelle le gland de 
^ mauuaw j>Y cu f e jcylon^ le faifant de moirée vertu en toutes chofes que celuy du Chcfnc, comme auffi ce- 
Êmbl. jo ? . ft u i-cy n eft pas fi bon que les chaftagnes, qui font les meilleures d'entre tous les glands. Et toutes- 
Diofc!' ° f° is en tous les exemplaires communs tant Grecs que Latins il y a en ce paifage Memecylon, qui fi- 
Liure t. des gnifie ^rfoa/kr.Hippocratc dit, que les Acyles^c cil a. dire , Glands de l'Teufe, Se ceux du Chefhe & 
ÎàTIac la.. & au Fau » £anc cru<is <l uc rofliz fcftreignent le Ventre,mais moins eftans bouillis. Luy mcfmes or- 
tiette. donne pour les bruâcures , de cuire les racines tendres de l' Yeufe dans du'vin doux, &: à petit feu, 
îic«. '" dCS iu fl ues à tant <l ue letout s epeififle. On les peut auffi cuire en l'eau. Ce qu'eftant ainfi , dit Cor- 
narius, il me femble qu'au prouerbe qui dit, <*xiAa t* z^M > * *""*» (titrai > c'clt à dire , emplir fa 
bouche tCvn morceau ,& non êîvne figue* zw lieu de«H^Aa en Suidas, il faut lire, ctxvAa ; veu que 
Suidas dit, que ce prouerbe nous aduertit de nous arrefteraux chofes fiines &: fermes. Quant à 
moy ic n'y contredis point, parce que ce n'eft pas chofe de grande importance.Le Gland de l'Yeu- 
■& fait le porceau eftroit &z net, & fa chair maigre & pefante,fuiuant le dire d'Horace: 
Et le fanglier nourry de glands cheuts de l'Teufe 
rRempliJJe les plats ronds de la table pompeufe !..-'.* 
T>e celuy qui reiette vne grojfiere chair. 
Matth. au Le charbon de l'Ycufe eft bien eftime en Tofcane , non feulement pource qu'il tient Ion temps fon 
mcf ' feu : mais auffi pource, comme ils difent, qu'il n'entefte point. Le merrein de l'Yeufe fert à beau- 

i i. f .de l'hi-coup de chofes , comme celuy du Chefne. Theophrafte dit, que l'Yëufe eft bonne, pour faire les 
ftoire.ch.3. aixieux, & pour les chariots qui fe tirent à vn ioug : &c auffi pour faire les Lyres ou Guiterres. Pline 
Liu. i6.c. 4 j. dit,que de l'Yeufe on en peut faire des fueilles, ou tables fort dédiées & minces , &c qui mefmes 
font de belle couleur. Mais fur tout l'Yeufe eft propre aux outils qui font fubie&s à s'vfer , comme 
pour les aixieux des roues , L'on dit , qu'il fe fait de bons eftuis de perceures du bois de bouïs , ou 
d'Yeufe.Higinus veut que l'on face les manches des inftrumentsqui feruent pour le labourage, de 
bois de cherpine ou d'Yeufe.Oiïbazius dit par l'authorité d'HeJiodorus , qu'il faut faire les machi- 
nes du plus dur merrein qui foit, comme d' Yeufe ou de frefne. 



Iiure des 

*uch.j 



Le Liège 



CEI A?. V. 



LiiM.ch.88. 



les noms. 
Les efteces. 
"Match fur le 
i.liu.deDio- 
feor. eh. m. 

Informe. 




E Suber des Latins, s'appelle en Grec <p«?k«ç:en François Liège à caufe de fa lé- 
gèreté, comme dit Ruel,parce qu'il nage fur l'eau,&: ne va iamais au fond. Et 
pour cefte mefme caufe auffi ils'appcle 'ty@- } pree qu'il va toufiours contre- 
mont.Les Italiens le nomment Sugaro-Aes h\\cmznàs,Pantoffelholtz,:\e,$ Efpa- 
gnoh, A Icornoque '. Il y a deux fortes de Liège , qui font différentes en la forme 
des fucilles-.l'vn a la fueille plus longue & plus aiguë : &l l'autre l'a plus cour- 
te , ronde, & en facon.de feie. Le Liège, ainfi que dit Theophrafte, a la fueil- 
Liu. ? .dc lhi-i e comm ~ ce il e d e l'Yeufe,ou de 1 oliuier, mais plus grofTe, & plus longue, & qui eft toufiours ver- 
LiTié.cii. doyante. Ce que toutefois luy mefmes nie, s'il n'y a de la faute au liure. Et auffi Pline luy con- 
tredit,&: à bon droit!:, mettant le Liège au nombre des arbres qui ne fe defueillent iamais. Aucuns 
Matthiol. eftjment qu'il faut lire ainfi en Theophrafte ; La fueille femblable a l' oliuier* plus greffe & plus ton- 
du i. liu. degue Jaque lie ne tombe point, mais dure toufiours .Ceft arbre eft moindre que rYeufe,comme pourront 
Diofc jr aire £ y ceux q ui ç om a n ez fe g accano a Rome , pource que fur ce chemin là il y a grand nom- 
Liu.ié. ch.8. bre de Lièges: Car il eft.comme dit Theophrafte,^ moyenne h auteur, & qui va en croifiantmoa pas 
comme Gaza l'a tranilaté./èr/ hault , & s'augmente grandement. Mefmes Pline rappelle^/// /*?■- 
^.11 aie tronc gros. &iette peu de branches. Son gland eft femblable à celuy de l'Yeufe, qui 
m vaut rien, &mefmes il n'en porte guieres.On tire feulement du profit de fon efeorce, laquelle 
eft fort greffe, 6c qui reuient après auoir efté couppée, 8c fi grande, qu'il s'en trouue des pièces 
Plîn. lia. ié- larges de dix pieds en toute quarreure. Son bois fe rompt aisément, comme celuy du Pin fauuage, 
uf.de l hi- mais ^ ^ aic P lus g ranc ^ s efclats, comme l'efcrk Theophrafte : & comme il dit ailleurs,;*/*/^ manier 
ftoir.ch. 1 6. & tendre-.mais, qui rompt ou qui fe fend aif/ment, non pas roide comme, Qaza l'a tranflaté. Il fut vn 
temps iadis que l'on en faifoit les images des dieux : mais on fefert du palmier, qui luy a fuccedé 

pour 



Du Liège 



Liège a Ufueille courte 
^ large. 



Chap. V. 19 

Liège à la faille plus longue 
l£ ejhoite. 





pour ccft erTecl:. Le Licgc veut eftre toutcfcoTcé , autrement l'arbre en vaudroit moins , puis 
après dans trois ans l'efcorce fe refait. Et comme dit Matthiol ; Nature preuoyant , que l'on ar- 
racheroit l'efcorce à ccft arbre , l'agarny de deux efcorces. Pline dit , que les arbres meurent fi £iu-i7- cha P' 
on les efcorce tout à f entour , excepté le Liège , qui mefm'es en vaut mieux : car l'efcorce deue- 14 ' 
nant groflè , le ferre trop fort, &. l'eftourre. Il y a vnc forte de Liège, qui a la fueille plus longue, &ç 
plus aiguë : & l'autre l'a plus courte, plus ronde &c découpée tout a l'entour en façon de fcie , dont u lieti 
les pointes quelquesfois font picquantes. Theophrafte dit , que ceft arbre eft fort commun en ià.%. dcl-fai- 
mfâtivt*. En quoy Viclorius eftimequ il y ait de l'erreur , &: qu'il faut qu'il y ait tu$ijvi* ; car auffi Jj^^jj» 
ceft arbre eft fort fréquent par toute la cofte marine de Tofcane , laquelle iadis cftoit habitée par diuciOecôç. 
les Tyrrheniens , comme il y en a de grandes forefts près de la ville de Piombins , &: d'vnc autre 
ville , laquelle à cefte occailon eft appcllée Sughiero : car en leur langage , le mot Suber eftant cor- 
rompu eft changé en Sughiero. Celuy qui a la fueille plus ronde , eft plus commun au terroir de 
1 Rome î & l'autre qui l'a plus longue , à l'entour de Pife. On voit des Lièges en k cofte de Gènes. Liu.i«.ch4? .. 
Tellement qu il ne faut pas adioufter foy à Pline, quand il dit, qu'il n'en croift pas par toute l'Italie, 
& qu'en France il n'en croift point du tout. Ruel auffi dit, qu'il y en a des petits en Efpagne>&: qui Liu.i.cLs* 
ont peu de branches , mais que peut eftre ils font plus grands aux monts Pyrénées. Le Liège eft £« vertus. 
fort tardif à bourgeonner. Il s'en fait delà cendre , iingulierement des tonneaux à vin qui en ont plîn . ]iu Iéi 
efté faits , laquelle deiîeche merueilleufement : on en meile auffi aux médicaments que l'ont fait chap. 1 y. 
pour les dyfenteries. Paulus ordonne de boire parmy d'eau , ôc vinaigre la cendre du Liège bruflé J] uU ^ re J 
en vn pot de terre , pour le trop grand flux des femmes : la mefme cendre du Liège ainii bruflé, 
fert grandement au mefme mal , fl on en fait iniection dans l'amarry , auec du vinaigre , ou bien 
auec de l'eau & vinaigre méfiez : l'efcorce du Liège , pilée &c beuë auec de l'eau chaude , eftanche 
le flux de fang de quelque lieu que ce foit. Sa cendre auffi , comme dit Pline , prife en breuuage, Uu,i4-ch-4- 
auec du vin chaud, fert grandement à ceux qui crachent le fang. Ce que tefmoigne aufli Serenus 
en ces mots : 



Si le fang coule trop, de quelque lieu quifoit y 

Il se Hanche foudain ,fi dans l'eau chaude on boit 



Le Liège bien filé, auec grand diligence. 
On fe fert , ainfi que dirPline , du Liège, iingulierement aux cables des ancres des nauires , & aux Lm.i6.ch.8, 
filets des pefcheurs , & pour boucher les tonneaux : & dauantage pour les fouliers des femmes en 
hyuer. Parquoy les Grecs appellent plaifamment les femmes Arbre $ efcorce ; non pas comme il y a 
aux autres exemplaires,E/«rc* d'œrbres.Czrks Grecs difent JW^spÀ^c'eft à àke,Arbred'efcorce t 
ouplein d" efcorce. Aucuns appellent le Liège teufe femelle, & s'en feruent à faute d'Yeufe,mefmes Lia n.c+9. 

B 4 aux 



2o Liure ï. de l'Hiftoire des Plantes, 

aux baftimens : comme aux enuirons d'Elis & Lacedemone. Le Liège eft mis au nombre des a* 
fm. ï 6.cju. bres qui demeurent pluslong-temps à fe pourrir. Son gland fait la chair molle & lafehe. Son efcor- 
ce eft aflez cogneuë par les cordonniers , fauetiers & pefcheurs : car ceux-cy en mettent au delliis 
de leurs filets de peur qu'ils n'aliène à fonds : & ceux-là en garniflent les femelles des fouliers con- 



tre le froid. 



Du Smilax. 



CHAV.VL 



Les noms. 
Liu.i6.c.6o. 




Smilax de arcadiens 
portant glands. 



Là mcfmc 



E s diuerfes & ambiguës lignification du Smilax , ont fouuerit eaufé des erreurs en 
la matière des Amples , & en pcuuent encor caufer û elles ne font bien distinguées. 
Premièrement il y a deux herbes rampantes qui font àppellées Smilax , comme aù/Ti 
quelques arbres. Pline dit, qu'il y a deux fortes d'Yeufe ; dont celle qui a les fueil- 
les aflez femblables à celles de fOliuier , eft appellée par aucuns Smilax , Se en Pro- 
uence Aauifolia Qui plus eft , l'arbre que les Latins appellent Taxas, eft appelle Smilax, pur 
Jes Grecs. Finalement il y a auffi d'autres arbres portans gland , qui ont le mefme nom , defquels 
Les eipecet. nous parlons en ce lieu cy. Or auons nous pris garde qu'il y en a de deux fortes : l'vnc que Theo- 
îïift. ch.it? P nrafte nomm e Smilax des Arcaàiens : l'autre qui eft plus petite , & à grand peine croift elle à la 
l* formé. ' hauteur d'vn arbre. Le Smilax des Arcaàiens refemble , dit Theophrafte , a l'Teùfe , & eft de 
Là mefme. moyenne hauteur. Il a l'efeorce de couleur de cendre ; &z blanche au fommet des branches , ôc 
pleine de moufle. Sa fueille refemble à celle du laurier , n'eftant point découpée , & qui n 'eft pas 
picquante comme celle de l'Yeufe. Elle eft verte par defllis , &c blancheaftre au deflous , U plei- 
ne d'vne moufle qui eft molle au toucher. Il fait la fleur comme celle de l'Oliuier ou du Rouie, 
& jaune , &: qui a des chattons longs & efpez , defquels l'Yeufe n'en a point. Son gland eft fort 

petit. Les Grecs le nomment Milaci ÔC Acïlaci , qui font 
mots corrompus de viilha.*©* , & àxvte. En François ccft 
arbre n'a point de nom propre. Son merrein n'eft pas fort 
ôcfolide , comme celuy de l'Yeufe : mais lafehe & mol, 
comme dit Theophrafte. Et pour cefte çaufe Matthiol 
condamne l'opinion de ceux qui difent , que le Smilax des 
Arcaàiens , eft l'Yeufe non efpineufe : L'autre forte de Smi- 
lax eft pecite ,& iette beaucoup de branches , fans s'elle- 
uer en arbre. Il a la fueille de l'Oliuier , blanche , &c qui 
n'eft ny découpée , ny picquante : fon fruicT: eft comme ce- 
luy du fufdit , 8c ny a autre différence entre eux , firion que 
ceftui-cy a la fueille plus eftroitte. Theophrafte donc a rai- 
îbnd'efcrirequc la fueille du Smilax qui porte gland , n'eft 
point picquante ou efpineufe , au lieu que le Smilax afpre 
&: qui rampe, a le bout de fa fueille , & les coftez picquans : 
ôc qu'il a la fueille plus droi&eque l'Yeufe (car i'eftime 
qu'il faut lire &Qûripov non pas comme Gaza , jQafluT^ev , qui 
fignifie, pi as profond) parce qu'elle n'eft ny crefpée , ny de- 
coupée à l'entour : Elle eft auflî molle , d'autant qu'elle eft 
garnie de moufle d'vn cofté , & eft différente en plufiewrs 
chofes. La première efpece du Smilax qui porte gland, 
eft fort commune aux enuirbns deMontpellier,queles Her- 
biers appellent fauflement Robur. L'autre croift fur les co- 
ftaux qui font à l'entour du Rhofne , en tout ce quartier 
qui eft defpuis Vienne en Dauphiné , iufques en Arles. Le 
Smilax félon l'opinion de Galien , a la vertu de réftraindre : 
car après auoir dit les remèdes qui feraent aux petites in- 
La decoclion des fueilles du Myrte , & de [es bayes , eft de 
plus grande efficace , comme aujji celle des coings aftres & non mœurs ; & des branches tendres de l'Yeu- 
fe ,de l'Arboufier , du Smilax , & du Phagus. Auquel paflage Cornarius dit ainfl. Pline & Diofco- 
ride difent , que l'arbre Smilax eft appelle en Latin Taxas , & qu'il eft poifon à qui en boit , faifant 
mourir fubitement. Ce que Diofcoride dit auffi , mefmes qu'il n'eft pas feulement poifon à ceux 
quienboiuent ; mais aufli que fon ombre eft nuifanteà ceux qui fe repofent, ou dorment de f- 
Liu-4. fous, dont plusieurs en meurent. Ce que Diofcoride & Pline difent auflî en vn autre endroit. 
^"•^•l 0. Tellement que c'eft mcrueille , que Galien ordonne icy la décoction des tendrons dudit arbre, 
fvmp. ' pour les inflammations delà luette, veu mefmes, que luy mefmes efeript, le Smilax ju Taxas eft -vn 
arbre venimeux : auquel paflage on lit mal , comme i'eftime koLx.t@*, au lieu de < Q%J&> , comme" aufli 
en Pauïus. Or qu'il ne faille pas entendre d'vn autre Smilax^ il il appert, par ce qu'il a de couftume 

d'appeller 




Le lieu. 



Les vertus. 
Liu.é.ch.dci 

part.chap.j. flammations de la luette , il adioufte 



Lia. 6. 



Des Phellodris, Chap.VII. 21 

d'appeller le Smilax doux Se afpre MiUx& non Smilax ,corame i'ay monftré ailleurs.-&: qu aufh en 
ce pafTage il met entre l' Yeufc , l' Arboufîer, & le Phagus , aufquels Pline dit que le Taxus refem- 
ble. Et Diofcoride eferit , qn'ilrefemble tant aux fueilles comme en la hauteur , au Sapin, 1 eftime 
donc que vrayement en ce partage Galien parle des branches du Taxus , qui refemble au Sapin & 
Yeufe , parce qu'elles font merueilleufement aftringeantes. Or que le Taxus n eft pas par tout 
mortel &c venimeux , il appert , par ce que Diofcùride eferit particulièrement de celuy qui croift 
en Italie , &: en la Gaule Narbonnoife , qui eft fur la frontière d'Efpagne. Au lieu qu'il y a mal en 
Pline , Arcadie , comme i eftime. Or Matthiol réfute tout ce que deflïis en peu de mots : Si Cor»*- Sur ^• Ku 5* 
r/W,dit-il, euft bien regarde en Theophrafte, combien qu'il ait bien leu,lequelmet (comme nous auons ^° 
monftre cy-dcfCus)vne forte de Smilax arbre , qui refemble à ÏTeufe, il eujl bien mieux U mon aàtds) 
& en moins des paroles explique' cette matière. Mais Cornarius(fans auoir , comme ie penfe , veu Em b|.é8.du 
Mattlriol)monftre en fes emblemes,d'auoir bien leu ce partage de Theophrafte,auquel il defeript le tAl.it \fi& 
Smilax des Arcadiens , & dit , que ce Smilax ri eft pas le Taxus. Il recognoift bien auiïi le Smilax de 
Dioicoride,&: de Pline, en ce qu'il dit, que Theophrafte traide en vn autre endroid du Taxus, &: 
l'appelle ft/Aev. Toutesfois pour tout cela il ne laifle de perfifter en fa première opinion.-car ayant vn 
peu après, faitmention dudit paffage de Galien, il eferit ces mots : Auquel lieu (dit-il)/* riaypas en- Liu-6.ch.de* 
tendu en mes comment aires fur la medecine^comme aujfincfais ie aprefent, d'vn autre Smilax, que de P* 1 *- w ?" ' 
celuy qui eft appelle' Taxus. Car l' autre Smilax de Theophraïle eft ainft nommé feulement par les Arca- 
diens , & eft vn arbre qui leur eft particulier. 



Des Phellodris^ 



CHAP. vu. 




Près qu e Theophrafte a traide de l'Ycufc , & du Smilax, iladioufte : Mau ce Lts7tg ms. 

Lû-j,det*Mi 

ftoir 4 cha.l6. 



que les Arcadiens appellent Phellodris y participe de la nature de VTettfe , & du chefne, Jr i -. 3,de l 



mefmes aucuns ont penfé , que ce fuft l'Teuje femelle. Toutesfois qui confiderera 
le nom de Phellodris qui eft composé de Suber , & gnercm , comme qui diroit 
Liege-Chefne , il dira pluftot, qu'il tienne de la nature du Liège Se du Chefne. Mais le Liège 
eft fi femblale à l' Yeufe , qu'il n'y a pas grand intereft , foit qu'on die que Theophrafte a dit 
qu'il participe de l' Yeufe , ou bien du Liège & du Chefne. Nous auons remarqué cinq for- 
tes de Phellodris ; dont il y en a deux qui ont les fueilles blancheaftres , ôt trois , qui les r« #««« 



Vhellodrù blanc à I Smilax petit à la, 
la faille eftroite, \ f mille eftroite & 
f£ dentelée. \ non dentelée. 



Phellodris de Matthiol. 





ont de couleur de vert-brun. L'vn doneques a les fueilles blancheaftres d'vn cofté eftroites , & ufim* 
longuettes, & quelque peu crenées tout à l'entour , & pluftoft afpres , que picquantes : fon 
ffeorce eft de couleur de cendre , le gland lors qu'il eft meur , eft tirant fur le îaune- 

obfcur. 






Liurel.de l'Hiftoire des Plantes, 



Vhdloârù blanc aux fueilles 
Larges 




Phellodris noir à 1 Pbeliodris noir , aux 
f mille s moyennes, \ fueilles larges. 




"Poellodris quia les f mille s faibles 

à foin tes >& la coupelle du 

Gland, herifsêe. 



Le lieu. 



Les noms. 
Liu.i6.ch.é. 

Li.j.de i'hi- 
ftoîr. ch.té. 
Liu.4.cb.43 . 



obfcur. Ceftuy-cy femble eftre ceîuy dont Matthiol a 
baillé Je pourtraid , fans toutesfois adioufter la d^fcri- 
ption. L'antre a les fueilles blanches d'vn cofté , plus lar- 
ges, & peu entaillées aux bords,dont les aiguillons ne font, 
pas fort picquans. L'efcorce &c le gland eftant meur font 
de couleur RoulTe-noire. L'autre a les fueilles de moyenne 
grandeur, noiraftres , ou de vert-obfcur : au tour dcfquellesT 
il y a peu d'entailleures, ôc qui n'entrent guieres auant, &: 
font moins picquantes. La coupelle de fon gland cft vnie, 
Se le gland eft comme iaune-obfcur, l'efcorce cendrée ou 
grife. Il y en a encor deux autres, qui ont la fueille noiraftre, 
&groiTe : dontl'vnea les fueilles plus eftroites, & qui font 
crenées tout autour , mais non pas fi menu ; &; qui ne pi- 
quent pas beaucoup : l'autre les a beaucoup plus larges , dé- 
coupées plus menu , fort efpineufes. La coupelle du gland 
eft liïfe 6c vnie .• la couleur du gland & de l'efcorce eft fem- 
blable à ceîuy que nous auons dit au précèdent. Tous ceux 
cy ont le gland, froncy, &: petit, la couppelle non picquante, 
mais comme aux Chefnes rabbotteufe , & pleine de petites 
boffettes. Anciennement on appeîloitcegland-cy, com- 
me aufîi celuy l'Yeufe ci?cvÀ(S^ , comme dit Theophrafte. 
Dont les Grecs retiennent encor auiourd'huy le mefme 
" nom en partie , appellans toutes ces fortes de gland, A cy la- 
ças. La dernière forte de Phellodrïs a les fueilles moindres 
que le précèdent, pâlies, Se fort déchiquetées, Se pleines de 
pointes comme l 'Aquifoiia : la coupelle du gland eft fort 
heriflee ; le gland cft l'emblable aux deflufdits ; l'efcorce 

grife. Toutes ces fortes crohTent fur les coftaux qui font près du Rofne , ou qui n'en font pas fore 

efloignez. 

VTeufe Aquifolia, on ï arbre de la graine defcarlate. CHAT. VU 1. 

'Yevse Aq/iifoliadc Pline, ou bien Teufe petite Aquïfolia eft par aucûs nommée fhelloàr'a 
'^cocciferœ.ott quipvrte le Fermzllôn.Thcophïafte la nomme du nom Gommun 7nfï>(§kDiofco- 
^ride i&kkoç (^oÇhk^.Lcs François l'appellent/ Arbre de h- graine â'Efcarlate.VlmzuxQt deux 

fortes 





Teufi Aquifolia, ou arbre de la, 
graine de ÏEfcarlate. 



De l'Yeufe Aquifolia, Chap. Vill. 2 3 

fortes d'Yeufe , donc, fvnc croift en Italie, & a les fueilles fort approchantes de celles de l'oliuier, 
de laquelle nous auons fait mention cy deflus. L'autre croift aux Prouinces , & eft appellée Aqui- 
folia* Or ceft arbre eft petit, qui a force iurieons, l'efcorce rouge tirant fur le blanc. Son gland eft Lufamt, 
rond , auec fa coupelle heriffée , & pleine d'aiguillons , laquelle enuironne quafî tout le gland, 
comme au Cerrus : Ses fueilles font petites &. defehiquetées , comme en l'Agrta ou Aquifolia, SC 
tres-picquantes tout à l'entour , attachées à vne courte queue. Au bas de la r ueille ôc là où elle fe PIin - liu - r *• 
joint auec fa queue , & au delfus d'icelle , quelquesfois auffi au neud. des furieons , il croift vne c ap,M ' 
graine ronde, petite, & de couleur grife tirant fur le rouge parle dehors, & pleine au dedans d'v- 
ne liqueur luifante , qui femble du fang , faite en façon de veiïies qui croulent fur les fueilles de 

l'orme : & eft comme l'excrément &c l'ordure de ceft arbrif- 
feau , que nature pouffe vers les fueilles , &: non vne baye ou 
fruid. Theophrafte appelle cette graine jcok*«v pem«*V. Dio- j£M e J ^* 
feoride kokkov.. Pline l'appelle granum Çoccum , guifquitium, Liu.16.oz4. 
combien que Gelenius lit Cufculium. Car ( dit-il) ceftvn mot Llu - Ié - ch - 8 * 
Ejpagnol, ejr non pas Romain^é" fmble qu anciennement on ap- 
pelait Cujculiatum , ce qu'acre Cent on appelle du mot corrompu 
Scarlatum. Mais Hermolaus eftime que Pline appelle £mf- 
quilium le vermiffeau , ceft à dire., la graine mefme d'Efcar- 
late. Car comme dit Fel\\is,J>htifquiliefe prend pour tout ce qui 
tobe des furieons & fueilles des petits arbrtjf'e aùx^d'ôuïe^nom À 
r e fie' pris. De là vient que Cecilius à\z:Tu nom as racontées or- 
dures qui volettent parmy l'air comme les dépouilles du lient > 
Et qu'vne robe de couleur de graine s'appelle auiourçfhuy 
Efcarlate , au lieu de ^mfqmliata , peur quelques lettres qui 
[ ont efté changées par ignorance. Mais il vaut mieux mettre 
( icy ce qu'en dit Pline , afin de corriger les fautes qui font en 
k ce partage , &C le rende plus clair & intelligible , s'il eft pof- 
fible. La feule graine d'Efcarlate, dit \\,furpaffe tout ce que le Liu - 16 " uS 
Roure a de bon. Cefe graine au commencement comme la queue 
de la petite TeufeAquifolia,on l'appelle Cufculium. Ainfi le tra- 
duit Gelenius.Mais Hermolaus & Ruel lifent, Cefie graine ef jeDk.fc.ch." 
rouge &au commencement comme les petites Ir anches de l'ilex du Coc. 
Aquifolia.On l'appelle Quifqnilwm . Aucuns lifent, Aucommen- M ' 3 * ç * 9% ' 
cernent comme vne orduredes autres,/?/*! commencement corne vn 
Jruicf,&c.yi-àis mal à propos. Car le Coccus n'eft pa~> fruid de 
rilex,ouYeufe,commenous monftrerons. Mais Dalechàmp lie zixÀ-.Granumhoc primdque feu Sca- 
po,&c.Ce fie graine an commencement fort comme de la queue tellement que par le mot Scapus Pline 
entend la queue. Car la graine vient à l'endroit où la fueille eft attachée auec fa queuë,comme nous , , , 

1. L, , ,. »., ' r ■ j t • / r r r • s> • • Th. t. fur le 

auons dit. Turnebus dit, qu il a treuue eicrit en des vieux exemplaires, prtmoque jeu Jcabiesjruticis lilu+ . c h >l6 , 
paru a Aquifoliœ Tlicis : Do»/,dit-il les Correcteurs ont mal change' le mot ScapusiCar il faut qu'il y ait, 
Scabies.Lcs Arabes appellent cefte gzAmc^chermen^Kermes, ou ^uermes : les Apothicaires, Granum Lesmir ' u 
tinclorum:tes VmuçoiSyFermillon^é" graine d'Efcarlate -.les Italiens, Grana de TintoriAes Allemands, 
ScarlacbherAcs Efpagnols, Grana Para tegnir,&C, Grana en grano. Serapion traidant du chermes le 
deferit tout de mefme comme Diofcoride fait le Fermillon.Dont il eft aisé à iuger,que le Kermès des 
Arabes &: le Coccus des Grecs,font vne mefme chofe. Pafquoy ceft fins raifomquil y en a qui dou- 
tent,fi le chermes ou Coccus infefiorius,&c la graine d'Efcarlate de noftre Yeufe(qui eft aiTez cogneue 
aux Apothieaires,& Teinturiers:parce que ceux là s'en feruent aux confections cordiales, fingulie- 
rement en celle qui eft nommée Alkermes : &; les Teinturiers à teindre les draps ) font vne mefme . 
chofe. Matthiol dit , qu'il ne fçait pas u* ceft arbrilîeau croift en Italie : &c baille le pourtraidd'vn qùcI.Xu.' 
qui a efté apporté de Conftantinople. Mais Pena affeure , que cefte petite Yeufe eft fort commu- 
He en beaucoup de lieux d'Italie , fingulierementen la Tofcane, Se aux enuirons de Rome , 6c de 
Siene , aux montagnes parmy le grauier , &: en lieu fterile , parmy diuerfes fortes d'Yeufe , le Smi- 
lax afpre , les Terbentins & Lentifques .- combien qu'il y en a peu qui portent la graine &: en pe- 
tite quantité , & mefmes ils n'en portent pas tout les ans 5 & pource qu elle eft petite , & qu'il y en 
a peu , &: qu'elle fe perd auffi toft , ou on ne la cognoift , ou bien on n'en fait pas conte. Or parce 
que la graine d'Efcarlate commune, { qui eft vne baye ronde & vuide , comme il dit ) ne refemble 
en aucune façon la lentille , ainfi que Diofcoride le veut ; il conclud par là , qu'il y a diuerfes for- 
tes de graines ) & que la noftre eft celle que Pline dit : qu'elle croift à l'entour d'Athènes & en UxL *^ m» 
Aphrique , qui eft appellée Scolecion, à caufe que de -fa moelle il fort des petits vermiflèaux ; ce que 
l'on cognoift, parce qu'on le treuue vuide dedans : mais l'arbre qui porte la graine , duquel il bail- 
le le pourtraid, eft fans doutela. petite Yeufe Aquifolia.. Et ce que Diofcoride dit, queiç Graine efl 

attachée 




24 Liure ï. de FHiftoire des plantes, 

attachée à fies hr miche s, comme de lentilles, ne doit pas cftre entendu de la forme de la ^raine , mais 
de la mode qu'elle eft attachée,comme Marcel Virgil l'a remarqué.Or quant aux vcrnSlleaux.il eit 
à fçauoir que le Tue de toute forte de graine fe tourne en vermill eaux, combien qu'elle foit cueillie 
en faifon , ou hors de faifon , fi l'on ne l'expofe au Soleil aidant , ou que l'on la mette dans vn four 
chaud.ou que l'on l'arroufe de vin blanccomme font les Teinturiers qui en achettent grande quan- 
tité^ telle forte que la goufte demeure du tout vuide, fon humeur s'efuanouïffant ainfi) & l'ayans 
réduit en poudre rouge , la gardent en cette force. Pour celte caufe comme les anciens l'appelloient 




Matth.liu. 
de Diofc. 
du Coccus. 



ï Arbre qui porte le Vermillon, <T e ^draps tant de foye qu'autres.Mais s'il euft pris garde à 
de Matthiol ■ reU J e A< l m f olm ^ P olte la graine d'Efcarlatte,en Prouéce, 

Eî,pagnc,&: ailleut s.fans doute il euft feeu auffi bien fon origi- 
ne,comme la graine mefmes & fon vfage.Or il adiôuftc vn ra- 
port qui luy auoic efté fait par vn fien amy , lequel prennoic 
fort grand plaifir à voyager , touchant le vermillon : // croifi, 
dit-il, «a vn quartier de la Sarmatie, appelle ' Todolte ,fur les 
confins de la Rujfie,vne herbe femblab le au Riant ain. En la ra- 
cine, de celle herbe il croifi vn grain appelle communément 
ifchirbitz, , du mot thermes corrompu , lequel eîtant cueilly 
fur la fin de May , & au commencement du mois de Juin , par 
l'efiace de quatre femaines , deuant quilfe change en vn ver, 
qui puis après a des aifies , on en teint les draps de foye , & au- 
tres de la couleur que ceux de nojlre pats appelle?,! Se al ah & 
Chermefin. La ou l'on amaffe celte graine , la cinquiefme par- 
tie d'vn talent , que nous appelions quint al, fe vent cinq oufix 
efcu\de Rhein. Mais en lafechant,& préparant jour la met* 
tre en poudre ,e lie fe décale tant que fiant apportée a Franc fort, 
la liure fe vend enuiron trente , ou quarante efeus. Il adioufte 
encor, que le grain qui croift toutfeul à chafquc plante* 
n'eft pas plus gros qu'vne lentille, gue fi cela efl véritable, 
dit Cornarius , comme ie Cay creu , adioufiantfoy au rapport 
de ce luy qui me l'ajfeuroit , ces anciens ont bien' e fié ' de ceux en 
leur opinion. Mais c'eft Cornarius luy mefme qui fe trompe , ne faifant point de diffei ence entre 
IcChermes, ou Coccus, 8C ce qu'on appelle Cramefin,qui eft attache aux racines delaPimpinclIe,ou 
d'vne autre herbe qui croift en Allemagne feœblable au Plantain. Or les anciens quand ils ont 
dit,que le vermillon croiffoit fur l'Arbriffeau ou plante que nous cftimons la petite Teufe Aquifoiia, 
n'ont pas toutesfois ignoré , qu'il en croiffoit ailleurs. Car Diofcoride dit , qu'il en croift fur les 
Chefnes de Qlicie, qui refemble à des petits limaçons,& que les femmes du pais les cueillent auec 
la bouche , & l'appellent Coccus : lequel partage Cornarius luy mefme a fort bien corrigé à mon ad- 
uis. Et au lieu qu'il y a en Diofcoride yuvouKH rd çvpaT, aJct,Kîymn , c'eft à dire y Les femmes le cueil- 
lent auec la bouche, il veut qu'il y ait au lieu de la bouche, « rafty «, c'eft à dire en £/?/,afm que nous 
entendions , que les femmes la cueillent en Efté. Ce que Marcellus auoit remarqué deuant que 
Cornarius , comme nous l'auons dit. D'aucuns lifent raT spi/upav , afin que le fens foit tel , que les 
femmes le cueillent 8ç l'arrachent en tordant. Matthiol s'accorde à l'hiftoire de Diofcoride, difant, 
qu'il croifi beaucoup d'Efcarlate furies ChefnesenBoheme,&qu elle fe perd tous les ans, pour ce que ceux 
du lieu ne la cognpiffent />/w.Et,qu'il en croifi aujft en Pologne,ou ils la cueillent diligemmcnt.Varquoy 
fi àuiourd'huy la graine d'Efcarlate croift à la racine de quelque herbe, il ne s'enfuit pas,que les an- 
ciens n'ayent bien feeu le Iieu,&: la manière de croiftre de la leur. Les Moines qui ont fait des com- 
mentaires fur l'Antidotaire de Mefues , en l'expofition delaconfe&ion Alchermes mettent deux 
principallcs fortes de graine, de laquelle les Teinturiers vfent: l'vneabfoluément appeîlée Granum 
tmc7orum,Coccus Baphica,8c par Serapion C^m^d'autre qui ne s'appelle pas Amplement Granum: 
mais Granum chermes At laquelle feule les Teinturiers fe feruent pour teindre la foye,qui s'appelle 
Cramoyfi, du mot chermes. Ceftc-cy fe trouue à la racine de certaines herbes, mais le plus fouucnt 
à la racine de la Pimpinelle. Selon l'opinion donc de ceux-cy il y a différence entre le chermes , 8c 
l'Efcarlate. Et c'eft auec le Chermes, que l'on teint àuiourd'huy les draps de foye en cramoify. Or 
nous auons défia monftré par l'authorité de Serapio,quele Chermes des Arabes eft le CoccusBaphica 
des Grecs. Audi noftre Cramoifin eft différent du Chermes des Arabes,& du Coccus des Grecs,mef- 
mespar leiugement des Teinturicrs,qui appellent le Coccus graine^ le O^Jw/^quiVamaffe aux 
J£ racines des herbes,ils l'appellent , Cramoify. Mais les Moines , comme auffi plufieurs autres , ont 
is. efté trompez au mot Cramoify, op\ eft tiré du chermes des Arabes,parce qu'il eft femblable à noftre 

cramoify, 



Du Chaftagnier, Chap.IX. 25 

cramoify , combien que ce ne foit pas vne mefme chofe , comme nous auons dit. Les rnefmes 
Moines ( comme vn erreur ameine l'autre ) en la compétition en laquelle entre la graine d'Efcar- 
late , & en toutes les autres , aufquelles entre la foye teinte, veulent que l'on y mette la foye teinte 
en cramoify , difans que les Apothicaires pour faire lefdites confedions , la pourront acheter 
des Teinturiers. Ce qui eft fi notoirement faux Se abfurde > qu 'il n'eft point de befoin de le réfu- 
ter : car il faut que les Apothicaires prennent la foye crue , blanche , ou iauile , teinte du fuc de la 
graine fraichement exprimé , ÔC tout pur , fans l'alum ôc autres telles chofes , que l'on met pour 
taire la teinture , lequel fuc ou liqueur eftant gardé quelque temps, fe change, comme nous auons 
dit, en vermiiîeaux : mais eftant feché en faifon Ôc préparé par les marchands , il fe réduit en pou- 
dre , de laquelle les Teinturiers vient. Et ce que. Belon efcrk de la graine , conforme noftre opi- l '^^ *< des 
nion : car il eferit , qu'on l'amafTe d'vn arbrifteau femblable à l'Yeufe qui porte gland , qui a les obferuc ' I 7'- 
fueilles comme l'Jquiflolia, &cipoimucs,&c que c'eft vne graine ronde, de la groiieur d'vn petits pois, 
percée du cofté qu'elle eft attachée aux furieons. Pline dit , que la graine d'Efcarlate croift en uifau 
Galatie , Aphrique , Pifidic , Cilicie , ôc la moindre en Sardaigne. La graine de Galatie , ou celle j^ 16 ^ 8 - 
qui croift aux enuirons de la ville de Merida en Portugal , font en grande eftime. Il y a aufïï vne ^x\£X 
autre forte de graine, qui croift en la région Attique, Ôc en Afie , qui fe tourne incontinent en ver- 
miiïeau , 6c pour cefte caufe elle eft appellée Scolecion, 6c n'eft point en prix. La meilleure graine, 
dit Diolcoridc , eft celle qui croift en Galatie , 6c Arménie , puis après celle d'Aile , 6c Cilicie : la LiB.4-ch.4i, 
moindre de toutes c'eft celle qui croift en Efpagne. 11 en croift aufli en Candie , ainfi que Belon le 
tefmoignc. Sur le chemin qui meinede Hierufalem en Damas , il y a de petits arbrifleaux, fur ief- 
quels on araaffe de la graine d'Efcarlate, laquelle ceux du pais vendent aux marchands Vénitiens. 
En laforeft de Grammont aux enuirons de Montpellier %il y a grande quantité de ces arbrifleanx 
qui portent le Vermillon. Nous fçauons bien aufli que l'on en amafle deifus le mefme arbre ôc en 
Prouence , Ôc au tour de Narbonne. Et en Efpagne les pauures en font eftac comme d'vn reuenu, 
ainfi que Pline le recite. On l'amafle au mois de May ôr en Iuin. Les femmes 6c filles s'eut vont à ^b-ié-cLs. 
grands troupes retrouifées pour la cueillir : dont puis après elles font de l'argent , pour acheter leurs lIsZT/m]. 
ioyaux 6c attifets. Diofcoiïde dit, qu'il a vertu defpeiiir. Il fert bien d'en mettre fur les places 6c Li -4- et. 43 . 
nerfs coupez, après l'auoir pilé dans du vinaigre. 

Galien. Lu graine d'Efcarlate a vne qualité a flringeante & amercc'eftpourquoy elle àeffeehe fms Jrj"™ 7- des 
acrimonie, pource eft elle propre aux grandes playes,6c fingulkrement des nerfs : mais en ce cas au- impi * 
, cunsla pilent auec du vinaigre, les autres aucc de l'Oximel. 

Pline://? en a qui mettent la graine qui croift fur l'Yeufe fur les playesfreflehes, mais alors ilslapileni Liu.14.ct. 4. 
auec au vinaigre. On en de goutte dans les y eux, auec de l'cau,aux de fluxions ejr Catharacles. 

MâtthiohL es femmes d'Italie flefleruët auec gr ad fuc ces de la graine d'Efcarlate, -pour empefleher que sur Diof. il 
les femmes enceintes nauortent, leur enflai fait boire dans vn œuf mal-cuit auec vnpeu d'encens ejr de 4- ch -4?- 
maflich. 7 uchic : Cefle graine efl fort profitable aux femmes qui .font en danger d' auor ter, fl on leur en dï'comJS" 
fait boire >, auec autant d 'encens. 

Siluius:Elle conforte les parties, parfles qualitez, manifeste s, ou bien mefme s, comme quelques vnsefti- v mte u i es 
ment, par la familiarité de toute flaflubftance, laquelle on dit eflre principale a l'endroit du cœur. Les fim P ] -medk, 
Teinturiers auec la poudre que nous auons dit dit,teignent les laines en celle couleur viue,qui reluit 
aux rofes , laquelle eftoit iadis dédiées pour les robes des Empereurs , Ôc qui eft merueilleufement 
agréable à la veiie;6c aufll les pourpres Tyriennes appellées Dibapha,ouLaconiques.Cat on auoit ac- 
couftumé de les teindre premièrement en pourprepuis en graine,ou au contraire, 6c les teignoit on 
trois,quatre 6c cinqfois.De là viennent ces noms Monocoros,Dicoros,Tricoros.Tetracoros,Pentachoros, 
dont il eft parlé aux vies des Princes. Quand cesle graine na quvn an, dit Pline,' <* lie fait la couleur Liu.s.ch.^ï, 
blaffarde,ayant quatre ans,elle a perdu fla vertu. Ainfi il ne fe faut feruir ny de la nouuclle ny de la 
vieille. 

Le Chaftagnier, CH AV. IX. 

I quelqu'vn veut dire que ceft arbre n'eft pas du nombre de ceux qui portent * 

gland , il ne peut pour le moins nier qu'il n'approche bien prés de leur nature, 
puis que l'on appelloit fon fruicr. Sardiand glandes, glands de Sardes, 6c glands Les vmti 
de IuPpiter.Le Chaftagnier donc porte vn fruicl: qui eft nommé de fon nom en 




Ip Latin , que les Grecs au commencement appelloient xaçava Ôc mçaveta, com- 
H! me ditPhociomdu nom de Caftane, ville de la Magnelie,ou,comme dit Stra- 



Liu-iy ci 5. 



ho , de l'Apoulie , non guieres loing de Tarente,d où il a efté apporté. D'où ^; aume(; 
Vient peut eftre que Diodorus l'appelle noix Caftanaique. Ou bien du mot de Caftitas-.Ca^ Pline dit Fuch.ch. des 



Chafta. 
Hermol. 



qùon le gardoit pour les iours de ieufne, Ces mefmes frui&s font appeliez ca^avu) (3uhavc):ceù. à dire, ^ 
glands de Sardes, pource qu'ils vindrent premièrement en Sardes : ôc non pource qu'il en croift de Athên"liu. a . 
bonnes en Sardaigne. le treuue auflï qu'ils ont efté appeliez Euboides ôc Euboiques. Mais Ruel ÔC ^feT 
*Tragus eftiment que par ces mots les noix font entendues. Outre-plus ils font appeliez <hoç #*A*m, 
Tome premier. ^ c e " 



2 6 Dure! de l'Hiftoire des Plantes, * 

c'eft à dire Glands de Iuppitsr : au lieu que les Latins ont attribué ce nom aux noix , dont ils les onc 




, que les <arccs appel lent lepos : Se auin Le mena , a 1 occaiion d'vn endroit du mont iâa qui 
,4>5s & mau- bien garny. On appelle aufli la Chaftagne , Nux heracleotica,, comme Macrobe le monftre par vit 



uaù fuc. 



Les tfptcts. 
Sur le i.Iiur. 
de Diofc. 



o P p. Aud. paflàgc du liurc qu'Opius a fait des arbres fauuagcs , difant, Cefle noix heracleotique, que quelques 
liu. 3 .dcs Sa- vns appellent Caftanea. On l'appelle aufli Euboica^ à caufe de cefte région là. Theophrafte toute- 
fois & Théodore qui l'a traduit, prennent la Noifette pour ia Noix heracleotique. Ageîochus , ainii 
iîb.*. qu'eferit Atheneus,appelle les Chaftagnes apura. Aux exemplaires de Diofcoride il y a At«r<*,lequei 

mot i'eftime auoir elle obmis par les interprètes, à caufe, qu'il n'eft pas entier. le ne fçay s'il fcroit 

bon d'y lire auuTet. Les François appellent l'arbre chafta- 
Cbajiagnler. gnier,Se le kmQv.chaftagne : les Arabes Sadianalach,Ca/la/, 

Se Stebulot : les Italiens Caflagne : ks Allemands Caftant Se 
Keften : les Efpagnols Marranes. Matthiol en fait deux efpe- 
ces , à fçauoir les domeftiques & fauuages. Rueldit, que 
ceux de fon païs ont remarqué deux fortes de Chaftagnes ; 
les vnes qui ont elle plantées , qui font beaucoup plus gref- 
fes, qu'on appelle communément marrons : les autres beau- 
coup plus petite:; , 2>C comme fauuages. Les anciens en 
mettoient bien plus d'efpeces , leurimpofant les noms des 
lieux d'où on les apportoit. Les Tarentines , dit Pline , (ont 
tijfes ér £ affe\bonue digestion des Balanites font plus rondes^ 
& leur efeorce s'ofte plus aisément , & quafi de foy-mefme. La 
plus nette typtatte eft la Salarienne. La Tarentule eft plus 
mal-aifée à peler-On eftime plus les Coreliennes, Se les Me- 
terennes qui font faites de Coreliennes (comme nous dirons 
au trai&é des entes,)qui ont l'efeorce rouge, 6c font plus pri- 
i ées que les Triangles , Se noires qu'on appelle communé- 
ment , chaftagnes pour cuire. Les meilleures font celles de 
Tarente & de Naples en la terre de Labeur. On laiffcles au- 
tres pour nourrir les porceaux, qui font pierreufes ? Se ont la 
petite peau toute cntrelaflec par dedans le noyau. Le Cha- 
ftagnier auecle temps dénient auffi haut, grand,& grps,que 
les vieux Chefnes. Il a les fueilles grandes , faites en ùçon 
Lafirmt. ^ ^^, Ml ù^®^B»mfS^Kk de fcie , Se pleines de veines. Les Chaftagnes croiflent prin- 
cipalement au bout des branches , parmy les fueilles , foli- 
des par dedans , Se *G plus fou tient plattes , quafi en forme 
de cœur , cuuironnées de trois couuertes , premièrement d'vne peleure rougeaftre Se amerc , puis 
d'vne efeorce , ou fois cuir , qui fe plie aifément , & eft tout vni, de couleur rongeaftre tirant fur le 
eha' 1 ! 11 ' 1 *' noir ' & vem P ar deda«s: Et finalement de la coupelle heriffe, au lieu que le gland n'eft couuert 
qu'à demy) laquelle eft aufli velue par dedans Se quafi roufiours blanche. Et c'eft merueillc , que 
<3af»llH i.eh. l'on fait fi peu de compte de ce que nature a fi foigneufement caché. Galien les appelle ho-*'-** va>- 
Iiu.fi.Dioï. y™*, Barbe d 'efeorce. De là vient, que Virgile les appelle , Caftaneas hirfutas, chaftagnes herijfees, 
c des chaft. ou picquantes. Combien qu'il fcmble que Hermolaus l'a autrement entendu, quand il dit. Il y a des 
Chaftagnes , que les Grecs nomment Pogonias , qui ont comme des petites barbes , finon qu'on le 
vucille entendre de celles qui font lanuës , comme il y en a qui ont comme vn poil herifse. Il s'en 
treuuc quelquesfois trois en yne coupelle,mais ce n'eft pas le meilleur : car elles en font pires,&: plus 
T Il n !jJ r * ft ' petites , tout ainfi qu'aux animaux qui portent en plus grand nombre. Deuant que le fruict forte, 
eh. 6 t * il vient des chattons longs Se iaunes , femblablcs à ceux du noyer. Aucuns penfent de ces chât- 
ia lieu. tons là que ce foit la fleur : Se d'autres eftiment que le Çhaftagnier fleurit. Il aime la terre noire, 
1U.4.C i. j j. & j e g ere ^ comme Ji t Columella, auquel pafîage de Columella, Ruel, au lieu de Pullam, lit puram: 
Se toutesfois il croift bien en terre fablonneufe Se humide. 11 fe plaift auffi en lieu ombrageux , Se 
aux lieux penchants expofez à la bize. Il haït le terroir gros Se où il y a de la Marne,ce que Damo- 
geron a remarqué. Il s'aime bien en lieux fecs Se fablonncux. Il ne craint Point le froid, &neant- 
moins il ne fe trcuue pas mal du chaud, pourueu qu'il ak de l'humidita II vient bien aux coftaux 
vmbrageux , qui font tournez deuers la bize , Se aux montagnes Se vallées, fl y en a grande abon- 
dance en pluficurs lieux d'Allemagne. De toutes les Chaftagnes qui croiflent en France, celles du 
Fuch. c.i 4 j 4 Dauphiné font les meilleures , Si pour leur bonté on en porte partout le pais d'alentour. Toutes- 
«iap.Vi. 15 fois il y en a plus grande abondance en Perigort, &mefmes oh y voit de fort grandes forefts de 
Chaftagniers. Ceux de ce pais là en nourriflent le beftail , Se mefmes les poules , oyes , Se autres 

oifeaux 




Du Chaftagnien Chap.IX. 27 

oifçaux domeftiques. Le Chaftagnier bourgeonne ait commencement du printemps , &: fait fon Çj^f; 
fruiâ bien tard, enuiron le mois d'Odobre. Les Chaftagncs font meures fur la fin de Septembre,& 1. ? .de ihift. 
durent quafi tout l'hyuer. La Chaftagne reftraint & deffeche,comme les autres glands,mais elle eft jj*££ ï 6 
chaude,&; feche au premier degté. chàp., ; . 

Diofcor. Les Chaftagncs font auffi aftringeantes , & font les mefmes effeds que les autres *" C C L au 
glands 3 fîngulierement la petite peau , qui éft entre la chair , &: l'efcorce. La chair cit profitable à Lei vemt . 
ceux qui ontmangé du Tue-chien. Liu.i.c.izi.' 

Pline. Les chaftagne s feruent grandement pour arrefter tous flux, foit dé l'eftomach.ou du ventre^ 
a ceux qui crachent le fang. Leur chair nourrît bien. ' Ij«.*3 c.8. 

Matthiol. Les chastagnes filées & incorporels auec fe 1er miel, font fortvtiles contre la morfure Sur le 1. liu. 
du chien enra?e\ fi ton en met deJTus. Gueiiflent les durtez des mammelles en les mettant delfus d ? . Di ° rcor - 
auee de la griotte &: du vinaigre , prouoquent a luxure , d autant qu elles engendrent des ventofi- 
tez. Si l'on en mange en quantité elles font douleur de telle, &: enflent , referrent le ventre , & font 
de dure digeftiom Toutesfois celles que l'on cuit fous la cendre , après auoir entamé l'efcorce par 
le cofté ç font moins de mal que les crues y ou bouillies en l'eau , fîngulierement fi on les mange 
auec du poyure & Ici , ou bien auec du fucre. La petite peau rouge intérieure , qui enuironne la -^ • 
chair blanche de la Chaftagne , prinfe au poids de deux dragmes , auec du vin gros , arrefte mer- m ^ àu 
ueilleufement tous flux de ventre , & crachement de fang. D'auantage eftant prife auec autant de 
poudre d'yuoire dans l'eau du nenufar blanc , elle reftraint & arrefte le flux blanc des femmes. On 
s'en fert , pour arrefter les mois des femmes , la trempant au vin , puis la reduifant en peifaire auee 

de la farine. . Dbdoti a« 

Dodon.D*- la farine des chaftagne s auec du miel tl s en fait vnElefiuaire , qui fert a la toux, ejr ^C 
crachement de fang. 

PI. Valerianus. Les Chastagnes entre tous les fruits, font de grande nourriture.mais de dure dige- 
ftion. Elles feruent à ceux qui ont la toux,fi l'on en baille à ieun après les auoir cUittes eh la braife, 
ou rofties en vn pot de terre , puis méfiées auec du miel. L'eau en laquelle elles ont efté cuites auec 
leur efcorce,fett grandement aux dyfenterics, cœliaques, & à ceux qui crachent le fang. La peau de 
dedans , qui eft entre la chair 6c l'efcorce , cuite en l'eau iufqu'à la confumption de la tierce partie, 
arrefte merueilleufentle flux de ventre, fi on en boit. Tellement que mefmes Diofcoride eftime, 
que l'on peut remédier par ce moyen à vne médecine qui purgeroit trop. Galien dit, que les Çha- Ifàg. && 
ftagnes font excellentes entre toutes les fortes de gland , & que de tous les fruids fauuages, il n'y en A „ Hure ia 
a point,qui foit de bonne norriture, quelles. Mais il fout noter, qu'encor qu elles nourriiTent beau- J^Jga 
coup, fi n'en faut-il pas fouuent manger : Car, dit-il ailleurs, yW qu'Iles fotent cuites en l'eau,ou bien m ^ u °^ 
rosîtes, cîtfricaffées, elles nuifent toufiours à ceux qui en mangent. Et en vn autre pafTage il les met au 
nombre des viandes, qui engendrent vn fuc groS. 

Simeon Sethi dit , qu'elles nourriilent abondamment, &c font long-temps à pafTer, & difficiles à 
digérer, Elles engendrent vne humeur grolTe,douleur de tefte,& des Ventofitez aeferrept le veritre: 
eftans rofties ou fechées elles ne foiit pas fi fort dommageables. 

Pline. La peau qui eft près de la chair , tant des Chaïtagnes , que des noix , les rend de mautiak 
gouft.fi on nel'ofte. Elles font plus plaifaiîtes eftan s rofties. On en fait aufïî de la farine , qui fert de 
pain aux femmes es iours de ieufne. ÀutàcCUr* 

Matthiol. Les domeftiques fe pèlent mieux , mais celles que ton appelle communément Marronh 
font les plus eftime es, d'autant qn elles font plus greffes, de meilleur gouft'^é plus belles. Ceux qui ha- 
bitent aux montagnes , à faute de bled , fe nourriilent de Chaftagnes en hyuer : car après les auoir 
fechées fur des cky es,&: ofté l'vne & l'autre efcorcc,-ils en font de la farine, & puis après du pain. 

Mncfitheus en Athénée dit , que les Chaftagncs font de difficile concodion , & quelles engen- J^™ 
drent des ventofitez : mais fi elles font bien digetéees enl'eftomach , elles eïlgraiflent ceux qui en 
mangent : & au lieu qu'ils eftoient maigres , ils fe font replets. Mais Diphilus dit } qu elles nour- Athe.là mc£ 
riflent bien , & font vn bon fuc , mais qu'elles font mal-aifées à digérer, d'autant qu'elles demeu- 
rent long-temps en l'eftomach ; St que les rofties font moins nutritiues, mais de plus facile dige- 
ftion : de les bouillies engendrent moins de ventofitez ; mais nourrifTent mieux. Les riches fe font RudaQnief< 
feruir pour le defïert de table des groffes Chaftagnes que nous auons dit eftre appcllees Marrons 
par les François. Les petites feruent de viande aux pauures : l'on cuit les Marrons fous la braife : 
mais on foit bouillir en l'eau les petites , dont la populace fe remplit. De là vient que Pline les ap- 
pelle populares, & coçlwas , comme nous l'aùons dit cy-deffus. Deuant que les couunr de cendres il 
les faut entamer , à fin que par l'ouuerture de la fente le vent qui s'efmeut par la chaleur du feu, 
puifle auoir ifluc : autrementen fentantle feu elles fautent auec vn grandbruit , non fans danger 
des affiftans : mais le vent.fortant par la fente , parce moyen ne nuira point : d'autant que celte im- 
petuofité s'efuacuera par vn petit fifflement. L'on cognoift les bonnes en les mettant dans 1 eau 
froide : car celles qui font entières , vont au fond , &: les gaftées nagent fur l'eau. On les garde 
eftenduës fur des clayes , oubieri enterrées dans du fable , en forte néanmoins , qu'elles ne le tou- 
Tcme premier. C % chcnc 



2 8 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 



Chaftagne Cbeuaine. 



Liu.if.c.7 

L»ij.c.i 3 . 



Le mm. 
Infirme. 



Le lieu» 



Lia. de Qs, 
Hiftor. 



chent peint l'vne l'autre, ou bien l'on les met dans des vaifTeaux neufs de terre, puis on les enfeuc- 
Uc en quelque lieu fec : ou bien dans des paniers de Fau, & enduits de boue , à fin qu elles n'ayent 

point d'air : ou bif n couuerts de paille d'orge tres-fale : ou 
bien dans des paniers bien efpés faits de l'Alga des marets. 
Il y en, a qui les enfilent pour les garder après les auoir fe- 
chées an feu. Les Indiens , ainfi que dit Pline , faifoient 
de l'huile de Chaftagnes, te non pas du vin, comme l'efcrit 
Curtius. Le bois de Chaftagnier eft fort bon pour baftir 
&c faire des vtenfiles de maifon : car on en fait non feule- 
ment des poultres , foliueaux , des aix , & des efchalats : 
mais aufli des tonneaux & des cercles. Mais il ne vaut rien à 
faire feu. 

Matthiol donne le pourtraiâ d'vne nouuelle forte do 
Chaftagne , de laquelle aucun des anciens,ny modernes n'a 
fait mention , qui s'appelle Chaftagne chevaline. C'eft vn 
arbre de bonne hauteur , qui a la fueille comme la quinte- 
fucillle , mais de beaucoup plus grande que la paume de la 
main d'vn homme , &: mefmes plus grande que la fueille du 
Palma Chrifti , pendante d'vne queue longue , & menue. Il 
porte à la cime fon fruicl , ayant fa couuerte heriflee , aufli 
grande que celle des noftres, roufle, mais qui a l'efeorec plus 
dure , &: plus groffe : dont les aiguillons font clair - femez, 
mais forts &: roides , & iaunaftres. Il n'y a en chacune cou- 
uerte qu'vne Chaftagne, quafi fcmblablc aux noftres , mais 
plus grofle, & plus ronde, &: de fort bon gouft. Son efeorce 
eft noiraftre, ilnon à l'endroit par lequel elle eft attachée par 
dedans à l'efeorce heriflee : car ceft endroit là eft blanc , & 
faict en façon de cœur , comme nous voyons en la femence 
du Baguenaudier grimpant. Toute cefte couuerte eft forte, 
&fimple, n'ayant point d'autre peau au dedans, comme nos 
Chaftagnes ont. Ce Chaftagnier croift en Leuant : fes Cha- 
ftagnes font tres-bones aux Cheuaux pouflifs & qui toufsêtî 
&; pour cefte caufe ceux de Conftantinople les appellent 
Chaftagnes chetiaflines. Iean du Choul fait mention d'vne 
petite Chaftagne,qu'il dit auoir veu près du mont de Pilate, 
laquelle n'auoit point cfté cognuë de perfonne auparauantJ 
eftant meure, elle eft groffe comme vne noifette, &c eft cou- 
uerte d'vne peleure, &c d'vne efeorec , & d'vne coupelle he- 
riiTée.Ellen'eftiamaisfculeenfacoiïpelle,hiais il y en a plu- 
fleurs attachées enfemble en forme de raifin. Elle n'a point 
le gouft plaifant. 




Petite Cbafiagne. 




Du Pau, 



CHAP. X. 



lîu.'t. de 

l'hift.C.lO. 

Les noml- 



Itt fortes. 
Ist forme. 




Ombien que ce Fagus , duquel nous traictons icy , ne foit pas propre- 
ment du nombre des arbres , qui portent gland / toutesfois pource qu'il 
a fes noyaux couuerts d'vne couuerte heriflee , comme les Chaftagnes, 
& que l'on le trouue fouucnt dans les forefts parmy les arbres à gland, 
il ne fera pas hors de propos d'en traidter après ceux là. Theophrafte 
l'appelle é|t/>j : les Latins , Tagus , & Gaza Sajfima , d'autant qu'il îe fend 
aiférnent par lames. Les Arabes le nomment chinaos , ou chiacas : les 
François Fa», Foute a» , & Hettre : les Italiens Faggio ; les Allemands 
rBuchbaum , ou 'Bûche : les Efpagnols Haia. Les François appellent fon 
fruict Faine. Il y a vne forte de Fau , qui croift aux montagnes , dont le bois eft blanc ; &c l'autre 
croiflfant aux plaines eft noir. C'eft vn arbre quafi aufli haut,& aufli grand que le Sapin,qui a le tronc 
droict, plain, & fans neuds, & fes branches en rond. Il Fait des fleurs , qui ne font autre chofe que 
petits chattons iaunes , &: qui tombent aiférnent, moindres que les chattons du Bouleau , & fem- 
blables à iceux quant au refte. Les fueilles girofles, pleines & vn peu larges, & comme à demy ron- 
des , femblablejs à celle du Peuplier : mais plus petites , qui au commencement font verdoyantes, 
puis après vraj ement vertes, &: en vn inftant deuiennent iaunes, qui fouuent font au milieu, ou au 
bo*t , vne petite baye pointue en la cime , qui eft premièrement verde , puis après rougeaftre , 8c 

creufe, 



Du Fau, Chap. X. 29 

creufe , en laquelle il s'engendre de petits vermifTeaux. Ceft arbre n'a point beaucoup ny de gran- 
des racines. Son frui& eft vn noyau triangulaire , qui a l'efcorce vnie , & de couleur rougeaftre 



Fatt peint? par Matthiol. 




Fau peint? par Dodon. 

m 




tirant fur le noir , comme celle des Chaftagnes ; & eft enclos dans vnc connerte qui n'a point de- 
fpines , mais douce , & qui n'eft point picquante comme cclles-dcs Chaftagnes , aufquelles toutes- 
fois lefruict rcfcmble , en douceur &: au gouft. Son bois eftde couleur blancheaftre , très-fort, Se 
nerueux. le croy que chacun peut icy recognoiftre la defeription du Fagm des Latins , lequel il 
n'y a perfonne de tous ceux qui iuiques à prefent ont eferit de la nature des (impies , au moins de 
ceux que i'ay leu , qui ait clairement remarqué , qu'il fuft différent d'auec le Vhagus des Grecs, ex- 
cepté Valerius Cordus , & laques Cjalechamp. il (emble feulement que Hermolaus l'ait aucune- 
ment cognuë, quand il dit : Il y a deux fortes ou noms de Phagus : l'<vn qui porte gland,dom le bois eft 
mbboteux, que les Grecs appellent <Pnyôv ; & Hippocrate appelle aufli le fruiot du mefmenom. 
L'autre que les Grecs appellent Oxia : les Lydiens Myfon , dont il y a grande abondance au mont 
Olvmpe ; & de là (ont appeliez les Myfîens , comme difent Strabo &: Euftatius : les noftres l'ap- 
pellent SciJJîma, érc. Ce que Ruel a tout rapporté au chapitre du Fau , fans faire aucune diftindtion. 
Matthiol dit , que Diofcoride met le Fait , au nombre des arbres qui portent gland , combien qu'il 
voye clairement , que le fruitt .ne refemble en rien les glands. Belon eferit que l'arbre que nous 
appelions Foute au, eft fort fréquent au mont Athos,& eft appelle de tous ohya : & en vn autre paf- 
iagcLa plus grade partie des arbre s, qui font en ces motagnesjont lie fresque les Grecs appellet Ojîrias: 
&FouteauxiÇ[uils appellent Oxias. Or nous auons monftré combien il y a de differéce entre ce Fagus, 
ôc le Phagus de Theophrafte , en faifant la defeription de cefte forte de Chefne , qui eft nommée 
Ç*iyoç. Le Fau croift en grande abondance aux montagnes &c aux forefts de France , d'Alemagne, 
Carinthie, Stirie, & de la Carniolc. Pline dit, que le Fau aime la plaine &: les lieux expofez au So- 
leil &l humides. Il iette (es fueilles &: fleurs fur la fin d'Auril , ou au commencement de May. 
Son fruicl eft rneur en Septembre comme les Chaftagnes. Lesfueilles du Fau refroidi (Fent : le 
fruict eft vn peu chaud Se humide. Les fueilles freiches, pilées,&: apliquées fur les enfleures chau- 
dcs,y font bonnes,& les refoluent. On en met aufli fur les puftules &c vlceres.On les mange quand 
on a mal aux genciues ou aux leures. Pilées & apliquées renforcent les membres , qui font en- 
gourdis. I.a cendre des noyaux fert bien à la grauellefi on en fait des linimens , &: à la pelade 
eftant méfiée auec du miel. Le noyau, comme dit Matthiol^^o/sx-,^ vnpeu aflrwgeant.Les dirons 
aiment fort cefte viande, &: s'en engraiffent ; Et pourtant lors que ce fruicr eft meur, on prend vne 
infinité de dirons aux forefts de la Carniole , Stirie &. Carinthie. On voit les habitans de ce pa'is 
là qui rapportent le matin des facs tous pleins de dirons , qu'ils auront pris en vne nuid. Les (bu- 
ris aufli aiment le frui<St du Fau ; &c pource vont il a grandes troupes dans les forefts.eftans pouffez 
Tome premier. C 3 par 



Sur le 1. Hu, 
de Diofc.ch. 

I4f- 

Sur le ci 4 6- 

du i.liuredc 

Diofe. 



Liu.J.ch-7?. 
fur le ch. da 
r, Hure. ■ 
Liurc r. des 
obfcruat.ch. 

4L 

Chap.jz. 
Cnap.i. 
Le lieu : 
Liu.é.ch.ig. 
Le temps. 
Le Tempera* 
ment. 
Les vertuh 
Dodon. liurc 
é.chap.18. 
Dodon. liure 
6.chap-7é. 
Tragus liur. 
3-cha.7 3 . 
Dodon. au 
méfiiie lieu. 
Pline li. 24 . 
chap. y. 
Surlei.im, 
de Diofc.cfe, 
iiî. 







3° Liure I. de rHiftoire des Plantes, 

par vn inftincl: de nature. Les" Efcurieux auffi fe plaifent fort à manger de ce fruiét , & les Griucs, 
là «efins. Merles , & autres oifeaux. Mefmes Cornel. Alexander recite, que les habitans de Chio eftans af- 
fiegez vefquirent de ce fijpiâfc pendant que le fiege dura. Dodonée , dit que le noyau du Fau ne 
fert à rien, & que toutesfois il eft doux, & bon à manger, & aux mefmes chofes , aufquelles feruent 
les pignons. L'eau qui fe urouue dans les creux du Fau, fert à la ro<me , oratelie , Si au feu volage, 
Au ■mefœe tant des hommes, que des cheuaux, beufs, Se brebis, fi on les enlaue. Ce que Trapus eicrit auoir 
Liu U "i6- c 9 . expérimenté, aux brebis &; aux hommes. L'efcorce du Fau,ainfi que ditPline,fert grandement aux 
Pline. n.ié! païfans, qui en font des paniers , corbeilles, & hottes , pour porter leurs bleds, &: vendanges, Se 
chap 43. mefmes en couurent leurs cabaiines : mefmes on fe fert de l'eicorce aux facrifices. Le Fau auffi fe 
met aifément en ceuure, combien qu'il foitfraifle & tendre. On en fait des fucilles fouples & me- 
nues, &eft plus propre à faire des boettes Se petits coffres,que point d'autre bois. Les vaiifleaux de 
Liu.i.c.8î. ce bois ont efté prifez parles anciens. Manius Curius iura qu'il n'auoit rien touché de toute la 
de" s aU X 'f defpoiiille ^ es ennemis > mion vn goutteron de Fau, pour s'enferuir aux Sacrifices. Rucl dit, qu'en 
ympo . f ra pg anC;| ou prçfcntant vne petite branche de Fau à vne vipère > elle s'arrefte. 

Du Cèdre, CHAV. XL 

Surki.liu. S%^é^-^^^^^. Ombien que Matthiol a fort fubtilement trai&é des arbres qui portent la 
des «brî* ^8^^S"^\WU F oix ' & BcItm aufll fort amplement en vn liure cxprésîfi eft ce que cela ne 
gui portent itf /5J^l^ jËfc^ mc ^ oic P oint empcfcher,que ie n'en cfcriue ce que i'en ay remarque par vn 
C efm t0nS & M Ù^^r^^^^^^L ^ on & e ^ uc ^ e ^ P ar * a Gelure des autheurs,tant Grecs que Latin s.Premicre-. 

ment donc ie diray,combicn il y en a de fortes:puis après ie pourfuiuray à 
direl'hiftoire Se la nature d'vn chacun d'iceux.Tous les arbres qui portent 
la Rcfine,& ceux qui les refemblent quant aux fueilles,portent des bayes, 
ou foit grains,ou bien des pommes efcailleufes.Ceux qui portent les bayes 
font ÏOxycedmsJe Thia de Marfeille,ou bien Cedrus Lycia de Belon,le Ce- 
drus Lycia de Matthiol,le Lentifquejuz Terbentinje TaxusM Sauwier,qui refemble au Cyprcs,& cc- 
luy qui resêble le Tamârifc.Ceux qui portent les chattos font le Cedrus PhœnicienXz Pin,\epin Sau- 
uage, la Torche, la Peciè, le Sapw,h Melcz,e>\t Cyprès Xzxmz Thya,o\x arbre de vie de Belon. le com- 
menceray par la defeription des Cedres,qui n'a pas efté bien traictee par les autheurs de noftre teps, 
à mon aduis.Et femble que Pline les ait fait faillir,pour auoir mal entëdu les mots de Theophraftc, 
à caufe qu'il n'auoit pas entière cognoiffance des chofes. En premier lieu ie diuiferay le Cèdre par 
Les ttyeces. fes efpeces:puis après ie doncray à chacune fon nom.il y en a deux efpeces,le Phcenicien Se le Lycïen. 
LliAern- Le Phcenicien (cas Pline traduit ainfi le mot Quvxlw, duquel vfe Theophrafte,&: Gaza le traduit mal, 
ftoir.ch. 1 1. Punica)tu\ ainfi appelle de Phœnice,qui eft vne partie de la Syrie,dont auffi il s'appelle Syria,Se Syria- 
H.y?de Thi- c ^ ; dautant °i u ^ croift en ce pais là>8c que ceux de la Phcenice Se de Syrie,s'en feruet pour baftir les 
ftoire. ch. 9 . nauires au lieu de Pin. Il s'appelle aufll Cedrelatejpzxcc quùil efgaler «â«t&//,c 'eft à dire le Sapin : Se 
Lfon c* 8 ' Dendrolibanus aux Geoponiquesdes Arabes le nommet Zerbin:\es Frâçois Cedre;\es Italiens Cedro : 
Les noms. ' les Efpagnols CedroAes Grecs x,ify $ê) .Le Cedrus Lycien eft auffi appelle OA^c^w.Thcophrafte l'ap- 
ftôi^r di Ihi " V e ^ iQKt< *V^ <i - ^ aza l'appelle Cedrula. Toutesfois il y a faute en vn lieu,ou au lieu de KiêçU^ il y a 
& liu.é.'des xe^/"*?, &c Gaza n'y prenant pas garde l'a traduit Cedrias Cedrides au nombre plurier lignifient en 
i/ U *de rh-' Diofcoride Se Galien les bayes de fûxycedre.Or ceux-cy eftantlcs deux efpeces de Cèdre, Diofco- 
ftoïr. ch.ié. "de dit,ain(I comme il eft eferit aux liures plus corrects :Le Cèdre ejl vn arbre grande duquel l'on re- 
ii.i.deDiof. cueillit la Cedrie.Orla Cedrie eftant recueillie^&c.ou comme il y en a d'autrcs,ê£uK£^®-:ou bien,2> 
. petit Cèdre a lesfueilles eylejruicl comme le Gêneur e,àe lagrojfeur de celuy du Myrte. Ou bien corne 
Matthiole lit,fuiuant l'exemplaire de Catacuzene Conftantino.politain:!,*? Cèdre ejl vn arbre grande 
duqitelon recueillit la Cedrie. Il a le fruift comme celuy du Cyprés-.mais plus grand le plus [ciment. Il y 
a auffi vn autre Cèdre petit picquat corne le Geneure,qui porte vnfrfticl plus grad que celuy du Myrte, 
1 jurç 7. des & rond.GnWcn auffi a iufte occafion de mettre deux fortes de CedreXvne qui eft vn arbriffeau com- 
fimp. me j c Geneure:l'autre qui eft vn grand arbre. L'vn 8c l'autre Cèdre a la fueille comme le Geneure, 

mais celle de l'Oxicedrus eft plus durc,aiguë,& picquante. En outre tous deux, font tnf^Ao (pv&riyc 
Liure j. de *T" $ «*/'x€t/ô(^:Car il faut lire ainfi en Theophf àftc,c'eft à dkcplus hauts que le Gencure.Mtis il vaut 
lid ^. ch.n. mieux traicler de chacune àpart.Le Cèdre phcenicien ou Syriens, beaucoup,^ de groffes racines,qui 
du cZïg n'entrent pas fort auant en terre ( ce qui eft vray-femblable , pource qu'il croift en lieux afpres Se 
tbxnicim. p ar my les pierres) mais vont courant par delTus la terre. Son tronc eft droicTr,&: fort haut, ôc furpaf- 
fant tous les autres arbres en hauteunil va toufiours s'eftreciiTant iufques à la cime,telloment qu'en 
le regardant de loin, il fe monftre aigu , comme vne pyramide ; d'autant que les branches d'en bas 
s'eftendent au large, & en rond, fort loin du tronc; Se d'autant plus qu'elles aprochent de la cime, 
tant plus font elles courtes &: petites. Il a l'efcorce liffe, qui femble aUoir efté polie par art, fingu- 
lierement au fommet, (car celle de vieux eft creuaffée & afpreau bas du tronc iufques au pre- 
mier rang des branches,) m^nce, & grifaftrc : & fi on la gratte auec l'ongle, elle eft verte : mais fi on 

l'entame 



Du Cèdre, Chap.I. 



3i 

l'entame plus profond , elle eft rouge. Ses branches ne font pas pendantes contre bas , mais a/Tez 
également diuifées étendantes contremont, qui fortent deçà & delà comme des bras, quafi 



Noftre Cèdre Vhœnkien. 



Cèdre Vhœnkiende MatthioL 





tout auprès de te racine, par lefquelles on peut aisément monter à la cime de l'arbre, pourueu que 
l'on punie atteindre aux premières branches. Et encores qu'elles enuironnent le tronc tout àl'en- 
tour,fi eft ce qu'on le decouure bien à trauers d'icelles , à canfe qu'elles font aucunement recour- 
bées.Les plus grofîes, qui font bien eflargies reiîftent bien à la charge ; mais û on les plie , elles fe 
rompent tout en vn coup, en faifant vn grand efclac. Les petites fortent des grandes par ordre en 
façon de pigne , comme celles de la feuchiere. Il a les fucilles comme la Meleze , qui ne tombent ^ m ' H 
iamais, courtes, eftroites, & fort efpeffes, qui font aflez roides au fornmet de la pointe , & ne font 
pas toutesfois aiguës. Elles fortent en grand nombre à chafque bouton des branches; Se quelque- 
fois d'vn neud il en fortira cinquante ou foixante , difpofécs en tel ordre par la branchette , que 
couurant le bout d'icelle , on diroit , que c'eft le pinceau d'vn peintre : & font odorantes , vn peu 
aigres, &c aftrinœantes, auec vn bien peu d'amertume. Il porte des chattons ou pommes qui font ii »>*$««/< 
eileuées contremont , ce qui luy eft propre , comme aufli au Sapin , plus petites que celles du Pin., Jgj£ & 
mais plus groffes, grandes, & dures, que celles du Sapin , qui ont cinq, ou fix doigts de longueur, cb*ftag»ier 
tirant fur le fauue,°& obtufes , eftans comme compofees d'efcailles agencées l'vne fur l'autre , & £ÏÏT' 
fi bien attachées aux branches, que Tonne les peut deftacher, fans arracher vn morceau de h/m ^ ' 
branche. Or quand elles s'ouurent eftans mouillées par la rofée & la pluye qui entre dedans, elles 
fe fendent , &: alors abandonnais leur queue qui eft ferme , & qui pane tout au long d'icelles , les 
efcailles d'à l'entour tombent. Ce qui n'aduient qu'au bout de deux ans ; car il leur faut vn an pour 
meurir.Or Bçlon a failli efcriuât que cefte queue eft appellçe par Pline Hajlula,vcu qu'en ce palfa- Liure 1. da 
ge là il y a Ajfula, non pas Hafiula-.&c que là il n eft faite aucune métion du Cedre,mais de la Pecie. iS'û.^, 
Les mots de Pline fonttels:0^ ouure C arbre du coflé du Soleil , non far imifion , mais oftantvne pièce 
de Cefcorce de la longueur de deux pieds, ou enuiron, & vne coudée près de terre, four le moins , & ne 
craint on point d'entamer le corps de /' 'arbre , comme aux autresicar onfefert des efclat s. Il porte la fe- 
mence femblable à celle du Sapin, de la groffeur d'vn grain de râifin, douce au gouft comme celle 
du Pin, qui eft enuironnée d'vn fuc huileux, qui fent merueilleufement bon. De ce Cèdre Phcem- 
cien onamalfe deux fortes de refine ou Cedria, l'vne liquide , comme celle du Sapin, qui coule des 
boutons de l'efeorce du tronc, pendant qu'elle eft encor tendre, & deuant quelle foit fronde, 
lefquels les païfans ouurent , y fourrant vne corne?, comme l'on fait au Sapin : l'autre qui dément 
dure, & qui fe prend fur l'arbre ; les Cèdres la fuent de leur bon gré. Si on la mafche , elle s'atta- 
che fi fortaux dents, qu'il eft puis après mal-aifé de l'ofter. Si on l'approche du nez ede reiouift, 
par fa fouefue odeur, & fent comme les fraifes. Ce qui contredit à Diofcoride , qui dit que la Ce- 
dri**&0*e«*TSiffii* 9 c eft à dire />/*^. Mais Matthiole a corrigé ce paffage fur vn exemplaire 

C 4 eferit 




3 2 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

eferit à la main, auquel il y a &«& $ oo-rf c'eft à dire , qui fient très-fort. A quoy s'accorde ce 
que die Virgile, ' À J J ï J 

Pour de la noire nui cl chaffer Cobficurité 
Liur* 7 .des Dlt Ce dre 1 ui f enf f or t kfettferl de clarté. 

fimpJ. ' Ce que Marcellus auoit remarqué dcuant que MatthioUifant que la Cedria fentoit trcs-fort.Elle 
s'appelle :en Latin Cedria, èc par Galicn *4** parles Arabes Kitran, & Alkitran. Touchant la- 
quelle Matthiol reprend l'opinion de Belon, & à bon droit : car il dit, que la Cedria fe fait de tou- 

nt graf- 
-, ilfem- 
. .a vraye Cedria aflanoir de confer- 
Iiu.i6 ci i. uei ; ks corps morts & corrompre les viuans > 8c induit à croire cela par les mots de Plinc,qui eferit, 
qu'en Syrie on appelle la poix CedriaXX y aces mots-.En l'Europe on fait la poix fondue de la torche de 
Pm,& s en fer t on pour calefretter les nauires,& enplufieursautres chofes.On met le bois du Torche-pm 
en pie ce s, & après lesauoirehtafifées,& couuer tes.on fait vn gros feu a l'ëtour.La première fiueur qui en 
fort,& qui coule dans le canaljjl claire comme eau.Les Syriens l'appellent Cedrium,& efl de fi grande 
<vertu,qu'ils en contregardent les corps morts en Egypte des en ayant engraififépar dejfus. Vçïquclsmots 
on ne fçautoit tirer autre confequence, (mon que les Syriens appellent Cedrium celle première li- 
queur qui coule des efclats du Cedre,parce qu'ils ne faifoient la poix que du bois de Cèdre, corne 
4e r Diofco U r' T Europe on la faic du T ° r che-pin.La Cedria donc,comme dit Hermc laus,tatoft eft appellée/>wx 
c. du Ceïc.' f, Cedre >& tantoft Refine de Cèdre .qui n'eft autre chofe à proprement parler, que la larme crue du 
Cedrc.Mais le Cedrium eft le Tue du Çedre,qui coule le premier comme eau de fes efclats allumez 
aux fourneaux : car celuy qui coule puis après n'eft plus Cedrium , mais c'eft poix.Or les autheurs 
confondent ces noms,prenans le mot de Cedria &c de Cedrium , tantoTlpour la refine,tantoft pour 
la lueur des Torche-pins,& tantoft pour la poix,& quelquefois atiffi pour l'huile Je €edre,qucl'on 
Umy. ct. 7 . tire des pommes de Cèdre, & eft appelle , comme dit Pline Cedreleon : car toutes ces chofes , com- 
u lu*. bien qu elles foient diuerfcs,ont neâtmoins vne mefmc nature.Le Cèdre Phcenicien croift au mon- 
tagnes hautes couuertes de neige & de glace,comme au mont Amanus,Taurus,&auLiban,d'où 
î en ay fait apporter les branches qui font icy peintes , fur le nauire d'vn mien amy , quireuenoit 
de Tripoli : ôC ne croift pas en tous les endroits de montagnes , mais en ceux qui font arroufez &: 
humides & qui ont quafi toufiours leur cime couuerte de neige, &: en des precepices &- valons 
Liu s .c 9 . ombrageux, fur le bord des torrents. Theophrafte dit , que fur les montagnes de Syrie il y a des 
lia' «c o ^ cdresde loll gueur efmerueillable , & fi très-gros , que c'eft tout ce que trois hommes peuuent 
• c,4 °- faire, que de les embrarTer.Pline dit, que les Rois d'Egypte & de Syrie à faute de fapin vfoient de 
Cèdre , pour faire leurs nauircs. Celtuy-là eftoit merueilleufement grand , qui fut employé en la 
n ; , galère de Demetrius, qui auoit onze efpaliers par blanc , Se 

Lfi Vxycedms. f UE ccr0 pe cn Cypre, Il auoit cent trente pieds de longueur, 

A* °™y'ct- K \A *z^\ 1 ' octrois b rafles d'homme de groifeur. L'Oxycedrus , ou Ce- 

p ^^ê/M^^^^^^ 9 ' ^ rUS L J c * a - c & mom dre que le Cèdre Phcenicien , & plus 

iS.cLiz. il^ ^^^^^-<^4^^^ grand que le geneure. Il efpanche fes racines qui font laf- 
Liu.i ? ,ch. j. \mlf 1^^^^^\^^^S^^^ ches, & rarcs P ar ^ e dettus àc la terre. Il refemble au Cyprès 
fiè u mei ' ^m^^^^^W^^^^^SksA c l uant a l'cfcorce,commc die Theophrafte, & non par fa fe- 

' mence, comme, Pline l'a mal eferit. Son bois félon le mef- 
' me Theophrafte eft comme celuy du geneure plein de 
neuds &:tortu, dont le cœur eft rougc.il eft toutesfois diffé- 
rent d'auec le geneure, en ce que le bois du geneure, eft pe- 
tit, & qui ne fent point, &: n'eft point folide , qui pourrit in- 
continent après qu'il a efté coupé : mais celuy de l'Oxice- 
drus eft fi folide,que c'eft quafi tout cceur,& n'eft point fub- 
iccl: à pourriture ,&: fent bon. Il faut ainfi corriger ce pafta- 
A a mcf. -5E ^^^^^^^^«WÎ^«^m^^ S c en Theophrafte par les exeplaires plus entiers & corre&s: 
heu# < * 5= ^^^^^^^^S8lll^^^^^' Tous deux , aftauoir le Geneure & l'Oxycedre, font pleins de 

neuds crfort branchuz, , & ont le bois tortfi, fmgulie rement le 

Geneure qui a le .cœurejpez,^ & qui fe pourrit incontinent 

après qu il a este coupe' > Mais le bois du Cèdre efl quafi tout 

cœur & nefe pourrit point. Il a les fucilles comme le geneure. 

mais plus dures , aiguës &: efpineufes. Il porte de bayes 

► qui refemblent à celles du geneure, qui font verdes au com- 

Aumc f. *'^^^ 3 ^^^? 5= ' l/ ^fJMi^^^' msncernen t> puis iaunes, & enfin rougeaftres. Theophrafte: 

Heu. ^%i|ff^ , Vl^fi Le fi'uicJ de l'Oxycedre efi iaune , de la grandeur de celuy du 

Myrte, qui fe-nt bon , & efl plaifiant au goufi : non pas com- 
me Gaza la traduit , de belle fient sur ^ çjr plaifiant augoufl. 

Le fruift 




Du Cèdre. Chap. XL 33 

Le frui& dure toujours fur l'arbre » car le nouueau croift deuant que le vieil tombe , mefmes- 
les Arcades difent , qu'il y a coufiours trois frui&s enfcmble ; l'vn de l'année précédente , qui n'eft 
pas encormeur '> celuy de l'autre année auparauant , qui eft meur & bon à manger , Se le nouueau 
qui fait le troifiefme, lequel ne fait que fortir. le croy que ces fruits , ou bayes ont efté appellécs 
Kedrides par Diofcoride Se Galien. Car le grand Cèdre porte des châtrons ou fruiclts femblables ttu.ii.elwj» 
au Pin , aufquels , ce que les autheurs onteferit des Ce dr ides ne conuient pas bonnement > ny à la 
femence , qui eft enferrée dedans , qu'ils euflent plutoft appelle ari^i* , comme Pline l'a appelle 
Semen 5 ou bien 7tv^a } c eft à dire noyaux,quc non [>asjruifl,ny bayes.Vhne parlant des vins mixtion* Ia8.14.cU, 
nez : Entre les arbriffeaux \. dit- il ) ils cuifent dam le mouft les bayes ou le bois de tous les deux Cèdres, 
du Cypr es, du Laurier \dit- Geneure,du Terbentin'du Lentifque. Auquel paffage il fautnoter que Pline a 
affez negligement dit,£<? vin de l'vn &l 'autre Cedre.cn lieu du Cedrin Se du CV^nVf^dcfquels l'vn 
fe fait des bayes de l'Oxycedre, & l'autre de la a^n>.Ilfaut aulfi corriger le paifage de Diofcoride tt M .ch. 4 j 
au mefme uai£tè,des vins compofez^cncQS mots -.Il fe fait aujfidu vin du frtmi des petits Cèdres : Ce 
qu'il appelle **pztov , Pline die , Baccas, c'eft à dire Bayes. Cequi conuient fort bien auec ce qui s'en- 
fuit en Diofcoride : Il fe fait aujfi du vin des Bayes du Gêneur e }, [ne plus ne moins que le Cedrites. 
Mais ce qui s'enfuit en Diofcoride :Et lesftuitts d'iceluyfont appelle\Cedrides,en plufieurs exéplai- ttu.t.ek % 9 . 
res eft marqué d'vne eftoile,qni monftre qu'il y a de l'erreur en ce licu,dont ie croy fermement,qu'il 
faut qu'il y ait ainfi : Ôrlesjruicïs de l'Oxycedre font appeliez, Cedrides.Quz ii quelqu vn veut retenir 
la commune leçon,nous entendrons cecy du pe tit Cèdre, Se de fes bayes,nommécs Cedrides. Com- 
me aufli en Gaïien,quand il efcrit,que les Cedrides font lefruitt du Cedre,comme il dit clairement 
en vn autre endroit:/ 'on appelle ( dit-il ) Cedrides lefruicl du Cedre,qui refemble a la couleur & figure 
celuy dugeneure-.caril eft iaunaftre & rond, mais il neft pas fiacre. Et ne s'en faut pas beaucoup,que 
ce fruict ne foit du nombre des médicaments qui ne donnent aucune nourriture au corps,finon que 
l'on le face tremper dans l'eau : mefmes comme il'eft plus dur Se fec que celuy du geneure, aiuTi eft 
il plus petit,& n'a rien rien d'aromatique. Or il eft toUt notoire , qu'il nuit à l'eftomach-, Se engen- 
dre douleur de tefte,finon que l'on en prenne fort peu. Ce font cy les mots de Galien , qui doiuertt tta« i. 4m 
eftre entendus des bayes du petit Cèdre, ou Oxycedre, non des pommes du grand Cèdre, comme 
il eft tout euident. L'Oxycedre aime les lieux pierreux Se froids. Il iette vile gomme dure, luifante, u Um 
Se il femblable au MahYïc , qu'il eft mal-aifé de les difeerner , finon en ce que le Maftic eftant maf- 
ché J s'efpeflit en la bouche : mais la gomme de l'Oxycedre fe réduit en poudrc,& ne fe prend pas. 
On appelle communément cefte gomme Vernis, comme aufli celle du geneure. Les païfans aufîî 
& pafteurs des enuirons de Marfeille tirent du bois de l'Oxycedre fendu en efclats vne liqueur 
huileufe , noire , & puante , qui eft vne forte de poix liquide , de laquelle nous traitteroils en fon 
lieu, qu'ils appellent en leur langue huile de cade, qui vient du mot de Cèdre corrompu. Ceft huil» 
eft excellent pour la rogne des chiens , Se des brebis : mais il eft du tout puant. Matthiol a pour- AumeÛîca. 
trai£t trois forres de Cèdres , Se a deferit en peu de mots le grand Cèdre du mont Liban , ou le **#«*« ' 
Cedrela^es , duquel nous auons traitté plus amplement. Er a adioufté ce qui s'en treuue eferit Cil 
diuers endroits de Theophrafte, Se de Pline. Et deux fortes du petit Cèdre : le Phœnicien, qui a là 
fueille du geneure ; mais dure , aiguë , & efpincufe, qui s'appelle aufli Oxycedrus i Se le Lycien, qui a 
la fueille moindre , plus efpeiîe , Se moins aiguë" , & refemble aucunement au petit geneure , Se 
eft couuert d'vne efeorce rouge, iettant des branches qui fe plient aiférnent ; comme les oziers. 
L'vn érf*utre,dit-i\,portefruic~ï en tout teps,mais celuy de l ' Oxycedrus eft p lustras, &p lus beau. Il 'croift, 
dit-il, en grande abonàace en lftrie,& en certains lieux de la Iapidiefort seblable antérieure, n y ayat 
autre différence finon qu'il a le fruicï plus gros,rouge,&doux. Le Lycien croift en certaines montagnes 
de la Morauie, Se fi on broyé fes fueilles auec les doigts, elles fenteiit fort bon, quan* comme les pi- 
gnons. Ses bayes font beaucoup moindres , que celles du Phœnicien , fortans du fommet des pe- 
tites branches , vertes au commencement , puis iaunaftres , Se en fin eftant meures elles font rou- 
ges. Elles fentent bon , Se font vn peu ameres au gouft. Il me femble que iay affez monftre par 
Theophrafte, que le premier de ceux-cy eft le Cèdre Phœnicien,Se l'autre eft le Cèdre Lycien,ou Oxy- 
cedre. Le troifiefme, qui certes eft vne rare Se belle plante,& croift aux montagnes de la Morauie, 
que quelques vns eftiment eftre la Thyia des Marfeillois , eft allez mal peint , duquel nous traite- 
rons cy après. Les autres eftiment que ce foit vne cfpece de Thyia, mais différant de celuy de Mar- 
feillcSeifiblablemet le Cèdre Phœnicien de Belon eft le vray Oxycedre, ou Cèdre Lycien.Etion Cèdre, tt«*t. <fcs 
qu'il nomme Lycien, eft vne efpece de Thyia, qui porte de fort bellesbayes rouges. Dodon enfin- Li ^/ ch>8 ^ 
uant ceux-cy ,dit,qu'il y a vn Cèdre grand, Se vn petit,que le grand s'appelle Cedrelate,Se Cèdre Co~ 
nifere: qu'il y a deux fortes du petit , l'vn qui a la fueille aiguç Se picquante comme le geneure, 
l'autre qui nepicque point : dont il appelle ce dernier^» , que i'ay die eftre vne efpece de Thyiai 
& l'autre Oxycedre ou Cèdre Phœnicien,(\ue i'av moftré eftre le vrav Cèdre Lycien ou Oxycedre Xom* Tofll . t . U 
cerus méfie & cofond te po urtrai£ts,verms & vfage du grand Cedre,& du petit,ou Oyxcedre Pli- Jg^J 
ne les a tous trompez, quiaeferit les différences du Cèdre de Theophrafte allez nonchalam- 
ment, & comme penfant àautre chofe,difant ainii : Les Phéniciens ont le petit Cedre,& celuy qui re* 
r femhU 



34 Liurelde PHiftoirç des Plantes, 

femble augenenre.il y en a deux fort es, le Lycien & le Phœnicien,quifont amers quant auxfieilles-car 
celtty qui a lafreille durc.aigm & picquate, s appelle Oxycedms,& efl bmthu.çr fldnâenœuàsd' au- 
tre eflplus odorant. Puis vn peu après : Il y a, deux fortes de grands Cedres;celuy qui fleurit ne porte 
point Aefrutô i celuy qui porte fruiU ne fleurit point ; & lefruiti noaueaufort touflours deuant que le 
fruicl de l'année precedete fit meur.Safemence efi fembUble à celle du Cyprès. Quelques vns l'appel- 
lent Cedrelate.Vt vn peu apres,L<? Cedrè efi corne vn arbre en Arcadiv.en Phrygie c'efl vn arbr?f/eau. 
Ce font là les mots de Pline,qui eu: contraire à Thcoplirafte,en ce qu'il met deux efpeces de petit 
Cedre,& àutat du grad,&: que le petit Cèdre Phœnicien eft séblable au geneure.Car Theophrafte 
n'ayant mis félon l'opinion de quelques vns,que deux efpeces de Cedre,dit,qu'au mont ida,& non 
en Phœiiicie,il y en a vn qui rcfemble au geneure, Ô^eft appelle Oxycedrm:§>c puis après il pourfuit 
plus amplementla fimilitude ou différence qu'il y a entre le geneure,&l'Oxycedre. Or voyons co- 
rne Pline s'en eft mal acquitté:!/ av7^w,dit-il: efi branchu ejr tout plein de neuds.Et Theophrafte,: 
Le bois du geneure &du Ce dre,efl plein de neuds,branchu>& tortu.Vline. adioufte^Wrc- eflplus odo- 
rant, .comme fi l'Oxyccdrus ne feiitoit rien.Car il appert par ce qu'il a défia dit,qu'il faiticy compa- 
raifon des deux petits Cedrcs.difandJ/jy en a deux efpeccs,é>c.Et ce qu'il adiouftc:T«w deux portent 
fiuiB,&c. Au lieu que Theophrafte àmLe bois du Cèdre efl odorant, & non pas celuy du geneure. Et 
puis il y a deux efpeces du grand Cedrexeluy qui fleurit ne porte point de frni£t,&: celuy qui porte 
fruicl: ne fleurit point.Or nous auons monftré qu'il n'y a qu'vne efpece de Cèdre arand,oui croift au 
mont Liban,& fleurit côme la Pece,& ne porte pas des bayes, ains des pommes/mais rOxyçedrus, 

Aumcf.lieu. ou Cedrus Lycien ne fleurit point> auffi peu que le geneure, félon l'opinion de Theophrafte, mais 
porte des bayes. Parquoy il y en a qui lifent ainfi en PVmcCeluy qui fleurit ne porte point de l?ayes,cr 
celuy qui porte des bayes ne fleurit point. Ce qui eft vcrirable.Pline dit,que (a femece eft côme celle 
du Cyprés.Et Theophrafte:!, 'efeorc e refemble à celle du Cy près, mais elle eflplus afire.VMïïc adioufte, 
Le Cedr-e efl comme vn arbre en Arcadie,& en Phrygie c'eflvn arbrijfeaw.ee qui eft dit mal à propos. 
Car Theophrafte dit ;Les autres difent qu'il ri y en a qu'vne efpece, comme les habit ans du ment Ida. 

Les vernis. Quant aux vertus des Cèdres & de la C^ràfc,Diofcoride en dit ainfî -.LaCedrie a vertu de cotregar- 
urocUicu. £ gr i es cor p s moYtU jfr j e corr o m pre les viuans. Pour celle caufe aucuus l'appellent, La vie des ?norts. 
Elle corrompt auiïi les veftemens & peaux,par la grande faculté qu'elle a d'efchaufFer,& deficcher. 
Elle fert grandement aux médecines pour les yeuxxar fi on les en oingt,elle efclaircit le veiie, net- 
toyé les tayes & cicatrices d'iceux. Si on en fait diftiller dans les oreilles auec du vinaigre , elle tue 
les vers d'icelles. Méfiée parmy la décoction de l'hyflope appaife leur bruit & fiffiement.Ellc rompt 
les dents,fi on en met dans le creux,& appaife la douleur. Elle fait le mefme,fi on fe laue la bouche 
auec du vinaigre 3 où il y en aura. Quant ace qui s'enfuit^/ l'on en frotte le membre deuat que d'auoir 
affaire a vne femme enczinte,il efl certain qu elle fait auortcr;Kucl l'a mal traduit, ne fuiuànt point 

Liu.z4.dM le fens de Diofcoride,mais de Pline.Car il eferit ainfî :C'efl chofe monHrueufe ce qu'on dit qu en frot- 
tant le membre deuant que d'auoir affaire a vne femme enceinte on la fera auorter. Et Theophrafte 
dit: Si l'on en frotte le membre deuant que. de s accoupler, elle empefche de conceuoirSZzx. et'rWv fîgnifie 

£mbl. 84.d11 cela.Ce que Cornarius & Lacuna ont bien remarqué. Diofcoride adioufte -.L'on en oingt en la Squi- 

ï.liu aax an. nantie & aux inflammations des glandes du cohBlle tue les poulx &lendes en s'en oignant. Appliquée 
°* ur DlG * auec du fel guérit la morfure du ferpent Cerafte : prife en breuuageauec du vin cuit , fert contre le 
venin du Licure marin, & contre la ladrerie, fi l'on s'en oingt,ou que l'on en prenne en looeh. Elle 
mundifie les vlceres des poulmons, & les guérit du tout, fi on en boit vingt dragmes. Prinfe en cli- 
ftere tue les vers,S£ fait fortir la fruicl du ventre.On tire aufîî de l'huile feparé de la Ccdrie.quand 
on la cuit^efteiidant de la laine fur la fumée de la chaudiere,comme il a efté dit de la poixCeft hui- 
le fert à tout ce à quoy fert la Cedric : mais particulièrement il guérit la galle des chiens , beufs, ÔC 
autres bettes à quatre pieds,fi l'on les en frotte bien fort:& tue les tiques attachées cotre leur peau, 
&; guérit les pla.ves qu'on leur fait en les tondant. Les Cedrides ont vertu d efchauftcr, & nuifent 
à l'eftomach , feruent à la toux , a la conuullion , aux rompures , à ceux qui ont difficulté d'vrine. 
Prinfes auec de poudre de poyure prouoquent les fleurs des femmes. On en prend auec du vin 
contre le venin du Lieure marin. Si l'on en frotte le corps auec de la graille ou moelle de cerf, les 
ferpens ne s'en approcheront point. On en méfie aux antidotes. Galien explique plus clairement 

Lu tempera- ces chofes. Tous les deux Cèdres* font chauds & fecs enuiron le troifîeme degré ; mais la Cedria 

Utn - ( ainfî s'appelle l'huile de Cèdre ) femble approcher du quatriefme degré, eftant fort chaude & de 

parties fubtiles. Pour cefte caufe elle pourrit en vn inftant la chair molle &: fans douleur, comme 
les autres chofes , lefquelles eftans chaudes au mefme degré , ont aufli cefte fubtilité de parties. 
Mais es corps durs, elle demeure plus long-temps à faire fon opération , & à grand'peine peut elle 
opérer. Or tels médicaments font appeliez Septica Se Sept a ; mais ils font differens entre eux, félon 
que l'vn a plus ou moins de vertu que l'autre. Et entre ceux qui ont cefte vertu , la Cedrie eft des 
moindres,^: afes opérations plus foibles : car il y en a plufîeursqui font de grande efficace 6z ver- 
tu. Ceux là corrompent la chair des corps morts , mais la Cedrie defTeche, &: tout enfemble gar- 
de les corps morts de pourrir , & ce en confuroant kut humidité , fans toucher ks parties folides. 

Mais 



Du Cèdre. Chap. XI. 35 

Mais aux corps viuans, la chaleur qui eft en iceux augmentant les forces de la Cedrie , fait qu'elle 
bruflc la chair cendre. Il ne fe faut donc ef baïr , fi ayant rant de vertu , elle peut tuer les lendes, 
poulx, tignes, &: les vers des oreilles, &c mefmes fî elle tue renfanc.au ventre de la mère , & le fait 
îbrtir eftant mort : comme auffi elle confume la femence , fi on' en frotte le membre auant que de 
s'accoupler. Parquoy c'eft vn médicament qui empefche la conception plus que tous autres, fî 
fon en vfe comme il a cfté dit. Elle fait auffi plufieurs autres femblables erfe&s, qui monftrcnt 
qu'elle cfchaufte bien fort , comme en la mettant dans le creux des dents .- car elle appaife la dou- 
leur & les rompt. Elle confume auffi les cicatrices des yeux, & guérit robfcuralîement de la 
veuë eaufé par groiïes humeurs. Or ce qui eft de gras en elle &: vrayement huileux, que l'on amaf- 
fc en mettant de la laine fur la fumée qu'elle fait quand on la cuit , eft plus fubtil que la Cedrie, 
mais moins acre ; combien qu'il efchauffe bien autant. Parquoy elle eft plus grolfe Ôc plus mor- 
dïcatiuc ,&: eft plus aperitiuc : & pour cefte caufeelle augmente la douleur des vlccres , &c les fait 
enfler. Mais l'huile de la Cedrie efl fi bénin que les païfans apprins par expérience en gueriilent 
les playes qu'ils font aux brebis en les tondant , comme auffi auec la poix liquide. Ils en vfent auf- 
fi pour la rogne des brebis , & contre les tiques. Les Cedricles ont vne faculté plus modérée, telle- 
ment qu'on en peut bien manger.Si toutesfois on en mange trop, elles font douleur de teftc,& cau- 
fent vne ardeur &c mordication au venrre, Pline conferme les fufdites choies en partie, &: contredit Liu.14. ç. ( 
à vne autre partie.-O^ fait , dit il , de la poix du grand Cèdre, que l'on appelle Cedria,fort bonne pour 
les douleurs des dents : car elle les rompt, & arrache , & appaife la douleur. Nous auons enfeigné 
comment il en faut tirer le lue , lequel iert grandement à la veuë , s'il ne faifoit mal à la tefte. Elle 
contregarde les corps morts fort long temps , & coirompt les viuans , qui font deux contrariétés 
merueilleufesjveu qu'elle ofte la vie à ceux qui font,& fert de vie aux morts. Elle corrompt auffi les 
robes , Se tue lesbeftes. Et pour cefte raifon ne confcilleroy-je pas d'en vfer en la Squinancie,ny 
d'en prendre pour les cruditez de l'eftomac ; comme il y en a qui l'ordonnent. Iecraindroy auffi 
d'en lauer les dents auec du vinaigre , &:d'en difti 1er dans les oreille. C'eft vne chofe effrange ce 
que l'on dit, que fi vn homme en frotte fon membre deuant que d'auoir affaire à vne femme en- 
ceinte, elle en auorte. Mais iemeferois point de doute d'en frotter les pouilleux 6c ceux à qui la 
peau de cheueuxfe tourne en efcailles. Il y en a qui ordonnent d'en prendre auec du vin cuict, 
contre le poifon du Lieure marin, l'aimerois mieux en oindre les ladres. Il y a des autheurs qui en 
mettent fur Les vlceres fales , & aufquels il y croift de la chair fuperflue , & mefmes dans les yeux, 
contre les tayes ; & pour la veuë greffe : mefmes ijs ordonnent d'en prendre la valeur d'vn gobe- 
let contre les vlceres des poulmons , & auffi contre latiguer On en fait auffi de l'huile qu'on ap- 
pelle PiffeUon , qui a plus de vertu en toutes les chofes fufdites que la Cedrie mefmes. Les fciures 
du Cèdre chaiîent lesferpens , &: fes bayes auffi , fi on les incorpore auec huile , puis qu'on s'en 
frotte. Les Cédilles, c'eft à dire le fruid du Cèdre, gueriflent la toux, prouoquent l'vrine , re- 
ferrent le ventre , S>C feruent aux rompures, aux fpafmcs &; conuulfions , à la difficulté d'vrine , & 
à l'amarry , eftant appliqué. Et eft bon contre le Lieure marin , & aux autres maladies que deffus; De Ia n 5 tu - 
&: mefmes aux apoftumes & inflammations. Hippocrate ordonne aux vlccres de l'amarry , de ^ eî " m * 
cuire le Cèdre de Candie dans du vin , puis en faire inieenon, &: faire des parfums des coupeaux Liure *> de2 
de Cèdre. Il ordonne auffi de boire du vin de Cèdre en la fufTocation ce l'amarry , lors queUe^u * dimiL 
monte contremont. Quant au vin Cedrin&: Cedrite.voy Diofcoride. Pline dit, que le Cèdre Uu.16.c40. 
n'enuieillit & ne fe pourrit izmzis.MefmesAit-ilyvn bois qui fera frotte d'huile de Cèdre jie fera point tiure dcs 
vermoulu Pour cefte caufe on en faifoit les ftatues des Dieux. Salomonflt la voûte du temple du Rois, ch. g. 
Seigneur de bois de Cèdre. L'on tient pour chofe aiîeurée,que le temple de la Diane d'Ephefc,qui JJj° ,au mef ' 
demeura quatre cents ans auant qu'iffut finy de baftir aux defpensde toutefAlie,auoitfa cou- 
uerture de bois de Cèdre. C'eft auffi vne chofe remarquable, que le temple d'Appollon en la ville 
de Bizerte,oùfon voit encor les foliueaux de Cèdres de la Numidie ou petite Âphrique , en-mê- 
me eftat qu'ils y furent mis lors qu'on commença à baftir la ville, il y a onze cents,&: o&ante huidt Liu.ij.c.i j. 
ans. Pline raconte anffi que les liuresde Numa qui eftoient de papier, durèrent cinq cents trente 
cinq ans enfeuelis en terre , à caufe qu'ils eftoient garnis de poix de Cèdre. De la longue durée 
de ce bois eft venu que les Latins difent , que les chofes qui méritent d'eftre immonalizées , font 
dignes ou méritent le Cèdre. Et à ce propos Horace dit : 

îefyere des vers compofer 

gui fe pourront dans le Cèdre enchajfer. 

Et Perfe, de qui les bons difeours méritent d'eftre enclos, 

Dans le Cèdre immortel. Thcophx 

Et Aufone, s'adreffant à fon liure- lia. f de l'hi- 

S'elle veut tu feras dans le Cèdre enchafse\ J?":?'''. 

-' „ ■ r ' Phn.hu. 16. 

autrement tujeras par les vers confume. e h ap . 4 o. 

Le Cèdre auffi eft fort bon pour baftir les nauires, & pour les planchers des maifons. Il ne fe fend 

point ny ne s'efclate, & fi ne tient point les doux. 

Bu Pin 



Liurc 5. de 
l'hift. ch. 10 




Au mcf. 
lieu. 



3 6 Liurel.de FHiftoire des Plantes, 

Du Pin , & de la Pece, C H A P. XI l 

E fuis bien d'accord auec Matthiol , que Theophrafte appelle le Pin, wéwmj , &c la Pece 
TTrtvg : Mais plusieurs au contraire , comme entre les autres Belon , appellent la Pece 
wetJw/v, &C le Pin 7r'nv\i , peut cftre à caùfe des mots qui fe refemblcnt , aflauoir le w*neç, 
auec Picea , & Pitis auec le Pin. Or nous pouuons affeurer noftre opinion par pluficurs 
liurè z.'des raifons. Theophrafte appelle la noix de ttvjiui , çpo&hov , par lequel mot, ( au tefmongnage de tous 
alim - ceux qui ont traduit Galien , & les autres autheurs Grecs ) eft entendue la pomme de Pin. Galien 

dit ainii : La pomme de Tin fait <vn bon érgrosfuc , & nourrit bien : mats elle rlefipas aifée a digé- 
rer. Or -les Grecs la nomment a prefent non pas koùvm -, mais çpo&xev. Et ailleurs , Le noyau du Pin 
LL des bons fait runfuc p lu s gros que ceux-cy , qui nef pas toutesfois mauuais , ceft a aire à #&)'■.©- , que les an- 
Liwc^d&r €ienS ont m jfi nommé Strobilon. &en autre lieu ■: Le fruicl du Conus,que quelques vn s nomment Ce ce a- 
fimpl. lus , ejr Strobilus , efl bon À manger , mais il efl de dure digeflion. Ce qui né peut cftre entendu 

iw^des ^ ll f L ' ui( ^ de la Pece, (car Theophrafte appelle auffi Co^w la noix de fon Pitys ) qui ne vaut rien 
cauf; cL du pour manger , au dire mefmes de Belon. D'auantage Theophrafte met deux efpeces du Pece, 
Ein - la domeftique , & la fauuage. Mais on ne vit iamais , comme ïe croy , vn'e Pece plantée en vn iar- 

., din :&: au contraire on y voit des Pins par tout. Outre-plus il diuife le 7rtvx.v\, en celle qu'il ap- 
pelle Idaa , & l'autre Maritime , lefquelles deux efpeces font cogneué's de tous. Mais non pas 
par les Pcces , que chacun fçait bien , qu'elles ne croiffent , fînon aux hautes montagnes , froides, 
&a toutes couuertes de neige, $£ qu'il n'en croift point le long de la marine. Finalement Theophra- 
fte eferit , que l'on tire grande quantité de poix des arbres qu'il appelle nivar, -. .& que c'eft leur pro- 
pre naturel de fe changer en Tede. Mais il nous eft tout notoire , que l'on tire grande quantité de 
poix des coupaux &: du cœur de nos Pins, non pas des Peces par toutes les montagnes de la Fran- 
Comp. zoi ce * & autre lieux. Nous adioufterons encor le tefmoignage de Scribonius Largus eicriuant , Pefinx 
Pityin&, id efl , ex Picea arbore : la poixpityme, c'efi a dire, de C arbre de la Te ce. Quelî quelqu'vn 
pour renuerfer ou esbranler noftre opinion recherche vn peu curieufement quelques lieux de Pli- 
ne , par lefquels il monftre , qu'il a autrement pris ces mots ; nous luy rcfpondrons ; que Pline n'a 
pas bien cognu tous les arbres coniferes,& qu'il les a diuifé à la Romaine, comme il dit de foy-mel- 
mes. Ce qui mefmes fe peut prouuer en ce qu'il traduit le mot Pitys en Picea , &: le ttéu'wj en La- 
rix. Les mots de Theophrafte font : Ily en a qui aff eurent,. que le Pin ne reiette iamais, f on luy bruf- 
Theophraft. leé.fes racines, mais que la Pece reiette bien , comme il s' efl veu en l'ifle de Lefbos , lors que le mont 
ftoir. cha. 3? Pi/rbe'en fut brufié. Et Pline l'a traduit ainli Le Larix ne reiette point, fi on brujlefes racines : mais U 
Li, ié.cî î9 . pece reiette,comme iladuint,crc.Et en vn autre paflage là où Theophrafte à\t,La femelle du Pin a ce 
m 1 .ex 1. ^ p on appelle Mgida:6>C Pline l'a traduit;L<? Larix femelle a ee,cJrc.Et en vn autre lieu il a traduit le 

mot Pitys, Pin fauuage. Entre les arbres fauuages le Sapin, 
.le Larix,&: le Pinaftre,ou Pin fauuage,ne perdent point leurs 
fueilles.Et Theophrafte div.Entre les fauuages ceux-cy tien- 
nent toufiours leurs fueillesje Sapinje P'in,& la Pece^Ln quoy 
il ne faut pas adioufter foy à Pline car Theophrafte , qui 
eftoit Athénien , ne peut pas auoir cogneu le Larix , veu 
qu'il n'en croift point en toute la Grèce : & s'il l'euft co- 
gneu, il n'en euft pas fait tant d'efpeces , veu qu'il n'y en a 
qu'vne.Parquoy il'me femble que i'ay affez & plus que fiifE- 
famment monftré , que le 7nvx.f1 de Theophrafte eft le Tz- 
nus des Latins, que les Arabes appellent Senabar: les Fran- 
çois Pilles Italiens & Efpagnols Parles Allemands Hartz- 
baum,ér Pichtembaum, & Finholtz, : les kn^oisPinètre: les 
Flamens Pinap pelboom : les Bohémiens Boronuic7,Or il y en 
. a deux efpeces félon Theophrafte,aftauoir le Pin domefiique, 
& le, fauuage. Le domefiique iette plufîeurs branches à la ci- 
me de fon tronc, lefquelles fe mipartiftent en d'autres pe- 
tites branchettes rondes , reueftues de fueilles fort efpeftes, 
menues à forme de cheueleure , longues , roides &: aiguës, 
de couleur vert-blancheaftre , & .qui durent en tout temps. 
Il porte des pommes grades, folides , qui font comme com- 
pofées deplufieurs efcailles,haut efleuées ,dans lefquelles 
il y a de petits noyaux, longs, enchafTez en leur Xm , &: re- 
ueftus d Vne coquille, ou membrane noire. Le noyau qui 
eft dedans eft enuironné ou reueftu d'vne petite peau iau- 
naftre, aifée à ofteren la frottant auec les doigts. Il eft 
doux , & de plaifant gouft , de fubftance grafTe,& huileufe. 

Les 



Là mcfmc. 
Liu 16. c.io. 



Pin domefiique. 



Lîure 1, de 
1-hift. ch. i/. 



Les tiêtns. 



Les efpeces. 
I.iurc. 3. de 
l'hift. ch.10. 
Laformt 




Du Pin. Chap.XïI. 



37 



Les mms'. 



Les Grecs appellent ces pommes xa'vyç , çpo&teç. wKciteç , & kmÛv*, comme i ay defïa dit. Les 
François tommes de Pin , & les noyaux Pignons. Son bois eft rougeaftre , & pefant ,'& plein au de- 
dans pies du cœur d'vne certaine liqueur. Cefte efpece croift enplufîeuts iardins de la France , ÔC 
s'en voit de fort beaux & grands. Il y en a auffi à foifon aupresde Rauenne, près du bord de la 
mer Adriatique : & aufiï en d'autres lieux d'Italie, fîngulierement dans les iardins de mon'afteres. 
Quant aux Pins fauuages ou Pinaftres ( car comme Pline dit , Pinaftre riejl autre chofe que pinfau- 
uage , j) nous en faifons plufieurs efpeces. Donc il y en a viie qui porte fruiâ: , & l'autre eft fteyilc>J?«« £ \ 
La fertile eft ideenne.ou foit de montagne ,0x1 maritime. Celle de montagne refembleau Pin dôme- rms ^ mH ^ 



Twfautictge portant fruiffi. 



Tin Maritime, 





ftique , &C porte des pommes femblables, fermes , & compofées de femblables efcailles, pleines de 
refîne & odorantes. Il fe treuue de cefte forte de Pins de montagne en plufieurs montagnes de 
TElpagne , & de Portugal , fi fertiles , que l'on en apporte en France vne grande quantité de pi~ 
gnons.Quant aux maritimes il y en a beaucoup aux enuirons d'Aigues-mortes,aiîez près de Mont- . 

pellicr,en vne grande foreft de Pins qui eft fort renommée pour l'abondance des pommes de Pin> Lc ieu ' 
femblables à celles que nous auons défia dit , fînon que leur pomme eft plus courte , plus ronde, 
& s'omirent plus aifément, comme dit Theophrafte. Mais la pomme des Pins de montagne eft ^^ 
plus grande, plus longue , & demeure plus longuement ferrée : d'autant que lc terroir eftant fa- ft ir. c h. io« 
blonneux près de la mer il ne fournit pas tant de nourriture aux maritimes ; & pour cefte caufe la 
pomme eft moindre, & plus feche. D'ailleurs auffi à caufe de l'air de la mer, &: le riuage qui eft 
chaud & battu du Soleil ; &C auffi que le vent de midy fouffle fouuent aux lieux maritimes ; de là 
vient que la noix s ouure plus aifément, tout ainfi que quand après l'aiioir cueilly fur l'arbre nous 
l'approchons du feu pour la faire ouurir. Et au contraire celles des montagnes font mieux nourries 
«& l'air des montagnes eftant de fa nature plus froid , ne permet quelles s'omirent , ains pluftoft les 
referre. Or combien que la raifonôc expérience monftrent afîez queceschofes font vrayes , ce Ui.deDïof, 
neantmoins il femble que Matthiol ( qui met deux efpeces de Pins maritimes , n'eftans en rien dif- ch -7«- 
ferenrs que pour raifons de la groffeur de la pomme) foit de contraire opinion que la noftre, q«and 
il eferir, qu'en la marine de Siene les Pins fauuages portent vn fruid long d'vne paume , en forme 
de pyramide, ferme &maflif, fr qui ne s'ouure pas aifément: mais que ceux qui croiffent aux 
montagnes d'Ananie & de Trente, & en Bohême, Morauie,ô£ Pologne produifent vn frui& petit, 
& court , 8c lequel eftant feché soutire aifément , & tombent de l'arbre ; &z que cela aduient pour 
raifon de la diuerfité des régions 8c clymacs , ou bien pource qu'il y a plufieurs fortes de Pins ma- 
ritimes. Mais il a tort en ce qu'il compare les Pins maritimes qui portent fruift , auec ceux qui UmcM 
croiffent aux montagnes, qui font fauuages &C fterïles. Car il faloit comparer, (comme à fait Theo- 
phrafte ) les Pins fauuages des montagnes , qui font fertils , auec les maritimes qui portent auffi. 
Tomepremier, D fruics 



3 8 Liure I de l'Hiftoire des Plantes, 

Çuids-Lf^auttes différences entre ceux des montagnes, & les maritimes , font cèllcs-cy , -fclotl 
l heophrafte. Ceux 4e montagne font plus droits, & hauts, & le bois plus gros: Les marine s 



Second pin maritime. 



Pitifauuaçe. 





ont la fueille plus menue" , Sz qui tombe plus aifément , l'efcorce plus vnie , Se qui eft bonne pour 
tanner les cuirs, au lieu que celle de l'autre n'y fert de rien. Le bois du maritime eft plus fort > ce- 
luy de montagne eft plus branchu , Se plus gros, comme il a efté dit, &: porte plus de poix. Le Pin 
fauuage (que nous appelions flerile , non pource qu'il ne porte point de fruict : car il porte des 
pommes , mais d'autant que l'es noyaux ne valent rien pour manger ) a la racine droite , fichée en 
terre , comme vn pau , fort dure , comme bois, noire par dehors , afpre au gouft. Son tronc le plus 
fbuuent eft tortu , couuertd'vne efeorce rougeaftre , & creuafl.ee , quand l'arbre eft vieil, afpre &c 
fpongieufe. L'efcorce des branches eft liffe , linguliercment des plus tendres, Se tire fur la couleur 
du Laurier. Les branches fe rompent aifément , h" on les plie, Se en fe rompant font vn bruit, Le 
tronc eftant deuenu gros ictte en s'efpanchant plufieurs branches tortues , qui font en tout temps 
couuerte de leurs rueilles vertes. Les fueilles font petites, fermes , Se toujours deux à deux, for- 
tans comme d'vn tuyau , Se attachées enfemblc en fortant, vn peu aigres au gouft &aftringean- 
tes. Il iette en hyuer des châtrons en lieu de fleurs. Ses pommes croiflent petit à petit ; ayans leurs 
efcailles ageancées qui s'aboutiflent en pointe , attachées fermement aux branches. Leur queue 
eft courte , droite aux nouuelles , Se recourbée aux autres , Se fe tient fi ferme , que le fruict. nou- 
Le lie». ueau vient toufîours deuant que le vieil tombe. Il y a foifon de ces Pins fauuage aux montagnes 
t , . d'Auuergne, Se de Sauoye, defquels ils ramaffent la refine, de laquelle ils font de fort bonne poix; 
' & les appellent Tins fauuage s, Se Pinnateaux. Pline dit , que le Pin fauuage croift en merueilleu- 
fe hauteur? ce qui me femblc eftre faux, Se ne fçay pas d'où il a prins celaxar de cefte forte d'arbres 
noftre Sapin , & la Peee , Se le Cèdre de Syrie font les plus hauts. Mais tous les Pins fumage que 
i'ay peu voir,autant les fertiles , que les autres,font petits,ou de moyenne hauteur; combien que Be- 
Li.de$ Co- Ion dit, que ceux de Candie font merueillcufemcnt gros , Se grands , Se que ceux qui croiflent au 
ni. c. delà fommet de l'Olympe , montagne de la Phrygie, ou des autres montagnes tres-froides, font droits, 
comme le Sapin. Mais il appelle la Pece, Pin fauuage flerile & la deferit au lieu du Pin fauuage, Se 
en baille le pourtraid mal à propos, Se contre l'authorité de Theophraftcôt de Pline,comme nous 
le monftrerons. Matthiol eftime, que Belon nomme cefte forte de Pin fauuage, Pinaflre, mais il fe 
trompe , dit-il : car le Pinafire, filon l'opinion de Pline, rie fi autre chofe, que le Pin fauuage , de mer- 
ueilleufe hauteur, qui eroiflauffi bien en laplaine qu'en la montagne. Et au contraire lePinaftrede 
Belon eft plus petit que le Pin , Se mefprifant la plaine, Se les coftaux , ne s'aime qu'au plus hautes 
cimes des montagnes. Or ie ne fuis pas d'accord auec Matthiol en cecy.Car i'ay monftré que le Vu 
naftrç de Belon eft l'arbre que Pline appelle Teda Et quant au Pinaftre que Pline dit eftre merueil- 

leufement 



Du Fin. Chap.XII. 



39 

leufement haut, i en ay auflî défia dit ce qu'il m'en fembloit. Matthiol a bien plus de raifon en ce 
qu'il reprend Belon, de ce qu'il dit qu'il a fouucnt leu ce mot de Pinajlre aux liures de Theophra- 
ftc traduits en Latin, combien que Theophrafte n'ait iamais cogneu le Pinaftres, pource qu'il n'en 
croift point aux montagnes de Grèce, ny d'Aûa&C que pour celte caufe auill pas vn des autheurs 
Grecs n'a tait mention du Pin f auuage, ou Pinaftre.Car Theophrafte ne dit-il pas qu'il y a vne Feu- 
ce domeftique, &: l'autre fauuagc ? Or nous auons prouué que la Pence de ï heophrafte n'eft autre 
chofe que le Pin:&! que le véù'*-/, ci-jçia de Theophrafte eft le Pinfauuage ou Pinajlre. Car ie ne co- 
cederay iamais à beion ce que Matthiol luy accorde ; que Theophrafte en ce partage-là parle de la 
Pece fauuage : ains au contraire i'allegueray deux autres lieux de Theophrafte aufquels le irlvnt 
d%ia, cft pris pour le Pin fauuage j\\ iugement mefmcs de Belon. Et Matthiol Ce trompe en ces paf- 
fages de Theophrafte, aufquels pluiïeurs autres ont failli : car le mot «x'* ^ e P rer >d quelquefois 
pour l'arbre que Pline nomme Aqmfolia , & les Apothicaires ^gr/yô/MM0,quelqucsfois c'eft vn epi- 
thete depautres arbrcs,commc quand Theophrafte dit •néj*.lw tuù idp vpi&tv «rç, rlw 3 à^m > c'eft 
à dite, Quily a vn c Pin domeftique & *on autre f auuage. Puarquoy quand Theoprafte raconte les 
arbres qui font propres des montagnes, en cefte forte , «?».«* 3 G tàv oç «i/ai» , a ai tus nithuç $• Çvîtow, 
Wfï yi AaKiJovlu*, ihdit\ , virus a'^ta. : Ces mots ne doiuent pas eftre diftinguez ny intepretez ainfi: 
Or ceux la font propres aux montagnes, le/quels ne croiffent pas en la plaine : En Macédoine le Sapin, 
la Pece, & le Pinaflre : mais en cefte forte, Ceux-là font propres aux montagnes Je fuels ne cro/Jfent 
pas en la plaine. En Macédoine le Sapin, le pin, la PeceJ ' Aqmfolia. Car 1 heophrafte traittant de la 
Pece ne la diftingue pas en domeftique & fauuage sommeil an oit tait du Pin. Combien que ie 
n'ignore pas que Pline a eferit , que de fon temps on plantoir la Pece dans les maifbns , d'autant 
qu'elle eft aifee à esbraneber. En outre ce que Theophrafte eferit , d&Çvfoa, tfyî cw> rm efyçw <* £ 
xténpsv ihdtv^ifféJ^ ttitus d%îa,i ne doit pas eftre interprété en cefte façon t Entre lesjauumgcs donc, 
ceux-là gardent touf ours leurs fueilles , que nous auons de fia dit le, tapin,la Pece ,_& le Pinjamage: 
mais amCr.Entre lesfauuages dont ceux-là gardent toufioitrs leurs f te Mes, que nous auons dit aupremier 
tiureje Sapinje Pinja Pece^ ÏAquifolia^ou le Houx.Outre les Pins fauuages,def quels nous auons 
parlé, il y en a encor d'autres , tant fteriles , que portans fruift , comme celuy que Pline nomme, 
Pin Tubulus-.&c les Italiens Mugo, lequel eft fterile, & l'autre appelle par le mefme Pline Tœda arbor, 
lequel porte fruid. Belon le nomme Pinafter:\cs Italiens Cembro : les Sauoiiiens Auia. Le Tubulus, 
ou(comme il y a en d'autres exemplaires de Pline) TibulasZcen d'autres Stubulm, croift furies plus 
hautes montagnes n'ayant point de tronc. Ses branches forcent des racines , &: font efpandues de 
tous coftez par deiîus la terre , en forme de ce que les Latins appellent Tubulus, c'eft à dire, à forme 



Liure j. de 
l'hiit. ch.16. 



Uî-dclti^ 

ftoir.ch.4» 



lij.del'hi. 
Hoir. c. 10. 

Liu.i6..c 10. 



Autres t^e- 

ces. 

Les noms. 

Liu.i6.c.I0' 



Le lieu. 

l^aformti 



Pinfauuage 1 1 J. del'BcIufe 
le pi m petit de tous, 



Pin TubiduS) appelle par 
les Italiens Mugo. 





Tome premier 



V * 






4-0 Liurel. de l'Hiftoire des Plantes, 



Tdda arbre, on Torche pin , 
Cembroâes Italiens. 



Le Terohe- 

fin 

Le lien. 

Lafirm», 



de tuyaux: dont peut eftre il a prias ce nom. Elles font 
longues quelquesfois de dix &c de quinze coudées, greffes, 
Si ians neuds , defquellcs on raiiok iadis les brigantins, 
auioiu-d'huy on en fait des cercles de tonneaux à vin , à 
canfê qu'elles, font longues , & fc plient aifément & ter- 
rent bien. Son frui£r eft vn peu. plus gros que celuy du Pin 
commun fauuage & fterile , mais plein de refîne & qnifent 
aflezbon. Le Teda ou Torche-pi» croift aux plus hautes, 
& froides cimes des montagnes , du cofté de la bize, n'a- 
yant poin peur de neiges , ny des glaces , defquellcs il fe 
refiouït pluftoft que d'en eftre offencé , & n'y a point d'au- 
tre arbre, qui croifTe en fi hauts lieux, 6c coupets des mon- 
tagnes. Il eft le plus fouuent plus petit que le Pin,&: quel- 
quefois aufli grand. Il iette fes branches de mefme façon, 
qui vont plus en s'aiguifant à la cime que celles du Pin, 
ny de quelque autre forte d'arbre conifereque ce foie. Son 
efeorce près de terre eft toute fendue à ondes,& non en li- 
gnes droi&es: mais au haut du tronc & aux branches,elle 
eft ians fueilles, liffe, & mince, blancheaftre comme celle 
du Sapin, non pas rougeaftre , comme au Pin , de laquelle 
on fait des boettes, & panniers , pource qu'elle eft fou- 
pie , & fe plie aufli aifément que le cuir. Ses branches for- 
tent & s'efpandent comme des bras, par les coftez,^ font 
tortues comme celles du Sapin, de laPece , & de la Mêle- 
ze,defquels il en fort beaucoup de petites, Eftans verdes 
elles font comme enflées, pour raifonde l'humidité qui 
abonde enicelles : mais eftans feches elles fe fronciflent. 
Ses fueillesfont comme celles du pin, longues, & aiguës, 
fortant cinq, à cinq, de chaque bouton 3 au lieu qu'au Pin elles ne fortent que deux à deux, & font 
fi entaflees au bout des furjeons , qu'elles refemblent vn pinceau , ou comme vnecheuelure : au 
milieu de laquelle le fruid nouueau eft enclos , & croiflant peu à peu, fe fait comme les pommes 
de la Pece, & de couleur rougeaftre tirant fur le noir : mais il eft plus petit, plus tendre &refmeux: 
, duquel les noyaux , petits , 8c triangulaires , font quafi de mefme gouft , que ceux du Pin dôme- 
ftique,finon, que comme en tous fruiârsfauuages, on fent qu'ils lajfient quelque afpreté à la 
langue. Ils font fi tendres 8c fragiles , que non feulement les hommes les caflent, aifément auec les 
dents, mais aufli les oifeaux que les Sauoyards nomment Piquereaux; 8c Gefner CaryocataHes , les 
Lîu.r;.e.io. ouurentauecle bec. Pour cefte caufe il fembîe que ce font les frui£h,que Pline en traittantdes ef- 
peces des noix de Pin, appelle Nuces Tarentinasmoix de Tarente. L'autre efpece , dit-il font le Noix 





Diofc.'c7 4 . d'autant qu'on apporroit ces noix-là de Tarente à Rome. Or fi quelqu'vn veut conférer ce que 
des Conif.& nous auons ditcy defïus auec ce que Belon recite au chapitre du Pin fauuage,il s'apperceura claire- 
uag P c. UfaU * ment > <I ue tout ce ( l lîe nous auon f ait ae cefte efpece de Pin , conuient entièrement à celle efpece, 
laquelle feule Belon appelle mal à [>roipos s Pinfauuage. Matthiol dit qu'en Italie Ton l'appelle com- 
L'pfee. munemet Cembro 8c Cirmolo:8c qu'il y en a grande quantité aux enuirons deTrente,en Gauie mon- 
Liu.ié.c.io. ta g ne ae * a y a "é e au Soleil, aux montagnes de Flemes, de Voltoline , aux mons des Grifons & au 
Comté de Tyrole affez près d'Hifpruch:& qu'il en fort de la refine blanche, odorante, comme des 
autres dé mefme genre. Les Allemands font grand cas de ce bois pour baftir,non feulement pource 
qu'il eft beau, 8c bien madré : maisauflî pource qu'il fent bon. Nous auons dit, que ce mefme arbre 
eft le Tœdaou Torche-pin dePlineîpource qu'iceluy mettant fix fortes d'arbres Coniferes,ilne peuft 
eftre que ce foit fon Pinxar il femble qu'il parle du domeftiquemy aufli fon Pinaftrc : qui croift en 
merueilleufe hauteur,&: aufli en la plaine. Aufli ne peut-il eftre fon Tubulus ? car il ne s'accorde pas 
auec ce qu'il en dit:ny la Pece aufli,ny la Mélèzes corne il eft aisé à cognoiftre par leur defeription. 
Il s'enfuit donc que c'eft la fixiefme efpece appellée propremet Teda. £>ui ^corne dit Pline, plus de 
fucque les autre s ^éf moins que la Pecemais plus liquide: car il faut lire ainfi,ÔC eftpropre pour le feu 
âes facrifices. Il la met auflî vn peu après entres les arbres qui s'aiment aux montagnes ; Le Cèdre, 
dit-il, la Mele^e, & le Torche-pin & les autres arbres de [quels on tire la lis fine J aiment ^ ux monta- 
gne s. En ces paflages Matthiol,Belon 8c d'autres aceufent fauflement Pline d'auoir failly ,en ce qu'il 
met Tyda. pour vn arbre, veu qu'il fe prend pour èdia, , ou eJWVev ; c'eft à dire >pour les pièces grafies 
du Pin , du Pinafire } 8c des autres arbres qui portent la refine, 8c non pour vn arbre. Comme fi le 

mot 



Ckap.f. 






Du Pin Chap. XII 41 

mot Txda ne pauuoir lignifier iVn&: l'autre: ou comme fi Pline nWft pas fceu cefte figtiificatîou 
de T&da veu qu'au mefme lieu il cfcrit , que c'eft vne maladie de la Mêlez e , de fe changer en Te- 
de. Il ne doit donc fembler eftrange à perfonne, que Tedate. prenne tantoft pour vn arbre , & tan* 
toit pour les coppeaux gras des Pins : ny aufli ce que nous auons dit, que l'arbre T<zda eftoit propre 
pour le feu des facrifices > veu que d'iceluy aufli bien que des autres de la mefme forte j on en tire 
la refîne : ôc que fon bois , comme celuy des autres , eftant gras &. refîneux , fe change en Tede 
Et pour celle caufe les Romains s'en feruoient à faire feu, tant aux maifons, comme aux facrifices. 
Mais puis que nous fommes tombez fur le propos de Tede , il faut plus amplement expliquer que 
c'eft. Les Idéens,(comme eferit Theophrafte) difent, que c'eft vne maladie qui furiiiêiïtàûlaïij S'Ht*** 
quand non feulement fon cœur, mais auffi la partie extérieure de fon tronc, fe change en Tede:car 
alors il en eft comme eftoun c é:&: qu'il cft bien aife à conie&urer que cela luy aduient pour auoir trop Linre , , 
de nourriture, s'il fe change tout en Tede.Or cefte maladie eft propre &c particulière aux Pins,de la- çaufes,e.x p 
quelle Theophrafte rend la caufe en vn autre en droit; Toute la racine.àit il, du Tin [e change en Te* 
de-.la raifion en efi telle qu'aux anim aux, aJJ auoir qu'vne partie de la nourriture qui cotinuellemet s' efi 
chauffe &fie cuit, e fiant purifiée fe raffermit >& efiant vnie & efipefife fiait vne façon degraiffe.Le re- 
fte de la nourriture qui va aux autres parties,& monte pour nourrir ce qui eft hors de terre,ne pafle 
pas parcelle graifle,mais par d'autres conduits :car toutes les racines eftans changées enTede,lcs am- 
bres meurent ,àcàufe que les cfprits font comme eftouftèz , n'ayant lieu pour paiTcr , comme il en 
prend aux animaux, qui deuiennent trop grasxar la graifle efpeiïie bouche les conduicls,fî bieque 
les efprits ne pcuuent paruenir iufques aux extremitez.Les Auuergnats appcllet la partie grafte du 
Pin Jic.ti These^ï font mots venans de T&da-.îl l'ayant mifeen petites pièces les allument,&: s'en 
feruent en lieu delapc.Aurefte,d'autant qu'il faut beaucoup de Tede pour faire la poix,onatrou-Lïur» $ éi 
ué moyen de faire que le Pin deuint Tede, non feulement par nature:mais aufli par artifice* lequel ] hlft - chl< 
Theophrafte enfeigne par ces mots:Les Ide'ens ofient l'efeorec du tronc du Pin deuers le Soleil leuanti 
enuiron deux ou trois coudées au dejfus de terre ,çjr affeurent que l'année fiuiuante il fe fera beaucoup de 
Tede,{pource qu'ils y ama(fe vnfiuc gras ejy refine ux)laque lie ils coupent auec vne cognée. L'an après il 
s'y fait auffi de la Tede ,& fiemblablement latroïfiefime année. Apres cela t arbre e fiant pourry a caufe 
de ces incifions^efi abbatupar les vents, & lors on en tire le cœur^duquel fie fiait principalement la Tede, 
On tire auffi les racines le f quelle s ^ comme nous auos dit font toutes de Te dévoila ce qu'en dit Theo- 
phrafte. Or on appelle aufli Tede:mais impropremet, les autres bois qui bruflent à mode de torche, 
après auoir elle graillez d'huile on de poix.De là vient que Cerés eft appellée parles po'êtes,VeeJfe 
porte-torche, &: Tada fe prend pour les nopoes,ou pour le mariage meimes, pource que l'on portoit Theo^r* &' 
des torches au deuânt des nouueaux mariez. Aucuns ont diuifé toutes les fortes de Pin en cefte fa- i»«8.iw 
çon ? voulans que l'vn foit domeftique, &: l'autre fauuage. Et entte les fauuages, qu'il y ait le malle 
& lafemelle,eftimant que le malle foit le Pin maritime fit, la femelle foit l'ldéen,oi\ Pin de montagne: 
aufquels les Macédoniens adiouftent la troifiefme efpece,qui eft le Pinfiefile Cefte diftin&ion n'eft 
en rien différente aux delTusdicles,fînon quant aux mots .Ils difent, que le malle eft plus bas,& a la 
fiieille plus ferme, le bois dur,qui fe tord eftant mis en ccuure : mais que la fueillc eft plus haute, &£ 
alesfueillesplusgraiîes, plus molles, &C plus recourbées; & que fon bois eft plus aile à mettre en 
ceuure, plus mol, &; ne s'eftend, ny ne fe tord. Or il faut lire en Theophrafte ctq>u&êt , c'eft à dire* 
qui n efi pas tortu> &; non pas ^sp*6«,comme il y a aux exemplaires communs* affin qu'il foit oppo- 
fé n$ çpèÇcpèva , qui fie tord aisément Le Pin femelle a ce qu'on eppelle Aegis, qui eft vn bois efpés, fheoph.H^ 
blanc &beau, qui s'engendre aux vieux arbres,On en fait des tableaux pour peindre, & des petits vch.io; 
liures. Or c'eft le cœur, qui fait moins de poix, & de Tede. La Melez>e fiemelle > dit Pline , a ce que Lia -*f &3* 
les Grecs appellent Aegis, qui efi de couleur de miel. Les Peintres en ont treuué 'Cvfiage , d 'autant que 
ce bois dure vne infinité , ejr ne fe fend iamais. Il eft le plus prochain de la moelle. 

Apres auoir traitté de la nature & diuerfité des Pins,il faut maintenant parler de la Pece. Théo- Uimtn( ^ 
phrafte &les anciens Grecs ont nommé- la Picea des Latins, w/wwsîles Bourguignons auiourd'hiiy 
l'appellent Pecedcs Arabes Ar&:\es Italiens Pezzoi les Allemands Thamen bau : les Efpagnols Pino 
negroAzs François Pece ou Soiffedes Anglois Pichetre : les Sauoyards AW^.Beloii l'a deferitfous le letieui 
mot de Sapin. Elle croift aux plus hauts coupets des montagnes , Se a le pied droit bien aufli haut **/*«* 
que le Sapin : l'efcorce grife-obfcure, foupple, &: qui fe plie comme vile corroyé , qui eft vn peu 
afpre , & en fe fronciflfant fe haufTe tant qu'elle femble crefpée. Ses- branches font comme celle du 
Sapin , & difpofées en meime ordre: mais elles font pendantes contre bas , auec force furjeons, 
lefquels penchent aufli contre terre, Ses fueilles font iemblables à celles du Sapin , mais d'vne 
couleur de vert plus gaye, &c non pas ainfî noires , ny difpofées comme celles du Sapin , en façon 
de dents de pigne:mais qui couurent les furjeons des branches fans aucun ordre. Elles font vn pen 
aiguës, &: quafi rondes , & tendres, au lieu que celles du Sapin font plus larges & plus- dures. Au r u ' ^ , 
c uns dit Theophrafte, efiiment que le Pin ér la Tece fioriffentiles autres tiennent que nommais quel- ftoL.ch.é. 
le porte vn chattonfait en façon de figue. Pline dit que le Pin , ny la Pece ne fleuriflent point. Et ««i ***$ 
toutesfois l'expérience monftre le contraire : chacun peut remarquer en la Pece vne fleur longue 
Tome premier. D 3 fcrougcaftr^ 




42 Liurel.de FHiftoire des Plantes, 

l a pece. & rougeaftre.Au refte,la Pccc porte beaucoup de fhii&qui eft 

long,& lequel on defcouure de bien loing,attaché au bout des 
branches,& pendant contre bas, reiemblant au membre d'vn 
homnie,tant enlongueur,comme en grofleur.Iceluy demeure 
long temps fur l'arbre:à la fin s'enuieiliiflant il ouure fes Égail- 
les, defquelles il eft compofé, & la plus grande partie de fa Ce- 
mence tombe,quieft deux à deux arrangée dans le creux def- 
dites efcailles,{lmblable à celle du Pinfauuage , mais vn peu 
plus groffe ôc noire. Le bois de la Pece eft lâche, &C rare,p:opre 
à faire des poutres & des tables & plus beau que celuy du Sa- 
pin ,& plus ailé à charpenter : d'autant qu'il a fes veines plus 
droi&es,&: n'eft pas fi plein de neuds- Entre i'efcorce,& le bois 
de la Pece il s'y amaiTe de la reiine en façon de gomme 5c ir ci- 
mes quelquefois il en coule de la liquide , que les Sauoifiens 
| appellent *îyo» , duquel ils font grand cas pour guérir les pla 
yes freches, &: fanglantes. Il eft aile à voir,que cefte Pece eil la 
•crins de Theophrafte, fi l'on la veut conférer auec ce qu'il dit 
| du Pin. Mais premièrement ibfaut corriger quelques fautes 
> qu'il y a en ce pafTage de Theophrafte , & le mieux traduire 
que n'a pas fait Gaza. Il y a donc ainil au texte, Mais ceux 
d'Arcadie ne font pas la d.fiwflion du Pin, en domeHique & fie- 
rile : mais difint , qu'il y a différence entre le Pin & la Pece, 
d'autant que le tronc de la Pece ejl plus haut,ey toutvni,ér gr° s * 
propre pour la ch arpent erie , comme e fiant plus gros , plus vni & 
plus grand, que celuy du Pin. Outre-plus le Pin efi bien fueillu, 
. C-r aies fueilles graffes, effeffes, & recourbées : mais que la Pece 
qui au fit porte des pommes ejl moins fueillue , & fes fueilles plus 
feches , & plus affres. D'auantage , qu'il fe fait plus de poix du Pin , que de la Pece, de laquelle il en 
coule peu, & qui ejl amere : & qu'aujfi elle porte fes pommes moindres : mais que du Pin il Je fait plus 
de poix & quifent bon.En Arcadie vrayement ilcroijl peu de Pcces'.mais il y en a beaucoup aux enuiros 
d'Elée. Ainfi ces deux arbres font du tout différents, Or la Pece femble efire différente d * auec le Pin, 
d'autant que le Pin e (l plus gras, & plus petit , & a lafueille moindre , & nef pas fi droit & porte la 
pomme plus courte & plus afire,ejrfon noyau plus re fine ux. Tous deux ont les fueilles déliées en façon de 
cheueuxtmais le bois de la Pece efi plus blanc,& plusfemblable a celuy du Sapin.Ily a encor %>ne autre 
différence entre le Pin & la Pece 8c ce qui s'enfuit.Belon feachant que l'Abies des Latins s'appelloic 
en François Sap,ou Sapin,ôc que l'arbee duquel nous auons mis icy le pourtraiét eftoit fort séblable 
Lia.ie.c5j. au Sapin, il l'a nommé Sapin, en lieu de l'appeller Pece, comme il deuoit:car par le mot Sapinusne 
Lnu^c.io. s ' elll:eI1< l p as feulement le bas de l'arbre* comme aufli Fufierna fe prend pour le haut de l' arbre, zmCx 
que-dit Pline,mais il s'entend auffi de l'arbre entier.Ce qui fe peut prouuer par l'authoriré de Plin© 
mefmes:F/ry l'arbre de ton prefoir,dit-i\,de Sapin-fur tout du haut d'iceluy En vn autre endroit en ef- 
criuant toutes lescfpeces des pomes deVimLa troifiefme,dit-i\,efi celle qui efi appe liée Sapineaqui 
croifi furies Peces dom,fiiques,qtà a lapeleure,plufiot que force, fi tendre, qù elle Je peut manger auec 
le Pignolat.Vc ces mots il eft aifé à cognoiftre qu'il a entèdu l'arbre du Sapin, aiTauoir la Pece dome- 
fiique,hs pommes de laquelle il appelle Sapine as;(o\t qu'il entede le Peuce ou le Titys en ce lieu-là. 
if i C d« r *u' ^ ais c l Lie ^ ai '^ re e ^' ce 1 uc Theophrafte au premier liure des caufes entend par vlrvç ÇÙnçoCpôp©*, 
feVchap.y. " que Gara tvadxnt,Portequeuë,&c Scaliger, ayant queue '; eft-ce vne autre Pece que celle dont il parle 
Lia. té. c.io. en f on hiftoireJou fi c eft la mefmeieft elle point aufli nommée (pQetpoQoç®*, d'autant que , comme 
dit Pline} elle a fes goiuTes plus petites Se plus greilcs&: en icelles fes noyaux pctits,& noir refem- 
u S* blaus à des poux? Le fruid du Pin & de la Pece eft meur au mois de Septêbre.Le Pin aime les lieux 
Theopkha. chauds &expofez au Soleil: mais au lieux ombrageux ou il n'y croift pas, ou bien c'eft à grand 
32J2/?' peine. Diofcoride dit que le Pin Se la Pece font mis fous vne mefme cfpece : toutesfois ils doiuent 
Liu.i.cL 74 . eftre diftinguez. Ces arbres font affez cogneus, defquels Tefcorce eft aftringeante. Elle fert aux 
Lesvemt. c f corc h eu res qui fe font en cheminant, ou aux repenties , fi on la pile , Se qu'on la mette deflus, 8c 
aux vîceres, qui ne font pas profonds &c aux brufleures, auec de litharge d'argent, 8c manne d'en- 
cens. Incorporée auec du Ceror myrtin elle c'eatrize lesvlceres des corps délicats , qui ne peut 
uent endurer les chofes qui ont quelque acrimonie. Broyée parmy du vitriol elle arrefte les vîce- 
res qui s'auancent toufiours : û l'on en fait vn parfum, elle fait fortir le fruiôT: 8c l'arrierefaix aux 
femmes : prinfe en breuuage reftraint le ventre, &prouoque fvrine. Les fueille* de ces arbres 
broyées 8c mifes fur les inflammations les appaifent , & empefehent qu'il ne furuienne inflamma- 
tion aux vlceres. Pilées $c cuites en vinaigre appaifent la douleur des dents , fi on les en laue tout 
chaudement. Elles font bonnes à cewx qui ont le foye débile, s'ils en boiuent vne dragme auec 

d'eau, 



DelaPece Chap.XII 43 

d'ean ou xydromel. L'efcorce de la pomme du Piiï, &: les fueilles prifes en breuuages font îe mef- 
me effecL Leur bois gras ou Tede, taillé en petites pièces 6c cuit en vinaigre, appaife la douleur des 
dents , fi on les laue de ladite décoction. De ce bois aufli on en fait les fpatules, qui font propres 
pour les médicaments qui delafient , & pour les comportions des peflaires. La fuye aufli de leur 
bois bruflé , fert pour faire l'ancre à efcrire , èc aux liniments que l'on faïc pour noircir & farder 
les fourcils ,6c aux angles des yeux rongez ; aux paupières , auf quelles il y a de lacallofité & qui 
perdent le poil > &c aux yeux qui pleurent. Le fruicr. qui fe treuue dans les pommes du Pin &: de 
la Pece s'appelle Pityide. Iceux ont vne vertu aftringcante, 6c qui rechauffe vn peu. Ils font bons 
à la toux & aux maladies de la poitrine,prins feules ou auec dumiel.Si l'on mange des pommes de 
Pin mondées , ou que l'on en boiue auec du vin cuit , ou auec femence de cocombre , elles fonç 
vriner , 6c appaifent l'ardeur des reins , 6c de la veflie ; adoucirent les douleurs de l'eftomach : 6C 
prinfes auec du jus de pourpier , fortifient les corps débiles , 6c amortiflent le mal qui pourroit 
eflre camé par les humeurs corrompues. Les pommes de Pin entières , cueillies frefehement def- 
fus l'arbre , concaflees & cuites dans du vin cuit ' feruent à la vieille toux 6c aux phtifiques , s'ils 
boiuent tous les iours cinq onces de cefte décoction. Voilà ce qu'en dit Diofcoride fumant la 
traduction de Ruel , laquelle il faut efplucher foigneufement 6£ y remarquer quelque choie. Et v 

premièrement ce que Diofcoride dit ielon que Lacuna l'a traduit:/^ Pece,qui eflvn arbre commun* 
ejrle Pin font d'vn mefme genrc-.mais ils différent en ejpece-.nmis cecy ell£>eu de chofe. L'efcorce pilée 
lert pour les efeorcheures faites par trop f rotter,fi ont les en oinge. Il' y à au texte. // ejl propre aux 
efeorcheures les en oignant, & eflant applique'. Cornarius veut qu'il y ait : mis par dejfus ,Car,dk-il,la Emb^iJi.i. 
chofe me (mes moftre comme il enfant vfcr:car on noingt pas auec la poudre, mats on en iette par dejfus. 
L'efcorce de la pomme de Pin 3 & les fueilles font le mcfme effeët.Or l'efcorce du Strobilosfait le mef 
me,& les fueilles e fiant ^<?#i\f. Cornarius ne veut pas que cela s'entende de la pomme de Pimmais de 
l'arbre appelle Strobilos, qui eft le Pinaflre ou Pin fauuage. Qe qu'il conferme par 1 authorite de Pli- Liu.ié.cio^ 
ne qui dit, que les arbres que l'on appelle fur la frontière d'Italie Strobiles, (ont r Pinsfauuages, ainfi 
que quelques vns l'eftiment. Il allègue aufli Paul ^£gine : lequel ayant dit de l'efcorce des pommes Liu.7. 
éc des fueilles tout ce que Diofcoride dit de l'efcorce du Strobile &:des fueilles,traitte puis après à 
part du fruicl: des pommes du Strobile. En outre,quand il parle de la fuye,il nomme le Pin,\t Conus, 
ôc le Picea , comme trois diuers arbres, Cefte opinion de Cornarius eft aifée à refurer : car nous 
auons trouué en vn vieil exemplaire de Pline eferit en parchemin, au lieu de Strobilus^Tubulus, qui 
eft vne efpeee de Pin fauuage, duquel nous auons traitté entre les Pins. Et quant aux mots de Co- 
nus 6c Strcbilm, ils ne fe prennent pas pour l'arbre , mais pour la pomme de Pin , comme nous Ta- 
lions prouué par Galien , 6c" lemonftrerons encor. Mais poié le cas que Strobilus fe prenne pour le 
'Pinaflre, puis que Diofcoride a défia parlé en gênerai de la vertu de l'efcorce du Pin, tant domefti- 
que, que fauuage, pourquoy rediroic-il les mefmes chofes pour néant ? Or puis que le fruiel: du Pi- 
naflre n'eft pas bon à manger , comment eft-ce que les Strobiles , c'eft à dire , ( félon l'opinion de 
Cornarius , ) le fruid du Pinaftre , pourront augmenter les forces , & faire tout ce que Diofcoride 
attribue aux Strobiles ? Parquoy i'eftime , qu'en Galien , Paulus , & Diofcoride , Conus & Strobilus 
fe prennent pour la noix de Pin. Mais cnmment entendrons nous l'efcorce &: les fueilles delà pom- 
me de Pin ; veu que les fueilles ne s'entendent finon aux arbres , aux herbes , &C aux fleurs ? Nous 
voyons que les pommes de Pin font compofées de certains chattons ou ongles agemeées en fa- 
çon d'efcailles, fous lefquelles font cachés des noyaux,eharnus,tédres 6c bons à mâger. Les Grecs 
appellent quelquefois ces pommes entieres,6£ les noyaux qui font bons à manger.d'vn mefme nom, 
fans aucune diftin&ion. amaç , kjh^A^, rpoQihitç ; quelquefois aufli ils adiouftenc vn epithetepour 
les diftinguer, comme Diofcoride, qui dit oA«? rpo&iÂns TrçotrtpctTXç 6£ Galien oA«j ajAai^V : c'eft à dire, 
les pommes de Pin entières encor verdes ,frefches , & tendres : non pas comme Ruel l'a traduit en 
Diofcoride , frefehement cueillies dejfus l'arbre Et rpoQùaç ko,%^ c'eft à dire , defquelles on a olté 
l'efcorce , comme on les vend auiourd'huy. Afclepiades &: Andromachus les appellent rpoQïteç 
xîKctôctffÉfixç- Galien rpoÇi*.cvjrvfivttç , noyaux de Pin. Et Paulus, >twa mpam^fruitl du Conus. Nous ^* s ^ a ' 2, 
les appelions communément Pignons. L'efcorce des pommes de Pin c'eft leur partie extérieures Lime 6. des 
c6meleur robe,quiles couure 6c affuble de tous coftez,quife peut ofter 6c racler auec vncoufteau. a»cd.$ei». 
Leurs fueilles font ces efcailles de bois qui fe couchent l'vne fur l'autre , lefquelles couurent les 
noyaux, 6c leur feruent comme de coffre ; par lefquelles ainfi ageancées comme par degrez la pom- 
me de Pin fe forme,6c s'aboutit en pointe,6c font appellées fueilles,d'autat que lors que les Pignons 
tombent eftans meurs,elles s'eflarguTent 6c s'efpanniffent en mode de fueilles.Ces fueilles 6c efeor- 
ceont les mefmes vertus que les fueilles,6c l'efcorce de l'arbre mefmes,à fçauoir de reftraindre. Or 
ce que dit Diofcoride touchant la Tede, Galien en dit de mefme : L'on fe laue les dents qui font don- ^^ 
leur auec la décoction des Tedesgraffes cuites en vinaigre : ou de la decoclion de l efeorce du Baguenau- c k a p. 3 . 
dier ejr de la Tede, après qntlles auront longuement boully en vinaigre. Ou bien Ion fait cuire des pièces 
de Te de, de l'efcorce de grenades & de l'alum déplumeras du vinaigre, iufqu a tat que la tierce partie 
fait confumée, puis on Une la bouche auec ladite decoclion tiède. Il ordonne aufli de méfier vn certain 

D 4 médicament 



LÎ.Z3" ch. g. 



£mb,.7i.<îu 
i. li.de Diof. 
Liure y.àes 
Cm pi. 



Lî.i.deDiof. 
cJiap-79. 



44 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

medicamet qu'il fait pour la douleur des déts,auec vne fpatule de Tede,cepêdât qu'il eft fur îe feu. 
Diofcoride dit,que le fruid du Pin 6c de la Pece eft appelle Pithyides en ce pafTage:Or lèjrui&$k-i\ t 
du Pin ejr de la Pcye eft appelle\ r PithyidesM.^xi\\\o\ tient ce paffage icy pour fufpecl.'car il eftime que 
ces mots t#s irevKw, ont efté adiouftez au texte par quelqu'un. En quoy il a bien raifcn : car le 
mot 7riTviAç ne peut lignifier autre chofe , que toùv mrvov Ka,pxsrov y c'eft à dire, le fruicldes Peces,com- 
me le mot ^e£«Aai,defqucls le mcfme autheur parle puis apres,iignifie lejruiclToûv wsintàv, c'eft à di- 
re, des Pins. Ce que Diofcoride dit des Strobiles ou Pignons mondez.en ces mots :0r elle confie les 
rongemens de l'eftomachprinfe auec lefuc de p or ch aille -.renforce lafoiblcffe du corps^é" re fouit les hu- 
meurs corrompue s-ù femble que Pline l'a traduit,difanc:2>j Pignos appaifent l 'acrimonie, & rongemes 
de l'eftomach ejr les mauuaifes humeurs quiy fonder renforcent ceux qui font débile J.Dont il eft euidée 
que Pline a prins les Strobiles pour Pignons. Et qu'au lieu de ^«(p^d*?, corruptions, comme il y a aux 
exemplaires communs de Diofcoride, il a leu ha,(pc^ différences. Finalemet que ces mots i%efiiJmru 9 
renforcent, drvict* <râpd,T(§»,les langueurs du corps,i\ les a mtcrpKté,renforcent la vertu débile. Ettou- 
tesfois Cornarius penfant qu'au lieu de «£fj!>«<&cni',ilfaLloit qu'il y euft é|«^â"<nv 3 a traduit ainfi ce paf- 
&gc,cftent lafoibleffe du corps.V oicy ce que dit Galien des 1?ign6s:Le Pignon verd & entier avn peu 
d'amertume ejr acrimonie conîointe auec l 'humidité '; ejr pour cefte caufe il adoucit la toux de ceux lui 
ont quelque apoftume en la poitrine, ejr la rend aifée à tom ceux qui ont h e foin de pouffer hors de la peu 
trine ejr des poulmons ce qui eft, par le moyen d'icelle. Orcefruicteftantmangé eft de dure d-igeftion 
&: fait vne grofle nourriture : mais il fert de médecine pour guérir l'afpreté du gofier „ après l'auoir 
trempé en l'eau iufqu a tat qu'il y ait delaiffé toute fon acrimonietcar ainfi ce qui refte eft moins mot- 
dicatif,& tient plus de la nature d'emplaftre, &: acquiert vne chaleur & froideur médiocre, méfiée 
d'vne fubftance aqueufe &: teneftre , ôc laquelle participe peu de l'air. Matihiol a adioufté ce qui 
s'enfuiv.L'eau des pommes de Pin verdes diftilée par vn alambic efface les rides duvifagefait abbaif- 
fer les m anime lie s qui croiffent par trop^fi fon met deffm des linges qui f oient trempez, dans cefte eau. 
Elle re ferre aujjî les parties hoteufes des femmes,ejr empefche les defluxios dJicelles-.mais lefuc a béait- 
coup plus d'efficace pour ceft effecl. Les pignons des pommes,de Pin domeftique font fort profitables 
au corps de l'homme,ayant quafi leurs qualitez tcmperées,mais tirant vn peu fur le chaud.Ils meu- 
rifTent, adouciflent,agglutinent, refoluent,en graillent, & picquent auec vne légère acrimonie. I!s 
nourriflent bien,&: côbien qu'ils baillent au corps vne affez groffe nourriture,!! ne font ils pas à coti- 
damner:car ils corrigentles humeurs qui fe pourrifTent aux iiiteftins.Et toutesfois ils font de diffici- 
le digeftion,S<: pour cefte caufe ils les faut donner auec du miel à ceux qui font froids de nature, &: 
à ceux qui font de chaude c5plcxion,auec du lucre. Au refte ils perdent leur acrimonie Se ce qu'ils 
ont d'huileux eftans trempez en eau tiède. Si on en mange fouuent ils gueriffent les douleurs des 
nerfs, & du dos. Us font fort profitables à ceux qui ont k feiatique , aux paralytiques , à ceux qui 
ont les membres endormis ou tremblants. Nctroyent les poulmons & leurs vlceres , purgeant les 
humeurs vifqueufes, &: leur corruption , pource aulîl on en donne à ceux qui ont la toux. Ils pro- 
uoquent à luxure fi on en mange après les auoir trempé en 1 eau tiède , & couuerts de miel ou de 
fucre. Ils auo-mentent la femence génitale. Ils font bons aufîi pour 1er vlceres des reins &: de la 
vefïie : &: pource ils foulagent grandement ceux qui on difficulté & ardeur d'vrine. Le parfum 
de la décoction de l'efcorce des pommes de Pin , cuite en vinaigre très-fort eft grandement profi- 
table aux difenteries. Il s'eft treuué vne certaine table aux ruines du temple d'^fculape, qui fut ia- 
dis en fille Tiberine bafty de marbre , en laquelle eftoic eferit en langue Grecque vn tefmoigrragp 
fort euident que les Pignons feruent à ceux qui ont des vomiflemens de fang. C'eft vne chofe qui 
eft à la vérité fort remarquable , & digne de mémoire que i'ay puifée dans les Hures de Mcrcurialis 
tres-doôTre Médecin De arte Gymnaftica, & le veux bien aduoiier pour rendre l'honneur qui eft deu 




qu'il print des graines < 

çiierypar ce remède, ejr s' en allant au temple enprefence de tous il re?idit grâce deuant tout le peuple. 



1) u Sapin, 



CHA?. XIIL 



tes ntn». 



Informe, 



&i».ïÉ.c.3$» 



'A b i E s des Latins s'appelle en Grec Ixdrn : en Italien Abete : en François, 
Auet,Sap,§L Sapimcn Akmznd,Tbannem,&z. Thannenbaum:cn Efpagnoî,vtf£^<?, 
arbol-.em Anglois Mafttre &: Deele. C'eft vn arbre haut, plus grand que le Pin, 
ny que la Pece,mefmes plus que tous les Coniferes,excepté le Cedre,tres-hauc, 
fort droite fans beaucoup de neuds. Sonefcorce eft blancheaftre,& fe rompt 
aifément,fi »n la plie.Le bas du Snpin,dk Plincqui eft fans neuds, & a des veines 
eftant efeorche, eft appelle par les Latins Sapinus : mais le deffus qui eft plein de 
neuds.à-plus dur que le bas eft appelle Fu/lemaScs branches ne pendent pas^contre terre,come cel- 
les de la Pecejmais font droites & efleuées contre-mont 3 & iettent d'vn cofté ôc d'autres des petites 

branches 




Du Sapin, 

Le S afin. 



Chap. XIII 




45 

branches en croix , comme auffi la Pece. Les fueilles font: 
auffi femblablement difpofées, fortans des coftcz des bran- 
ches &. furieons. £/,comme die Pline , elles font arrangées 
comme les dents d'vn peigne jvn peu larges ^courte s, ej^ejfes^ qui 
piquent vnpeu^ & ne tombent pas en hyuer , & de couleur de 
vertbUjfard.il porte (es pommes longues d'vne paume,fen> 
blables à celles de la Pece , dans lefquelles y a vue femence 
blancheaftre , qui n'a point de moelle. Theophrafte dit, 
qu'il y a vn Sapin mafe , & vn autre femelle , & qu'ils font 
differens quant aux fueilles ï car celles du mafle font plus 
aiguës , picquantes , & plus repliées ; &: pource aufli tout 
l'arbre femble plus crefpu à le voir. Ils font auffi differens 
quant au bois : car ecluy de la femelle eft plus blanc , plus 
doux , & plus aifé à mettre en ceuure. Son tronc eft aufli 
plus haut. Le bois du mafle eft plus diuers,plus large, plus 
dur, plus plein de moelle & n eft pas fi beau à voir. Dauan- 
tage la pomme du mafle a peu de noyaux , & ce au gros 
bout tant feulement. La femelle ne porte point du tout de 
pommes , comme on dit les Macédoniens. Des fueilles du 
Sapin fortent d'autres fueilles petites , comme les plumes 
aux ailles des oifeaux , eftans couchées les vncs fur les au- 
tres , en telle façon , que les plus petites & plus courtes font 
toufiours les dernières deuers la pointe, & fuccedent à 
celles qui font deuant elles en façon de tortue, ou des 
voûtes à la Bœoticnne. Car il me femble qu'il fout ainfi cor- 
riger U tranflater par circonlocution ce paffage de Theo- 
phrafte, Il a les fueilles comme des aifles & fort largesse for- 
te qii elles font comme voûtées , <& reprefentent très proprement les canemes Bœoticnne s : & Gaza au 
lieu du dernier mot lit, à des taffes. Les exemplaires communs Kiwçieus de chien. Ces fueilles font fi 
efpaifTes, que la neige ny la pluye ne fçauroit paiîer à trauers. En fomme c'eft vn arbre beau à voir* 
grand, & plus haut que le Pin, duquel aufli il eft différent quant au bois : car ceîuy du Sapin eft ner- 
ueux, tendre, &: léger ; au lieu queceluy du Pin eft gras, pour raifon delà Tede,plus pefant,& plus 
folide. Le Pin a plus de neuds;mais ceux du Sapin font plus durs,&: mefmes plus durs que de toute 
autre forte de bois, combien que fou bois foit mol. Comme le Pin a ce qui eft appelle Aegis, ainfi 
le Sapin à ce que les Grecs nomment K&àov , qui refpond aucunement en proportion à l'Aegis. Et 
encor auiourd'huy les marques dudit mot demeurent ; car les bûcherons du mont Iuta nomment 
Ouchon, ou Louchon, les troncs blancs du Sapin , ou de la Pece, qui ne font point noueux , mais qui 
ont les veines droites & font bons pour ouiirage de menuiferie. Le Sapin contient entre ks efeor- 
ces cefte excellente liqueur, que les Italiens appellent communément, Lagrimo, c'eft à dire^m*' 
de Sapin. Matthiol eftime que les anciens n'en ont rien laifte par eferit , finon que quelqu'vn die, 
que Galien a prins celle refine liquide de la Pece , que les reuendeurs vendoient en lieu de Téré- 
benthine, pour la larme dli Sapin, tant pource qu'il eferit qu'elle a le gouft, &; l'odeur fort fembla- 
ble à la Térébenthine , ce qui eft aufli apparant en la larme du Sapin, qu auffi pource qu'elle eft 
quelque peu plus acre que la Térébenthine, lefquelles qualitez ne font pas en la reilne liquide de 
la Pece. Ce qui a fait fouftpnner à Matthiole , qu'il y euft de l'erreur aux mots de Galien , fingu- 
lierement pource qu'en la compofition du médicament d'Euforbe il eferit , qu'entre toutes les re- 
iines , la Térébenthine , & celle du Sapin font les plus odorantes , & que celle du Sapin eft la plus 
chaude : Combien gw,ditMatthiol,A?5 anciens ne s accordent pas en la defcripfion des arbres (impor- 
tent la refme.Ce.xsx. qui penfent que la larme du Sapinfoit la plus claire refine de la Meleze,fe trom- 
pent fortxar lalarmc du Sapin s'amafle entre les efeorces comme vneapoftume,& fe tire après auoir 
coupé la peau , comme la fange d'vne apoftume que Ton ouu re : mais celle de la Meleze coule du 
tronc après qu'on l'a percée iufqu'à la moelle. Ce que Matthiol afleure d'auoir veu par expérien- 
ce. La larme ou refine liquide du Sapin fe nomme en quelques lieux d'Italie Oglio d'aueto , comme 
qui diroit, huile de Sapin. Pour raifon duquel mot Belon a creu que ce fut la refine thMtd^n, c'eft à 
dire, huileufe de Diofcoride. Auquel lieu il n'explique pas lesf fpeces de refine , ce qu'il auoit fait 
vn peu deuant ; mais monftre comme elles font différentes en couleur. Aux boutiques l'on l'ap- 
pelle TerebenthinaFeneta-.tn François Térébenthine de Venife. On l'amafle des ieunes Sapins, des- 
quels l'efeorce n'a encor point de creuaïîes : mais eftant polie , a beaucoup de durillons ou boflfet- 
tes, au lieu que celle des vieux Sapins n'en a point, & eft fronde & creuaffée. Les vachiers percent 
ces boflfettes auec vue corne aiguë fi auant , que cefte refîne en forte î Et ayant perce beaucoup de 
-ces bofTettes tout le long du iour,ils penfent auoir fait beaucoup>& comme vn chef-d'œuure s'ils en 

raportent 



Lju.16.ca4, 



Liurc 5. àa 
l'hiiï. ch.iç. 
Les sjfeces- 



Aumef.lk'-r. 



Liurc i- des 
camp, med. 
sea. 



Au meOieu» 



Liurc 1, des 
con. ch. des 
Refin. 

Liu.i.ch.77» 
Belon de$ 
Conif- ch. 
des Refin, 



Tiofcor lia. 
i-chap.??. 
Dodon. liu. 
6.ch.<>i. 
Le Heu 
Le temps. 
Thcophrafi:, 
Iiu.j.del'hi- 
ftoh-.ch.4.& 
liure %. des 
ca.nC.ch 9. 
Le Tempé- 
rament. 
Xiure 5. de 
liift.ch.é. 
Matc.&Do- 
don,au mef. 
Les ■vertus. 



Theoph.liu. 
S. de l'hift. 
chap.8. 
Pline liu. 16, 
ch.4i. 
Thcophraft. 
ILj. del'hi- 
ftoir-ch.7« 



46 Liurel.de FHiftoire des Plantes, 

rapcucnr.ufoiràlamaironvne corne plaine, qui tendra enuiron quatre onces: car en chaque 
boilcues il* y en a qu vne ou deux gouttes, qui fait que cette larme eft û rare & par ainfi plus chè- 
re On amafîe auffi du Sapin corn me du Pin & de la Pece , vne refîne feche & blanche qui refem- 
ble a 1 encens , & s en iert on communément en lieu d encens. Le Sapin croift aux montagnes & 
nonaux plaines ^inme les lieux ombrageux. Il fleurit vn peu deuant la Solftice , comme dit 
1 hcophrafte. Sa fleur elW.v^ c eft a dire, de couleur d'EfcarUt m, comme il y a aux liures im- 
pmi.ez. Mais Gaza ht * f oK U & c eft a dircs^ coule urde S-affr^.Son fruid eft meut enuiron le mois 
dOaobre. Toutesfois Matthiol ditque le Sapin ne porte ny fleur, ny fruid aux montagnes de 
Trente , ou il y a de grandes forefts de Sapin. L'efcorce & la refîne feche du Sapin , ont quafi les 
mefmcs qualitez Se vertus , que 1 eicorce &c la refîne feche du Pin ; fmon que pour eftre plus acres 
elles font plus detergeantes. La refinc liquide du Sapin eft chaude & feche au troifndme de-ré, & 
par fon acrimonie a vne vertu detergeante, & approche des qualitez de la v ray e Terebenthine.El- 
le eft fort bonne pour les playes ficfches,fingulieremcnt de la tefte : car non feulement elle les mun- 
dihe s mais auffi les conf olide. Prifc au pois de demie once , elle pùrçe par deffous les humeurs 
biheufes, nettoyé les reins, & guérit leurs vlccres, fait vriner, & fait fortir la pierre : appaife ics dou- 
leurs des gouttes , & de h feiatique. Prife enuiron la groffeur d'vne noix, auec de noix mufeade, 
& de lucre , guent la ftraugurie , ou difficulté d'vrine, quand elle fort goutte à goutte, & fert Man- 
dement aux vlccres des parties honteufes. Le Sapin eft fort propre pour faire les nauires : car on en 
fait les galères & autres tels vaifïeaux longs à caufe de fa légèreté. Lors qu'il eft bien vieil, il eft foie 
bon pour baftir, pourueu qu'il ne fcit vermoulu. On s'en fert auffi pour faire des tableaux à pein- 
dre &c à d'auues viages. Le Sapin & le Pin fouftiennent bien le fais : car ils refiftent & ne fc rom- 
pent pas aifément, & faillcnt pluftoft par pourriture qu'autrement. 



De la Mêlez?) 



CHAT. XIV. 



les noms. 



Lxforme. 




La Meleze: 



Liu. ié.c.n, 

chap. il. 
Liu.i6,c.i«. 



A r b R E que les Latins appellent Larix , ou Larex , fe nomme aufïïen Grec A»#| : 
en François Melez.e : en Italien, &: Efpagnol Larice : en A lemand Lerchenbaum. Ceft 
vn arbre merucilleufement haut, toutesfois il eft pour la plus part plus petit que le 
_ Sapin ,. quelquefois auffi il eft bien auffi grand. Il a l'efcorce fort efpeffe , & fort cre- 
uaifee , rouge par dedans : les branches font difpofées à l'entour du tronc comme par degrez , & 
iettent pluiîeurs autres petites branches , qui font aifées à plier comne celles du Saulx , faunes, 

& qui fenten t affez bon. D'icelles fortent plufieurs fuel]-» 
les des boutons qui font affez efloignez l'vn de l'autre , &C 
font fort efpeffes, &c cheuelué's, dont il y en aura quelques- 
fois trente ioin&esenfemble , comme vn pinceau de pein- 
tre , longues , & tendres , pfus eltroites que celles du Pin, 
& qui ne picquent point, & tombent à l'enttée de l'hyuer. 
Tellement que la feule Meleze entre tous les arbres qui 
portent refîne mefprifantla rigueur du froid, paffe l'hyuer 
fans fueilles. Pline donc a-failly mettant la Meleze au 
nombre des arbres qui ne fe deueftent point de leurs fueil- 
les , &; au nombre de ceux qui ont les fueilles picquantes.. 
Mais nous auons monftré cy-deffus, que c'eft qu'il entend 
par le Meleze. Et fe void affez clairement en cecy l'in- 
conftance de Pline , qui en vn autre lieu dit, que les fueil- 
les du Larix ne font point picquantes ; mais bourrues,graf- 
fes, &c qui fe plient aifément , fmon qu'il y ait faute aux 
exemplaires communs. La Pece.dk Pline,» 'eft pas fi haute 
que la Melez,e. Celle-là a l'efcorce plus grojfe,ejr vnie>& a l» 
fueilte plus veluë,gra(fe s & efpejfe,& plus aifée a plier: mais 
celles de de laPece sot plus rares,plusfeches,& plus m'mces.é' 
set et plus leftoid-.auffielle eft plus f*artage,dr*plus de re fine. 
Il eft aifé de corriger celte faute en Pline,en châgeant feu- 
lement vn mot âinCv.La Pece n eft pas fi haute que la Meleze. 
Cefte-cy a l'efcorce plus gro(fe,& plus lijfe,è°lafueilleplus ve- 
luè,& ce qui s'enfuit.Tellementque Cefte-cj,scmenà de la 
Meleze,laquelle correction eft neceffaire tant pour le fens, 
que pour le texte. Car iî ces mots,Z,# fueille plus vc lue, cre 
fe doiuent entendre de la Pece, comment eft-ce que ces 
fueilles peuuent eftre grafTes, efpeces, &c molles ? veu qu'vn peu après il dit, qu'elles font plus min- 
ces , plus rares , & plus feches. Outre-plus , s'il falloit entendre tout ce qui a efté dit auparauant 

cela 




DelaMeleze. Chap. XIV. 47 

de la Pccc, &£ non de la Meleze , pourquoy y auroit il adioufté cefte particule diftinctiue ât-> -mais: 
quand il dit mais celles de la Pece^cW eft donc aisé à voir par ces mots, que l'efcorce de la Meleze Iiu . tj c ? u 
eft plus Me que celle de la Pece , félon l'opinion de Ruel > mais que les r'ueilles ne font pas pie- 
quantes ; veu que picquanc , &: velu fontehofes contraires : car ce qui eft velu* eft mol au toucher, 
nons pas les efpines ou aiguillons. Les fleurs de la Meleze fortent du bout des pentes branches Liu,î6 c,i - f * 
au printemps , $c fentenE fort bon , contre l'opinion de Pline , qui met la Meleze au nombre des 
arbres trilles & qui ne fleuriifent point. Ses fleurs ornent grandement l'arbre , d'autant qu citant 
attachées auxfueilles cheuclués ,-> &c de couleur de pourpre , rouge-enflammé , elles fe font regar- 
der par les pafîan s, &C les reiîonÏÏTent. Ses pommes font fort femblables à celles du Cyprès, vu 
peu plus iongtK s , &c fentent allez bon. Elles fe tiennent aux branches auec vne queue courte , fe 
couchans furicclles , &: font compofées de menues efcailles comme fucilles ageancécsenfemblei 
dans chacune defquelles il y a deux noyaux , qui font couuerts d'vne petite peau , qui eft Comme 
l'aille d'vne cigalle. La femence qui eft enclofe dans iceux , eft petite , de la groffeur de celle du 
Cyprès , qui a vn mcfme gouft que les Pignons. Le bois de la Meleze eft tres-dur , fur tout celuy 
qui eft rouge , &C au milieu du tronc , &: a l'odeur plus acre : pource eft il meilleur que toute autre 
iorte de bois pour quelque baftiment que ce foit. Pline dit , que la Meleze ne bruile , ny ne fe Liu.i6.cto* 
conuertit point en charbon, &feconfume au feu comme les pierres, au lieu que les autres bois 
relineux eftans mis au feu rendent vne grotte fumée , &c icttent incontinent leur charbon au loing 
en petnant. Vitruue dit , que la Meleze ne s'enflamme point au feu , &: ne peut brader feule , fînon C&*p-i?.«fc 
que l'on la bruile auec d'autre bois, comme on fait les pierres pour faire la chaulx : & mefmcs a ' IUIÇ ' 
alors il ne faut ny flamme ny charbon ; mais fe bruile &c confume petit à petit, d'autant que fon 
tempérament participe peu de la nature de l'air èc du feu : & eftant compofée d'vne matière 
humide , terreftre & felide , & n'ayant point de vuide par où le feu puiffe entrer , elle repoufle la 
violence & ne fe laiffe offencer du premier coup. Et auffi pour raifon de fa peianteur elle ne na- 
ge pas fur l'eau , &x. Mais la raifon &: expérience monftïent , que cela eft faux : car puis que tous MatsLMifc 
les autheurs , & mefme Pline & Vitruue d'vn commun confentement difent , que 3a Meleze frit de ^^; 
vne reiïne liquide , graife, $c qui s'allume aifément au feu , ne plus ne moins que le bitume ; qui eft ep ift.du 4 ii. 
celuy qui voudra croire , qu'vn bois gras 5i rcfmeux ne prennent pas feu ; veu mcfmes que les picr- ae fcs e P lI}> 
res, qui ne bruflent pas de leur nature, neantmoins eftans pleines de bitume , bradent comme 
bois , iettans flamme continuellement iufqu'a tant qu'elles foient réduites en cendre ? Ce que 
pourront fort bien teftifier les Flamans Brabançois &c autres nations Septentrionales , lcfquelles à 
faute de bois font du feu de ces pierres. Qui plus eft , il la Meleze ne brufloit pas , ny ne faifoit 
du charbon , les habitans des montagnes de Trente feroient mal venus, & fur tout ceux de la val- 
lée du Soleil , qui confine à celle d'Ananie, &: de la vallée Camoniquc , &; de Tropiau , & des en- 
uirons de Breffe , qui fondent le fer aux fournaifes , aufquelles on bruile grande quantité de char- 
bon de Meleze. Et n'y a , (comme difent ceux qui font bien experts en ceft art ) point de charbon 
qui fafle fi toft fondre la mine de fer , que celuy de la Meleze. Son bois auffi eftant fec , d'autant 
qu'il eft refîneux , fait vn feu fort véhément. Pour cefte caufe ils ne chauffent le four aux mon- 
tagnes de Trente qu'auec le bois de Meleze , foit pour cuire le pain , foit pour chauffer leurs poé'l- 
les. Quant à ce que Vitruue raconte d'vn certain chafteau dans les Alpes , où Cefir auoit fon 
armée , au deuant la porte duquel il y auoit vne tour de ce bois baftie de poutres entrauerfées en- 
femble comme vn tas de bois, laquelle ne peut eftre offencée par le feu des fagots &c torches al- 
lumées , que l'on mettoit tout contre : il faut croire , que cela foit aduenu , non pas pource que le x 
bois de la Meleze ne puiife eftre bruile , mais pource que s'eftant endurcy aux vents , neiges , froi- 
dures , & à toutes les autres iniures du temps , comme l'on voit le plus fouuent ces temps di- 
uers aux Alpes , &c par longue fuccelfion de temps fon fuc gras eftant confumé , il eftoit deuenu 
comme pierre , & pource ne peuft-il eftre allumé par ces fagots &: torches , veu mefmes que tout,, 
bois entier eftant dur &folide ne prend pas feu aifément du premier coup , tant moins celuy de 
la Meleze , qui eft plus folide , & dur que celuy de tous les autres. Ilfautencor noter icy Liu.ié.oiz. 
eftre admirable , qu e Pline fe contrarie ainfi à foy-mefme en la defeription de la Meleze : car ayant 
dit , que la Meleze ne bruile , ny ne fait charbon , il adioufté puis après : En Macédoine on brujle la 
Melez.emajle : mais de la femelle, onnen brujle que les racines.Dc la Melcze,commc luy mefmes ef- 
crit,il en fort vne liqueur efpeffe comme micUaquelle ne s'endurcit iamais. Et en vn autre lieu : La 
Meleze rend vne rejînefubtile, & de la couleur du miel.quifent mauuais : ce que Vitruue auoit dit iu,z4,c " 6 
deuant luy :La Meleze a vne refîne liquide,de la couleur du miel A ttique.-parquoy elle fert auffi aux 
phthifiques.Les Grecs la nomment faum Ac4£/x»v>i,ou Aa'g/^ : les Latins Refina laricea,ou larignafic 
aux boutiques r?r^#«>^,maisfaulfernent. Il croift auffi de fort bon Agaric fur la Meleze,duquel Le lieu, 
nous traitterons en fon lieu' Il y a vne vallée au deffus du lac de Garde,laquelle s'appelle Vallarice 
pour l'abondance des MeleZes qui font.il y a auffi des Mélèzes fur la due du Pau,&: en la Slefie. Ses 
fueilles commencent à fortirà l'entrée du mois de Mars par les mefmes boutons ,clefquels elles utérus. 
eftoient tombées l'année précédente. Son fruift eft meur au mois de Septembre. L'efcorce de la 

Meleze 






Le Tempé- 
rament & 

venus. 



48 Liurel. de l'Hiftoire des Plantes, 

Meleze , Tes fueilles , Ton fruid , & Tes noyaux ont le mefme tempérament que ceux du Pin : Mais 
non pas auec iî grande efficace. La refine de la Meleze eft chaude & feche , comme aufîi les au- 
tres refînes , mais elle eft plus abftergeante. On la méfie auec grand fuccez parmy les emplaftres 
& onguents , qui feruent à mondifier &£ guérir les playes. Elle purge la poitrine -, fî on en baille 
auec du miel en façon de looeh à ceux qui ont la toux. Prinfe par la bouche elle lafche le ventre, 
fait vriner, & iette hors la pierre. La Meleze demeure long- temps auant que d'eftre verraoluë ou 
pourrie pour raifon de l'amertume de fonfuc à ainfî que dit Vitruue. 



Du Cyprès, 



CHAP. XV. 



Les noms. 



Les efpeceh. 
Plia, liu. 1 6, 
chap. 33 . 
La forme. 



Plin. iiu. 17. 
çhap.io. 



Liurc 1. des 
caufesch. j. 
Scaliger. là 
mef. 



Theophraft. 
liure 4. de 
lhift.ch.6. 
Le lieu. 
Plin. lia- lé. 
chap. 3 3. 




Le Cyprès. 



Liu.4. ch. 1. 
Le temps- 
Liu.16. c.17. 



le Tempéra- 
ment & ver- 
tus 
Liu.i.ch.86. 



KlffilPffil E Cupreffm des Latins fe nomme en Grec Kwr*yiT\(& , ou Kwret'e/os&t'&n xô(§ 
OT> 7r£ *£ / ' cr * 5 T * ç **pl** 1et *> c 'cft à dire, pource qu'il iette fes branches cigales. Les 
^$És» Arabes le nomment Suro & Seru : les Boutiques Cyprejfusûes François, Anglois 
^^S^ & Flamans Cyprès : les Italiens Cyprejfoùcs Alcmands Cyprejfe» : les Efpagnols 
^^|^%P el Cyprès. Il y en a de deux fortes, à fçauoir le mafle&c la femelle. La femelle 
35k va toufîours en pointe iufqua la cime : le malle efpand (es branches en large. 
L'vn &: l'autre eft haut , &c droit , &c a le tronc gros, qui n'eft branchu que vers 
la cime. Il a les fueilles comme le Sauinier portant fruict , maïs plus verdes , plus longues & qui 
font toufîours verdoyantes. Ses pommes font femblables à celle de la Meleze , plus courtes, plus 
grottes, plus dures, &z plus ferrées. Les Latins les appellent Nuées Caprejfc ou pilluUs : d'autres les 

nomment Galbulos, dans lefquelles eft la fçmenccqui font 
de petits grains , lefquels à grand peine peut on voir. Eh' 
quoy eft bien à remarquer le miracle de nature , qui d'vne 
fî petite femence fait croiftre de fi grands arbres. Les for- 
mies font fort friandes de cefte femence , qui eft pour ac- 
croiftre le miracle , que dans vn fi petit corps foit confu- 
mée l'origine de fi grands arbres. Theophrafte dit, que' 
cefte femence eft non pas mrvuAç, comme il y a aux com- 
muns exemplaires , qui vient zàixcfembUble à U femence 
de la Pece-.ma.is 7nTvpcàAg, c'eft à dire, comme au Son-.czx aufli 
elle rcfemble fort au Son. Le bois du Cyprès eft iaunaftre, 
dur, folide, ferré, &: qui fent bon,fingulierement lors qu'on 
le met au feu. Son tronc fait vne refîne liquide , comme 
celle de la Meleze ou comme la Térébenthine , mais très- 
acre au gouft. Le Cyprès necroift volontairement fînon 
aux lieux chauds , comme en Candie , Lycie , Rhodes , &C 
aux enuirons de Cyrene : mais en Candie en quelque lieu 
que l'on laboure la terre , fi l'on n'y feme autre chofe , in- 
continent le Cyprès y croift de foy-mefmes. Il croift aufli 
de foy-mefme &: fans cultiuer la terre aux montagnes 
d'Ida, que l'on appelle blanches , & mefmes aux plus hau- 
tes cimes d'icelles, aiifquelles il y a toufiours grande abon- 
dance de neiges. Et ailleurs, ce qui eft à efmerueiller, il ne • 
vient qu'aux lieux moyennement chauds , & comme par 
defpit de la terre qui le nourrit. Voilà ce que Pline en die 
après Theophrafte. Le fruicT: du Cyprès eft meur au mois 
de Septembre , ou au commencement du Printemps. Pli- 
ne diz, qu'il fait fon fruicl trois fois l'an, & que l'on amaffe 
fes pommes au mois de Ianuier , au mois de May, &: en Septembre. Les fueilles du Cyprès & fon 
fruicl: aufli deffechent iufqu'au t roiiiefme degré , fans apparente chaleur, &: font aftringeantes. Le 
Cyprès félon Diofcoride refroidit de reftraint. Ses fueilles prinfes en breuuage dans du vin cuit 
auec vn peu de mirrhe feruent aux rheumes , ou catharres, &: à la difficulté d'vrine. Ses noix pi- 
lées , & beuès auec du vin font profitables aux dyfenteries , flux de ventre , à la toux , à ceux qui 
ne peuuent auoir leur haleine fans tenir le col droi£b , & à ceux qui crachent le fan g. Leur deco- 
cïion fait les mefmes effects. Pilées auec des figues amolliffent les durtez , & gueriifent le poulpe 
du nez. Cuites en vinaigre &c broyées auec des lupins,font tomber les ongles rabbotteufes.Empla- 
ftrées elles guéri {fent la rompure par laquelle le boyau tombe. Les fueilles ont femblable vertu' 
Aucuns eftiment que le parfum des noix de Cyprès auec le bout des branches , chaffe les mou- 
cherons qu'on appelle Confins. Les fueilles broyées mifes fur les playes les confolident , & eftan- 
chent lefang. Pilées auec du vinaigre noirciffent les cheueux. On les applique feules , ou auec 
griotte feche fur les Erifipcles, ôc vlceres qui vont rongeant, furies charbons , & inflammations 

des yeux, 




DuSerbin. Chap.XVI. 49 

des yeux. Mifes fur l'eftomach auec du Cerot, elles le fortifient. Galien fe feit auffi des germes r.îure 7 . d«s 
de Cyprès , & déclare toutes les qualitez de la plante , qui font les effe&s que Diofcoride leur at- Lmpl 
tribue. Les fueilles de Cyprès, leurs germes ou bourjeons , & leurs noix frefches & tendres fou- 
dent les grandes playes aux corps durs ; dont il appert qu'elles ont vertu de deffecher , fans gran- 
de acrimonie ou chaleur , comme auffi le gouft le monftre : car on aperçoit en toute la plante 
vne petite acrimonie , &c vue grande amertume , &: encor plus d'aigreur. Or l'acrimonie & cha- 
leur y font telles , qu'elles fuffifent pour faire pénétrer auant l'aigreur fans aucune mordication 
ny chaleur. Pource il confume feurement , &: fans danger les humeurs cachées au fonds des vl- 
ceres fleftris, &: pourris, au lieu que les autres médicaments qui efchauffent en deffechant , confu- 
ment bien ces humeurs s mais.pour leur acrimonie &c chaleur ils en attirent d'autres. Le Cyprès eft 
bon à la rompure , quand le boyau s'aualle , parce qu'il defTeche & renforce les parties relâchées 
par trop grande humidité •> d'autant que la vertu aftringeante pénètre au dedans conduite par la % 

chaleur , qui eft fi bien tempérée, qu'elle fert bien de guide, mais fans mordication. Aucuns vfent 
du Cyprès pour les charbons & vlceres corrofifs ; le méfiant auec de la griotte feche pour confu- 
mer l'humidité qui caufe la maladie , fans efchauffer. D'autres s'en feruentaux Erifipeles , le me - 
liant auec griotte feche & d'eau pure , ou bien auec du vinaigre bien trempé d'eau. Voilà qu'en 
dit Galien. Aëce prend la feieure ou les coppeaux de Cèdre qu'il appelle 7nKiKva-^cdQ. 6c TçlcrpctQ,, Liu.8. ch. > 
pour donner bonne couleur au corps, Ilfaut,à\t-i\,cuireles coppeaux de Cyprès & de chefne en huile, 
puis en oindre le corps. Matthioldit, que la deco&ion des noix de Cyprès cuites en vinaigre , ap- Li . ,ue * <*<= 
paife ladouleur des dents. La dcco&ion des fueilles en fait autant. On en guérit auffi les taches Dl ° ' ch ' 86 ' 
du corps , appellées Vitiligines. La cendre du Cyprès auec celle des ongles de mulet, méfiées auec 
huile myrtin , & appliquées, empeichent le poil de tomber. Les mefmes noix , comme dit Mar- 
cellus , pilées en nombre imper en poudre tres-menuë , Se beuës auec de vin viel , appaifent mer- 
ueilleufemcntlatoux. Frefches &: verdes , font iîngulieres auxrompures, fi l'on boit tous les 
iour trois onces de leur décoction auec du vin vieil \ il faut toutesfois ce temps pendant frotter • 
les genitoires des fueilles de Cyprès broyées : ce qui a ferma plufieurs. Les bourjeons tendres 
de l'arbre font le mefme effecl: , il on les mafche , &c que l'on aualle leur fuc. Dodon dit en ou- LiU(5ch ' 86 ' 
tre que les noix de Cyprès o u bien les fueilles cuites en huile , fortifient l'eftomach , appaifent 
les vomitfements & reftraignent le ventre , Se tous les flux d'iceluy , & gueriilcnt les vlceres des 
parties honteufes. les mefmes noix pilées auec des figues gueriifent les enfleures des genitoi- 
res : en y adiouftant du leuain , elles difîbluent les apoftumes des haines , qu'on appelle bubons. 
L'on dit , que les autres femences eftant méfiées parmy celles du Cyprès , ne feront point rongées ^'"" ho ' lS ' 
par les vers. Son bois ne perd iamais fa bonne fenteur , pour vieil qu'il foit : pour cefte caufe on en 
fait des tables &des coffres. Il eft mis au nombre des chofes qui ne fe pourriffent iamais. Les JJj*- lla li " 
anciens ont laifTé par eferit , que Pin , &c le Cyprès n'eftoient point fubiets à eftre vermoulus ; Thlôjhr 4 ^ 
pour cefte caufe en faifoient ils les ftatues de leurs Dieux. Theuet raconte , qu'eftanr en Egypte ^ de rhift - 
il vit en Damiette vne caille de bois de Cyprès, laquelle auoit efté enfeuelie en vn lieu humide dix Thîuetan 1. 
pieds profond dans terre , & en fut tiré toute entière fans eftre aucunement gaftéeny corrompue. de laCofmo. 
Et toutesfois elle auoit efté là enfeuelie du temps que Sultan Selim conquefta l'Egypte,enuiron l'an l '"" c ' IjJl 
du Seigneur ij 12. 

DuSerbin, CHA?. XVI. 

Près auoir parlé des arbres qui font la Refîne Se portent des pommes ou J 4P eceie 
noix,il faut maintenant traitterde ceux qui portent des bayes. Nous com- Lim-edeCu- 
mencerons donc par la Thuia que Belon a eftimé eftre le Cèdre Lycien:&: nlf - 
i'ay monftré cy-deffus qu'il me fembloit que ce fut vne efpece de Thuia&t ulim. ' 
non de Cedre.Les Marfeillois Se Prouençaux,qui en ont grade abodance, 
la nomment Serbin, qui approche du nom de Sabina, pource auffi il y en a 
qui veulent que ce foit vne efpece de Sauinier. Lobel eftime que ce foit le 
Cèdre Phœmcien de Pline,&: de Theophraftc.Et ceux de Motpelier veuléc 
que ce foit l'Oxicedrus ayant lafueille de Cyprès, ou bien le grand Sauinier. 
Du bois de ceft arbre eftât vert, corne auffi du bois de geneure, du frefne,de tous les deux Sauiniers, L'yfkge, 
& de l'Oxycedre,ilfe fait vne forte de poix liquide,qui eft tres-puâte, que l'on appelle comunemet 
huile de Cade. Son tronc eft gros comme le bras,afpre,&: fauue,plein d'vn fuc gras.Ses fueilles font Lafirmt. 
fort femblables à celles du Cyprés,obtufes,&:commme entaflees en façon de petites efcailles, s'ap- 
puyans l'vne fur l'autre, àc eftans broyées^uec les doigts fententbon.il fait des bayes rondes, affez 
approchantes de celles du geneure.qui font verdes.au commencement,puis deuant qu'eftre meures 
deuiennentiaunes , 6c finalement rouges , qui fontb>elles, vn peu ameres au gouft, & fentent bon. 
L'autre efpece de de Thuia à mon aduis,eft l'arbre que le mefme Belon appelle Sabina altera,o\i Sa- i.efîeces^ 
uinier crotjfant en arbre^uï eft fort fréquente aux somets du mont Amanus &: du mont Olympe de A« œeOieu, 
Tome premier. E P nr yg ie ? 




X+fonp*. 



Lu f.ejfeet 
"La firme. 




La 1 1 1. efpece de Thuia , ou 
Arbre de rie. 



La 4. efpece, 
La forme- 
Chap.i, 



lï.j.de rhï 
ûtfirch.j. 



50 Liurel de l'Hifteire des Plantes, 

U Serbin. Phrygie , lequel a le tronc tortu , bien fouuent fi gros quV û 

homme ne le fçauroit embrafler. 11 a l'efcorce femblable 
a celle de la vigne , moyennement greffe , &: rouffe : So n 
bois eft blanc par dehors , & iaunaftre en dedans, '& ne s'en 
treuue point de femblable 5 car il ]a vne rougeur paile com- 
me celle du yin,qui tire fur le noir. Il eft vert en tout temps. 
Ses fueilles font du toutfemblables à celles du Cyprès, tel- 
lement que de loing ceux qui font les plus expérimentez à 
grand'pdne les peuuent ils difeerner , finguliercment lors 
qui! n'a point de bayes. Toutesfois il a les fueilles plus 
efpeces,ameres au gouft,fcntansl'aromat.ique,& ayant ie ne 
fçayquoy de refïneux. Il ne porte point de fleur , mais 
fon fruid fort dés le commencement.C'eft arbre porte force 
bayes , lefquelles y demeurent tout l'hyuer, 6c lors que les 
nouuelles fe meuriffent les vieilles tombent- Elles font ver- 
des auant qu'eftre meures : mais eftans du tout meures font 
noires , tirant fur le bleu , rondes , & ne font guieres pins 
groffes que les Cedrides ; qui ne croiffent qu'au bout des 
petits fiançons , & en chaque furieons il n'y a qu'vnc baye. 
Elles font ameres , & d'affez bonne odeur. Les Griues & les 
me^ les en font fort friands. Les Turcs fe feruent fort de ce 
bois pour faire les luths & autres tels inftru mens, d'autant 
qu'il ne fefend point. La troifiefme efpece de Thuia croifl 
aux iardins du Roy à Fontainebleau , & en quelques autres 
à Paris , & eft appelle Arbre de Paradis, qui fent merueilleu- 
fement bon ; laquelle celuy qui la donna au Roy François 
nomma Arbre de vie ; peut cftre à caufe de fa bonne odeur. 
C'eft vn fort beau petit arbre , toufîours verdoyant & fueil- 
lu , qui a le pied droit , le bois dur , plein de neuds, l'efcorce 
rouge tirant fur le noir. Il a plufieurs branches efpandues, 
qui (ont diuiféesen d'autres petites branches,lcfquelles for- 
tent par les coftez, garnies de fueilles longuettes quaiî com- 
me celles du Cyprès, & entaffées en façon de petites efcail- 
Ls ; qui font toufîours quatre à quatre , attachées enfem- 
ble ; au bout defquellcs les fleurs fortentau printemps com- 
me celles du Cyprès , petites , iaunaftres , defquelles il pro- 
meut vn petit fiuid de la groffeur d'vn Pignon , compofé 
en façon de pomme de Pin de fix petites efcailles tendres i 
lequel au commencement eft vert , puis paile , & eftant du 
tout meur , il eft noiraftre. Au milieu d'iceluy il y a le plus 
fouuent quatre femences de couleur de paille, dans lefquel- 
les il y a vne moelle acre &amere. Tout l'arbre eft fort odo- 
rant. La quatriefme efpece de Thuia , comme i'ay dit,eft le 
Cèdre Lycten de Matthiol ; qui a la fueille, durant que l'arbre 
eft ieune comme celle du geneure , mais moindre & vn peu 
plus courte , &c plus molle : mais après trois ou quatre ans 
elle eft ronde , femblable à celle du Cyprès , & quelquesfois 
aiguës aux baffes branches,& picquantes:mais aux branches 
hautes , elle eft obtufe &: ronde. Auquel changement fî on 
ne prend bien garde,il fera bien aifé de fe trompcr,& penfer 
que c'eft vne autre plante lors qu'elle croift,8c vne autre lors 
qu'elle eft deiîa grande. Aux exemplaires incorrects deDio- 
feotide il fe treuue eferit , que le grand Geneure , que quel- 
ques vus nomment Cyprès fauuage , eft cogneu de tous , qui eft femblable au Cyprès^, &croiftle 
plus fouuent en lieux afpres & près de la mer , & a les mefmes facultez que le Cyprès. Aucuns 
•cftiment que ces mots de Diofcoride font fort bien conuenables à cefte plante. Le pourtraicl: que 
^Matthiol en donne , femble eftre de laieune , & le noftre eft de celle qui eft deiîa grande. Que fi 
quclqu vn veut reprendre cefte noftre opinion touchant les efpeces de la Thuia , & s'aider de l'au- 
thorïté & raifons de Matthiol, d'autant que félon Theophrafte, le Thuion, ou Thuia, qui aies bran- 
ches, les fueilles, le tronc &c le fruid femblables au Cyprès , ne croift point en autre lieu que près 
le temple de IuppiterAmmon, & en la région Cyrenaique ; ic refpons , que Theophrafte a fait 

mention 




Du Terebinthe. ,Chap. 



La 1 V. effiece du Tbuia. 




51 

mention de deux fortes de Thuia ; l'vne de laquelle ie viens 
de parler , qui ne croift qu'en la rcgion Cyrenaïque , qui eft 
tres-chaude , &: laquelle Matthiol eftime eftre le Cèdre 
Athlantique de Pline ; combien que Hermolaus (muant la 
commune opinion , &; les vieux exemplaires dit , qu'il faut 
qu'il y ait Citre au lieu de Cèdre : &c que Macrobe interprète 
le Thuion d'Homère Citre. Et de fai. t,ie croy que c eft ce Ci- 
tre , don il y a des forefts bien fameufes au mont Atlas , du 
bois duquel on faifoit des alfiettes pour feruir fur les tables 
des riches qui eftoient fort cftimées des plus grands de Ro- 
me en leurs délices. L'autre de laquelle parle Theophralte, 
eft fort commune en la Grèce, de laquelle il dit,qu'elle aime 
les cimes des montagnes' & les lieux glacez ; & qu'elle de- 
meure long-temps à faire (on fruict , comme difeiit auffi les 
Arcadiens. leftime que ces quatre , defquelles ie viens de 
parler,font cfpeces de celle Thuia à' Arcadie. le ne feiay pas 
toutesfois opiniaftre , fi quelqu'vn allègue des raifons qui 
foient meilleures, & plus probables. Le bois de la Thuia ne 
fe corrompt iamais , Sl n'y a point de bois qui foie plus ma- 
dré, ny duquel on face de plus riches ouurages, que l'on fait 
de fa racine. 



Liiirc 1. Ai 
l^iof ch.8y, 
Liu.15.c15 
Enlacorrcc» 
de Plia. 



Liure 4? dfc 
l'hift. cb.i. 



Theophrafr» 
lî.f. de Ihi- 
flou'.chap. j 



Da Terehlntbe') 



CHAK-XPlL 



Terebinthe. , 



fsE Terebinthmd.es Latins s'appelle en Grec nçpuv* 
fssjM Q®* '• en Arabe Bâton, Botm, Botin', ou Albot'm : en 
François Terebinthe : en Italien Terebintho : en jEfpagnol Comicah'rœ : en Ànglois Terpentirie tree. 
Ceft arbre a la fueille comme le Lentifque,plus grande,plus groiîe,& plus gralTe 3 & qui eft toufiours 
verte. Il fait des petites fleurs en forme de raifm,qui tirent fur le roux, deiquelles il fort des frui&s 
rends, qui du commencement font verds, puis après ils deuiennent noirs, pleins de refine, odorans 

& durs: Auicenrie les appelle grains verds. Son bois eft fort 
beau,noir & fôlide.Thcophrafte parlant de celle plante dit, 
Il y a vn Terebinthe mafle^ér vn autre femelle;le mafle ne for* 
te point de fruicl. Touchât la femelle Jly en a vne forte qui por- 
te fonfrtiicï rouge dés le' corne ne émet .gros corne vne lentille ^ 
qui ne fe peut digerer.t autre verdlVïine traduit *A«jw,pa lie) 
puis rouge aftre çr qui eft meur en vendange. Enfin il dénient 
noir, de la groffeur d'vnefeue, reflneux^ & quifent bon. Car 
Pline interprète ainfi le mot évo»Ji&gw. Mais Gaza veut 
qu'il y ait âtioJïTepoi, c'eft à dire, Sulphurée. Au mont Ida §C 
en Macédoine cefte plante eft petite comme vnarbrirTean, 
& toute tortue.En Damas de Syrie elle eft grandeabondan- 
tè,& belle : car on dit,qu'il y a vne montagne garnie de Te- 
rebinthe en laquelle il ne croift point d'autre arbre.Son bois 
eft fouple. Ses racines font grottes &■ entrent bien auant en 
terre. Tout l'arbre eft comme incorruptible, &, comme dit 
Pline,feur pour là vieillefte , c'eft à direct? longue durée. Sa 
fleur eft comme celle de l'Oliuier, rouge. Ses fueillcs s'en- 
tretiennét eftans attachées plufieurs enfemble à vne queue» 
& font fembiables à celles du Laurier, doubles comme cel- 
les du Sorbier , &c ne font pas efgales au bout des petites 
branches. Elles n'ont pas aulïi tant d'angles comme celles 
du Sorbier,& femblent mieux celles du Laurier. Elles font 
graffes , comme aufli eft le fru ici:. Il produit aufli certaines 
veifics creufes comme fait f Orme , dans lefquelles s'en- 
gendrent des petis animaux comme des moucherons. Car 
il faut lire ainfi en Theophrafte , ty?t $ <c *apwh ffM aâ- 
A* s non pas xopvoifti , comme il y a aux liures imprimez , ny aulïï k*?ô»Â , comme veut Gaza , qui 
le traduit ainfi : Il porte auffi certaines veffies qui femblent des noix. Ces vemes font petites cornes rou- 
tes , comme les cornes des cheures. Elles font pleines d'vne humeur refineufe &; efpefle : toute- 
fois on n'en fait pas la refme , mais du bois. Lefruid aufli ne rend pas la refine, mais feulement fe 
Tome premier. E a tient 




Les noms- 
La forme. 

Lia.i.c 310, 



Les ejfeces. 
Liure ?.,tlé" 
l'hift. ch.ij» 



Liu.13.ch.61, 

AumcClieu, 



Liu.i^.eh.ê, 



5 2 Liurel. de l'Hiftoire des Plantes, 

tient aux doigts > Se fi l'on ne le hue après f auoir cueilly,il s'attache cnfcmblc : mais cftant laué , le 

n$Lt£ s f* bIanc ^ ui n>eft P as meur » na S c ^ ur leau & Ie noir v f au fo »d- Voilà les mots de Theophrafte i qui 
fait mention en vu autre paflage d'vn Terebinthe d'Indic, duquel nous traitterons en fon lieu. Le 
Tercbinthe iette vne refinc laquelle eft la meilleure de toutes ôt odorante : on a commencé à l'ap- 
porter en Italie n'y a pas fort long-temps. On fe feruoit au lieu d'icelle de celle de la Melezc , la- 
quelle mefmes en auoit prins le nom, comme i'ay dit cy- déliant. A prefent on l'apporte de Cyprc 
à Venife. Du commencement on l'apportoit cuite , foit qu'elle fut plus aifée à porter , ou qu'elle 
l?Z». JI °' ^ P Ius ai ^ e a ^aliifîer. Les Grecs la nomment ^t/mj rtfjMw) : les Latins Refîna térébenthine 
Auicenne Gluten Albotin. Le Terebinthe fe plaie aux montagnes. Il croift en Syrie Se en Grèce, 
Se en plufieurs endroits de la Tofcane , 1 Ingulierement aux mafures des vieux édifices : mais il eft 
fort fréquent aux collines de Carfo , près la ville de Profecho , qui n'eft pas fort efloignée de la 
îioC X.il mer Adriatique, Se de Triefte. Il en croift auffi en Proucnce. Il fleurit au commencement du Prin- 
Le temps, temps, Se fait fa femenec durant les moifîbns. Diofcoride dit,que les fueilles, la femence, Se l'efcor- 
ch.t/.& II' ce ^ u Tcre binthe , font aftringeantes ; Se font bonnes aux mefmes chofes que le Lentifque, pre- 
Liû.i.'ch 7 6." parées & prinfes enmefme façon. Le fruid eft bon à manger, mais il nuit à l'eftomach. Ilefchauf- 
rlmm& f aic vriner ' & incice a JuXure. II eft bon, fi on le prend en breuuage, contre les morfures des ara- 
vmZ gnées nommées Phalangies. On apporte fa refine de l'Arabie pierreufe. Il en croift auffi en Iudée, 
Syrie, Cypre, ÔC Afrique, Se aux Mes de l' Arcipelago. La meilleure eft là blanche,tranfparente,de 
couleur de verre tirât fur le bleu.qui set le Terebinthe.LaTerebinthine eft la meilleur de toutes les 
fiSpï *' dcS rc fi nes -Galie en dit tout zutàvXeJcorce du terebinthe,dit'il,lesfueilles &lefruitt ont te ne fçay quoy 
d'afringeant , & efchauffent au fécond degré , parquoy il appert qu'ils dejfechent aujfi. Eftans frais 
ils font bien médiocrement humides : mais eftans fecs il deffechent au fécond degré. Or lefruid 
cftant (ce deffeche près du troificfme degré : car il eft fi chaud qu'en le mafehant on s'appercoit in- 
Au mef.Heu continent de la chaleur. Pour cefte caufe il prouoque l'vrine , Se fert à la râtelle. Entre les refînes*» 
dit- il , la térébenthine eflplu* estimée , qui a bien manifeïte vertu de reîtraindre , non toutefois tant 
<$ue le Maflic : mais elle a vne amertume ooniointe , parle moyen de laquelle elle digère mieux que le 
Maflic. Pour raifon de cefte mcfme qualité elle eft auffi abfterfiue , fi bien qu'elle en guérit la 
Pfore , qu'aucuns appellent mal fainct-Main. Mefmes elle attire mieux que les autrejs refines des 
parties profondes ; d'autant qu'elle eft compofée des parties plus fubtiles. Matthiol dit,que la Té- 
rébenthine eft bonne aux douleurs de cofte, guérit les fentes des leures, Se du vifage : elle nettoyé 
la rongne Se le feu volage, fi on s'en oingt : nettoyé les vlceres : confolide les playes récentes. Si on 
en mange elle diminue la râtelle. Elle fert aux douleurs des iointures , à la goutte des pieds, & 
mains , & à la feiatique , fi l'on en prend fouuent ail poids d'vne once , auec de la poudre de l'Iue 
tîu.i.cji.59* mufquée, ou de Sauge, ou du Sthecas. Diofcoride dit, que l'huile de Térébenthine fe fait du fruiefc 
du Terebinthe eftant meur , comme auffi celuy du Lentifque , lequel efchauffe Se reftrain£t , non 
pas Jefroidit Se eftraint , comme il y a mal aux liures imprimez. Mefue dit , qu'il s'en fait du frui& 
n'eftant pas encormeur , lequel confolide les playes , Se eft profitable au Spafme , à ceux qui ont 
le col roide , &: immobile , Se à la durté des nerfs. Nous ne nous feruons point de ceft huile: 
on ne nous en apporte pas auffi d'aucune part :" mais nous vfons bien auec grand Çuccez de 
l'huile de Térébenthine aux maladies froides des nerfs , Se en toutes^autres maladies froides Su 
flatueufes. Il eft fouuerain pour les Aftmatiqucs , Se qui ont difficulté d'haleine , s'ils en pren- 
nent tous-les iours deux dragmes. Il fert auffi à ceux qui ont apoftume en la poitrine , Se en fom- 
ffle en quelque indifpofition que ce foit de la poitrine , prouenante de îa pituite , comme auflî 
il eft grandement profitable aux douleurs de la colique , Se à ceux qui font pleins de 
Ventofitez : il couure auffi les cicatrices , Se les rend belles. Combien que la 
Térébenthine foit quafi huile ; toutesfois les Alchymiftes en tirent 
d'huile qui eft fort beau , Se en grande quantité , Se c'eft la 
plus fubtile partie d'icelle. Les Grecs appellent la 
les »«mà • Refîne çnrhi ' les Arabes Ratim^oxx Natig: 

les Italiens Raggia : les François 

Refine : les Allcmans 

Hartz. 



Terebinthe 






DuTerebinthe. 



Terehmihe â'indie, premier de Theopbraft* 



e. 



Chap.XVIII. 53 

CHJP. XFlll 





N vend par toutes les boutiques 
des Apothicaires .en -Syrie des 
frui&s du Terebinthe, qui ont vn 
tel gouft que les Piltaches. Ceux 
du païs,ainfi qiféfcrit Rauuolf,en 
mangent commimèmêt, comme 
les Allemands mâgent des noifet- 
tes. Quant à moy en les mafehant 
ils m'ont femblé aucunement fa- 
îeZj&mediocremétfecs.Les Ara- 
bes les appellét BotinM les Pcrfes Therbaick. Or il s'en treuue iesvoms. - 
de deux fortes différentes quant à la groflêur.Lcs Arabes pour Life fi eceh 
remarquer la différence appellent les vns Botin quibir , c'eft à 
dire, grands, 6c les antres Botin Sougier, c eft à dixepetits: Les ' 
grands font de la figure de nos Piltaches , de médiocre gran- 
deur,toutesfois ils ne font pas longs comme les Piftaches 3 mais ' 
plus ronds.Lcs petits font gros comme vn bon pois,de la figu- 
re d'vn coeur, ou dvfmillet d'Indic, &. s'en treuue à force en **#«& 
Perfe,Mefopotamie,& Armenie.Les Tercbinrhes qui portent 
ces frui&s croiiTcnt par tout en ce Pais là, &c ont quelquefois t A f Qrm , 
lafueillc longue comme les noftres, quelquefois plus grande 
& plus ronde, comme celle de l'arbre des Piltaches, 



Du Lentijquf) 



CHAP. XIX, 



Le Lentifque, 





Ë Lentifque eft appelle des Latins Len- Wnvm 
tifcm$z\it eft à caufe que fes fueilles font 
aucunement lentes s &c vifqueufes : les - 
Grecs l'a gpellet <r%»®* , corne qui diroit 
wàs ; ectt: adiré fendab/e i â'zuzmifj,*}è 
l'on auoit accouftumé de le fendr x s - m 
faire^des cure-dents. Les A r abcs le n 
ment Para : les François Lentifque : les Italiens Léntifcc : les 
Efpagnols Mata,ou Arueria-.ctûx de Narbonne Refiiucle : les 
Allemans MaJiichaumAts Anglois Mapetree.ïl refemble au L *ï° mti 
petit Terebinthe,quant aux rciettons,& à la Couleur du tronc. 
Il iette pîufieurs reiettons dés"laracine,fans faire point de gros 
tronc > comme les Coudriers fauuages ; mais il a les branches 
& les fueilles plus efpefîes , & le haut de {es branches 
eft plus baille contre terre. Il a les fueilles comme celles 
du My'rtCjdont il y en a huicT: attachées à chafque queue, qui 
fortent efgalemêt deçà &C delà, & fententbomgraflcs,frailes, 
de couleur de verd-obfcur. Elles font toutesfois rouges aux 
enuirons,& ont quelques veines aufli rouges.Le Lentifque re- 
tient en tout temps fa fueilie verte. Il a l'cfcof ce 'rouffeaftre* 
fouple 3 vifqueufe & ployable. Il porte fon fruicl: en grappe de 
raifin, comme le Tcrcbintheî& outre ce certaines gouffes rc- 
coquillees comme de petites cornes,pleines d'vne humeur li* 
quide,laquelle finalement fe change en petites beftes.commc 
celles qui forcent des veffies de l'Orme & duTerebinthe.Hip- I^Jf'JJ* 
pocrate appelle le fruicl; ou bayes du Lentifque <r#i//^?,com- cb.71.ii* u. 
bien qu'aux exemplaires Grecs il y ait mal è#v»^*f. C'eft mer- 
ueille que Matthiole dit , que toute la plante fent mal , & qu'elle fait mal à la tefte de ceux qui 
la fentent ; veu que Pena au contraire afTeure qu elle fent bon , & que fes fueilles tenues dans la 
bouche eftancheiu la foif, &c humedent le gofiet. En outre ceux qui fçauent que c'eft du Maftic, 
&ffçauent que l'on prend aux boutiques les bourjeons du Lentifque à faute du Bois de Baulme, 
& que l'on fe nettoyé les dents après le repas auec des cute-dents de Lentifque , font bien de con- 
traire opinion. Il fort du Lentifque la plus excellente & meilleure refîne déroutes , que les Grecs ■ 
nomment htUn^X^n : les Latins RefmaLentifca > communément on l'appelle Maftc, & aux 
tome premier. E * boutique 



54 tiurel de THiftoire des Plantes, 

boutiques Maftix. Celle-cy ncft pas liquide & ne Ce prendras comme les autres refînes ; mai* 
9 *"* cftantmife en pièces elle demeure ainfi. La meilleure de toutes eft celle qui vient en l'Iflede Chio 
qui eft en la mervEgée 5 tellement que les Médecins pour dire le Maftic , ne difent fuion Ample- 
ment Chta. De là on l'apporte par toute l'Europe. On la tire-feulement des Lentifques domeftimes, 
defquels eftans entamez elle diftile fur la terre,qui eft pauée tout à l'entour- Tout le Maftic qui Te 
fait en cefte Ifleeft deu à la République. Ceux qui le cueillent du temps des Vendanges en leurs 
propres pofleflïons, le portent tout au public fans fraude. Et quiconque coupe vne plante de Lcntif- 
que qui iette le Maftic , foit en fa poflefTion , foit en celle d'autruy , a le poing coupé ; fi grand cas 
font ils du Maftic en eefte Me là , &c non fans caufe : car quafi tout le monde recognoift ce tant ex- 
«ellent & falutaire médicament venir de cefte Ifle. Le Lentifque £ Italie porte aufli du Masn h mzis 

&£? £' 7 * PCUf & ? Ui n ' Cft P f * com P arcr / Gelu y dc , Chi0 - Cdl donc à tort.qu'il y en a qui reprennent Aui- 

Xiu,i.c. 4 6i. ccnncjdc ce qu il fait mention du Maftic d Italie, eftimans peut eftre qu'il n'en croift point ailleurs, 
qu en l'Ifle de Chio. En quoy ils fc trompent grandement^ peuuent eftre conuaincus par l'autho- 
rite de Galien & d'Auicennclefquels ne parlent pas feulement du Maftic de Chio,mais auffi de ce- 

IMfr ch & luy dE SyP tc - Tbeophrafte raconte, qu'il y a vne plante efpineufe, qu'il appelle laine, laquelle iette. 

liu.ii, c.i 7 . vne larme,qu Uappelle Maftic Acanthicete Gaza ïappëlcEftineuJe. Cefte efpine eft le chameleon ■ 
blanc , aux racines duquel il fe treuue vne liqueur blanche, & glueufe, qui a efté nommée Maftic, 
pourec qu'elle refemble auMaftic.Vlinc aufli metplufieurs fortes dcMaftic:Ie vies y dit~il,a«Maftic, 
qui fe fait ésjndes d' vne petite ejpine t é aujfi en Arabie qu ils appellent Lama. Toutesfiis nous auons 
aujfi deux fortes dcMaftic'.car H fi treuue en Afte,cjr en Grèce vne herbejesfueilles de laquelle fortent 
des la racine mefme,dr iette vn chardonfemblable a vne pome.qui eft plein de femence, duquel il fort 
wne larme après qu'on l'a entamé par de (fous Jaque lie il effort mal-aifé de dïf cerner d'auec le Maftic, 
Il y en a aujjî vne tierce eftece , qui retire plus au Bitume. Le plus excellent eft ce luy de Chio, qui eft 
blanc, duquel la Hure fe vend vingt deniersRomains,é> la Hure du noir dou^e. L'ondit, que le Maftic 
de Chio fefait au Lentifque , en façon de gomme. On le fophiftique auec de l'encens & de la refine. Car 
il faut ainfî corriger ce pafTage-là aux communs exemplaires , fuyuant les mots de Diofcoride , au 
lieu qu'il y a, On lefalfifie comme l'encens aueepoix refine. Le vray Maslic eft celuy feul qui fort du 
Lentifque ; mais celuy qui fort de quelque autre plante quqce foit, s'appelle improprement Maftic, 

mefffic Ji" d ' autan * q u ' ir luy refemble. En Candie le Lentifque fait auffi vne refîne , mais iaune , amere , & 
' beaucoup pire que celle de Chio. Le Lentifque eft fort fréquent en Iralie/mgulicrement en Tofca- 
ne, &: en ïaterre de Labeur. Il croift auffi en grande abondance aux cnuirons de Narbonne fur le 
riuage de la mer. Il iette fes fleurs en façon de grappe de raifin , pleines de moufle au commence- 
ment du printemps , non pas en diuers temps , comme aucuns ont eftiraé à caufe des vers d'Aratus 
& de Ciceron ; 

Le Lentifque qui eft t ouf ours en fa verdure , 
Qui defisftaicJs trois fois' nous rend la moiffon meure, 
Nous marque la faifon que les contres tranchans 
Employez, au labeur doiuent fendre les champs. 

lia i.ch.76 Ce que Theophrafte attribue à bon droit à la Squille : mais les autres trompez par la refembîance 
des noms, l'attribuent au Lentifque. Tout le Lentifque^dit Diofcoride,^ vne vertu aUringeanteicat 
fonjruic?fesfueilles,£r l'efeorce de fes branches^ de fa racine font d'vne me fme faculté'. Ainfi le tra- 

tmbl^jKÎtt duit Lacuna autrement que Rucl,auec lequel s'accorde Cornarius,le traduifant ainfi félon le texte, 

i)iofc. e ^"^ cn ^ ce ^ : Car f on fr ll i^fafueille,^r l'efeorce de fes branches^ de fa racine font de me fme vertu.Lc 
Lentifque par fa vertu aftringeantc fert contre le crachement de fang,les flux de ventre , &: les dy- 
fenteries, eftant prins en breuuage, & aufli contre le flux de fang de lamarry, & pour la cheute d'i~ 
celle, & du fondement. Il fait les mefmes effects que l'Acacie &; l'Hypociftis. Le fuc aufli de fes 
fueilles a les mefmes vertus. La décoction d'iceluy remplit les cicatrices , fi on les en eftuue : elle^ 
foude les os rompus , arrefte les defluxions de lamarry , guérit les vlceres corrofifs , prouoque l'v- 
rine, & raffermit les dents qui branlent , fi on les en laue. On fe fert de fes menues branches vertes 
pour faire des cures-dents en lieu de canne. Il fe fait d'huile de fon fruict , qui eft aftringeant , èc 
fert où il eft befoin de reftraindre. Le Lentifque produit vne refîne appellée Lentifcine , laquelle 
prinfe en breuuage eft bonne à ceux qui crachent le fang , &c à la vieille toux. Elle aide à l'efto- 
mach , mais elle faiâ: roter. On en mefle aux medicamens que l'on fait pour nettoyer les dents, 
&: pour farder la peau du vifage , & la rendre belle. Elle renuerfe les paupières des yeux. Eftant 
mafehée fait bonne haleine , & referre les genciues. On eftime plus celle qui eft luifante comme 
les vers appeliez Luifantines , & qui blanche comme la cire de Tofcane , pleine , feche , 6c qui fc 
froifTe aifément , & eft odorante : mais la verde eft de moindre pris. Voilà les mots de Diofco- 
ride:defquelsnous en auons traduit quelques vns autrement que Ruel > Se à bon droit : Car ce que 
Ruel dit,lafemece,lafueille,les braches, l'efeorce é~ les racine senties mefmes vertus^ Lacuna le tra- 
duit autrement,comme nous auons dit.Et ce que Ruel dxt-.Èlle renuerfe les paupières qui nuifent aux 
jww.'Laeunaie traduit ainfv.Elle replie le poil au* yeux : c'eft à dirc 3 elle ajfeure & raffermit les pau- 

pères, 



Pu Lentifque. Ghap,XI'X. 55 

fieres,& Us fait mieux tenir. Et Cornarius le traduit ainCv.Elle reioinùl auffi le poil des Paupière s, qui 
mit auxyeux.Cc qu'il faut ainfi entendre ; aflâuoir , que û après auoir renuerféles cheueuxquipi- j^*"* 
quentles yeux, auec vne pinfette, on met du Maftic chaud fur les paupières , il les retient , èc era- 
pefche que puis après elles ne retournent en dedans, Se par ainfi ne piquent plus les yeux. Il ne fera 
j>as aufli hors de propos de dire , que ce que Diofcoride die ( ainfl que Cornarius l'interprere ) Le 
bois vert fert aux dents, en lie fade cannelé- les nettoyé, fe doit entendre des cure-dents que Ton rai- 
fort du bois de Lentifque comme encor auiourd'huy on les en fait;en lieu d'en faire de canne : non 
pas des médicaments que l'on fait en poudré menue pour frotter les dents , comme il dira puis 
après du Maftic. Parquoy Diofcoride a mal vfé du mot qfyptç&i$t)* , fi quelqu'vn entend, qu'il 
en faille frotter les dents , non pas les nettoyer, Se ofter la viande qui eft demeurée entre deux A 
quoy aufli peuuentferuir les plumes , comme le monftre Martial: 

Curant fes rares dents auecques du Lentifque. Liarc 6t iès 

Et en vn autre lieu : Aphor. 

Le Lentifque efl meilleur , mais fi tu rien as points 

La plume pourra bien teferuir en ce point!. u. mefinc. 

Or quand Diofcoride veut que le Maftic foit mtirvyi, Cornarius entend qu'il foit bien fec , & Cha 
veut qu'il y ait k*t*tfv&, duquel mot Diofcoride vfe vn peu après en la preuue de la refine , la- Mute Ufuç 
quelle ne doit point eftre Kawi^, c'eft à àketres-feche, Galien aufli en vfe au liure,D^ la conferua- la fin ' 
tion de lafantê, auquel lieu l'exemplaire imprimé à Balle a le mot «a»-«j^y ; Et Fuchfe Le voulant 
corriger dit , qu'il y faut lire x«7r f Jiçûv,&: le traduit/^ : comme aufli il y a en la vieille traduction. 
Toutesfois il euft mieux fait s'il y euft mis x*Tt//w. Marcellus Empirique appelle le CWaftic 
Mafque, peut eftre dit Cornarius , pource qu'eftant méfié parmy les fards , il donne luftre au yifa- 
ge : comme Diofcoride dit, qu'il eft vsfss-wcs'niç, c'eft a dire, qui mafque : ou bien, pource qu'on s'en 
fert pour faire les mafques , ou mefmes pour pourtraire au vif, le menant auec de la cire blanche; 
comme fçauent bien ceux qui font ce meftier là. Le Lentifque, comme dit Galien , eft compofé î.iare s. des 
d'vnefubftanceaqueufe , qui a peu de chaleur, ,&; affez de terreftre, & froide. 11 deffechedonc ^km ™- 
au fécond degré, ou au commencement du troifiefme. En chaleur & en froideur il eft comme mo- ™mt&Zt 
yen & tempéré. Il eft efgalement aftringeant en toutes fes parties , aux racines , branches furjeons,/** 
ou tendrons , aux boutons , auxfueillcs , au frnict & en la racine. Le fuc auffi tiré par expreflion de 
fes fueilles vertes eft de mefme qualité , moyennement aftringeant, Pourceftc caufe on le prend 
enbreuage,outoutfeul,ouauec d'autres médicaments qui gueriiîent la dyfenterie, & autres 
maladies du ventre. Il fert aufli au crachement de fang,au flux de fang,de famarry,aux cheutes &C 
{lefcentes du fondement &. de la matrice,comme approchant de la vertu de l'Hypociftis,Le Ma/lie Liure ?• *** 
■blanc , qui croift en Chio , eft aucunement compofé de qualitez contraires aflâuoir de l'aftridiue mJ? ' 
&: remoïlitiue : pource eft il bon aux inflammations de l'eftomach , du ventre , des inteftins &c du 
fbye,comme eftant chaud 6c fec au fécond degré.Le noir,que l'on appelle Maftic d'Egypte^dcffcchc 
&reftraintd'auautage: parquoy il eft plus propre aux chofes qui requièrent plus d'eftre digérées 
par tranfpiration : pour celle caufe eft il bon aux foroncles. Or l'huile & l'onguent Mafticin fe font 
du Maftic de Chio , & non du Maftic noir , &c font d' vne mefme vertu. Le Maftic , dit Matthiol, Li , ure *• ds 
eft anche le fang qui coule par le nez eftant incorpore' auec de l'encens, dufang de Dragonne* du poil de l ° CC " 7 * 
Heure brufte\ méfiez auec vn blanc d'œuf, & appliquez fur le front , le liant par deffus auec vn linge 
qui ferre fort. On le mafche meflé auec cire odorante pour la douleur des dents , &: pour atrirej le 
phlegme ducerueau. Le Maftic appaife,& mefmes ofte du tout les douleurs froides des iointures,u* 
on l'incorpore auec du miel , en y adiouftant du Cumin, du Pouliot , de la Sauge;des graines de 
Laurier, 6c du Sauinier; puis le mettant fur le lieu malade. Il eft bon aux douleurs d'eftomach, fi on 
en aualle trois grains en allant dormir. Car par ce moyen il guérit non feulement la douleur pre- 
fente, mais aufli il empefche qu'elle ne retourne vne autre fois. Diofcoride enfeigne comme il faut Liu.r. c. î9 . 
faire l'huile de Lentifque du fraicT: meur.Ceft huile, dit-il, guérit la rongne des iuments^ des chiens, 
ér eft fort propre aux peffaires, aux onguents qui fe font pour delaffer, aux oïgnemenspour les lèpres : il 
çmpefche defuerOn en fait en Tofcane , Se en l'Elba Se Giglio , qui fontlfles de la mer Tyrrhene, Matth.Hu.r. 
&: en quelques autres de la mer Adriatique , fins y point adioufter d'autre huile, en celle façon: de Diofcor. 
Ils prennent vne bonne quantité de grappes de Lentifque, 6c après leur auoir ofté l'efcorce, ils les c p ' is * 
laiflent fleftrir en vn monceau par l'efpace de quelques iours : puis les ayant mifes en vne grande 
chaudière , 6c ietté d'eau par defliis , ils les tiennent fur le feu iulqu à tant qu'elles s'omirent. Et 
alors ils les oftent de là, 6c après les auoir enuelopé dans des fâcs. il les mettent au preflbir, &c gar- 
dent l'huile qui en fott. Ceux qui le tirent ainfi , affeurent qu'il eft bon meflé parmy les viandes 
pour faire bonne veuè' , 6c ofter tout esblouïfleme|it des yeux. C'eft vn tres-bon remède pour la Liu- Mcc t 
dyfenterie , fi l'on en méfie dans les clyfteres. Il fert bien aufli, comme dit Galien , aux inflamma- part, 
■tions des genciues qui meinent douleur , fi l'on en tient en la bouche.. L'huile mafticin fe fait du r J ' orc!m - I - 
Maftic broyé : Il eft bon contre les maladies de la matrice. Ii efchaurfé moyennement > il reftraint 
& remollit.il eft bon contre les grande? durtez de l'eftomach, la eeliaque paflion,& les tourments 

£ 4 de la 



56 



Liure I. de THiftoire des Plantes, 



de la dyfcnterie. Il nettoyé la face , & fait belle couleur. Selon Mefuë il le fait de trpis onces de 
*atid. *" * Maftic, quatre ou huid onces de vin» vne liure d'huile rofat, cuifant le tout ai vn bain d'eau chau- 
de , iufqu'à ce que le vin foit confumée. Ceft huile renforce le cerneau , les nerfs , les ioinmres, 
l'eftomach.le foye, &c le cœur; .amollie les en fleures dures, &: appaife les douleurs. Le meilleur de 
tiu.t5.c3 6. tous fe fait du Maftic pur dans vn Alambic de verre. Pline eferit, que l'onconfit les grains du Len- 
Leswms. tifque dans des barils, comme les Oliucs &i les Cormes , affin qu'il n'y ait rien qui ne férue pour le 
ventre de l'homme. Celle refine fe nomme en Grec pctçim^n Latin, CMafiiche ,011 Refîna Leutifci- 
na : en Arabe Maftech , Majieche , ou <M*Jloche : en Italien Mafliche : en Allemand & François 
Majik : en Efpagnol, Al Mafliga, 



Du Geneure> 



CHAP. XX, 



Les noms, 

Ruol. liu. 1. 
«Jwp.zo. 

Les efpeces. 
informe. 




E V que le Geneure produit vne refîne , ou gomme , ou larme refemblant fort à l'encens 
U au Maftic,&: qu'il fait des forefts entières en quelques montagnesùl le faut mettre par- 
my les arbres de noftre foreft, qui portent la* refine. L'on eftime que le Geneure eft ap- 
pelle en Latin Iuniperus , pource qu'il moufle le ieune fruict tandis que le vieille meu- 
rift : car on dit , qu'il n'y a que ceft arbre qui retienne fon fruift deux ans , Il s'appelle en Grec 
a'çk&Qîç Si a"/)jc<$0Ô©* : en Arabe (^Arornas : ou ^Archenas : en François Geneure > ou Geneurïer : 
en Italien Ginepro ; en Efpagnol Enebro ; en Allemand Vuekholtz, &: Kremetbaum:cn Anglois Ium- 
fertre : en Flamand Geneuer boom. Il y en a deux efpeces : vn grand, & l'autre petit. Noftre com- 
mun Geneure eft le plus petit , de la grandeur d'vn petit arbre ou arbriffeau. Ses branches font 
couuertes d'vne efeorce mince &; membraneufes , qui fe rompt de foy-mefme , &: s'ouure. Ses 



Grand Geneure. 



Vêtit Geneure. 





fueilles font petites, minces, eftroites, dures, piquantes, qui fontpluftoft efpines , que fueilles. Ses 
bayes , ou grains font petits , ronds & verds au commencement : mais eftans meurs il font noirs, 
&fentent bon, comme aurîitoutle bois; quand on les mafeheils femblent doux du premier 
coup , mais puis après ils font amers. Les Grecs les appellent a?Ml&ç:ks boutiques Grana Itt- 
niperi. Il y a grande abondance de cefte efpece de Geneure en plufieurs collines , &: cimes de mon- 
Matth.lîn.i. tagnes de la France- En la Tofcane il y en a de domeftiques , qui deuiennent grands comme d'ar- 
me Diofe.^. b res ,iiy en agrande quantité au terroir de Sienne, qui ont le grain plus gros , &plus doux que 
%> les fauuages. Le grand Geneure eft fort fréquent en Prouence : ils l'appellent Code , & a fes grains 

trois fois'plus gros que l'autre. Il y a en outre vn grand Geneurren Efclauonie , qui a fon frui£t de 
couleur perfe , qui eft peut eftre celuy que Diofcoride dit auoir le frui& aufli gros qu vne noifette. 

Toutes 



DuGeneurc. Chap. XX. 57 

Toutes ces efpeces de Geneure font toujours verdoyantes* Lear bois eft roux, &C odorant s duquel 
il fort es païs chauds vne liqueur femblable à rencens,tant en couleur,comme en odeur , laquelle 
cft blanche quand on i'amafTe;mais en vieilliffant elle deuient roufle. Nos Geneures ne portent pas 
le fruicl: fi gros que Diofcoride efcrit,difant,qu'il y en a daufïi gros que de noix,& d'autres comme 
de noifettes. Matthiol mefmes ne dit pas > que le fruicl: des plus grimas Geneures de Sienne foit Û 
gros ,parquoyiene fçay s'il faut attribuer cela à la- froideur & fechereffe >des lieux, veuquaucûs 
affairent d'en auoir veu d'aufli gros qu vne feue,& quaii comme vne noifetre, qui auoient efté ap- 
portez delà Grecctou bien s'il y a de la faute en ce paflage aux exemplaires de Diofcoride. Car 
Marcellus & Matthiol affairent , que ce chapitre du Geneure eft corrompu en pluiïeurs façons. Se- 
rapio ne dit pas que le grain du Geneure foit auffi gros qu vne noifettemiais quvnefeuc:tellement 
que peur eftre au lieu qu'il y a au texte : De fm fruicl il s'en trcuue de lagrojjeur d'vne noix,ér d'au- 
tre qui eft comme vne noifette-. au lieu de x*j»u'k quiugnine«c>/>ila leu nvapu qui lignifie feue. Et 
faudra lire ainfi» Ajfîn que le moindre fruicl du Geneure foit aujfi gros qu vne feue j & le plus grandi 
foit aujfi gros, au vne noifette. En corrigeant le paffage de Diofcoride ainCv.De fon fruicl il s en treme 
de lagrojjeur d'vne noifette s & d'autre gros comme vne feue. Certainement quand Pline eferit ain- 
fi : Le Geneure a les mefmes vertus que le Cèdre ; II croifi merueilleufement grand en Eftagne i é* 
mefmes fon fruicl^ &c. il femble qu'il parle d'vn autre Geneure que du noftre , lequel a mefmes le 
fruicl: plus gros. Et de faidl: , il y a beaucoup de tels Geneures en Efpagnè , en la Gaftille neufue, aU 
défais de Seo-ouia , fur le chemin de Madril, lefquels deuiennent arbres , fi hauts que les habitans 
du lieu en font les poutres &z foliueaux de leurs maifons. On appelle auiouid'huy la larme du Ge- 
neure Ferni^ que les Médecins de noftre temps ont voulu, ( tant infolens font ils ) empefeher les" St a ,; gc ^ < tt 
Arabes dé l'appeller en leur langue Sandarax, pource que ce nom approche de celuy de la Sânda- *• <*« viw 
racades Grecs. Qu'ils deffendenrdonc par leurs loix,queBrizonaitefteia Deenedesdiuinc- : A c r s ; fto , 
ments, qui fefaifbient par les fonges , puis queBryza au langage de Roman ieeftoit vile efpcce de 
bled en Thrace, &: que Diofcoride n'appelle ihcorn la couuerturc de la fleur des palmiers, pource 
que tous appellent le Sapin 6À#TijMais les doctes appellent bien Ferniz, , félon la faifon de f année* 
&: FemiJago, ce qu'Ariftote au traitté du miel appelle Erithace, Comarius dit,que ceux la fe trom- Ar c j^|i[ Ird 
pent,qui atfeurent,que Vernigo y on Femix foit larme, ou gomme de Geneure,d'autant que c'eit vne LVnïm.* 
chofe compofée auec l'ambre &c huile de femence de lin,& non vne chofe fimple ou produite par la ^p. 1- 1. 
nature. Ce qu'il conferme par ces raifons;^ nom la gomme Femiz,,dit~il vient d'vnmot Allemand-. ^ fari 
qui habitent au pais ou l'ambre croifi , & le portent pour panure al' entour du col, appellent ce si rimer, des 
arbre FemBe?i, & Berniflen lequel mot femble venir de ce que l'Ambre e fiant allumé, brufie & rend J"£ gml) J 
vne odeur comme la Te de. Ce que Pline ejr Tacit us apurent anjfi.Or en ce s mefmes lieux la de csfie mef )i-Au iJiu. 
mëgpme auec l'huile de femence de lin fe fait ce qu'on appelle Ferniz, qui efl vne chofe affez. cogneué 
aux peintres, & qui fer t de bitume amour d'huy en beaucoup de lieux. Or il appert affez par le tefmoi- 
gnage de Pline que les anciens fe feruoient du bitume corne nous f ai fins auioUrd'huy de cefie gemme. Les LïH -2 J- te *f« 
mots de Pline font tels : Quant a C autre vfage du bitume on enfotte les ouurages d'air in ou de cuyure 
four les garder contre le feu. On en vernit aujfi le s images des dieux: les mare fch aux s en feruent pour 
verniffer le fer,é Singulièrement les teftes de doux, & àplufieurs autre vfages Ainû Conlarius efti- 
me,que le nom du Femiz, tant fimple que compofé/oit venu mefmes défia detocte ancienneté de 
mots Allemans Fern/lenSt. Berufien^ovt la femblance qu il y a en la pronundation de ces deux let- 
tres V.& B.Mais chacun cognoift le mot de Femiz, corne veilat de Fervs m,pource qu'il fe fait pour 
la plus partau printéps,& fe parfait en efté-.& fe prêd tant pour la fimple larme du Geneure^uc pouf 
celuy qui eft copofé de cette larme,&: de l'huile du limduqucl les peintures eftans enduites gardent 
H bien leur couleur,qu'il eft mal-aifé de les effacer , affin que perfonne ne penfe , qu'il ne s'en fàft 
finon auec l'ambre, & ledit huile de lin. Les Docteurs Arabes appellent l'ambre Karabe, qui n'eft 
pas fort différent quant aux vertus : toutesfois, c'eft tout autre chofe que la larme du Geneure M- 

^.,»1l„:l .11— p_„ J^-^.«„ ç~»,A„ V nt An^pnnppnn rrairfr fnus dîners chaoitfeS.Du temns de Liu.i3jc.1f 




gomme f„.. 

faux:car onenvfe forrfouuent en médecine, comme nous dirons. Le Geneure aime les montagnes, *^J- 

& ne peut croiftre en la plaine.il ne fleurit point, finon qu'on vueille prendre pour fa fleur , comme Ùxi3£t 7 < 

aucuns ont fait, vne certaine pouffiere qui'fe leuedu Geneure au mois de May j après laquelle fon %J em P™* 

frtiicT: commence à fortir petit, qui meurit au mois de Septembre : mais en Vne mefme plante il y a ™" t&v> 

des fruifts meurs, & des verts, &: des petits & des grands tout enfemble. L'vn 8c l'autre Geneure 

félon Diofcoride eft de qualité acre. Il efchauffe : ilprouoque lVrineîfon parfum chaffe les fer- 

pens; fon fruift efchauffe médiocrement, &c reftraint,8ceft bon à l'eftomach.ïl profite grandement 

prins en breuuage contre lés maladies de la poitrine,latoux,Iesventofite2;, trenchees, &z morfures- 

de ferpens.Ilsfont vriner, feruent aux rompures. fpafmes,& fuftocations de matrice.Ce qui senfuit 

ne fe treuue pas eferit aux exemplaires Grecs , qui font correds. Les fueilles ont vne certaine 

acrimonie :parquoy il eft bon de boire ou d'icelies,ou de leur fuc auec du vin contre la morfure 



c 



58 Liure I. de l'Hiitoire des Plantes, 

ïi.nc. 1. de des vi P crcs i ou Dien d'en oindre la morfure. ,La cendre de l'efcorce détrempée dans l'eau nettoyé 
1 iofe. c.87. les lèpres, il on les en frotte. Mais Matthiol treuue encor plus âbfurde la conclufion du chapi- 
tre, qui dit: Les racleures du bois prinfes en breuuage font mourir , Car ny Galien,ny Paulus,ny 
Serapio , qui a tranferit de mot à mot tous les chapitres de Diofcoride , n'ont iamais eferit telles 
chofes de racleures du bois du Geneure; veu quefon fruict eftant mangé (ht contre la morfure, 
des ferpens : & que l'on applique, & boit on le ius de fes fueilles contre la morfure des Viperest 
Exerck.iSj. out , re cc 3 L1C taperie&cé monftre que cela eft faux.Parquoy piufieurs eftiment que ces choies ont 
lm.i f . ' *' elle fauffement attribuées à Diofcoride. Toutesfois Scaliger ne les tient pas pour faunes , quand 
il eferit, que la décoction an Geneure efi faine, en laquelle on a méfié de fon Juc, mais que les racleures 
- tuent fi on les mange, félon Diofcoride. La raifon eft femblable à celle que l'on donne touchant la 
préparation de la Coloquinte : car on dit, qu'il la faut bien piler , &: paner par vn tamis bien me- 
Au meC nu ' ^ e P cur ( l u ' el le ne s arrefte & vlcere : ainfi au flî la racleure du Geneure , d'autant qu'elle eft fe- 
Jiçu, che, cftouffe en s'arreftant. Le Geneure dit Galïen , efi chaud erfee au tmjtefme degré, Son frui£b 

femblablement eft auffi chaud > mais il n'eft pas iifec, ains feulement au premier degré. Lade- 
coclion des fueilles & dufruicl du Geneure , dit M.2.zz\\io\^beu'é a merueilleuje vertu pour faire finir 
les fleurs des femmes. La-decoction d'icelles mcfmes' , faite en vin blanc auec des rofes , noix de Cy- 
près , & fueilles de My rre,eft vn fouuerain remède pour appaifer la douleur des dents,!! l'on la tient 
chaude en la bouche , iingulierement en y adiouftant vn peu d'eau de vie. La lexiue faitte des 
cendres de Geneure &: de vin blanc a fort grande vertu pour faire vriner , il l'on en boit quatre 
ou cinq onces: tellement que Matthiol afferme , qu'il a veu des hydropiques guéris par cefeul 
remède. Elle gueritauiîi larongne, fi les rongneux s'en lauent. On fait vn bain excellent pour les 
goutteux , en prenant douze liure de bois de Geneurier coupé en .petites pièces, & les faifanr 
cuire en eau iufques à la confomption de la tierce partie. îi faut puis mettre celte décoction auec 
tout le bois dans vn grand cuuicr , dans lequel le malade s'eftant auparauant très-bien purgé s en- 
tre iufqu'au nombril , &c s'en frotte & eftuue les parties intereffées. Si 1 on donne à manger au foir 
de deux iours l'vn à vne femme qui eft prefte à enfanter vne torterelle roftie , & furfondue de 
graiiTe de* pou le , dans le ventre de laquelle on ait mis premièrement que de la roitir , fept grains 
•de Geneurier, &; autant de Laurier , auec demy dragme de Canelle commune , & vne dragme 
de Cinarnomc , cela la fera enfanter aifément. On fait des parfums du fruict du Geneure, de Ces 
branches, & de tout ion bois , pour corriger l'air » & par ce moyen euiter la contagion de la pefte. 
Les Alchymiftes tirent de l'huile du bois de Geneure par le defeenfoire, comme ils appellent, 
lequel eftant tenu chaud en la bouche , appaife mefueilleufement la douleur des dents caufée 
par defluxion froide. Il s'en fait auflî du fruict , lequel a beaucoup plus grande vertu , Se fentbon. 
Le Verni* fec , c'eftà dire , Ja larme du Geneure , ainfi que dit Serapio , arrefte lès defluxions, & le 
flux des menftrues, delfeche la nature de la femme , fi on en met dedans i&fion en prend il def- 
feche aufîi la pituite, qui eft attachée à l'eftomach ôc aux inteftins , & tue les vers &* autres ani- 
maux qui font dans le ventre. Il eft bon pour la refolution des nerfs caufée par humeurs froides. 
Il guérit les diftiliations delà telle, iî on l'en parfume. Prins en breuage guérit le crachement 
de fang , ô^auffi les hémorroïdes qui coulent, fi on les en frotte : meilé auec huile rofat te myrtin, 
il guérit les creuaues du fondement, comme auffi celles des mains, 5c des pieds caufées par gran- 
de froidure , fi on les en oingt. Si l'on en met fur le feu , & qu'on reçoiue la fumée dans la bouche 
par vn entonoir , elle appaifë la douleur des dents. Sa poudre méfiée auec vn blanc d'œuf , et ap- 
pliquée fur le front, & aux temples eftanche le fang qui coule par le nez. En fomme il échauffe Se 
defleche au premier degré. Le Verniz liquide qui fe fait de celle gomme auec d'huile de femence 
de lin, ne fert pas feulement pour donner luftre au peintures , &c faire reluire le fer ; mais il eft 
cfeap!Io. ' bonaufïi aux brufleurcs , &: auxenfleures , & douleurs des hemorroides. Le bois du Geneure ne 
fe pourrit point : parquoy auiîî les Alchimiftes affeurent, que le charbon de Çeneure bien allu- 
Excrcit. rné , &c couuert de fa cendre , gardera fon feu vn an entier. Ce que Scaliger ne peut croire qu'il 
3i8 - liu -^-ioitvray. 

De LRefme r &} delà Poix , CHAP. XXL 

v V *J^ Y a n t acheué de traiter des arbres qui .font la Refîne,,, tant de ceux qui portent des 

Lesmm, '^0ÊiSm pommes , comme de ceux qui portent des bayes, ou graine; il me femble qu'il eft 

Liu î ^ *||||ffêj3l ^ icn rec l u i s ^ e traitter de la Refîne , & de la Poix. Il faut donc déclarer leurs efpeces, 

la façon de les cuire , l'vfage &: leur vertu. La Refine, ou Poix-Refine,o^s. les Grecs ap- 

lesefpecef. pellent i' _ prjr îvfj , eft vn fuc gras, qui coule volontairement de quelques arbres. Ce que Pline déclare 

Lia. 14.ee, p ar ces raots:Entre les arbres qui portent la Poix & la Re fine, les vns croiffent en Leuant,& 'les autres 

en Europe, &c .Toutes Refines Ibnt ou liquides ou feches. Pline dit,que la liquide vient fur le Tereb'in- 

tke> la Melez,e,le Lentifqnejér le Cypr/s.Et en vn autre palfage il met 1© Teretintbe,te Lentifque $c le 

Cjypr/s, 




De la Refîne, & de la Poix. Chap. XXI. 59 

Cyprésfans parler de la Melez,e,Diofconâc dicqu'on la fait du Pin,de la Pece, de la Meleze > & du » $ 
ç^w.Aufquelles il faut adioufter celle que nous auons dit,qui coûtait*//* Cèdre Phœnicien-Qe que Liu.i.ch.77! 
Pline dit es deux partages cy deiïus alléguez de la Refîne liquide du Lentifque,eit du tout faux: car 
le Maftic n eft iamais liquide, mais s'efpcflit fur l'arbre mefme. Gela eft aufli faux, qui eft efcrit eu 
vixde ces pauages \i\Tcus ces arbre s , dit-il iettent leurs Refines liquides tant feulemenf.mais le Cèdre 
iette <vne Pois-Refine efpcf]e,& propre pour faire la Po/xtlaquelie faute fe peut ainfi corrige v.Tous por- Liu h-c*<j. 
tent feulement la Refine liquidesmais le Cèdre qui efl propre pour faire la Poix,porte la plus efi effexczx. 
il eft certain que la Poix ne fe fait pas de la plus efpefle Refine du Cèdre, ny atïffi de quelque autre 
Refîne que ce foit:mais de la Tede, ou des efclats des arbres qui font pleins de fuc. Il eft bien vray 
que, comme Pline luy mefme dit, l'on faifoit en Syrie la Poix du Cèdre. La Refine feche coule du v ^-^c. in 
Sapin,du Pin,de la Pece^ér des pontes de Pin.On tire hiRefine ainïî que Theophrafte l'enfeigne du Pin n Jni°uri* 
appres l'auoir defpouillé defon efeorce tant feulement; (n on pr> s delà T<?^,comme dit Hermolaus, M^. 
fuyuât Gaza)car il coule à l'endroit de cefte playe beaucoup d'humcur.Mais à la Pece & au Sapin,il iiij' ch 5 ;f e 
faut entamet non feulement f elcorce,mais auffi le tronc. Et en cecy fe cognoift l'erreur de Pline au Sur i e cliap„ 
paffage que nous alléguerons cy après; qui dit, que la <-Refine coule de la Pece^n entamant feulemet ${ l £?' c 
l'efcorce:ce que T heophrafte a eicrit du Pin:& que ce partage eft corrompu://^ nefpargne point le Liu 1 é.cu. 
tronc aux autres, ou comme aux autre s^l doit eftre ainii corrigé;/W efiargne le tronc, ucnpas comme 
aux autres. Mais d'autant que Pline a tiré tout ce qu'il die touchant la façon de la Poix 5 de Théo- 
phrafte,ie croy qu'il ne lerapas deiplaifant,ny inutile au ie£teur,iiie confronte l'vn auec l'autre,af~ 
ûn que par cefte conférence on cognoifie comme Pline a mal entiiyuy l'on autheur. Pline dit ainfi: Au 
On ouure la Pece du cofiédu Soleil , non par incifion , mais en ofiant fejcorce , le plus forment de la lar- ii eu , 
geur de deux pieds, & Près de terre pour le moins vne coudée : ejr l'on n efi argne point le tronc , comme 
aux autres : car les efclats en font bons : mais celle cjuijort près de (erre efi la plus efiimée : car celle 
qui fort 
Tede 
duSo t 

fuc gras é" refineux. Voilà comment Pline eft difteranc d'au ce Theophrafte. Apres Pline ait: Quand 
il n'en coule pinson ouure jemblablement £<un autre cofié,é" puis après d'vn autre. Enfin on coupe tout 
£ arbre, duquel on brufie le cœur. Et Theophrafte dit: Or après auoirofié auec vne coignée ce qui efi coi* 
lé, P année après il y coule derechef vn fuc refineux, ou il s y fait de la Tede', & femblablement pour la 
troifiefiue fois. Or ces arbres efi ans ainfi coupe\par le pied,pourriffent, & 'font abbatuspar le vent, de fi 
quels les Idéens ofient k cœur,pource quil efi fort gras, ejr plein de fuc,è 'fingulierement les racines Je fi 
quelles,comme tay dit, font les plus abondantes en fine gras,ou bien font chagées en Tede.Pline adiouftç* 
Ainfi auffi oBent ils l 'efeorce des Terebinthes en Syrie, mais ils tirent la Poix des braches,& des racines» 
encor que la Refine qui en fort ne foi t pas bonne.Et Theophrafte efcrit://^ entament les Terebinthes en 
toutes ces parties Jour tirer la rRefine,affauoir en l'efurce.crattx brâchesimais la^efine qui coule par 
le tronc efi meilleure, & en plus grande quantité, que aile de s branche s. Ox. il y a de l'erreur.mefmes 
en Theophrafte en quelques endroits, aufquels il traitte de cefte matière: Car il faut lire ainii , La 
playe ne fe foudepas, ny ne fe remplit pas de bois qui y reerciffe : mais elle fe remplit de Refine ; où il 
faut lire, farina Refine non pas wrtfo, de la Poà',comme il y a aux exemplaites imprimez ; ce qui ap- 
pert eftre vray d'autant que la Poix ne coule pas des arbres,&: aufli par le tefmoignage de Pline,qui 
traduit ainii ces mots, Or la playe fe remplit de Refine, & non de £ efeorce, ny du bois-J 'autant que ce fi 
arbre nefe confelide point. En outre il faut lire en cefte forte:(cfautant que Gaza ne l'a pas entendu, 
& mefmes l'a mal traduit, comme ie croy ) la Refine donc fe fait en cefie efipace temps ( afîauoir en 
trois ans.) Or efi il necejfaire,[p6utcc que l'6 ofte la Tedé au bout de trois ans,de laquelle on tire la 
Poix en la bruflant)^ le bois prenne quelque nourrit ure^i^ rim *to<r(pv<nv,hut fuppléer m ?ç°<pn, Sur le t. lia. 
quilf'fiffe quelque adiontfiorrde nourriture. D'autres Mfenv.Les arires efiants entamez pour auoirla ^ a ^ cor * 
Refine, onne fait point de ?oix en tout ce temps /i,affauoir en trois uns'.lefquelspaffez, on fait la Poix 
de la Tede, Iufques icy nous auons dit des efpeces de Refme,des arbres qui la font, & de la maniè- 
re de la faire fuyuant, ce que Theophrafte & Pline en ont efcrit , Il y a d'aucuns qui en mettent 
d'autres efpeces : l'vne qu'il appellent |uA«A, ceft à dkc, pleine de bois, laquelle ne fe fait qu'en Ita- 
lie, de laquelle Hermolaus a remarqué qu'Oribaze & Pauius s'en feruoient pour faire des onguens l;u u c ^ 
pour arracher les cheueux, eftimant peut eftre, que ce foit de celle de Tofcane , ou de France , ou Au mcii " 
bien dé celle que Columelîa appelle Corticata. Mais l'eftimc qu'au lieu de |«A«^ , il faut lire gj^ n 
Ifyh c'eft à dire, glueufe: car la Refîne glueufe méfiée parmy ces medicamens à caufe de fa vifcolî- c hz ? .ts' ? ' 
tés'attache mieux à la partie. Or Columelle ne parle en aucun lieu de Pix Corticata , mais de la 
Tcix d 'efeorce, quife fait en Sauoye, de laquelle nous parlerons cy après. En outre Hermolaus en la 
compofition de l'emplaftre qu'il appelle /W«v,qui eft à ditc,petit au lieu que ie l'appelle Çcuoe c'eft à 
dire, brun, dit, qu'ily entre de la Refîne qu'il appelle fyffcu c'eft à dire 3 /£>v^ ; Mais qui eft celuy 
qui parla jamais, ou a veu de la Refîne d'Erable? I'cftime donc, qu'au lieu de Qyia», il faut lire Phry- 
giam, affin qu'on entende la Refine qui fe faifoit au mont Ida en la Phrygie, laquelle eftoit renom- 
mée 



6o LiureLde FHiftoire des Fiantes, 

Theoi* lui mée CnCrC mm iCS aUtrCS * Galkn aUfîi aPlpelle Vn£ ef P eCC de Refine fori: feche *« ^ <P<W*^»*- 
?.4e m£ me ve Jf e dePeceiceM dire,come des gouttes de Refîne &c des petites vciïies,q ui ibrtent de la Pece, 
chap.x. & endurcies fur ion efcorcc par les pluyes & vents,par la chaleur & par le froid , blanches, fï fou 
M«L|kï ierablableàrencens,queiadis on auoit acouftumé de l'en faliîfier: 0*^//?^, dit Diofcoride, 
o.& H.j.cz. toute forte £ encens mec Refine dePm , & gomme. C'eft peut eftre cefte Refine de Pece, dont Pline 
Liï^clo. dic ' 1 u ' il s ' cn faic dc tref-blanche en Ane , qu'ils appellent Sptgkà* ; Hermolaus lit ivofycv, qui g» 
Liu. i.ch.70. gnifie blanc, ou Pfiecada, comme qui diroit arroujée. Mais peut eftre ne feroitil pas hors de raifon, 
% k chab! fi ° n y lifoit St *g 6ni * m > ou StaUftin, ceft à dire, dégoûtant goutte À goutte ou difiilée, comme Dio- 
Liu. x6.c 10. feoride appelle certaine forte d'encens, & de Vitriol. 11 femble que Pline parle eu vn autre endroit 




v - / enjophijtiquent. 1 adioulteray encor deux points dePline:dont l'vn c'eft qu'il appelle/^.. 

Refine vne partie fubtile de la Refine crue & feche,qui boutonne & comme fleurit par deflus:L'au- 
tre que c'eft merueille de ce que Pline tfâàkfwte. Refine fe diffout en huile. Il y en a toutefois qui efit- 
ment que cela fie face auec de la terre de Potier. Car il n'eitpas vray que la Refine fe puifle fondre ou 
diiîbudre auec de la terre de Potier. Mefmes fi quelqu'vn méfie de la croye parmy de la Refine fon- 
due ou autre terre grafle, il s'en fera vne malle très-dure , plus folide qu'aucune forte de ciment. 
Parquoy i'cftirnq qu'il faut ainfi corriger ce paflage: Tort e forte de Refine fe diffout en huile, ïay bonté 
de confie jfer quelle efi en efiime pour arracher les cheveux du corps de £ homme. Aucuns efiiment , que 
fêla fie peut faire auec de la terre de Potier. Car on ofte les cheueux ou en les arrachant , ou en les 
Lau,i.c. îs o. C j mnc On les arrache ou auec les doigts,ou auec des pincettes,ou en mettant des médicaments vif- 
queux defïus. C'eft pourquov Archigenes en Aece ordonne de raire premièrement le lieu deiiant 
que d'y appliquer les dropacifmes , de peur qu'en les voulant ofter ils ne facent douleur en arra- 
chant les cheueux. Or les médicaments qui ont telle vertu font la Refine, la Poix, la Terre-grafle. 
mïslLm* ^ nne di^qu'on les arrache auffi auec la terre qu'ilappclle Melicome,combien que Diofcoride eferic 
qu'elle fubtilie feulement lepoil.On les ofte auec les médicaments putrefaftifs,&, qui bruflent,cô- 
me la Chaux,l'Orpigmêt,le laict de Salamadre,& autres seblables.l'eftime que la terre de Potier eft 
plus feure pour arracher les cheueux,que la Refine,fingulierementen la face;d'autant quelle nef- 
chauffe pas c5me la Refine,!!' attire pas le humeurs,& n'excite pas des boutons,puftules ou veines. 
Tacen de eut- H refte de parler de la façon de cuire la Refinc.On met donc la Reiine liquide en gros morceaux; 
reU &efme. durs & folides, dont chacun pefe enuiron deux cents liures : & la cuit-on auec deux fois autant 
d'eau iufqu'à tant qu'elle perde fa fenteur, &: qu'elle fe puifle efmier , & qu'elle foit II feiche , que 
l'on ne la puifle plus manier auec les doigts , comme on fait deuant que la vifeofité foit du tout 
confirmée. Or il la faut fondre, puis la paifer pour en ofter l'ordure , auant que de la mettre en 
l'eau bouillante. La Refine cuite en cette manière deuient tres-blanche, quafi comme neige, 
combien qu auparauant elle fuft roufle comme la vraye Colophonienne ; ou bien de couleur 
d'huile, ou de miel,comme celle de Meleze. Dont il eft aisé à voir , que Ruel n'a pas bien expri- 
primé les mots de Diofcoride touchant cecy ; Iufqu'à çr»dit-il 3 qu elle fie puiffe efimier,cr quelle foit 
bien fie che > & quelle seftendefousles doigts: au lieu qu'il faut lire ainfr. feche ,& qui ne sefiendepas 
fous les doigts Vn peu après, la Refine , dit-il, /<? fiait aufii tres-blanche , (i C ayant fondue on la paffe, 
&c. Et il falloit lire ainfi : Or elle fie fait très blanche, afiçauoirenla cuifiant comme il a efi é dit :m aïs 
il faut fondre toute forte de Re fine, puis la pajfer & nettoyer deuant, &c> Il y en a mefmes plnfieurs 
qui s'eftonnent, &: à bon droit, de ce que Diofcoride déclarant la façon d'efpeflir la Refine liquide 
en l'eau bouillante , vfe du mot >e*/ec9-<stf , qui lignifie brufier ; au lieu qu'il deuoit pluftoft dire 
t\f/«<ô£ s c'eft à dire , bouillir. La Refine s'efpeiïït auffi cuite fans eau dans des chaudières de cuyure, 
faifant premièrement vn petit feu, & puis l'accroifïant lors qu'elle commence à s'efprendre, 
iufqua tant que toute l'humidité foit exhalée. Qui la veut endurcir en cette façon , il la faut cui- 
re continuellement trois iours &: trois nuicts , iufqu'à ce qu'elle ne fente plus rien , &: qu elle s'ef- 
mie, & foit feche , & qu'elle ne s'eftende plus entre les doigts en la maniant , comme auparauanr. 
Mais qui la voudra mettre par morceaux après qu'elle eft défia feche , il fufEt de la cuire vn iour 
durant. Les Grecs appellent la Poix ainfi cuite & endurcie (ppvKTyv , comme qni diwit firicajfe'e : 8C 
les François Poix-refine. Les Alchymiftes auiourd'huy tirent l'huile de Térébenthine quafi de mef- 
me façon. Ils mettent fur le fourneau vne grande phiole de verrre, bien lutée , & pleine de refine 
iufqu'à la moitiés font entrer dans fon col celuy du recipiant, qui cft-v-uide y -&: dans lequel ce qui 
diftiJera] doit couler : en après ils allument le feu défions , en la manière que nous auons dit. Il en 
coule premièrement vne fueur liquide , que les Alchymiftes appellent Eau , qui eft quafi comme 
IcPijfeleum des anciens : toutefois on le iette là, comme n'eftant bon à rien , combien qu'il aie 
les mefmes vertus que l'on attribue au Piffeleum. En après il découle vne humeur huileufe, laquel- 
le eftant toute diftilée , lapoix demeure feche , & friable au fonds de la phiole. On l'appelle au- 
iourd'huy Colophonienne , de laquelle on fe fecc beaucoup en médecine , auffi bien qu'au temps 
pafle. Il eft à noter toutesfois , que le nom de Colophonienne te prend en plufieurs façons : car on 

appelloit 



De la Refîne, & de la Poix. Chap.XXI. 6* 

appelloit iadis ainfi la Refine fritte, comme «dit Galien, & aufli la Refîne crue du Pin, & de la Pece, . 
quirefemble auMaftic, laquelle Te prennoit en la ville de Colophon, On appelloic encor de mef- me d.gcn.ck 
me nom vne Refme liquide coulant des mefmcs arbres , 6c au mefme pais , ainfi que Galien fatte- 5?> 
fte, laquelle eftoit fort chère, d'autant qu'elle fentoit tres-bon, & qu'il s'en amafloit fore peu. Lors nr«h£én.; 
qu'on brufle la Refîne, comme nous auons dit que font les Alchymiftes , il faut que de chacune chap.z. 
liure il coule vne once d'eau,&: quatre onces d'huile. Pline mettant en peu de mots la façon de 
cuire la Refîne, s'eft grandement trompé : Jouant a celle , dit-il , qu'on fait de la Poix-Refim, on la 
„ fond,ejr tire on la Poix auec des cailloux àrdens en des grandes tines de Chepne, qui ont les donnes ef- 
peffes:au défaut de quoy on fait vn tas de bois de Pece, comme on fait en faijant le chabon : (Hermo- Eo ]a ' 
laus lit,*» vfant) car on ne cuit pas ia Refîne en allumant vn tas de bois tout à l'entour,comme on rcia. de pu f 
brufle le chaibommais la Poixicomme Theophrafte dit,que pour cuire la Poix on fait vn tas de bois, JJ^ ^ 
comme quand on veut faire du charb0n.hA2.is ce qui luit apres.gw l'on met la Refi 'ne ainfi cuitte dans l'hift.ch.j, 
le vin réduite en Poudre comme farine , mais plus noire i il ne le faut pas prendre comme fi elle eftoit 
du tout noire(car la poudre menue de quelque Refine que ce foit, eftant cuite , eft blancheaftre ti- 
rant fur le roux ) mais qu'elle eft moins blanche que celle qui eft cuite en l'eau bouillante. Apres 
quand il dit, La mefme -Infime e fiant cuite en te au, il dit leuius:&c Diofcoride dit wf<*w, c'eft à dire,i 
petit feu:Si on la coule elle eft roufleaftre &z vifqucufe,&: s'appelle diftilée.Elle le fait ordinairement Uu.^^ 
de la crafle de la Rclîne U de i efeorce de l'arbre. Et vn peu zprcs:On cuit vn congé de Refine blatr- 
che en deux congés d'eau depluye : ce qui eft mal traduite non félon que Diofcoride enfeigne de 
cuire la Refme en l'eau car on ne cuit pas vn congé de Refîne blanche , mais vn congé de Refîne Uurc r ^ 
que l'on veut blanchir : moins deuient elle rouife en l'eau : car elle deuient ej-éauç Xéum , c'eftà di- Diofcch. éi 
re , memeilleujement blanche. Il mefemole auiïi qu'il eft meilleur de lire deponuntur, c'eft à dkc,on 
olte i puis que Diofcoride vfe du mot,£«£/£<8£, que non pasfeponuntur, c'eft à dite, on met à part-. 
car il entend ce que nous auons dciia dit, que ii l'on fond , &l qu'on paffe la ; Refme deuant que la L^ptgede 



cuire 



, par ce moyen la crafle, l'ordure &: Tefcorce s'ofte , &c qu'on la cuit puis après ainfi purifiée. 
dit que c'eft la couftume en Italie & es regios voifmes,de fophift.quer le vin auec la Poix.On 



i-ia.i + .c.l y ; 



Pline dit que c'eft la couftume en Italie &c es regios voiiines,de iopnift.quer le vin auec la Foix.Un & 10. 
eftime que la fleur de la refme crue donne force aux vins qui font petits. Palladius. Quelque s vns, §^ u I+ 
mettent trois onces de Refine feche puluerizée dans vn tonne au , & les braffent, affeurans que par ce Liu.u.c.xo. 
moyen le s vins font vriner. Columele entre les medicamens qu'il ordonne de mener parmy le vin 
nouueau, cuit iufques à la confomption de latroiftefme partie, met vn liure Se demie de Refîne de 
Terebinthe, Par cefte fophiftication ils amortiftoient les vins fumeux,&: augmentoientla force des 
petits , vfans toutefois de telle proportion , qu'ils metoient plus de fophiftication aux vins puif- 
fans , &Z moins aux petits. Or ils mettoient dans le vin la Refme toute telle qu'elle auoit efté cueil- 
lie fur l'arbre , fans la préparer plus cuneufement : ou bien ils y mettoient la fleur de la Refîne 
préparée comme s'enfuit : ils la coupoient en petits morceaux après auoir raclé & tiré fa fleur des 
efclatsaufquels elle eft attachée, puis l'hafchoient fi menue, qu'on la peut paflerparle crible, 
puis après ils la cuifqient en l'eau : car ils tiroient ainfi faifantdela Refme, mais en petite quan- 
tité , &: ne s'en treuùe qu'en peu de lieux d'Italie au pied des Alpes Elle eft excellente pour fo- 
phiftiquer les vins , &fert aufli en médecine. Pline appelle cefte fophiftication Crapula, pource Liu.14.cha* 
comme iecroy, que les vins eftans ainfi mixtionnez font douleur de tefte , fingulierement eftans Jf lu 
nouueaux. Ce qu'il déclare par ces mots, le vin nouuellement refîné ne vaut rien pour perfonne: car Liu.iî.eh.r. 
/'/ caufe des douleurs & toumoyements de te fie : de la vient le mot de Crapula. C'eft pourquoy plu- DTofc.eh.% 
fieurs doctes perfonnages eftiment, qu'en cepaflfagede Columelle,auquel racontant les medica- 
ments defquels on vfoit pour fophiftiquer le vin,il met Crifpampampinaceam, il faut lire Crapulam oaïbï. 4 * 
refinaeeam:mais Hermolaus eftime qu'il faut qu'ily ait Sertam Campanicam^ouxcc comme ie croy Plin.au mef. 
que comme Palladius le témoigne,on s'en feruoit pour fophiftiquer les vins. .On eftimoit que les heu ' 
vins mixtionnez auec la Refme eftoient bons à l'eftomach , mais nuifoient à ceux qui eftoient 
fubieds à vomir , comme aufli le mouft, & le vin cuit. Galien dit , que toutes les Refînes fechent ^J 8, ics 
&: efehauffent : mais qu'elles font différentes entre elles , pource qu elles ont plus ou moins d'acri- Lesvertus. 
monie au gouft , & aufli de chaleur quant à leur qualité : pource aufli que les vnes font de parties 
plus fubtiles que les autres :& en outre d'autant que les vnes font aftnngeantes,les autres non.Et en 
vn autre lieu : De toutes les Refines, dit-UJaplus chaude efi celle des pommes de Pin, qui aujfidejfeche £"? *' a f e * 
viteinertt : laplus tempérée cefi laTerebe?rthine. La Poix Refîne feche &efchaurfe. Elle deffechc 
bien au tant, que celle des pommes de Pin,mais elle neft pasfi chaude de beaucoup, La Refme de 
Sapin tient le milieu en chaleur,entre la fleur de la Refme & la Refme des pommes de Pin: comme 
aufli la Colophonienne qui fent l'Encens eft moyennement chaude.La plus humide de toutes,c eft 
la féconde qui fe fait de la Meleze : car il y en a de deux fortes , l'vne qui eft femblable à la Tere- 
' benthine , l'autre qui eft plus acre , plus chaude , & plus liquide , & qui fent plus fort & eft amere 
au gouft. Celle aufli qui va aufonds des pots de terre , aufquels on tient la Refme de la Pe ce ^ 
eft liquide , refemble du tout à la Térébenthine , quant à la confiftencc & couleur : mais eft diffé- 
rente quant au gouft & à lafenteur : & a bien l'odeur plus mal-plaifante , comme aufli elle eft plus 
Tomepremier> * acrç 



julien, 



62 LiureL de FHiftoire des Plantes, 

Anmefliu AQrc ^ m ° vdic / tk ^ *&$** de Cyprès eft vn peu allongeante. QudquVn penfera , dit G™ 
, cha P , ' ^ Diof conde n a pas efte de mclmc opinion que nous,q Ua nd il efent alufi : Entre toutes tes Éefc 
Uu-^ch-ck nés la meilleure ejl U Térébenthine; celle du Lentijque tient le fécond raw, Puis la Refîne de la Pece, 
iaTacbem. ^ du Sapin .La dernière eft celle du Pm& des pommes de i^.Car F arcet mors il (cible que Dio- 
feonde vueille inférer, que la moindre c eft celle des pommes de Pin, que la meilleure c'eft la Té- 
rébenthine : mais quanta moy ie dis,quede ces trois Refines, affauoir de celle des pommes dcPin, 
de celle de Sapin & de la Térébenthine, celle des pommes de Pin eft la plus chaude , puis après 
tiu.n.cfa.1 CdIC r , Sapm & ^Térébenthine en dernier lieu, Or c'eft affez parle de la Refine, parlons mainte- 
Sarld.liur. "f 5 de h Po '*- L *f°J*> dit Pline, nefi autre chofe que la liqueur qui fort de la Poix ^efine brufiée. 
dcDiof c . c h, Ma "nousauonsdefiamonftre,quelaP^nefcfaitpasde Renne, mais de la Tede bruflée. Par- 
,». quoy Hermolaus voyant que cefte définition n expliquent pas bien la nature de la Poix , dit , que la 

Poix, c ejl U Refîne, qui coule du bois de la Tede brufiee : car tout ainfi que la Refine coule des arbres, 
ou liquide & coulante , ou bien efpeffie fur iceux ; ainiî auffi la Poix, coule de la Tede > c'eft à dire, 
qu elle eft tirée a force de feu des efclats des arbres pleins de fuc & refineux, eftans bruflez. Or ces 
efeats le prennent ou des arbres eftans encor en pied , afTauoir de ceux que l'on entame pour atti- 
rer la Refîne : ou l'on les prend des arbres lefquels ne iettent plus de Refîne, ou qui ont efté abba- 
tus parles vents,ou bien par les païfans pour en faire la Poix. Les racines de ces arbres & fmgulie- 
rement celles du Pin, ont grande quantité de fuc gras, duquel on fait la Poix , & principalement le 
frJntireZ miheu du tron c> que les Grecs appellent x V«* & pfe^ c ' e ft a dire cœur & Matrice. Diofcoride 
Toi x . a bien dit , que l'on aman" oit la Poix du bois le plus gras, du Pin & de la Pece : mais ce que Pline 

Liu^xo dit ' qU '° n la fait de laRefme de la Pece eft faux. La Refîne qui fefait en Efpagne des Pins fauua- 
Liure 9 .de' ges |ou Pece baftarde , eft des moindres : car elle eftamere , feche& puante. Theophrafte eferit. 
1'hift.ch.i. q U ' cll Syrie on fait de la Poix du Terebinthesaucuns adiouftent la Pece Si le Cèdre Phenicien.(Gazz 
a mal traduit, le Cèdre & la Palme.) Mais d'autant que cela aduient peu fouuent , il faut eftimer 
que ce foit vnechofe faite comme àl'aduenture, & par hazard. Car les Macédoniens ne bradent 

Lu.u u PaS mcfaîcs le Pin P our faire la Poix ,fi ce neft lc m afle , car ils en mettent vn malle, &: l'autre fe- 
melle ,& vn troifiefme qui eft fterile : mais ils prennent feulement les racines de la femelle pour 
ceft effea ; car la racine de tous les Pins eft graffe & pleine de fuc. Pline a ainfi translaté ces mots: 
En Macédoine, dit-il, ils brufient la LMeleze mafie ( affauoir pour faire la Poix) & feulement les 
Liu.t4.cL7. racines de la femelle : ce qu'ayant puis après oublié en vn autre endroit,il dit que la Poix qui fe fait 
Sîid" àa du maflC n ' Cft paS la mcilleure : Entre les e ft e Jï es * dit-il, la meilleure four la CMedecïne efi celle de 
Calabre: car elle effort graffe & Refineufe.Aujfifert elle de Refine, é> de Gomme. Et Diofcoride dir , 
elle participe de la nature de la Poix ,& delà Refine : mjfiefi elle plus rouge que les autres. Au refte 
ie n entens point comme il peut eftre vray ce qu'aucuns difent que la Poix , faite de l'arbre malle eft 
ïàçomdtfm- meilleure. La Poix fe fait en deux fortes : la première eft qu'ils ageancent la Tede grarïe, ouïes 
re aPoix. c ç c \ zts j u tronc ( j u p in } v j GUX & g ras en vne a j re enc } u j ce de terre graffe , tout en la mefme façon 
qu'on ageance le bois pour faire le charbon. Ils couurent ces tas de fueilles de Sapin & de Pece, 
lenduiiants de boue par deffus , de peur que la flamme n'en forte : car fi cela aduenoit la Poix fe 
pert : & ayant laide vne entrée au bas du tas , ils y mettent le feu lequel bruflant la Tede & fon- 
dant la Poix , elle coule en vn canal qui eft fait tout à l'enuiron du tas , &; de la dans des folfes qui 
Liu. 9 . de ** ont g arnies de bois par dedans , de peur que la terre ne boiue la Poix. Apres ils l'oftent de là , &: 
l'hift.ch.3. en emplifTent des tonneaux, des barils & des outres. Theophrafte dit , que les Macédoniens 
font la Poix en la mefme manière. L'autre façon eft , quàyant enfouy en terre de fort grands vaif- 
feaux , ils accommodent par deffus vne grande plaque de fer toute trouée , ou bien ils luy font 
vn canal tout au tour. Sur icelle ils dreffent vn forneau qu'ils empliffent de Tede découpée en 
petits efclats , &: puis le bouchent &: alument vn feu tout à l'enuiron. Quand la Tede commen- 
ce à s efchauffer , elle rend premièrement vne fueur aqueufe , puis la Poix liquide , qui eft plus 
efpeffe que laditte fueur. Les pafteurs & bergers des enuirons de Marfeillc tirent la Poix de 
roxicedré quafi du tout en la mefme façon : car premièrement ils enfouiffent vn pot , puis en rem- 
pliffent vn autre qui ait l'ouuerture aufli grande que celuy qui eft enfouy des efclats de tOxicedre 
mettant des petites verges en trauers , en façon de claye, depeur que les efclats ne tombent. 
L'ayant ainfi remply ils le renuerfent fur fon ouuerture , &; le mettent droit deffus celuy qui eft 
enfouy J&enduifentl'entredeux de boue ou terre graffe. En après ils font lq feu à l'entour- Les 
Lia. 1 é .c. n Syriens appelloient la première eau qui couloit par le canal, Cedrium ou Cedria , comme dit Pline: 
d'autant que n'ayants point de Pins ny de Peces , ils brufloient quelquefois des Terebinthes ; mais 
le plus fouuent des Gedres, pour en tirer la Poix comme nous auons dit ailleurs en réfutant l'o- 
pinion de Belon, qui appelle cette liqueur de quelque arbre que ce foit qu'elle coule , Cedrium. 
les fortes. Cette fueur aqueufe eft la ferofité de la Poix. Il y a deux fortes de cette Poix , comme auffi de la 
tes noms. Refine : l'vne eft liquide, que les Grecs appellent v%* : les Arabes Erfs , Zefs , ou Kir : les Italiens 
Pece liquidâtes Allemands appellent toute forte de Poix rse i.comme les Efpagnols Pex negrate% 
François Rappellent Poix fondue, Cefte Poix n'ayant, point encor fenty d'autre feu que celuy par 

lequel 



DelaRefine,&delaPoix. Chap.XXf. 63 

lequel elle a efté faite,eft appellée par Theophrafte en diucrs lieu &>>),c'eft à dite,crue i La meilleure DWtJ ' 
cil celle qui eft claire , nette & polie. L'autre Poix eft appelle fiche , qui a elle endurcie à foiCe de 
cuice,ou bien s'eft efpeilie auec le temps dans le tonneaux ou barils, dans lefquels on la garde. Les 
Ital 




lie cy |Qe<r*t«Pd,peuteftre pource qu'on la mettoit &: vedoit dâs des peaux rm U'^m^dru^ 
e, de brebis ', ou bien pource qu'elle guérit la rongne des brebis ; ou pource qu'on cri frot- 




g" 

meure 

pelloit celle < 
c'eft à dire, d 

toit les brebis pour les marquer. L'autre première eft appellée/* che. Les Grecs appellée l'vn ÔC l'au- 
tre Talimpijfa , c'eft à dire , Poix recuite , ou faite à deux fois. Pline dit ; que l'on cfpeflit la Poix L iu.ié.c.it, ■ 
dans des chaudières en y mettant du vinaigre : auquel paifage Belon dit qu'il faut lire, qu'elle 
s cfpeflit auec le feu. Mais i'eftime qu'il n'y faut rien changer , & que c'eftoit bien fait de mettre du 
vinaigre dans la Poix lors quelle s'efpeiTit fur le feu , de peur qu'en la cuifant él le ne fc brufiaft , &£ 
à fin qu'après eftre cuite 5 elle demeurait plus fechc : car chacun fçait allez que le vinaigre defîeche. 
C'eft peut eftre la caufe pour laquelle Pline dit,que la marque de la bonne Poix , & qui 11 eft point 
biuilée, eft û fes pièces reluifent,&: eftans mafehées s'adouciifent,& ont vne aigreur plaifante.Theo- 
pompus dit , ( ainfi que Y 
celle qui fe fait en Macec 

Poix par vn long efpace de temps. La Poix cuite de laque 

grafle,refineufe 5 odorante &c roiuTcaftre, comme celle de Calabre,& laLyciennc, ainii nommée du 
nom d'vne Prouince d'Afie,qui foit médiocrement cuite,& non pas du tout dcfpouillcc de fon lue 
lcnt,& refineux,ayant la nature de la Refîne & de la Poix tout cnfcmble. En Alie on falloir cas de la ^j^ 1 * 
Poix Ideenne, ainfi nommée à caufe du mont Ida qui eftoit près de la l.roye. En Grèce ils prifoient 
la Pierie,qui s'appelloit ainlï à caufe d'vne montagne de Thcffalic nommée Pierus en tirant vers la , iu ^ dss 
Macédoine. Virgile loué" la Poix Nar&fiajïow pas* comme Belon dit Lartcie , à caufe des Nandiens Georg. 
peuples de la Croatie , qui ont des montagnes qui abondent en Pins. Les autres veulent qu'il y ait 
Narytie, pour raifon des Narytiens qui font peuples de la Grèce, qui font grande quantité de Poix. 
Pline dit aufîi touchant cecy : Plufteurs eftiment , quilfe fat plus de 'Poix aux montagnes, '& quelle Un>l éjC,lfc ' 
eft mieux colorée & plus douce, & qu'elle fient meilleur , eftant encore en Refine : mais qu'estant cuite 
elle rend moins de Toixjource quelle fe refiult en eau,& que les arbres y font aujji plus petits qu'en la: 
plaine, & qae les vns & les autres rendent moins de ?>oix, lors que le temps eft beau &fierain. Les vns 
rendent la "Poix des la première année après qu'ils ont eft é entamez, î les autres attendent la féconde, 
& d'autres latroifiefme,&c. Or il ne nous faut pas laifler palier ces mots à la légère fans les bien èc 
diligemment efplucher , en les conférant auec ceux de Thcophrafte , defquels ils ont efté pris. Ce ^ 

qu'il dk,qu'il fe fait plus de rPoix aux montagnes, cr qui eft mieux colorée & plus douce : Thcophrafte Ji^ffii.*. 
dit, que du Pin Ideen ou de montagne il fe fait de la Poix en plus grande quantité, plus noire , & plus 
douce. Tellement qu'il faut lire en Pline , de couleur plus noire & àe meilleure odeur. Pline lit<We« 
We^',non pas comme il y a aux communs exemplaires &v.y.v»êiçtztpi , k. djaAçi^v, comme Gaza y 
femble auoir receu tous ces deux mots : car il y a ainfï en fa traduction , plus belle & pin odorante. 
Mais aux exemplaires plus correds il y a ùXMç/nçi&v , x, £»&&&* , plus nette drpln belle ,& de 
plus agréable W<r»r.Pline dit,Cependant quelle eft encor en IReftne. Theophrafte dit,«^»jv,c eft à dire, 
crue : car il ne parle point icy de la Refîne. En outre Pline dit,qu eftant cuite elle rend moins de Poix s 
Et Theophrafte dit, en la cuifant elle deferoift, &fe diminue, d'autant quelle fi refiult en eau. Pline 
dit , que le s arbre s font plus petit s : Et Theophrafte dit , que la Poix du Pin Ideen eft plus fubtile que 
celle du marin : car d'autant plus que la Poix a de feroiité , d'autant eft elle plus fubtile ; & fi elle à 
moins de ferofité,elle en eft d'autant plus greffe. Pline àiuque les vns files autres rendent moindre 
quantité de r Poix, quand le temps eft beau : Et Theophafte dit , que d'vne me fine quantité de Tede de 
Pinjls'en fait plus de Poix,ér qiii a plus de fer c 'fit é,é plus en temps de pluye,qu'en temps de fichereffe, . 
comme aujjîceux qui croiffent en lieux glacez, ér ombrageux eh portent plus, que ceux qui font en lieux 
chauds & a l'abril.Vlmc dit : les vns rendent la Poix dés l-a première année qu'ils ont efté entame z,,les 
autres en lafeconde,ejr les autres en la troifiefime,é'c.Et Theophrafte dit,c^bf ^hà e JaAv.c'eft à dire, 
vw amas Refneux & gras,commz nous fanons des-ja cy deflus déclaré en ce mefme chapitre. La JjB£, g 
plus nette & meilleure Poix,felon Theophrafte fe fait aux lieux expofez au Soleil & à la bize ; mais u\i.i<>.c.ii, 
•celle qui croift es lieux ombrageux , eft ^hotrvfni^ , plus laide a l'œil : & Pline dk, plus aftre ,fale 
& malnette, & comme bourbe ufe, fap&puJt\ç , Pline le traduit ,j?uante : & fit l'hyuercfl doux , il s en 
fait plus, qui eft bonne, éplus blanche-, mais fi l'hyuer eft afire, il s' en fat peu , qui ?ï eft pas fi bonne, 
& moins colorée. Ce que Pline a adiousié, comme s'ily auoit ea Theophraîte ihiyn , <*fâ*s j f*07$yr*&' 
Iufques icy nous auons déclaré la nature de la Poix , les arbres qui la font , & comme elle fe faitj jj^ 1 ^ 
il refte maintenant à parler des autres façons de Poix , qui femblent eftre d'autre efpece , que ^5^3? m 
celles desquelles nous auons parlé. Il y auoit iadis vne forte de Poix appellée Nemçturica,l caufe meimc lie» 
d'vn peuple habitant aux Alpes qui eftoit ainfi nommé , duquel Pline fait mention 5 combien que c a P- x *' 
Tome premier. F ^ Columelç 



Liu.ii.-c 



64 LiureL de FHiftoire des Plantes, 

Columel C dit,quVIlefefairoitlclongdelariuiere de Gencsxefte Poix eftoit liquide , comme luy 
2S*i Poix appellee Conu^M laquelle les Dauphinois fophiftiquoient leur vin . efWfi 
Sr^^ a F^ ,P0ITO 3 U9 f la PP° rtoicdans d « boettes faite d'efcorce d'arbres, ou 
Itr p^ïr^? P ° UUOit diuifeCen Pleurs pièces en façon d'efcorce U 
2SŒ? ^^^^^^.^^tmcmcuw tant plus elle eftoit vieille , pource 
■ xa. 2 ' ^ r f ? tOUt f f ° n ^^i ' Clle eft ° 1C P luS aifée a mettre e » Poudre , & à paffer par lccri- 
' c»L Tl 7 ^f ' P ' 1S ? dIC dl0it CUke ° U n0n ' ll eft roLirefois vray-femblable qu'elle eftoit 
£2L 1 !î ? mentl0n aUX e * em P laires vuI S ail - cs de Coltimdc dVne Poix qui eft appellée 
ÎÏÏS t qUC L m0t J e Cr ° y qi VV faut liie * ^'- Icclle *'<&* pas fechée au feu ; mais crue, 
&. par longue luccefîion de temps s eftoit ainfi endurcie , qu'elle fe piuuoit rédiger en poudre ( * 

mot de Radula^m eftoit le nom d vn inftrument defer auec lequel on racloit & oftoit la Poix des 
ÎT&F oZd irV COra T Cr0aI I:a PCnfé ' Et ***** fl fGmble ^ Hermolaus a efté de mefme opinion : 

t JES P 'lTf t T ent Ti m f * #** U Pot * RM " > "™ie venant du verbe Ldo. liais le mot 

v IKr t "ffi'Jk'*'™'*'*******^'» ï»e Fabula, & Pabulumfont deriurz, desverbes 

li«, 6 ,L s . Z r >? P "J C0 - r Lcs aut f« cfti ™nt qu'il y faut lire Rhetica , pource que Gonflant* Cefar en prife 

lo&i Pnî r° UP Vt l e ^, qU r "° mme ainlL CCUX ^ Ui ° nCercrit de agriculture , ont remarqué, que la 

atemrlevin,iufques au quarantième iour après la vendange faite en vne façon :& ceux qui 
eftoient enfouis en terre d vne autre : & ceux que l'on tenoit hors de terre d vne antre. Car en 
ceux qui eftoient enfouis dans terre , l'on mettoit dedans vn chauffoir plein de feu, pour fondre la 
vieille Poix , laquelle on droit hors auec vne ratiflbire courbe attachée à vn manche de bois : P uis 
ayans nettoyé le vaifleau auec vn petit balayais iettoient de la Poix bouillante dedans, & l'efpan- 
«toient par tout auec vn pinceau attaché à vn manche long. Mais quant aux vaifleaux qui eftoient 
hors de terre ils les mettoient au foleil plufieurs iours deuant qucles P oiflfer,& les ayans bien laiffé 
lécher ainii ils les renuerfoient fur leur ouuerture , les faifant fouftenir deflus trois petites pierres. 
Apres ils allumaient du feu deuous iufqu'à tant, que le fond qui eftoit au demis fut fi chaud 
qu on n y feeuft tenir la main deflus , & que la vieille Poix fut fondue. Quoy fait ils couchoient 
le ,! alf ! eau ei \ c f i re l & m^té dedans de la Poix toute bouillante , ihïe tournoient deçà &c 
Lïu, 4 .c.i . dC V ^ qU i b,en P° iire P ar W- Pour ce faire la Poix dure & recuite eftoit la plus eftïmée, 
Lia. I4 .c. ,. « ^diouftant la cmquiefme partie de Poix de Calabrc : oar , comme dit Pline , U Poix de Calabre 
**>+*>,. ejteftimee U meilleure en Italie four empoiffer les tonneaux a vin. Et ailleurs il dit î qne les ton- 
neaux eftans poiflez font que le vin en dure d'auantage fans fe gafter. Et la Poix aufli bouche les 
tentes s il y en a , & empefche que le vin ne dégoutte. L'autre vfage de la Poix eftoitpour fophifti- 
quer les vins Les Grecs, dit Vlm^addoucijfent leurs vins auec de fArgUlc^Je la Poudre de Marbre 
eu auec dujel ou auec eau marine. En quelques lieux d'Italie ils fe feruent de la racleure de Poix. 
1 our ce taire ils jettent la Poix par deflus le vin,lors qu'il comence à bouillir j car il ceiTe de bouillie 
le plus iouuent dans neuf iours , à fin qu'il en prenne l'odeur , & acquière vn certain eouft piquant. 
Anciennement les Romains prennoient plaifir an vin qui auoit le gouft , Se l'odeur de la Poix , & 
ziu r i. c , l Z Wf lolcnt Vlnum *"*'">»• Galien l'appelle ww ml* & .n^. Ces vins eftoient tels , ou arti- 
• 4- • • ncicJement , ou mefmes naturellement, comme ceux de Vienne en Dauphiné. Ce que Pline re- 
marque, dif aiit ; // iejl treuuédes vignes lefyuelles donnent naturellement le goufi de la Poix au vin, 
comme ce luy de Vienne i lequel a donne* bruit au pais d'alentour. Le commun dit,que ces vins làfen- 
L lu , 4 .c. l . t eat k V]ol t pi ine appclIc le raifin doM on faifoit ce yin ]à t VMpiMfam 0r ^ andens nc mc _ 

Liu.T 4C . J0 . ^o^l^P'^^^cmentlaPoix parmy leurs vins pour les fophiftiquer : mais auffi plufieurs autres 
Liu.iz.czo. choies ; comme du Maftic noir,(ainfi que Pline le tefmoigne ) qui croift en Ponte , & refemble au 
J5itume, & la racine de la Flamme. Le foli»m{czt il faut lire ainfi,non pas Oleum. ) Du Nard Gallic- 
que comme dit ColnmelaJ'Elata de la Palme,c eft à fçauoir, l'efcorce grofle qui enuelope fes fleurs, 
le Soucher , k Sqnenanthe , la Myrrhe & plufieurs autres chofes , auec la racleure de la Poix. Car 
tout ainfi qu ils auoient accouftumé d'accouftrer les vins qui eftoient fi foiblcs qu'ils ne fe pouuoiec 
garder tout i an , ou mfqu a tant qu'on les vendit, ou qui eftoient en danger de s'aigrir , ou de fe 
tourner , ou de moihr ; auec dé la Refîne , fleur de Reûne , vin cuit iufqu'à la confumption de la 
morie , ou de la tierce partie , & auec d'autres chofes odorantes : ainfi les fophiftiquoient ils quel- 
quefois auec de la Poix feule , & par fois méfiée auec d'autres chofes , comme nous auons dit , &c 
par fois auec de la Poix liquide , relie qu'eftoit celle qu'ils appelaient Nemeturua , ou bien Ceche, 
comme la Poix d efeorce qui fe faifoit en Dauphiné & Sauoye , la racleure de la Poix , la Poix de 
Calabre. Toutefois auant que de ce faire il iettoient la Poix fondue dans de lexiue de cendres, ou 

via liu s ea " mCr ' qU1 Ê r fte pnnfe bieïl auant e " mer ~' P our ofter la P uance ur de la Poix , &: là^et- 
des diuek' toyer P, ar ce m °yen. H faut adioufter encor deux autres vfages de la Poixrcar premièrement lesTrk 
kçons.cH. «enssenleruoient pour attacher le poil aux endroits du corps qui naturellement fon veluz ; ce 

que 



cle.k 



Les vert»!' 



De la Refine, & de la Poix. Chap. XVII. 6 5 

que les Grecs appellent mrlotw & xAram^ouv qui font mots deriuez du mot de Poix , laquelle ils 
emploient en cefte chofe peu honefte. Clément Alexandrin vfe fouuent de ce mot là , blafmant la 1*1*' 
couftume des délicats , & effeminez , & la mefchanceté de ceux qui allaient inuenté cefte façon. 
Ils en vfoientauffi comme pour vne efpece de torture; & en cefte lignification le mot **t a,7n-rliuJo 
fe prennoit en bien autre façon que pour empoiffer les vaifTaux : car c'eftoit autant à dire comme 
bailler celle efpece de torture. Et c'eft ce qu'entendoit Lucrèce quand deîcriuant en peu de mots 
les peines &z tormens des hommes il dit: 

Le fouet & le bourreau ,prifon ,poix , ejr les torches. 
Et auffi Plaute,lors qu'il introduit Ariftophon rabatantla fine refpoce de fon feruiteur,lequel auoit Aux captifs. 
dit, que la melancholie tourmentoit fon maiftre; Mais , àAt-\\ffi t ejlois fage , la Poix noire te tour- 
ment eroit chez, le bourreau , qui telaferoit reluire fur la tefle. Diofcoride attribue à la Poix les ver- 
tus qui s'enfuiuent. La Poix liquide efi bonne contre les venins , aux Phthifics , à ceux qui cra- 
chent l'apoftume contenue en la poitrine , contre la toux , &: ceux qui ont difficulté d'haleine, &: à 
ceux qui ne peuuent cracher,&; pouffer hors les greffes humeurs vifqueufes contenues en lapoitri- 
ne , fi l'on en prend au poids de vingt dragmes auec du miel en forme de looeh. Elle fert bien auf- 
ii , fi on en oingt les inflammations des glandes du col , &: les inflammations de la luette , &; en la 
Sqninance. On en met dans les oreilles qui iettent fange, la méfiant auec huile rofat, & fur les mor- 
iurcs des ferpens auec du fel menu. Méfiée auec autant de cire elle fait tomber les ono-les gaftées 
& raboureufes, & guérit la gratelle &c l'afpreté delà peau. Elle refoule les durtez de la matrice, 
& les dures en fleures du fondement. Elle rompt les efcrouélles , eftant cuite auec farine d'orbe, 
& vrine de petit enfant. Elle empefche les vlceres de croiftre, fi on les en oingt auec efeorce de 
Pin , ou fouffre, ou auec du fon. Elle remplit les vlceres profonds , &: les confolide , eftant méfiée 
auec manne d'encens , &. cerot. C'eft vn fingulier remède pour les creuaflfes du fondement , êc 
des pieds. Elle remplit les vlceres, &: les mondifie auec du miel. Mefme auec des raifins de 
paft e ô5 du miel elle rompt les carbôucles , & efcaille les les vlceres pourris. On la méfie aue.e profit 
parmy les médicaments corrofifs. La Poixfecheefchauffe , & amollit les durtez , meurit les apo- chap. su 
itumes, & refoult les enfleures, Se tumeurs des glandes , & remplit les vlceres. Elle eft fort bonne 
méfiée parmy les médicaments pour les playes. Selon Galien la Poix feche deffeche , &c échauffe jjffi 8 " dei 
au fécond degré : toutefois elle deffeche plus qu'elle n'efchanffe. La Poix liquide au contraire 
efchauffe plus qu'elle ne deffeche , &: a vnefubtilité de parties par laquelle elle aide fort à ceux 
qui ont courte haleine , &. ceux qui crachent l'apoftume de la poitrine. Or il fuffit d'en prendre 
en Iooch au pois de deux onces & demieauec du miel. Elle a vne vertu deterime , digeftiue, Se 
refolutiue , comme alifli elle a au gouft vn peu d'amertume , 8z acrimonie > pour cefte caufel'vne 
& l'autre nettoyé les ongles gaftées, eftans méfiées auec de cire, & nettoyé les galles &: afprctez de 
la peau. Elles font meurir toutes tumeurs dures & crues méfiées dans les cataplafmes. La liquide 
a plus de vertu pour toutes ces chofes : mais la feche combien qu'elle ne foitpas û bonne , eft tou- 
tefois meilleure pour fouder les playes. La Poix liquide , dit Matthiol , chauffée auec encens & Ma- ^ ) '. U1 ( 5 l - ie 
Jîic> & appliquée fur le chignon du col, releue la luette tombée. Pline après auoit raconté les vertus 
du vin fo pliiftique auec la Refine,adioufte puis après,*/ efi moins nuifible eflat accoufréauec la Poix Liu. 113.*.*, 
feule. Ce vin ainfi accouftré efchauffe , digère , &C nettoyé ou purge. Il eft bon auffi aux maladies 
de la potrine, &c du ventre,& aux douleurs de matrice , qui font fans fleure , aux vieux catharres, 
aux vlceres intérieurs, aux rompures, fpafmes , & aux apoftumes qui font dnas le corps , à la débi- 
lité des nerfs , aux ventofitez , à la toux , à ceux qui ont courte-haleihe,&: aux diflocations , eftant 
appliqué deffus auec de laine fourge. Celuy qui naturellement fent la Poix, eft meilleur pour toutes 
ces chofes, 5c eft appliqué des Latins Picatum* 



Dellf. 



CH AV. XXIL 




Ovs auons mis au nombre des arbres qui portent la Refine,ceux-là qui leur 
\ refemblent quant aux fueilles, combien qu'ils ne façent point de Refine ny 
9 dc fuc,comme l'ifSc tous les deux Satiiniers. Il faut donc icy traiter de l'If, 
ii d'autant qu'il eft fort femblable au Sapin,& à la Pece,tant en lafueille,qu - 
\ autrement,referuant de traiter du Sawnieren lieu plus à propos. Le Taxus 
des Latins eft appelle par Theophrafte^/A^^ parNicander^'A©-. Dio- 
5 feoride &; Galien le nomment a-fjt.lha.% : aucuns félon Diofcoride l'appellent 
' ThimalumM non pas TithymalumJ^mlus toutefois l'appelle ThymiuMnon Luire $. «te 
ThymalumAcs François le nomment ifAci Italiens TaffoAcs Allemans EibenbauAcs Efpagnols Texo. |j^' c jj**°| 
X'/f croift entre Je Sapins & les Peces,& leur refemble fort,fingulierement au Sapimc'eft pourquoy La firme. 
Nicander l'appelle ïh-ur^Ja. ; combien qu'il n'arriue pas à leur hauteur. Il a le tronc gros , couuert ^ n ï A t 
d'vne efeorce de couleur cendrée, creiiaffée & efcailleufe. Ses fueilles font femblables à celles du 
Sapin, plus longues, eftroites, &; de couleur de vert-brun , toujours verdoiantes , difpofees par les 
Tome premier. F 3 branches 



1 1 Mm 

Theoph.Hu. 
4. de l'hift. 
chap.i. 



/■* Temps. S 
Lia. j.ch.6. 
Li.j- de l'hi- 
ftoir. ch. 10. 




Liu.ié.c.io. 



Embl.68.li 
4. de Diofe. 
Lime 4. des 
fymp. 

Lime 4. dci 
Georg. 
Liure 8. des 
fimpl. 
L1U.4.C. 7 j. 



Sur le 12. cli. 
du liu. 6. de 
Diofcor. 



A u meC 
lieu. 

le Tempé- 
rament* 



Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

branches l'vne vis à vis de l'autre. Il porte des bayes rou- 
ges comme celles de l'arbre du Vermillon,douces & plei- 
nes d'vn fuc comme de vin. Son bois eft rougeaftre & 
plein de veines, &c ne fe pourrit point; pour cefte caulè les 
charpentiers en font grand cftat. Vif croift en Italie aux 
montagnes du Val d'Ananie en lieux pierreux & en des 
précipices. Il en croift auili en Languedoc, en Efpagne , ÔC 
Allemagne. Il aime for tics lieux ombrageux. Il demeure 
long temps à bourgeonner après les autres. Son fruicl; eft 
meurau mois de Septembre. Voicy ce qu'en dit Theo- 
phrafte : Il ri y a qùvne efiece d'if, qui e fi fort droit -, çjr croift 
en peu de temps , ejr refemble au Sapin, excepté qu'Une 
croift pas fi haut cjue le Sapin : mais il efi plus branchu. Sa 
fueille eft femblable à celle du Sapin : mais plus molle àc 
plus grade. Celuy qui croift en A rcadie a le bois noir , Se 
bay : mais celuy du mont Ida eft fort iaune , & femblable 
au bois de Cèdre. Parquoy ceux qui le vendent , trom- 
pent les acheteurs le leur vendants pour bois de Cèdre: car 
après qu'on luy a ofté fon efeorce , ce n'eft quecœur. Il a 
l'efcorce femblable à celle du Cèdre , tant en l'afpretc, 
qu'en la couleur. Ses racines font petites,menuês,qui vont 
rampantpar defïus la terre. Ceft arbre eft rare aîi mont Ida. 
En Arcadie, &en Macédoine il porte beaucoup de fruicl: 
rond, vn peu plus gros qu'vnefeue rouge, & tendre. On 
dit, que il la Cheualline mange des fueilles de l'If elle 
meurt; mais qu'elle ne nuit point aux beftes qui rumi- 
nent. Il y a des hommes qui mangent de fon fruicl: : car il eft plaifant , &: fi ne nuit point. Pline 
après auoirtraitté delà Pece &du Sapin, adioufte puis après, tlf retire fort au Sapin : il ri efi pas fi 
vert, & fi efi grefie , & mal-plaifimt avoir, çjr ne rend aucun fuc >ejrriy a que cefi arbre qui porte des 
bayes. Le fraict du malle eft venimeux , & fingulierement en Efpagne. Seftius dit, que les Grecs 
l'appellent Smilax, & qu'il eft il venimeux en Arcadie, que ceux qui mangent ou dorment delTous, 
ne meurent. Il y en a aufli qui eftiment,que le mot ancien de Taxicum,que maintenanr on appelle To 
xicum,{qui fe prend pour le poifon dont on empoifonne les fleches)eft venu du mot Taxus,qui figni- 
fle l'if, On a treuué par expérience, que l'If perd fon venin fi l'on fiche dans fon bois vn clou de 
bronze. En ce pailage là Cornarius lit Narbonia: au lieu de Arcadia,comme il y a en Diofcoride: car 
ils parlent de /'//qui croift en Efpagne, &: aux enuironsde Narbonne en tirant contre l'Efpagne. 
Plutarque dit, que l'If n'eft point venimeux , ïinon lors qu'il commence à fleurir , à caufe qu'en ce 
temps là il eft plein de fuc. Vii giîe deftend de planter l'If près des ruches des mouches à miel,com- 
me leur eftant nuifible, difant: 

Et ne plante point Vif auprès de ta mai fon. 
Galien dit ce peu de mots touchant l'If: L 'tfefi £vne faculté 'venimettfe, (en ce paflâge aux exem- 
plaires Grecs il y a mal , ««jct©-, en lieu de T«£(§k ) Diofcoride dit, que les oifeaux qui mangent 
du fruicl: de l'If d'Italie , deuiennent noirs : &: il les hommes en mangent , ils ont vn flux de ven- 
tre. A Narbonne il eft il mortel, que fî quelqu'vn dort defïbus , ou s'ailied en fon ombre , il en eft 
malade,&: le plus fouuent en meurt. Et en vn autre endroit ; l'if refroidit tout le corps , e sir angle çjr 
fait mourir foudainement. Le remède y eft tel qu'en la Ciguë. Nicander n'ordonne que de boire 
du vin , & ce en grande quantité. Matthiol afferme , qu'aux montagnes de Trente non feule- 
ment la Cheualine , mais aufli les beftes à corne,- ayant mangé de /'//en meurent , àc qu'en ce 
pais là mefmes fon fruicl: eft venimeux , &: qu'il a guery des pafteurs & bûcherons : lefquels allé- 
chez de la douceur de ce fruicl: , en ayans mangé eftoient tombez en des fleures ardentes, & en des 
flux de ventre , non fans grand danger de leur vie. Au contraire Pena afleure , que les en fan s en 
mangent en Angleterre fans aucun defplaillr, & que luymefmeen a goufté fur l'entrée de l'hy- 
uer , qui n'auoit point maunais gouft , mais fade , ou vn peu amer , & qu'en ce pais là les porceaux 
en mangent comme du gland : & qu'il y en a par toute l'Angleterre, où il eft toufiours verdoyant, 
ombrageux , & a les branches fort efpefles , Se efpanduës çà & là comme le Sapin , faites en façon 
de plume ;& fes fueilles longues comme des dents de pigne , de couleur de verd-brun. Ils le 
plantent aux cimetières & places qui font au deuant des portes des Temples pour tenir à l'om- 
bre ceux qui efeoutent le Sermon , & que le commun peuple s'aflemble ordinairement deflbus 
fans s'en treuuer aucunement mal. Matthiol fait icy vne queftion : à fçauoir mon il IJfcft froid 
ou chaud ? Diofcoride & fes fectateurs eftiment qu'il eft de froide température , pource qu'ils or- 
donnent vn mefme remède contre l'If 8c contre la Ciguë. À quoy Matthiol oppofe l'amertume 

qui 



De l'Orme. Chap. XXIII. 



67 



qui eft en l'efcorce ; fa fueille toujours verdoyante comme celle du Pin > du Sapin , & de la Pece, 
aufquelsTa fucille refemble » la douceur de fon fruid, auec vne acrimonie, auec ce que les oifeaux 
qui enmangenc deuiennent noirs ; qui font tous indices d' vne température chaude. Et que pour 
cefte caufe ceux qui mangent de ce fruid tombent en des fleures chaudes > d'autant que par fa 
chaleur , elle enflame les efprits, &c le fang. Que fi quelqu'vn refpond, que les heures &c le flux de 
ventre font caufez par la putrefadion des humeurs.comme il aduient en elle pour auoir trop man- 
gé defruids froids > &: que les oifeaux peuuent deuenir noirs auffi bien pour le froid que pour le 
chaud > que refpondra il touchant l'amertume des fueilles , &c de l'efcorce de l'arbre, de la douceur 
du fruid , &: de l'acrimonie , &C de la fueille qui eft toufîours verde ? car il n'y a perfonne qui ofe 
nier , que cela ne prouiennc de chaleur. Or il eft certain , que les fïeures & le flux de fang proce- 
dentpluftoft d' vne chaleur exceffiue , comme il aduient à ceux quiontmangé des Anacardes, que 
de putrefadion d'humeurs:& cefte noirceur des plumes des oifeaux leur prouient pluftoft de man- 
ger de viandes chaudes que non pas de froides : car le froid ne noircift pas, (mon qu'il ioit bien vé- 
hément : Se alors il feroic mourir. Parquoy la noirceur prouient des h ameurs bruflées , comme ils 
fe voit aux Mores. On faifoit anciennement les arcs &c arbaleftes à'if &: encor auiourd'huy on en re- 
fait. Virgile dit: 

On fait de l'ifdes arcs à la Turquefque . 
On en fait auffi des fueilles quiferuent à ioindre les coffres Se efcabelles , &: autres femblablc 
vtenfiles. 



De l'Orme, 



CHAP. XXI IL 




l'Orme. 



i'EsT aflfez parlé des arbres qui portent gland , &: des pommes , &: chattons , & de 
' ceux qui font la Refîne, traittez en noftre forcit. Il refte de parler des autres arbres qui 
; fe treuuent aux Forefts , qu'aux montagnes. Premièrement donc nous traitterons des 
^ noftres , & qui font les plus cogneus i en après nous viendrons aux cftrangers. Les 
Grecs appellent 7TTtkia> l'arbre que les Latins nommen Vlmus : les Arabes Didar , D:rdar, Usnoms. 
Lu&ach > les François Orme : les Italiens Olmo : les kWaxi-m^Vlmen , Riflnholt\j> Lindbaft , Iffen- 
holtz, : lesEfpagnols Vlmo : les Anglois Elmtre : lesFlamans Olimboom : les Bohèmes Gilm. 
Theophrafte met deuxefpeces £orme : l'vn qu'il appelle h^îhU : Gaza traduit ce mont Mon- L " e ÏÏ eces 
tiulmum , au lieu qu'il feuft peu appeller auec Pline , Vlmus montant , Orme de montagne : 
Theophrafte appelle l'autre tttîKU , c'eftàdire, Orme. Pline le nomme Orme champefire , & Liu.ié.c.17, 
fait quatre efpeces d'Orme. Les Grecs , dit- il , ont cogne» deux ejpe.ee s d'Orme : vn de montagne, qui u mdmc> 
eji le plus grand : & le champefire y quirieflquvn arbrijfeau. En Italie on appelle les plus grands 

Ormes Atiniens : & entre ceux la on fait plus d'ejlime de 
ceux qui crcijfent en lieufec , & qui nef point arrouse ': les 
autres font appeliez, Ormes Gaulois. Il y en a vn autre qui 
croifl en Italie, qui efl plus fueillu^ér hranchn que les autres: 
le quatriefme efl f Orme fauuage . Columela dit , qu'il eft Lk. ;.&.«, 
tout notoire qu'il y a deux efpeces d'Orme. Le Gaulois & 
le commun : cefluy-la s appelle Atinia,&cejluy-cy,àk-i\, efl 
le noftre. Il femble donc que le Ptelea de Theophrafte, 
l'Orme Italien de Pline,que Theophrafte appelle Capefris, 
6c celuy que Colnmele appelle Vlmus Vemacula , ne font 
quvn mefme arbre : comme auffi l'à^-MîhU de Theo- 
phrafte, l'Orme de mont agne,oufauu âge de Pline, & celuy 
que Columele appelle Atmien, ou Gaulois, font vne mef- 
me chofe. L'Orme eft vn gros &: grand arbre , qui a les ra- L/t f emt * 
cines longues,&; efpandues, comme auffi les branches. Sa 
fueille n eft point fendue : elle eft vn peu découpée à fen- 
tour en façon de feie , large , & vn peu plus longue que 
celles du Poirier, &: n'eft pas liife, mais afpre. Son bois eft 
dur, iaune, nerueux, non pas beau à voir, mais laid, pourec 
qu'il eft tout cceur.Eftant vert il eft aisé à coupenmais il eft 
bien mal-aisé à couper eftant (ce. L'on en fait les portes 
aux maifons des grands. Il fe maintient bien ferme , dit Liu.16.c4* 
Pline , auffi eft il propre pour faire les membreures , & te- 
nons des portes, pource qu'il ne fe iette point. Il faut tou- 
tefois employer au tenon de defliisle bois le plus près de 
la racine, 8c celuy deuers la cime au tenon d'embas.Z,'0rw<? 
porte vne femenec vn peu large,ronde, & menue :parquoy 

F 4 ceux-là 




Liu.3-cli.7 3' 



teevtrw. 



6 8 LiureLde FHiftoïre des Plantes, 

rlîft ch t f. eUX ' là fc trom P oient > Icfqucls, ainfi que dit Theophraftc, eftimoient que l'Orme fut fterile : car 
lïa.u.c.i 7 . 1 expérience monftre le contraire, & mefmes ■l'authorité de Pline,qui disque tous les Ormes,excepté 
Au mcSiM / r ***? cr ° 7 ^ ^ .£* «" i & mefmes Columele contredit ouuertement à Pline en ce qu'il 
• efcnt , qu entre tous les arbres les Ormes Atiniens , le Tamarifc , le Peuplier , l'Aulne ne portent 
ny truid, ny fcmence ï car, dit-il, Tremellms Scmfa s' eft trompe, efiimant que l'Orme Atimen ne por- 
toit point de Samara ( qui eft la femence de l'Orme : ) car fans doute il porte peu ; &pour ce fie caufe 
flufieurs ont penfé qu'il fat flerile. Sa femence eft cachée entre les premières fueilles qùiliette,& pour- 
tant perfonne n'en plante de la femence umais de p lançons ajans racine. Voilà ce qu en dit Columcle. 
L'Orme porte anfli vue gomme h> wpvzoïg j dit Theophrafte , c'eft à dire , dans des vejfies, (non pas 
comme Gaza l'a traduit, dans des petites queues)^, des petites belles comme moucherons. Ces vef- 
iies font allez grofTes, quafi rondes, faites comme les bourfes des genitoires d'vn homme, dans lef- 
quelles il y a au commencement vne liqueur vifqueufe , laquelle en fin deuient gomme par la cha- 
leur du Soleil. Il porte auffi le Cachris en grande quantité en Autumne, noir & menu. L'Orme Ati- 
, , menton de montagne eft beaucoup plus grand,quitoutesfois 

L Orme Atimen, ou de montagne, n'efpand pas fes branches fort au large. 11 a la fueille com- 
me le précèdent , allez découpée tout àrï' entour,& le bois 
tout femblable,blane,efpez comme celuy du Bou'is^ tres- 
folide, &C qui n'eftpas aisé à fendre. Pour celle caufe on en 
fait les roues de molin , les polies , &: les vis : &: autres tels 
inftruments, qui fouftiennent grand fais. Tragus l'a defcrit 
fous le nom d'Orme : les François l'appellent Charme , &C 
Charpene } dont aucuns à caufe de la femblance des noms 
ont pensé quecefuft le Carpinm , qui eft vne efpece d'E- 
rable, &c non pas d'Orme. Quafi toutes les parties de l'Or- 
me feruent en Médecine. Les fueilles , l'efcorce & les 
branches félon Diofcoride , ont vertu d'efpeffir. Les fueil- 
les pilées auec vinaigre gueriflent les lèpres , fi on les en 
frotte , confolident les playes ; mais fur tout la petite pe- 
lure qui eft deffous l'efcorce, fi on en lie la playe en lieu 
de bande ; car ellefe plie aifément comme vne corroyé. 
Sa groffe efcorce prinfe en breuuage au poids d'vne once 
dans du vin ou eau froide, purge le phlegme. Les os rom- 
pus fe fouderont plus viftemcnt, fi on les fomente de la 
décoction des fueilles , de l'efcorce ou de la racine. La 
liqueur qui eft dans les vcifies qu'il produit lors qu'il com- 
mence à bourgeonner , donne luftre à la peau , fi on l'en 
frotte , & fut le vifage beau. C'eft l'humeur que nous 
auons dit , qu'en fechânt ilfe change en moucherons, Ses 
fueilles tendres cuites comme les herbes potagères font 
bonnes à manger. Pline en dit quafi de mefme. Nous auons 
quelque fois, dit GzMcn foudé 'des playes frefehes auec les fueilles d' Orme, f cachas quelles ont vne vertu, 
afiringeante ér deterfiue. L'efcorce eft plus aftringeante , & plus amere , parce auec le vinaigre elle 
guérit la lèpre. Eftant frefche &: verte, elle peut confolider les playes, fi on les en lie comme d'vne 
bande. Les racines ont la mefme vertu: car il y en a qui eftuuent auecla décoction d'icelles les 
fractures des os,qui ont befoin d'vne eallofité & furos pour eftre reunis.Sur quoy faut noter, que les 
mots de Diofcoride doiuent eftre interprétez ainfi ; Et fi les os rompus font efiuue^auec la decoélion 
des fueilles ou de l'efcorce des racines, ils feront plufiofifoudez^teWement que Diofcoride attribue à la 
décoction des fueilles , ou à l'efcorce des racines , ce que Galien, & ceux qui l'ont enfuiuy, comme 
Paulus , & Aétius , attribuent à la fimple décoction des racines. Ilfemble que Ruel l'a voulu ainfi 
entendre , ou qu'il ait leu ces mots en Diofcoride;o»^ la fueille, ou des racine s.Vx toutesfois ie n ay 
point veu en pas vn des exemplaires imprimez que cefte particule >} , c'eft à dire , ou , y fuft. L'hu- 
meur qui eft dedans les veiïïes de l'Orme guérit lesrompures des petits enfans aufquelles le 
boyau deualle , fi on applique fouuent fur la rompure des linges trempez dedans icelle , les liant 
par deffus : auec vne ceinture ou brayet : ce que Matthiol affeure de le fçauoir par expérience. 
Cefte mefme liqueur mife en vn vafe de verre, & enfeuelie dans terre, ou dans du fumier par 
l'efpace de vingt-cinq iours^quele vafe foit bien bouché,& le fonds d'iceluy pofé fur vn lidt defel 
commun, fait vnerhVau fonds, & au deffus vne liqueur trefclaire, laquelle eft de fi grande efficace 
poux confolider les playes frefehes , que c'eft vne chofe efmerueillable comme elle fait fi bien &£ 
fi toft , l'appliquant deffus auec des linges ou de la charpie. La décoction de l'efcorce des racines 
amollit les durtez des iointures , refoult le retirement des nerfs, fi on en vfe en, fomentation ou en 
pain* D'auantage elle diifout les enfiçures qui viennent au col des beufs pour le frottement du 

ioug 



iia.l4.C- 8. 
Liure 8. des 
linipl. 




Iiure t. de 
Diof. ch. 9 ; 



Du Frefne,& de l'Orne. Chap.XXIV. 69 

ioug. Si fou fait cuire long-temps les racines intérieures de l'Orme, &: puis que l'oiiamàflè la graif- 

fe qui nagera par deflus,&: que l'on en frotte forment le lieu auquel les cheueux feront tombez, ils 

renaiftront en peu de temps. Son efebree pilée auec de la faumure iufqu a tant qu elle foit réduite à 

forme d'emplaftre , appaife la douleur des gouttes aux pieds , fi on les en frotte. Les rueilles de 

l'Orme qui font du coïkè d'Orient,cueillies en nombre impair , &; pilées auec des grains de poyure, 

puis prinfes en breuuage auec de la Maluoifie àieun ; font merucilleufement profitables à la toux 

par laquelle on crache fapoftumc de la poitrine , félon Marcellus. Il femblc que Galien s'eft feruy 

de l'humeur qui eft contenu dans les veines de l'Orme,pour en compofer vn emplaftre qu'il appelle I-îure 1. de* 

Melinum , &€ dit l'auoir apris d'vn païian. Car il dit %6\Ui tJJç bt 3-vhctKtoiç ty&wi. Ce que le tran- mcd 'S CBi 

flateur n'a pas bien traduit difmc : de l'Orme enclos dans des petits facs de cuir au poids d'vn denieri 

car il failoit dire aitffi, de l'humeur qui eft dans les vejfies de l'Orme, quinze dragmes , afin que l'on y 

fupléc tj? t^£,ou quelque chofe femblable:autrement ie ne vois pas que c'eft qu'il voudroit entedre 

de l'Orme : car le mot 3-vXakIov en Galien n'eft autre chofe , que le Koipvuss de Theophrafte , ( ainfi Jjute j, <k 

faut- il lire & non kwçvkiç ) & le <po'<ra de Diofcoride : lefquels mots lignifient vne goujfe» vne petite uLuchï^ 

bourfe , ou vejfie. Paulus met au nombre des remèdes contre le venin de la Ccrufe , la gomme des Li«.j.«h.6o 

Pruniers , ou l'humeur qui fe treuue dans les vejfies de l'Orme. Auquel partage , combien que Paulus 

ait vfé du mot 3-uA<a*i'a , duquel Galien a accouftumé d'vfcr, fi eft ce que puis qu'il eft certain qu'il 

aprins tout ce chapitre là de mot à mot de Diofcoride , il fera aifé par ce moyen de corriger vn ^c^ * 

patfage , lequel eft corrompu en Diofcoride, touchant la mefme matière : là où il dit, félon que 

Ruel l'a traduit., ou des Prunes, ou de la gomme que forme a pleure , ou dujuc des fueilles d'Orme^e., 

Au lieu qu'il faut qu'il y ait ainfi : ou de la gomme de pruniers , ou l'humeur qui eft dans les vejfies de 

l'Orme auec d'eau tiède. Mais il n'eft point befoin d'alléguer Paulus , veu que Diofcoride mefme le Lb-tt&tjï 

déclare allez en vn autre paifage to c* t«<« (pvcnuç, faut fùpplécr tjJêà£<*s ; &c il y aura l'humeur qui eft 

eft dans les vejfies de l'Orme, lors qu'il commence a bourgeonner. 



Du Frefne, & de t Orne. 



Cil AV. XXIV. 




Es Grecs appellent fteA'* l'arbre qui eft appelle en Latin Fraxtnus ; en Fran- tttmmi 

cois Frefne : en Italien Frajfino : en Efpagnol Prefno , & Frexo : en Allemand 

Efchern, Efcherbaum, Steynefchem : en Anglois ^jfchetre: eu Bohême Gefem 

en Flamand Efchen- Thcophraftc.cn met deux efpeces , l'vn qui eft haut &: %£&*% 

grand, qui a le bois blanc . ncrueux, tendre , ôc plus madré, mais fans neuds. i^ift, c h.« 

L'autre qui eft plus petit , & qui ne s'efpand pas tant , plus afpre , plus dur, fit 

plus iaune. Aucuns cftiment que c'eft celuy que les Latins appellent QrtHts, te 



Le Frefne. 



L'Orne. 





Cglumeie 



7 o Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, ' 

C6\$mz\eFrefne famage ; les Italiens Omiello. Les Macedoniens,ainfi que dit Theophrafte appel- 

Liu. dfcs aib. leftt le premier 0a^eA/**, c'eft à dire grand Vrefne (non pas comme Gaza l'a traduit, Frefne de beuf) 

ç ap,,é- comme s'ils vouloient dire , îtoAu^£A/«# ; d'autant que cette particule /3a , fe prend pour exprimer 

Aux fym- la grandeur ; pource que les ^Eoliens prennent le (#) pour le U) en l.idiâionîroA«, &oitans la 

Au f œcf lieu letirC A P rononccnc ^*' ainfi ( l ue Plutarque le témoigne. Celuy qui croifl aux montagnes , dit Theo^ 

phrafte, eji bien-coloré, poly, efpés, & doux oujouple : mai* celuy de laplame eft plus mal coloré,lafche 

Liu. i é.c. 1 1 j. -p. rabbotteux. Ce que Pline a ainfî deferit : Les Grecs ont mis deux efpe ces de Frefne , dont Cim eft 

haut à/ans neuds ; l'autre eft plus bas, plus dur, &plus noir, & a les fueilles comme le Laurier. Les 

Macédoniens appellent Sumeliavnè forte de Frefne,qui eft fort grand & lar<re. Les autres mettent la 

différence félon les lieux où ils croiflent ; difans que celuy de la plaine eftfplus madré, &C celuy de 

montagne a le bois plus dur. Virgile met auflî l'Orne aux montagnes, quand il dit i 

Eclo S- 6 ' En chantant des hauts monts amenez, les durs Ornes. 

Lafirmt, L ' v . n & ***$* a Ies mdlles comme le Laurier à large-fueilles , plus en aiguiiant au bout , vn peu 
defeoupees à l'erïtour en façon de fcie,mais qui ne piquent pas. Car ie croy qu'il y a faute en Theo- 
phrafte,là où il y a $ ivA-Acubltyr^, oit comme il femble que Gaza ait Ici/, J^i^n-^c'eft à dire, 
quife couchent, au lieu de dire c* iiraxeuQtfyvTet,, c'eft à dire , qui ne piquent pas. Mais ce qui s'enfuit 
femble eftre plus cor-rett en Gaza qu'aux exemplaires communs , là où il v a , r'v j oAcy kAmov, ovs% 
tlmtTiç pnoÇvfowjnSafM, <pu^o<J)6f«y J &c.c eft à àvccï on dirait que toute la brache neft quvnefucille, 
pource quelle porte fesfueilles auec vne feule queue, lefquellesyfont attachées deux a det\x comme par 
Lia.i6.M i.neuds,e8ans attachées ajfezpres les vnes des autres comme an Sorbier.Donz Pline les appelle d'aitez 
bonne gïa.ce,difpofées en atfles. Le. petit Frefne a le* entreneuds courts , & moins de fueilles accou- 
plées : car il faut qu'il ait ainfî: Mais les liaifons des blancs & de ceux de montagne, font plus longues, 
é-en plus grand nombre,pource quelles font plus feparées lvne de l'autre, ç<ry a plus grand entredeux. 
tiu.dcsatbi. Ce qu'il femble que Columcleait entendu,quand il efcrit,que l'Orne a vn peu plus Luges fueilles; 
c ap * 16, mais que chaque fueille eft plus longue& plus eftroite,& de couleur de verd plus brun*,ou couleur 
de pourreau. Car Theophrafte dit, de couleur de pourreau ■;■•& Hermolaus y lit , de couleur £ herbe. 
lia l'efeorce lifle,efpefle,&: rougeaftrei& les racines efpefles,grofles 5c qui vont bien auant en ter- 
re. Les Ideens eftiment qu'il ne porte ny fleur ny fruict : Se 
toutefois il porte vne petite femence dans des gouttes, fem- 
blable au noyau d'amende, 5c vn peu amere. Il porte en ou- 
tre certaines chofes qui font comme de moufle , comme le 
Laurier, ainfî que dit Theophrafte : mais plus efpcfles , Se 
plus ferrées , rondes comme les boules du Plane , qui font 
quelquefois près du frui£r, & d'autrefois & le plus fouuenc 
bien loing d'iceluy. I'ay veu 5c cueilly de ces boules de 
Frefne rondes 5c mouflùës ? fur la fin de l'Hyuer. Or elles 
font alïez dures , comme fi elles eftoient faites d'vne moufle 
glueufe, qui fe fuft endurcie. Elles' ont le gouft vn peu 
aftringeant , 5c au dedans vn neud de bois , auquel la moul- 
fe eft attachée : mais ie n'ay pas encor prins garde , s'il croift 
quelque chofe de femblable fur le Laurier. Toutesfois ie 
fçay bien, que Theophrafte racontant les arbres ,lcfquels 
outre leur fruict ordinaire portent quelque autre chofe, dit, 
que l'Orme porte le railîn , 5c des veifies : le Figuier des 
figues meures 5c non meures ; l'Yeufe du gland , &: delà 
graine d'efcarlate ; & que les Lauriers qui portent fruidl , 
non pas toutefois tous , portent des bayes 5c du raiiïn, 
( fînon qu'au lieu de @étçvov , qui fîgnifîe raifin , il faille lire 
/3ftîflv, c'eft à dire , mouffe , toutefois que le raifin croift plus 
fouuenc fur le Laurier qui ne porte point de fruict , qui eft 
appelle le mafle. Quant à moi ie ne me fouuiens point d'à- 
uoir iamais veu , ny raifin , ny moufle fur le Laurier. Le 
Frefne vny, comme dit Theophrafte, aime les lieux bien 
ombrageux ( en Grec |Qaôww;e»< , au lieu duquel mot il 
femble que Gaza ait leu (èet^wslhaç ; car il traduit,/*''?//* creux 
Pline dit,que le Frefne aime les montagnes humides: toute- 
rois il fe treuue aufîi des Frefnes & Ornes en la plaine. Le Frefne fe piaift en lieux humides , com- 
me aux bords des nuiaes. L'Orne croift aux montagnes &forefts ombrageufes. Le Frefne porte fon 
ixuidt enuiron le temps des moiflbns. Il n'eft point fait mention aucune du Frefne en Galien entre 
les médicaments nmples : ny aufli en Aëtius.Xf fuc des fueilles de Frefne,dk Diofcoride,^ lesfueil- 
les mefmes prwfes enbreuuage ânes dn vinferuent contre la morfure des vipère s>& mefmes appliquée 

dejfus 



Le Vrefne auec fes frmiïs tf 
fes pluies. 



L.3.X.8. 




£clieu. 



Liu.ié.c.18. & humides) afprcsjecs, 5C pierreux. 

Dotlon.1.6. ' 

chap.70. 

Plin.l.ié. 

chap.ié. 

Liu.i.c.^i. 

X« virtus. 



Du Freine, & de l'Orne. Chap. XXIV. 7 % 

deffus. La cendre de 1 efcorce méfiée auec deau guérit la groite > maligne , &i afpre rongne nom- 
mée Lèpre des Grecs. On dit , que la racleure ou la fcieure du bois , fait mourir fi on en boit. 
Paulus a defcric les mefmes mots de Diofcoride fans y rien adioufter. Ce que Diofcoride dit cou* Lm,?, 
chant les cueilles , & leur fuc , Pline l'efcrit auffi: // ri y a rien , dit-il , qui fit meilleur contre la mor- Liui6 -c. t j. 
fure du ferment, que de boire le fuc de s fueilles du Frefne. Mais en ce qu'il àdioukefes fueilles font mou- 
rir la cheualine ; mais elles ne nuifent point aux beftesa corne : ce que les Grecs ont auffi remarqué} Liu " 7 ' cp -^ 
il fe trompe grandement,^ Manard & Matthiol ont bonne raifon de le reprendre de ce qu'il a pris pSfc.ch.si 
en Theophrafte le ftsAw», qui elllepr^ , en lieu du plh®* , qui eft l'If. Les mots de Theophrafte V l,rc I- a ° 
font tels:6»r on dit, que files iuments ou befles de charge, m agent de fe s fueilles, que lie s en meuretïmais * hlft ' ch ' i0 ' 
que les befles qui ruminent ou remafehent rien f entent point de mal.Ce que Theophrafte efçrit de l'if Uu.«: ch.j. 
&c Pline l'a entendu du Frefne . Mefmes Columele racontant , les fueilles defqucllcs on nourrit les 
beufs en l'efté , 6c en l'Automne , met au premier rang celles du Frefne , puis du Peuplier , & cel- 
les de l'Orme après. Pline dit , que les fueilles ont fi grande vertu contre les ferpens , qu'elles ne Au me Uieu, 
s'auanceront point Tous l'ombre d'icelles , mefmes au matin ou au foirlors qu'elle eft plus grande, 
fi fort la craignent elles : î ay veu par expérience, dit-il, quvnferpent enuironné de fueilles de Frefne, 
ejr de feu , aimait mieux fe letter au feu , que defefauuerparmy lesfueilles.Et en cela nous pouvions 
remarquer combien la nature fe monftre bénigne , faifant que le Frefne fleurift deuant que les fer- 
pens forcent de terre , & ne perd point fes fueilles iufqu'a tant que les ferpens fe foienr rerirez. Or 
Pline n'a pas feulement attribué au Frefne , ce que nous auons dit auoir efté dit de l'If par Theo- 
phrafte ; mais auffi ce que le mefme Theophrafte auoit dit touchant le bois de l'If : car Pline dit } 
£}ue le bois duFrefne du mot Ida ejloitfifemblable a aluy du Cedre,que les marchMs y ef oient le plus 
fouuent trompe z,,quand il elloit efcorce. Et Theophrafte dit: Mais celuy qui croijl au mont Ida ef plus L }^ i dd 
iatme, & fcmblable au Cedre.é' pour ce dit-on que les vendeurs en tropent les marchMs les vendants nlu,cL * @ ' 
pour du Cèdre : car il efl tout cœur e fiant efcorce. Que il quelqu'vn dit, qu'il fe fait auiourd'huy des 
tables de Frefne fi bienmadrées & pleines de veines s'en allans à ondes naturellement bien pliftees, 
&: qu'elles ne cèdent en rien à celles du Citronier, du Cedre,ou de l'Erabluierefpons eue combien 
que cela fut véritable, il n'exeufe pas toutefois Pline , qui n'a pas parlé du Frefne en cefte intention 
là : mais voulant traduire les mots de Theophrafte , il a mal raporté au Frefne ce que Theophrafte 
auoit eferit de l'If. Au refte Pline attribue beaucoup plus de vertus au Frefne , que non pas Diofco- 
ride : Il produit, dit-il,vnefe mence entre fes fueilles, quifert aux douleurs de foye, & des cqfte%j, rmfe Lia.14. c.s. 
auec t ' 




fe 

ceflvn ieune enfant on pourra broyer cinq fueilles dans quatre ou cinq onces de vin: & pour ceux qui 
font de plus forte complexion,onpourraprendrefeptfue;lles enfept onces de vin. Il ne faut pas auffi ou- 
blier , qu'il y en a qui difent , qu'il fe faut garder de boire ou manger les feieures ou rabotteures du 
Frefne. Pline ditRamenta,Sz Scobem, pource que Diofcoride appelle ^v^aQ, & ce que les Grecs 
appelle Tr^/tr^ctret , S£7ritettv<r[xctQ,. Galien entre les médicaments dont il dit , qu'Afclepiades vfoit Liare 8. it% 
pour les maladies du foye , fait mention d'vne confection en laquelle entre la femence du Frefne. T d " p3rr " 
Aè'tius fait auffi mention dûdit médicament d' Afclepiades, & dit qu'Oribazius ne veut pas , qu'on Liuré 10. 
y mette la femence de Frefne, adiouftant que le Frefne eft vn arbre duquel le bois eft propre & aisé 
à faire toute forte d'ouurage. Matthiol dit, que la femence de Frefne , que les Apothicaires nom- 
ment Linguaauis,e{\. bone en breuuage pour les douleurs de cofté,& pour faire vrinerrqu'elle prouo- tm.iAe 
que à luxure , fingulierement fi on la mange confite en fucre auec des piftaches &: des pignons , ou Dlofi: - ehi ** 
auec la noix mufcate,comme le difent Ifaac,Rhafis,Damafcenus>&: les autres Arabes. Eftant cueil- 
lie au mois de Nouembre, & fechée au four, & beuë en vin vieil, elle eft fort bonne pour les graue- 
leux. L'eau efeumeufe qui fort du bois de Frefne vert quand on le brufle , auec autant de fuc de 
Pain de porceau , de Scille, & de Rue, après les auoir fait bouillir vn peu enfemble , eft fort bonne 
contre la furdité , fi on diftile de cefte liqueur toute chaude dans l'oreille faine, ou comme veulent 
d'autres , dans la malade , lors que le patient fe va coucher , & après il fe faut coucher fur l'oreille 
malade , o u bien , comme d'autres ordonnent , fur la faine. Et fi l'on eft fourd de toutes les deux 
oreilles, il la faudra diftiler dans la moins malade, & fe coucher fur l'autre. Du bois vert de Frefne 
coupé en petites pièces , on tire de l'eau & de l'huile par le defeenfoire Comme du Geneure. Cefte 
eau auec la quarte partie d'eau de violettes rouges , guérit les rougeurs du vifage , &: les petits bou- 
tons qui forcent tout enfemble auec la rougeur , fi on les en laue. L'huile , comme dit Manard, 
fert grandement à ceux qui ont le foye , ou la râtelle offencée , s'ils en boiuent. La décoction de Liu.e. c/o* 
l'efcorce des branches cuite en eau confume la râtelle , fi on en vfe longuement. Dodon dit, que Le Tem P e >'"- 
les fueilles & l'efcorce du Frefne font médiocrement chaudes , & de parties fubtiles. Sa femence ms h 
efchaurTe & deiTeche an troifiefme degré. La décoction des fueilles Se de l'efcorce prinfe auec du 
vin guérir les obftruclions du foye , &: de la râtelle : & fert à la douleur du cofté. Les feuilles cuites 
en l'huile , & appliquées fur le cofté font le mefme effed. Les fueilles , l'efcorce , Se les tendrons 
font bons aux hydropiques , pource qu'ils purgenc l'eau. La femence cuite en vin çn faic 

tout 



7 2 Xiure I. de l'Hiftoire des Plantes; 

tout autant , tefmoin Serenus qui dit : 

Lajemence Au Frefne, auec vin il faut boire. 
On fait des gobelets du bois de Frefne , dans lefquels ( comme l'on dit ) û* quelqu'vn continue 
de boire , fa râtelle fe fondra. On en fait aufti des tables , vafes &c diuers vtenliles : car fon bois, 
Liu.i6.ci?. am fi q ue fa plinc, fert en plusieurs chofes, &: a efté bien célébré par les vers d'Homere,à caufe que 
la Iaueline d'Achillcs en eftoit. 



Les ejpeces. 
Les noms. 



La forme. 



Du Peuplier, 



CHA?. XXV. 



Heophraste & Pline mettent trois fortes de P^/z>r;à fçauoir le Po- 
pulos alba des Latins, que les Grecs nomment À<s6y.jj : les Arabes Haur: 
les Italiens Popolobiancho-.lcs François Aubeau,& Peuplienles Allemans 
Bellere,PoppelbaumM Salbaum^Abiolbaum : les Efpagnols Alamo blan- 
cho.Lc Populus nigra des Latins eft appelle des Grecs cuyeiç®-;âes Ara- 
bes H";*wttw/:desFrâeois Peuplier, &c Tremble-.àa Italiens PopoloNero: 
des Allemans A$en\ &: Poppeluueiàen : des Efpagnols AUmo Nigrilho. 
Le Populus Lybica des Latins eft appelle M?m par Theophrafte , &: par 
aucuns Populus Alpina-.cn François petit Tremble-xn Anglois^,ou Po- 
plertre;cn Bohême Topel.Le Peuplier blanc eft vn arbre grande haut, 
qui a le tronc gros, l'efeorce fingulierementaux branches eft blancheaftre &: lifte. Sesfueilles font 
comme celles de la vigne,larges &: angu!aires>verdes au deftus,& blanchcaftres par deiTous,veluës 
&c molles,comme celles du Pas-d'afne , qui pour cefte caufe a efté appelle chameleuce , c'eft à dire, 




Le Peuplier bUric. 



Le Tremble^ou Peuplier noir. 





Peuplier blanc.Son bois eft blac & tendre.Deuant qu'il iette fes fueilles il produit des chatons lôgs 
Uu-e fi de de couleur debay obfcur. Homère appelle cefte efpece dePeuplierdwpwJa, dufleuue d'Acjieron, 
{ ' iiud ' d'autant qu'Hercules ayat vaincu Cerberus, apporta auec foy l'arbre du Peuplier dufleuue d'Ache- 
ron ; & pour déclarer la ioye qu'il auoit d'auoir obtenu tant de vi&oires , portoit vne coronne de 
fueilles de Peuplier. Et à fon exemple tous ceux qui en quelque combat auoient honorablement 
vaincu, eftoient coronnez de fueilles de Peuplier. Le Tremble, ou Peuplier noir, eft au ffi vn gros &: 
grand arbre, qui a l'efeorce lifte,& groffe,de couleur grifaftre : la fueille comme celle du Lierre, vn 
peu plus longue, large auprès de la queue, & s'aiguifant vers le bout,.& n eft pas découpée comme 
celle du ^Peuplier noir : mais en façon de feie tout à l'entour, noiraftre,attachée à vne queue longue 
&: mince. Ses chattons font en mode de grape , compofez de plufieurs grains ronds , pleins d'yne 
bourre blanche , laquelle s'enuole en l'air lors que les chattons font meurs. Iceux croùTentà la 
fin de Mars &: au mois_d' Auril. Son bois eft blanc, fort propre pour faire les aix. Les boutons qui 

fortent 



Du Peuplier* Cfmp. 



71 



Le VeupUerLyb:que. 




fortent deuant que les fueilles ( que Ton appelle communément les yeux ) font odorans , &C pleins 
d'vne humeur vifqucufe &: iaune,defquels les Apothicaires font l'onguent qu'il appellent Populeum. 
Il les faut cueillir lors que les chattons fortent. Le Peuplier Lybique efl fcmblable au noir, 8c vnpcd 

plus petit que les deux fufdits. Il a l'efcorce plus noire, fori. 
bois n 'efl pas fi fort ; toutefois il ell blanc, &: tient bien fort; 
Ses fueilles font larges, courtes, plus rondes, plus noires, Se 
plus dures , que ceiles du Peuplier noir , defeoupées par les 
bords, pendantes d'vne longue queue &c menues 5 à caufede 
quoy elles fe meuuent concinucllcmét.fe hurtans Tviie con- 
tre l'autre > 8c de là vient qu'il ell appelle Tremble. Il porté 
des chattons plus longs que les autres , & plus noiraftres, à 
fçauoir de giis-bmn. Les Peupliers aiment les lieux marefea- ie lien. 
gcux,le bord des riuieres>&: les chauffées releuées.Pline dit, Llu - lè - c - i8 « 
que le Peuplier aime les montagnes. Thcophrafte en dit de Liuic 3. dé 
tous ce qui s'enfuit : Le Peuplier blanc & fc noir font d'une 1,hift;c -H- 
mefme forme : tous deux droits ; mais le noir ejl plus haut & 
plus vnyjls ont les fueilles l'vn comme l'autre^crle bois blanc. 
On ait qu 'ils ne portent point de fleur s. La Cercis, (que Gaza" 
traduit Alpine , les autres Lybique , ) refemble an Ipeuplier 
blanc, tant en la grandeur , qu'a la couleur blanche des bran- 
ches. Jl a les fueilles comme le Lierre , d'vn coHé fans angle ± 
de l'autre elles ont un angle , & font %>t peu longuettes , & 
aiguës au bout. La couleur ejl quafi Jemblable du deffus ejr dit 
de (fous. Elles font attachée aune queue longue & menue \pour~ 
ce nef elle iamais droite, mais courbée. Son c force efllptw ajpré 
cr rabbotteufe que celle duPeup lier, £7 comme celle du Poirier 
fauuageiNous parlons icy de la Cercis,qui ne porte point dé 
goufles:& parlerons de l'autre, qui porte fon fruici dans des 



gouffesen traittant^ Baguenodiers^oxx Coltitées. Or cri vn Liu.i.t i/ ; 

autre partage Thcophrafte àiv.Aucus eflimet que le feulPeu- l'hift-ch. y. 
plier noir fit fler île, corne ceux d'Arcadie,£r que tous les autres qui croiffent es motagneS portent JruicJ: 
mais en Candie- il y aplufieurs Peupliers noirs qui portent fuicJ.Sic[uc\qnvn pied occaiio de ce paûagc 
de Theophrafle,de nous reprendre, en ce que nous auons mis differéce entre les fueilles du Peuplier , 
blanc,§c celles du Peuplier no m m lieu que Thcophrafte dit,qu'elles font fèmblablesiie rcfponspar rSfc;dï.i& 
le mefme Theophrafle,que les fueilles de tous les autres arbrcs,retiennem toufiours vne mefme fi- 
gure ; mais que celles du Peuplier, du Lierre , & du Palma Chnfti changent de figure:car les fueilles 
nouuelies de l'vn Se l'autre Peuplier,comc aulîî celles du Palma Chrifli font rondes, (& c'ell ce que 
Thcophrafte aentendu,quand il a dit.que tous deux auotent les fueilles femblables:) mais en fin il s'y 
fait des angles.Et ailleurs il efcript,que le Peuplier blanc fc change du tout , prenant lesfueilles & la J-iure 1. ici 
forme du noir.Pline eferit ce qui s'enfuit touchant le Peuplier:/// a trois efpeces de Peuplier Je blac, lÏi£c.'z>; 
le noir.ér celuy qui ejl appelle 'Ly bique, qui a les fueilles plus petite s:& fort noires , fous lequel il croifli 
de fort bon champignons. Le blanc a lesfueilles de deux couleurs, blanches par deffus , cr perdes par 
dejfous. Le Peuplier blanc & le noirjomme aujjt le Palma Chrijli , ont du commencement lesfueilles 
Tordes mais par traicl de teps elles deuiennent anguleufes. tous Peupliers ont leurs fueilles fort borrues 
ejr cotonnées. Jouant au Tcuplierblanaqui eft plus fueilleujl fort de la bourre de fes fueilles comme des 
chattons. Aufquels mots Matthiol dit, que Pline a failly : car en premier lieu il dit que les fueilles 
du Peuplier blanc font blanches par deflhs, & verdes au deiîous,au lieu qu'elles font tout au con- 
traire, verdes deffus &: blanches deffous: Puis en ce qu'il dit fans différence , que tous les Peupliers Luire Uz 
ont leur fueilles bourrues &ç cotônées;au lieu qu'il ny a que les fueilles des blâcs &c non celles des 10 c * c ,?î 
noirs :& finalement en ce qu'il met le Peuplier au nombre des arbres qui ne portent ny fruift ny fe- Lhï.ié.e.i*; 
menée, veu que le Peuplier noir, comme nous auons dit, porte vn frui£fc en façon de grappe, plein 
d'vne bourre blanche; & mefme que Diofcoride eferît , que fa femence beuë auec vinaigre ferc Iiu.i.ch. 9 $ 
pour le haut-mal. Mais Pline luy mefme dit en vn autre lieu,que le Peuplier porte des grappes &: *•»***•**• 
vne femenee:& que la grappe fert pour les onguents &: la femence à ceux qui ont le mal cadûc.Léf- 
quels mots femblent auoir fait errer Ruelqui dent que l'onguent appelle des Latins Populeum, èc LÎ „- >Ké ; x - 
pas les Grecs Aegrinon, fe fait de la grappe du Peuplier, qui efl le <Bryon , au printemps lors qu'elle 
efl plus pleine de fuç refineux. Mais, dit Matthiol^ /« Apothicaires fe gardent bien défaire leur m[et ie 
onguent Populeum des grappes \du PeUplier.car Nicolas Myrepffxtus ne fe fait de grappes, mais de boutos Diofccij f.- 
du peuplier, comme il a efl é dit, le fques fortent au com?nencement du printemps , & font odorantes & 
pleins d'vne humeur corne de cire, au lieu que les grappes ne fente nt rien.Or Matthiol doute,fi les an- ^ mcrn35r 
ciens fe feruoient des grappes de Peuplief aux onguents odorants : car Pline traitant de la matière 
Tome premier* ** ^ 






74 Liurel. de l'Hiftoire des Plantes, 

des onguents , monftre que la grappe du Peuplier n'eft autre chofe que fon Bryon , c'eft à dire ,fa 
t«-*-«k-«* rnoujje, laquelle Diofcoride & Galien aufïi ont méfiée parmy les onguents, & huiles, &C la mettent 
(ùTfl. ' * au nombre des chofes odorantes. La meilleure, dit Diofcoride,^/ celle du Cèdre & en après celle du 
Peuplier, &c. Parquoy PI inc s'eft trompé,pcnfant que la moufle qui croift fur le Peuplier, eftoit vnc 
I iu. i . ci 8. rnefme chofe que fes grappes. 11 dit ainfi : le Bryon fert aujfi a me [me vfage,qui ejl la grappe du Peu- 
plier blanc : le meilleur croijl aux enuirons de Gnide & de Carie, aux lieux fe es & affres : l'autre croiji 
fur le Cèdre Lycien:\ oilà ce qu'en ditPline.Or le Cèdre ne porte point de grappes,mais vne moufle 
Au meClicu. odorante.LV» & l'autre Peuplier, ait Matthiol,<T0/// en grande abondance au territoire de Mantoue^ 
& dePerr are , non feulement fur la riue du Pau,mais aujfipar les champs & prez>&fur les bords desfof- 
fe\ Diofcoride attribue au Peuplier les vertus qui s'enfuyucnt. L'efcorce du peuplier blanc prinfe 
en breuuage au poids d'vne once fert à la fciatique,&: à la difficulté <Tvrine,& à ceux qui ne pifTent 
que goutte agoutte.On dit, qu'elle empefchela conception, 3c rend les femmes fteriles,fîon en boit 
auec le roignon d'vne mule : car il faut ainfi traduire ces mots WopaTcy q £ «.W©* eivout , &c. Et 
non,0» dit qu elle fait auorterscomme Ruel l'a traduit. On dit auffi,que les fueilles prinfes en breu- 
uage auec du vin , après les purgations des femmes font le rnefme effed. Le fuc des fueilles tiede 
eft bon pour la douleur des oreilles,fï on en diftile dedans. Les petits grains ronds qui paroifTent 
à la première fortie des fueilles, pilez &: appliquez auec miel, gueriffent la débilité de la veiie. Au- 
cuns ont laiffé par eferit, que l'efcorce du Peuplier blanc & noir,coupée en menues pièces, & mife 
en terre bien fumée, fait fortir tout du long de l'année des champignons bons à manger. Les fueil- 
les du Peuplier noir appliquées auec vinaigre font fort bonnes aux douleurs de la goutte des pieds. 
Le peuplier fait vne refine, de laquelle on fe fert aux emplaftres remollitifs. Sa femence beûe auec 
Liu.14.c8. du vinaigre fert au haut-mal. Pline en dit de mcfmes, adiouftant en outre, que ceux qui tiendront 
vne verge de Peuplier en cheminant , ne s'efeorcheront point entre les cuiffes. La liqueur qui fore 
des creux du Peuplier noir eft fouueraine aux verrues,aux efchambouilleures,&: meurtrifTeures du 
corps. Le Peuplier porte aufîî certaines gouttes aux fueilles , dont les mouches à miel font la cire, 
appcllée des Latins Propolis. Serenus dit : 

Soutient <vn mal cache la cuiffe tant tourmente 
gui fait que ton ne peut marcher quauec douleur ; 
L'efcorce de £ Aube au a ce mal te pre fente, 
Lime 7. des si boire tu en veux^vn remède tres-feur. 

Umc 6. des Galien. Le Peuplier blanc a vn tempérament méfié d'vne efTence aqueufe tiede , èz d'vne terre- 
£mpi. ftre &; fubtile : parquoy aufli il a vne vertu deterfiue. Les fleurs du Peuplier noir font chaudes au 

premier degré par deffus les tempérez : mais quant à la faculté de deflecher ou humccl:er>elles font 
deficcatiues , vn peu par deflus le degré du milieu ; mais aufli elles font pluftoft compofées de par- 
ties fubtiles que groffes. Les fueilles font aucunement femblables aux fleurs , finon qu'elles font 
plus débiles &c n'ont pas fi grande vertu. La refîne aufli du Peuplier a vne rnefme faculté &: mef- 
Au mef.lieu. nie eft plits chaude : mais la femence eft compofée , de plus fubtiles parties que la refine ny que les 
fleurs , & defleche plus , & fi n'eft pas fort chaude. Matthiol eferit , que les femmes fe feruenc 
des premiers boutons du Peuplier noir , qui font odorans &: vifqueux , pour faire leurs cheucux 
beaux. Elles les pilent auec du beurre frais, &les ayant tenus quelques iours au foleiljcs coulent, 
&: s'en oignent les cheu: ux,ayans premièrement bien laué leur tefte-Les fueilles du Peuplier Lybi- 
que font bonnes aux mefmes chofes que celles du Peuplier noir , toutefois elles font de beaucoup 
moindre efficace. Le Peuplier blanc couppé à rez de terre iufques à la racine , &arroufé d'eau 
chaude , en laquelle on aura détrempé du leuain,dans quatre iours produira des champignons 
fort bons à manger. iJongucnt Populeum, duquel nous auons parlé cy-deffus, eft fort bon pour ap- 
Aêt. liu-i. naifer la chaleur des fieures , àc pour faire dormir, fi l'on en oingt les temples, & les artères auprès 
le la main. On fait l'huile appelle eciytie/w , de la femence du Peuplier noir , cueillie en efté , lors 
qu'il n'y a point de refine à l'entour. On prend Ces grains , 6c après les auoir vn peu pilé, fur quatre 
onces d'iccux on met dixhuict onces d'huile doux , & le met-on au foleil par quarante iours : en 
Uu,ié.c 40- après on le coule , pour le garder. Ceft huile efchauffe & eft de parties fubtiles , & amollit auec 
Lil'. \ 6 '-tlll vnc plaif ante odeur. Le bois du peuplier eft mol,pource eft il propre pour faire des targes , ainfi que 
dit Pline, La vigne fe plaift bien fur le Peuplier, pource qu'il ne rend point d'ombre , d'autant que 
fes fueilles voltigent toufiours. 



Paulus liu.7. 1 



Les noms 



Lesejpeces. 
Laform?. 



DuTil'et, CHAP. XXVl. 

fWrffî^rk E Teil, ou Tillet , ou Te i lieu , eft appelle par les Latins Tilia : parles Grecs, Çtàvyt, 3 
SftS^'l caufe qu'il fe fend aifément par petites aifTelles : les Italiens l'appellent Tilia : les 
jfj \'^rj% Efpagnols Teia : les Allemans Linden, Lindenbaum, Steinlinden : les Flamans Linden: 
w^Çlgfe les Anglois Linden tre : les Bohémiens Ltjpa. Il y a deux fortes de TU , le mafle & la 
femelle. La femelle eft le plus commun & cogneu. C'eft vn arbre grand , qui iette 

plu rieurs 



DuTillet. Chap.XXVI. 7 S 



plufleurs branches eftendues fort au long U au large , faifans beaucoup d'ombre. 1/cfcorce < 
roufleaftre par dehors , vnie &C nue , blanche par dedans , fouple & aiféc à ployer , de laquelle c. 
fait des cordages. Entre celte efcorce ôc le bois , il y a d'autres efcorces minces , qui font comme 



Le Tillet femelle. 



Le Tillet mafie. 





vne petite peau, à la femblance defquelies les Latins appellent l'efcorce intérieure des autres arbres 
Tilta,bc Philyra.Cc que Pline déclare par ces mots: Le Tillet neutre l'eficorce greffe &le bois plufieurs 
peleures, ejr teilles, dont on fuit des liens appeliez, Tilia. Les plus menues elioient appe liées Philyrejcfi 
quelles les anciens Je feruoient pour faire les rubens a lier leurs chapeaux ou couronnes , & enfaifoient 
grand cas.Et parlât de l'Orme il fc fert dudit mot. en ladite iïgnincation,di(ant:/^ teille intérieure de 
l 'efcorce guérit les lèpres, .Et vn peu apres:L# teille de l'eficorce fait le me fine effefl. Le bois de ceft ar- 
bre eft vny,fans neuds,& aisé à mettre en ocuure-.duquel on fait clu charbon,qui eft bon pour faire la 
poudre d'harquebeufe. Les fueilles fon fort verdoyantes.vn peu largettes,& vn peu découpées à 
l'entour en façon de feie, fort femblables à celles du Lierre. Ses rieurs font blancheaftres,odorantes, 
attachées plufieurs enfemblc à vne petite queue , laquelle fort du milieu d'vne petire fueille. Ses 
frui&s font petites pillules, ou bayes rondes, eftans enfemble par bouquets,comme celles du Lier- 
re , dans lefquelles il y a vne petite graine , ronde , & noiraftre, qui tombe lors que les bayes font 
meures & qu'elles s'ouurent. Le Tillet mafie eft auffi haut que la femelle, gros & branchu. Il a bien 
l'efcorce fouple,mais elle n'eft pas fi aisée à manier, ôc eft plus afpre,efpeile, U fraile, de couleur de 
cendre .• mais aux branches elle eft plus blanche, que celle du Tillet femelle, non toutesfois tant que 
celle des 
blable à 

celles de l'Orme. Ceftuy-cy ne porte pas touliours truiit : & c'eit pourquoy aucuns ont eltime qu 
eftoit fterile:par fois neantmoinsil fait des petites gouttes rondes,&: plattcs,& bien ferrées,auec vne 
fente au bour, & font attachées chafcuneàfaqueuë. Theophrafte-en dit zinûill y a, âit-i\>vn Tillet 
mafie, & im autre femelle. Ils font dijferens entre eux de leur forme, & au bois, ey àe ce que l'vn porte 
jrmB, ejr l'autre n'en porte point : le bois du mafie eft roux,dnr, noueux : & maffipceluy de la femelle efi 
plus blanc : l'efcorce du mafie efi plus efpeffe, & efi ant arrachée ne fie peut ployer : celle de la femelle efi 
plus blanche, ejr plus fouple, de laquelle on en fait des panniers , & efi plus odorante. Dauantage le 
mafle eft fterile èc fans fleur ; la femelle porte fruiâ: &C fleur. Sa fleur fort en forme de coupelle 
près de la queue de la fueille , &c du bouton nouuenu , attachée à vne petite queiie , &c demeure 
verde tant qu'elle eft en fa couppelle ; mais eftanr efpanouïe elle eft iaunaftre. Il fleurit au mefme 
temps que les autres arbres domeftiques. Son fruid eft rond &c longuet autant comme vne -feue, 
iernblable aux grains de Lierre , cftant vn peu creux. Il a cinq coftez comme cinq filets releuez, 
qui s'alTemblent au bout en pointe. Si le fruiel: eft petit , ils ne font pas û apparens. En ouurant les 
Tome premier. G % gros 



Liu.16.c14. 



Liu.*4,£h.S. 

Lafermt. 




Li.^dcllii- 
ftoir. «h. xo. 






76 Liure I. de FHiftoirc des Plantes, 

gros il en fcïtvne petite graine menue comme celle des efpinars : la fueille & l'efeorce font douces 
«edebongouft. Sa fueille eft faite comme celle du Lierre , mais elle s'arrondit mieux peu à peu 
& ce qui tait comme vne boffe près de la queue, fe va mieux allongeant dés le milieu de la fueille, 
& vient en pointe au bout.Les fueilles font crefpées & dentelées à l'entour.Le bois a peu de moelle. 
lin i € e & P 1115 " 10 ^ *l uc celle des auCies bois : car fon b ™ de foy-mefmes eft allez mol. Pline a efent vne 
• +• partie de ce que defTus en cefte façon ; Le Ttllet mafte & femelle font du tout différent svear le bou du 
mafle efl dur, plus roux & noueux & plus odorante efeorce muffi eft plus majfiue y & eftant arrachée nefe 
plie pas aisément. Il ne porte auffi nyfemenee ny fleur, comme fait la femelle, qui fait £ arbre plus grand 
&ale bots blanc & fort beau.C'eft merueille qu'Un y a point de befle qui marne de fin fruité neant- 
moms lefuc des fueilles & de l'efeorce eft doux. Son bois n eft point fub jet a eltre vermolu,& eft ce fi ar- 
bre fort petit, mais de grand vfage. Par ces mots il appert que Pline a prins le «piAti^s de Théo- 
phrafte pour le Ttllet , & qu'il dit , que l'efeorce du malle eft plus odorante que celle de la femelle ; 
au lieu que Thcophrafte dit cela de la femelle.Mais ce qu'il dk.ceft merueille, ^r.eft prins du mef- 
me Theophrafte,qui dit : Or la Philyra a cela de particulier, que 'fe: î fueilles font douces ejrplufteurs be- 
ftes en mangent : mais il n'y en a point qui mange defonftuïci, En outre ce qu'il dit, que le Til eft vn 
arbre fort petit , au lieu que chafeun fçait , que c'eft vn arbre grand & gros , monftrc euidemment, 
&c!'c.io8, comme Matthiol l'a fort bien remarqué , que Pline s'eft abufé pour l'affinité des mots ,confun- 
Aumcf.lieu. dànt la Philyra de Theophrafte,aucc là rphillyrea de Diofcoride ; laquelle Diofcoride dit que c'eft 
Auméf.îieu.' vn arbruTeai1 àc la grandeur du Troëfne. Ce qui a fait auffi faillir Ruel , comme auffi Hermolaus 
& Marcellus", lefquels fuiuans Pline ont pris le PhHfyrearâc Diofcoride pour le Tdlet, penfans que 
ce fut vne mefme chofe que le Phylira qui eft le vray Tdlet. Et c'eft bien merueille que ces per- 
fonnages fi do&cs fe foient ainfi trompez , veu que les marques de la Phillyreœ font du tout diuer- 
Lh/.^oi8. fes a ' aucc la P^yHrV, comme .nous le monftrerons en fon lieu. Or le Til aime les montagnes 
ILiu.é.Â.y i. humides , dit Pline , &: croift auffi bien en la plaine qu'en la montagne. Son efeorce & fes fueilles 
Lcjamt'er*. fc\ n Dodon , font tempérées en chaleur , & delTechcnt , & font vn peu allongeantes , 6c ont le 
Us ven m. mefme tempérament que celles de l'Orme. La decodion des fueilles du Tillet cuites en eau, 
guérit les puftules , & vlceres malins de la bouche des petits enfans', li on les en laue. Les fueilles 
broyées en eau font bonnes aux enfleures des pieds , fi on tes met deffiis. L'efeorce du Til piléc 
auec vinaigre, ofte les taches du corps appellées Fitiligines alba en Latin, &: auttes femblables vices 
Diifc.c i îo. qui vicnnent mr la P eau - Matthiol dit , que l'efeorce du Tillet mafehée eft bonne pour guérir les 
Pline iiù. i4 . playes en l'appliquant defTus : les fueilles pilées & arroufées d'eau , font refoudre les enfleures des 
chao.s. pieds. L'humeur qui fort de la moelle du Tillet , qui a efté esbranehé, fait renaiftre les cheueux, §i 
les empefehes de tomber , fi on en laue la tefte. Or qui voudra exa&ament confiderer ces choies, 
&: lire diligemment Pline , il s'apperceura comme ie croy , que Pline a attribué toutes les chofes 
que defTus à l'Orme : & au Tillet feulement ce que Diofcoride a attribué à la TÎoillyrea. Car après 
auoir parlé des fueilles de l'Orme , de fon efeorce , &; de l'humeur de fes veffies ; il adioufte puis 
après.- Les premiers bourgeos des fueilles cuites en vin^gueriffent les enfleures é" nettoient l'afoftume des 
< fiBules.L' efeorce du Tillet a la mefme vertu. Pltifieurs efhment,qite l'efeorce mafehée efl fort bone pour 
mettre fur lespUyes,& que le s fueille s pilées & arroufées d'eau fer tient a l'enflure des pieds. L'humeur 
auffi qui fort, comme nom auons dit, de la moelle du Til esbranche\empefche les cheueux de tober,& les 
fait renaiftre. Apres il côméce à dire duTillet:/f Ttllet pile ' legeremet eft boquafi a tout cc y a qtioy fert 
l'Oli.'iierfauuage.Or onfe fert feulement des fue il le s. Eft as mafehée s elles font bonne s, aux vlceres de la 
bouche des petits enfansdeur décoction fait vriner.appliquées dehors elles arreftet le flux desmenftrués: 
prifes tn brenuage elles etiacuet le sagfuperflu.Ov ce qui a fait qu'on a rapporté au Tillet ce qui eftoic 
dit derOrme,eft la faute qui eft aux exemplaires comuns de Pline,anfquels on lit zinfaideprœftat 
TtltA cortices,comt fi ce qu'il a dit deiîus,ôc ce qui s'enfuit apres,dcuoit eftre entendu de l'arbre du 
Til,au lieu; qu'il parle de la peleure qui eft dcfTous la grofTe efeorce de l'Ormccomme nous Talions 
remarqué^au commencement de ce chapitre fur le mot Tilia,&C Hermolaus Ta fort bien corrigé.Ce 
qu'eftaut vray,ileft certain que Pline efcriuant les vertus du Tillet ne luy a rien attribué que ce que 
Liu. i.c. 1 08. Diofcoride auoit eferit de la Phillyrea par ces mots : Les fueilles de la Phillyre a font aftringeantes, 
ayans les mefmes propriete\que £ Oliuier fauuage , lorsqu'on a befoin d'aftric7ion;ftngulierement eft ans 
mafehées elles feruent aux vlceres de la bouche, ou fi l'on laue la bouche auec leur decoclion-.frinfes en 
Liurc y. de breuuagc elles prouoquent l'vrine & les mois desfemmes.Thcophrtàc dit,que le Til eft aifé à mettre 
& ' 3 c ~ 7 ' en ouurage, à caufe qu'il eft tendre, &: eft bon pour couurir la courfie des galères, Se pour faire des- 
r vfage. coffres &mefures.On fait des paniers de.fon efcorce:auffi elle y eft fort propre:car il faut lire ainfi au 
TXXtt:Or iba C efeorce propre a faire des paniers: car ils font faits d'icellcSL non,d'iceluy,comc il y aux 
communs exemplaires. Il fcmble mcfmcs qu'il s'en faille quelque chofe deuantee rdç kIçaç -. cat 
Gaza Ta traduit ainfi : Son efeorce auffi efl bonne pour faire des cordes & des berceaux. Diofco- 
Llm-e 1. au ride ordonne d'enferrer les fleurs , &: tout ce qui fent bon , dans des boettes faittes de Til. Pline 
Liu^c 40. °^ c ' °l ue * c Dois ^ u Tillet eft le plus tendre &: le plus chaud de tous : ce qui eft aisé à cognoiftre, 
d'autant qu'il rebouche incontinent le trenchant des coignées. Le tillet eft bon pour faire les 

targes, 



DuBouleau. Chap. XXVII. 77 

targes, pource qu'il eft mol, & que ïoouuemire fe referre incontinent: Pour cefte raïfon quelques 
vns des anciens vfoient des ceintures deTillet. Mire Capitolinus eferit, que l'Empereur Antonin 
Pie, à caufe qu'il eftoit grand, & vieillard , & qu'il deuenoit voûté , portoit des aiffelles de Til liées 
fur le deuant de la poitrine. On dit que Cinefius le Poète eftoit û grefle , que pour fe renforcer il 
falloir qu'il tint des aix de Til liez à l'entour de fon corps : pour cefte caufe Ariftophane f apr 
pelloit le Poète Phy llirée. Le feul Tillct de tous les arbres fauuages nuit aux abeilles, ainfi que dit Lia.*. * * 
Columele . Le Til félon Tragus eft d'vne fubftance molle & grade : il a les fueilles molles , vn fuc u *-* *** 
lent : la petite efeorce qui eft dcflbus la greffe auprès du bois , eft douce & vifqueufe. Aucuns 
donnent à boire de fon eau diûïlée contre les tranchées du ventre, &c non fans caufescar elle guérie 
les inteftins qui ont cfté rongez par la dyfcnterie. Les autres en donnent contre le haut mal. Si 

:..u„.nl l„ T;lWz^n/»ïi-9inf (<*.s r.harhonsardpns mien dn vinaim-r» ,VnnicnnU.v«„ J„„ 



après auoir bruûe le Tillet oneftaint fes charbons ardens auec du vinaigre , & puis qu'on en don- 
ne après les auoir pilé auec des yeux d'efereuices à ceux qui pour eftre tombez de quelque lieu 
liant crachent le fang,cela leur fera cracher celuy qui fera caillé. On atreuuéjpas expérience, que 
le fuc vifqueux que l'on tire de la petite efeorce du Tillct trempée en l'eau eft merueilleufemenc 
bon pour la brufture. 



Du Bouleau, 



CHAF. XXVIL 




H* 



Le Bouleau. 



E Bouleau , ou Ses , s'appelle en Latin Betula , ou Betulla : Theophrafte l'ap- 7&m**. 
pelle wpvJai ceux de Trente Bedoll-o : les Allemans Birchenbaum : les Italiens fe- àe 
Betulx &c Bettola : les Bohèmes Briz.a. Il croift forment comme vn grand ar- 
bre , &C fort branchu. Il fort plusieurs verges de Tes branches , qui font aifées La fim^ 
à plier de tous coftez , & pendent contre terre. Leur efeorce comm e suffi celle 
des petites branches eft lille , pleine de fuc , &: rougeaftre ou de couleur de 
chaftagne. Celle du tronc eft blanche , dure , afpre &c ereuaftee ; celle des mo- 
yennes branches eft tachetée. Sous cefte efeorce il y en a vne petite qui eft polie, mince & blanche, 

en façon de papier , de laquelle anciennement on fe feruoit . 
pour eferire delïus deuant que l'inuc-ntion de faire le papier, 
fut treuuée. Tragus afferme d'auoir veu à Coira ville des Lïa.^.e?*, 
Grifons certains vers efents fur telle efeorce, de Boukau.Ses 
fueilles font largettes , vn peu dentelées , moindres que 
celles du Fau : mais au refte fort femblables àicelles. Le 
Bouleau porte des châtrons comme le Noifelier, vn peu plus 
courts , dans lefquels il y a de la graine : ils font meurs auec 
leur dite graine au mois de Septembre. Il aime les lieux Letk». 
froids , &C cro ft auxforefts , & aux montagnes. Le Bon- *£«•*■ & 
leau félon Theophrafte a la fueille du Noyfelier, peut eftre l ' € * i4, ' 
qu'il y doit auoir Oxiœ : d'autres lifent qytKteuvKÏjï uafvc*. 
c'eft à dire , de Coudrier,) vn peu plus eftroite &: de diucr- 
fes couleurs. Son bois eft mol, & ne vaut rien qu'à faire des 
verges. Pline dit, qu'il y a vn Bouleau François qui eft mer- Lfa.t« os. 
ueilleufement blanc &: délié , qui eft efpouuantable , à , 
caufe qu'on en fait les verges pour fouetter ceux que la iu- 
ftice veut chafticr. On en fait aufli des cercles 3 & des coftes 
pour faire des corbeilles. Les François en font aufîi de glu. 
En vn autre endroit il met le Boule m au nombre des arbres Liu.ié.c.4©; 
qui ont le bois fort mol , &: qui font bons po«r cefte occa- 
fion à faire des targes : d'autant que l'ouuerture fe remplit 
incontinent. Matthiol eferit, qu'il y a grande abondance -.f 1 **;' 1- ic 
de Bouleau au territoire de Trente , qui a le bois fouple 6c ° c * **' 
tenant , dont on fait de meilleurs cercles , que d'aucune tsevtrm. 
autre forte de bois.Et que ceux du Val d' Ananie font defort 
bon charbon du Bouleau pour fondre les métaux aux for- 
ges : que de l'efeorce entortillée ils en font des torches pour brufler de nuid , lefquelles pour eftre 
pleines d'vne graille comme de Bitume , bradent comme la Tede , &c iettent vne refîne , qui eft de 
la couleur de la poix : Et peut eBre , dit-il , a il elle appelle' en Latin Betula , d'autant quil ejl plein 
de Bitume, Si on perce fon ti onc auec vne tarière , il iettera vne eau qu'aucuns difent auoir grande 
propriété pour rompre la pierre , tant aux reins , qu'à la veffie , fi l'on continue à en boire quelque 
temps. Elle ofte aufli les taches du vifage , & fait le teint beau. Si on s'en laue elle guérit les vkeres 
de la bouche .Comme les anciens Magiftrats Romains fe feruoient du Bouleau ; ainfi auiourd'huy 
ceux qui onp charge d'enfeigner les enfansen France en font leur feeptre pour les tenir en crainte. 
Tome premier' G 5 On 




7 8 Liure I de FHiftoire des Plantes, 

On en fait des verges & ramâtes ou balais. En Auucrgnc , comme auffi en Breffe , & en Sauoyç 
on en fait les cercles pour relier les tonneaux a vin. 



Du 



plane. 



CH ap. xxyiii 



tu ntms. 



La forme, 



Liu.n.c.i. 
LTfage. 




Liu.i. de 
]'hift.c.ii. 
& Hure 3. 
chap.i. 



E »A«w»®. des Grecs , eft auffi appelle en Latin vUtmtis , à caufe de ia 
grande étendue. Les Arabes l'appellent Bulb : les François PUne : les Ita- 
liens /P/^w. Il n'en croift point en Allemagne. Ceft vn arbre qui eft 
grand, & fort haut, èc a beaucoup 8c de longues racines. Ses branches font 
grandes & eftendues ça & là : dont les Grecs l'ont appelle dpÇihaQï vhd- 
t<*#<&, c eft à dire, qui embrajfe de toits coïtez,. Il a l'efcorce greffe 8c efpefîe, 
les feuilles fort larges , comme celles de la vigne , attachées à vne queue 
longue, &c rougeaftre. Il fait de petites fleurs pâlies 8c entafféez, 8c des ba- 
J yes rondes, afpres, 8C bourrues, groffes comme vne noifette. Le Plane, fé- 
lon que dit Pline, a efte apporte de loingtain païs pour femir feulement d'ombre : & fut première- 
ment apporté par la mer d'Albanie en l'Iile de Diome- 
des, auiourd'huy dite Pelagofa , pour enrichir le fcpulchre 
de Diomede. Delà on en porta en Sicile, puis on commen- 
ça à le planter en Italie. Defpuis on en a fait fi grand cas, 
que pour le faire croiftre on l'arroufoit de vin, treuuant que 
cela le faifoit mieux croiftre ; tellement que nous auons ap- 
pris à nos arbres de boire du vin , combien que Theophra- 
fte efcriiie, que les arbres ayment les eaux, 8c d'eftre arrou- 
fez. D'auantage on a fait grand' eftime des Planes qui 
eftoient au promenoir de l'Vniuerfité d'Athènes, fi grands 
que les racines d'vn feul paffoient l'ombre des branches de 
trente fix coudées. A prefent celuy de Lycie eft fameux,qui 
eft fur vn grand chemin auprès d'vne fontaine fort froide, 
8c eft creux comme vne maifon : 8c a de creux o&ante - vn 
pied. Sa branchure eft fi efpeffe qu'elle femble vn petit bois, 
& fes branches fi groffes , qu'on diroit que ce foilt de gros 
arbres. Son ombre tient vne grande campagne, &c affin 
qu on ne puiffe rien defirer d'auantage en ladite cauerne > il 
y a dedans vne croupe faite en rond , qui eft compoféede 
Tuf ou Pierre - ponce , couuerte de moufle. Tellement 
que cefte grotte fut fi admirable que Licinius Mutianus, 
qui auoit efté trois fois Cohfui , eftant gouuerneur de celle 
prouince voulu t bien laifler la mémoire à la pofterité , de 
ce qu'il auoit fouuent banqueté , luy dix-hivictiefme , dans 
ledit creux , ayant affez defueilles pour faire leurs matras, 
fans danger du vent : & qu'il prennoit grand plaifir d'ouïr 
le bruit de la pluye tombant goutte à goutte par deffus les fueilles: 8c qu'il y aymoit mieux cou- 
cher , qu'en vne {aie la mieux enrichie de marbres , &: la mieux peinte , 8c lambriffée , qu'on euft 
feeu choifir. Il allègue en cor vne autre hiftoire de l'Empereur Caius , qui treuua vn Plane efmer- 
ueillable à Velitri : car il auoit fes branches difpofées en plancher , 8c d'autres qui pouuoientferuir 
de bancs : fi bien que l'Empereur fit vn feftin fur ledit arbre , où il eftoit aflis luy quinziefme: 
8c neantmoins il y auoit encor affez de place pour les officiers feruans , pour pouuoir librement 
faire leur feruice. Et l'Empereur nomma ce feftin Nid. A Corrina ville de rifle de Candie , il y a 
vn Plane auprès d'vne fontaine , laquelle pour cefte raifon eft fort célébrée tant des Grecs que des 
Latins : car ce Plane n'eft iamais deueftu de fes fueilles % tellement que les Grecs inuenteurs de fa- 
bles on dit, que Iuppiter viola Europe fous c'eft arbre là, comme s'il n'y auoit point d'arbres de telle 
forte en Cypre. Et comme les hommes font toufîours curieux des chofes nouuelles, les Candiots 
ayans replanté desiettons de ceft arbre la en d'autres lieux , s'affeurerent tant mieux en leur pre- 
mier opinion, voyans qu'ils perdoient leurs fueilles en hyuer ; & qu'ils ne feruoient qu'à garder 
Lin.'Tdë 44 ' de h chaleur du Soleil en efté. Le mcfme Pline auec Theophrafte met au rang des arbres de Ion-, 
rbiiv. c.14. gue durée le Plane de i'Ifle de Delphe , 8l vn autre qui eftoit en vn bois d' Arcadie , left^uels Aga- 
Lm 1. c^i. memnon auo i c pl an té de fa propre main. iElian eferit, que Xerxes print fi grand plaifir à l'ombre 
Us wrtus. d'vn Plane en Lydie qu'il y feiournadeffous vn jour entier auec vne tref- grande armée, ne fai- 
sant point de cas de faire retarder tant de gens pour fi peu de plaifir. Diofcoride dit , que les 
fueilles tendres du Plane cuites en vin,& appliques fur les yeux arreftent les rheumes qui tom- 
bent deffus , &: appaifent les enfleures 8c inflammations d'iceux. La deco&ion de l'efcorce cuite en 

vinaigre 







De l'Erable: Chap.XXIX. j 9 

Vinaigré , eft bonne pour en lauer les dents , lors qu'elles meinent douleur. Son fruid vert , beû 
auec du vin fert contre la morfure des ferpens , Se incorporé auec de la graille guérit les brufleùres. 
La moufle ou bourre qui cft deflus les fucilles , nuit aux yeux Se oreilles. Galien eferit, que le Pla- pid.l. sÉSS 
ne eft d'vne nature froide Se humidc,mais non pas fort loing de la tempérée. Pource aulîi fes rueil- fiai ^' 
les vertes pilées Se appliquées font bonnes au commencement des inflammations. L'efcorcc Se lé 
fruid ont vne vertu plus deikcatiue : tellement que l'efcorce cuite en vinaigre eft bonne pour la 
douleur des dents : Se le fruid meflé parmy de graille fert à la brulleure. Aucuns bruflent l'efcor- 
ce pour en faire vn médicament deiîccatif , &: deterfif-, qui guérit la lèpre détrempé auec de l'eau 
Se l'appliquent feul aux vlcercs trop humides , vieux , &fales. Luy mefmes aduertic qu'on fe don- 
ne garde de la poudre qui cft fur les fueilles ; car eftant attirée par l'haleine elle blefle l'artère af- 
pre , la de fléchant fort , & la rendant afpre, Se nuit à la voix comme aufli à la veuë , &c à l'ouye , fi 
elle entre dans les yeux , ou oreilles. Le Plane , dit Pline , eft contraire aux feorpions. Son fruid Lia.i4.cLi 
beu en vin fert de remède contre tous venins de ferpens , & à là brulleure. Pilé auec vinaigre fort, 
ou pluftoft feilitic, il eftanche le fang , de quelque lieu qu'il coule. Meflé auec du miel il mondi- 
fie'les chancres , les lentilles, Se les taches noires pour inuererées qu'elles foient. On fait d'oil- 
guent des fueilles Se de l'efcorce, qui eft propre pour les enlleuies , &: apoftunies qui purgent. 
L'efcorce cuite en vinaigre appaifela douleur des dents. Lesfueilles tendres cuites en vin blanc 
font fort bonnes pour les yeux. La bourre qui vient fur les fueilles eft contraire aux yeux , Se aux 
oreilles. Les cetjdres du fruid feruenr aux brufleùres , foit de feu, ou de froid. L'efcorce prinfe en 
vin, amortit le venin des piqueures des feorpions, La difette contraint quelquefois de cirer de l'hui- i-iû. r j-.c.^ 
le pour les lampes des fiuids du Plane après les auoir fait tremper en eau Se ieL 



De l'Érable, 



CHÀ?: kXlX; 




Erable de montagne madré, 
ou iaune. 



Erable eft appelle par les Grecs o-pev J'ap®' : en Latin Ài;er\ bit , Comme dit Soli- 
linus , Acerù > eii Italien Fie d'Occa , & Platano Aquatice-, Theophrafte met le crÇuv- 
J l a.fA,v(& , c'eft à dire , l'Erable au nombre des arbres qui croiflent en la plaine , nom- 
mant celuy qui croift en la montagne ZvyU , que Gaza traduit Carpinm : Se celuy qui 
doiit en la plaine ■yAélvav 3 que le tradudeur a interprété G alliez ? tellement que peut eftren'a il pas 
lcu ytâvov ; mais yakdretsv : combien que , ( dit Theophrafte , ) emeups efiment , que le <r<§wioi>pv%s 
ér le fyyîctfont de diuerfes efpeces. Et en vn autre pafl'age : aucuns font deux effecesdu (rÇivJ'apv®', 
ejr les autres trois, dont le premier s'appelle c-Çivd'ccfAv®» du npm commun aux autres 5 c'eft à dire 
Erable : l'autre Zyyl& , qui e fi l'Erable mol. Le troifiefme ejl appelle par les Sîagirites Clinotrochos. 

Pline aufli en met pluiïeurs efpeces. Le premier eft le blanc, 
duquel le bois eft fort blanc , qu'il appelle Gallicus^ qui 
croift eh la Lombardie au delà du Pau, Se en Piedmont. 
Ceux de la féconde elpece font fort madrez j qui font ap- 
peliez Erable de l^aon par Singularité, d'autant qu'ils ont 
leurs madreures faites en mode de queue" de Paon : dont 
les meilleurs viennent en Iftrie , Se au pals des Grifons; 
Ceux qui font les moins eftimez font appeliez Greffes veines^ 
Les Grecs aujji , dit-il , y mettent différence pour la diuerfitê 
des lieux ou ils croiffent : car , difnt ils , l'Erable de campa- 
gne ejl bla,nc & nef point madré ', CT s appelle Glinon : celuy 
de montagne ejl plus r madré & plus dur ffingulierement celuy 
du mafle , duquel on fe fert aux ouuragesplus exquis. Le troi- 
fiefme ejl celuy qu'ils appellent Zygia , qui a le bois rouge & 
fendatit , l'efcorce ternie & fort offre. Aucuns le mettent à 
part; & l'appellent en Latin Carpinus : eh François charme. 
Nous mettons icy trois efpeces d'Erable qui nous fonteo- 
gneuëSjà fçauoir l'Erable de motagne, dont il y a deux efpe- 
ces : l'vn eft blanc , que ceux qui habitent les Alpes , Se les 
Auuergnats aufli, appellent Plane, pource qu'il a les fueilles 
comme le Plane. L'autre iaune ou madré , qui eft l'opulus 
mont anus appelle Erable madrée ou Erable iauneicarCa. cou- 
leur eft plus belle, Se fes veines apparoiiîent mieux, fingu-lie- 
rement fi on 1 engraifle d'huile. Encor auiourd'huy les bû- 
cherons de Bourgogne distinguent l'Erable de montagne, en 
mettans vn mafle Se vn autre femelle , dont le mafle a la 
couleur plus iaune : mais la femelle eft plus pafle. Le bois 
du mafle eft plus dur , plus plein de veines Se mieux madré? 

G 4 l # 



Liti. 3. dé 
rhitU.4. 

L'es noms. 



Liti. 3. de 
l'hift.n. 

Les ejpeces. 

Li-j.i 6.c;i& 




8o Liurè t de FHiftoire des Plantes; 

& celuy de 11 Amélie eft plus flacque , -moi , & moins m adré. Le malle auffi fleurift le premier, au 
témoignage memics de Pline , & la femelle plus tard. La féconde efpece d'Erable, eft celuv de la 
tiù.**,* campagnc,ou qui crwften la T hifc G ,appelIé parles anciens, Opulus C m teHris. Encorauiourd'huy 
les Lombards retenans le mot anciens 1 appellent opolo : & s'en feruent pour fouftenir cefte façon 
de vigilç treillee qu on appelle Hautains. Nous l'appelions Erable mol& Erable madre\ à comparai- 
fon de celuy de montagne ; d autant qu'il eft plus tendre. Nous nommions celuy de la troilkfme 
efpece Erable de Montre lier, d autant qu'il croift en grande abondance en vue foreft qui eft près de 
Montpelier appellee Valena , en laquelle Ceux de Montpelier fe fournifTetit de bois. Il eft quafi 



Erable de plaine mol t ou madré. 



Erable de Montpelier. 





Ze^ lieu. 
La forme. 

Dedon.U. 
c 74 . 



Le temfs- 



Liu.i6.czo 
&z x . 



femblable à l'Erable commun. l! Opulus ou Erable de plaine ( pour commencer par le plus cogneu ) 
croift en la plaine , parmy les hayes & buiflons , ou fur les coutaux ; quelquefois il demeure petit; 
par fois aufTï , fur tout eftant cultiué , il fe fait comme vn grand arbre , gros , & bien branchu. Il a 
f efeorce efpeiîe , & vn peu bîancheaftre. Son bois eft blanc , & plein de veines longues, & ondo- 
yantes, moins folide que celuy de montagne. Ses fueillesfont larges, & à cinq angles : le fruict eft 
long, plat, & délié, refemblant aux plumes d'vn petit oifeau , ou aux aides des groffes mouches. Il 
fleurit au mois de May. Son fruift eft meur au mois de Septembre. L'Erable de montagne , ou Era- 
ble iaune eft vn bel arbre, grand & branchu., ayant les fueilles grandes comme celles de vigne, pen- 
dantes d'vnc longue queue, mince &c rouge. Il a les fleurs mouiTues & jaunes. 11 fait vue gorille, qui 
eft comme vnc fueillc , & fcmble aux ailles d'vn papillon , dans laquelle il y a de chafque cofté vne 
lemence. Son bois eft dur : tellement qu Ariftophane appelle les hommes rudes cQtv}*imm , c eft 
à dire , d'Erable. Il bourgeonne vn peu deuant l'Equinoxe , ainfi que dit Pline. Sa femence eft 
meure au temps des moiffons. L'Erable de Montpelier eft vn arbre de moyenne hauteur , qui a les 
branches allez eftendues : ion efeorce eft comme rougeaftre : Ses feuilles font comme celles de 
l'Erable commun. Elle n'ont toutefois que trois angles , & font grolfes & pleines de veines , atta- 
chées à vne longue queue f vne deçà & l'autre delà & vis à vis l'vne de l'autre. Son fruict eft dou- 
ble, compofé de deux petites peaux, attachées enfemble , qui femblent des ailles de mouches. Au- 



Zes vtrtm. 
Liu.Z4;«,j3. 



-,-.v «-• Quant à moy ie n'y conlensny ^^^1^.1 m, b WL , M ^>ai d uavuv» ^' ^ 

pilée eft fort bonne pour les douleurs de foyc,iî on l'applique deflus. CequeSerenus aufifiafTeure 
par ces mots : 

Si tufens au cosle'vne douleur extrême 

fl te faut vn caillou tout chaud en d'eau ietter^ 

Que tu boiras après : ou bien te faut piler 

La racine iï Erable & dans du vin t humer'. 

Car cejl comme l'on dit vn remède fupreme. 

.Galien 



De l'Aime; Chap. XXX. 8ï 

Galien recitant les medicamens dcfquels Afclepiade fe feruoit poiir le foye, met t>jV t^ àpwJdftv* 
ÇiZoui x92jwo#, itj Km^wM , c'eft à dire , la racine de f Erable , filée & broyée. De laquelle il en or- 
donne de prendre vne dragme dans quatre onces & demie d'eau niellée auec du vin : auquel paf- 
fage Cornarius eft en doute , li au lieu de trtyviHpni , il y faudroit point lire cQwêvhM , à caufe de 
l'affinité de ces mots, qui ont peu pour celle caufe cftrc mis l'vn pour l'autre.xar ce remède de l'E- 
rable n'eft pas fort commun. Melmes les Grecs qui ont traitté des fîmples medicamens n'en ont 
fait aucune mention , comme Diofcoride , Galien , Paiilus &: Aëtius. Pline feul en dit ce quia efté 
dit cy delîiis , Mais Diofcoride aiTeure que la racine du Spondilimn eft bonne pour ceux qui ont la 
iaunilTe , 6c débilité de foye. Et Galien aufli, qui dit , qu'elle a vne vertu acre & incifiue. l'Erable 
aut tefmongnage de Pline mefmcs eft le plus eftimé après le Cèdre, ou après le Citronnier, comme 
Hcrmolaus Ta bic corrigé pour faire de beaux &: riches ouurages.Mais le 'Broujfm d' Erable que les 
Latins nomment Brufcus, eft fort beau , Se ce que l'on nomme Molufcus eft encor plus eftimé. L'vn 
8C l'autre font ncuds de l'Erable. Le 'Brufcus eft plus madré &: entortillé ; mais la madreure du Mo- 
lufcus eft plus eftendue. Et de fait, fi l'on treuuoit des pièces de Molufcus allez grandes pour faire 
des tables, il feroit fans aucune doute plus eftimé que les Citronier* A prefent on s'en fert pour fai- 
re des tabletes à eferire, & pour enrichir les lits. Or ces tablettes font iaunes. Les Latins les appel- 
lent Silaceas , c'eft à dire iaunes , comme eftans teintes de la couleur de Sile, qui eft la couleur ds 
l'Erable ; &: s'en voit fort peu. A ucuns au lieu de Silaceas lifent SiciliciaM Laminasse 'eft à dire de~ 
coupeures, ce mot venant du verbe Sicitio , qui veut dire couper. On fait aufli des tables du Brufcus. 
qui tirent fur le noir. Voilà ce qu'en dit Pline. Or nous auons bien encor auioud'huy du bois ïem- 
biable au 'Brufcus i mais il eft d'vn autre arbre. Car au Languedoc fur les frontières d'Efpagnei 
&: aux monts Pyrennées, fingulierement aux enuirons d'vnc ville qu'on appelle Limons, non guie- 
res loing de CarcalTonc , ils appellent les racines de Bonis , dont ils ont grande abondance, Brou- 
thin , defquelles les Allemans font grand cas , &: les achettent , à caufe qu'elles font ffiarquetces,&; 
bien madrées, pour en faire de beaux ouurages. Mefmcs ceux qui demeurent au Bourg de Sain& 
Claude au mont-Iura en font de fort belles cuejlleres. 



Liiire 8. des 
rni-d. part, 
ch.S. 



Litfc j.e.jd; 
Liurc 8. de* 
fïmpl. 
Liu.i6.cijv 

Cbap.i6. 



De l'A 



] une+ 



CHAV. XXX. 




Avne eft appelle en Latlil Alnus i en Grec xA>f0^ : en Italien Alm&Omo : en tt*nom. 
Allemand Erlenbaum , & Elernbaum : en Bohême Vuolfe. C'eft vn arbre grand & **/*"»», 
haut, quia plufîeurs branches > lefquelles n'endurent pas qu'on les plie, mais* rom- 
pent comme les autres bois qui cr'oiiTent en lieux aquatiques. Son efeorce efï 
rouge-brune. Son bois eft affez dur, qui dénient rouge incontinent qu'il eft 
defpouillé de ion efeorce , & mcfmes quand il eft vieil &: 
V Atàné. (ce Sa fueille eft ronde , & vn peu ridée on fronde» reti- 

rant allez bien à celle du Coudrier : mais elle eft plus grof- 
fe & plus nerueufe, & glueufe , comme s'il y auoit du miel 
defîus. Pline dit , qu elle eft fort grofle. Ses fleurs ce fon t t»u.ttA *^ 
chattons, longs comme ceux du Bouleau. Son fruict eft de 
la grofteur d'vne petite oliue; vert & long, fait en façon de 
meure , compofé de plufieurs efcailles , clans lefquelles il y 
a vne petite femence de couleur roufîeaftre tirant fur le 
rtoir , laquelle tombe lors que ces efcailles , le fruict eftanÉ 
meur , fe feclient & s'ouurcnr. Dont il appert que Pline à 
failly par le tefmoignage mefmes de Theophrafte , qui dit, 
que l'Aune ne porte ny fruict ny femence. L'Aune aime Leîît * 
les eaux, &: vient toufiours en lieux humides. Il bourgeon- Uumfu 
ne & iette fes fueilles au mois^d'Auril. Son fruict eft meur V?*** 
en Septembre. Theophrafte dit , que l'Aune eft fterile, rhift ' dl * 1 ^ 
d'vn feul genre , & c'eft vn arbre naturellement droit , qui 
a ïe bois mol, la moelle tendre : tellement que £es plus me- 
nues branches font toutes creufes, Il a les fueilles comme 
le Poirier, mais plus grandes , & plus pleines de nerfs : lcf- 
corce afpre,roùge au dedaUs,de laquelle on tanne les cuira 
Sa racine eft quafî à fleur de terre , non guieres plus gran- 
de que celle du Laurier, Il croift aux lieux aquatiques S>C 
non ailleurs. Vn peu après il dit, que l'Aune a la fucilld 
comme celle du Noisetier. En vn autre lieu il ne die pas 
que l'Aune foit fterile, quand ileferit : Le Terebinthe iette 
fa femence émir on les moijfons , oh- vnpettfltfS tard: Le 

Jrefne 




Less vertus 
ljodon.liurc 
*.ch. 7T . 
Mattkliu. i. 
de Dioi'coï. 
«hap. 9J . 
Trag. lia. 3. 
chap.éj. 

tiure x. 



Liu.ié. en 
aux annor. 
furies Pand. 

Liu.ié.c.36. 



82 Liure-L de FHiftoirc des Plantes, 

Frefae & l'Erable en elté : l'Aune , le Noyer, & quelque forte de Poirier en Automne: L'efcorce- & la 
fueille de l'Aune refroidiflent,deftechent & font aftringeantes.Les fueilles appliquées fur le cnfleu- 
res les difloluent & amortifient les inflammations : foulagent grandement ceux qui font laflez par 
trop cheminer , s'ils en mettent fous la plante de leurs pieds nuds. Elles tuent les puces , fi on en 
met parmy la chambre en efté , lors quelles fontencorcs toutes baignées de rofée. On fait la tein- 
ture noire de l'efcorce de l'Aune , auec laquelle on teint les chapeaux &c feutres, les gros draps, &c 
autres chofes femblables. Aucuns s'en ferucnc auiïl comme du fruicl: vert en lieu de galles pour 
faire l'ancre à efcrire , y adiouftant de la gomme & du Vitriol. Le bois de l'Aune eft fort eftimé 
pour faire les nauires &c bafteaux , & pour les pilotis lefquels on plante pour baftir en l'eau , ou en 
lieux marefcageux. L'Aune dit Vitruue , d'autant qu 'il ri 'a pas beaucoup d'humidité en foy, eftant fi- 
ché en pilotis bien efpez, pour foujlenir les fondements des édifices , attirant afoy l'humidité 'dont il a 
befoin , dure a perpétuité, drlfoufiient de merueilleufes majfes de bafiiments. Biukeaainfi corrigé 
ce paffage en Vitruue aulieu qu'il eftoit incorred aux communs exemplaires. L'Aune dit Pline, a 
vne ombre grajfe, maïiqui mange les bleds qui font auprès ; & en vn autre pafTage , combien que les 
Auncsferuent de rempars contre les desbordements des riuieres ,pour contrerarder les terres voifines, 
& que pour courts qu'on les face , ils tranchent en terre & multiplient d'auantage. 



Les mms. 
La forme. 



Le lieu. 
Leremfs. 



Le titsu 
Les noms. 
Liu.j.c.14 



Liu, 5. de 
l'hift.ch.14» 



Lxforme. 



Del Aune noir > 



CHAP. XXXI. 




V Aune noir. 



C a v s e que ceft arbre aies fueilJes comme l'Aune , il a efté appelle par 
aucuns modernes, Alnus nigra: en François Aune noinen Allemand Faul- 
baum. D'autre l'appellent Alnus bacczfera, c'eft à dire Aune qui porte ba- 
yes.ll ne croift par volontiers à la hauteur d'vn arbre : &; ne fe fait pas 
gros : mais iette plufieurs verges , longues , droites ,defquelles il en fort 
d'autres petites, couuertes d'vne petite efeorce noire, tachetée de verd. 
L'efcorce eft iaune par defTous. Son bois eft blanc. Sa moelle eft rouge 
tifant fur le noir. Il a les fueilles comme l'Aune , le Ceiifier , ou le Cor- 
mier, brunes. Ses fleurs font petites & blancheaftres , après lefquellesil 
vient de petites bayes rondes , comme grains de poyure,qui 
font premièrement verdes , puis après rouges, en fin eftans 
meures, elles deuiennent noires , &: font du tout mal plaifan- 
tesaugouft.il croift aux forefts marefeageufes, & ce feule- 
ment aux pais plus feptenrrionaux,comme l'Angleterre, l' A- 
lemagne , & en Normandie. Il fleurift au mois d'Aurïhfon 
fruicl: eft meur au mois d'Aouft. Aucuns cftiment que c'eft le 
Si 1er de Pline : d'autant qu'il croift en l'eau ,& que fes fueilles 
appliquées fur le front appaifent la douleur de tefte. Safe- 
mence pilée en huile , empefche les poux de s'engendrer; 
chatte les ferpens : c'eft pourquoy les païfans en portent vo- 
lontiers vn bafton en la main.L'efcorce intérieure qui eft iau- 
ne deileche : trempée en vin &prinfe en breuuage elle fait 
vomir , & purge merueilleufement l'humeur phlegmatique, 
&; pourrie qui eft dans l'eftomach , & mefmes l'eau des hy- 
dropiques. Cuite en vin appaife la douleur des dents , fi on 
tient la décoction en la bouche: guérit larongne fi on s'en 
lauc. Ses fueilles font bonnes à manger pour les vaches '■> car 
clic font venir beaucoup de laict. 

Du s Sureauyou Suyerfauuage, CRAV. XXXÏl. 

E Sureau fauuage , ou de montagne croift aux fo- 
refts ombrageufes & marefcageufes.Tragus l'ap- 
pelle Sauuage , & Ceruin , d'autant qu'il ne croift 
finon aux forefts & montagnes, & que les Cerfs 
en font fort friands. C'eft peut eftre celt arbre de montagne laquelle Theophrafte entend,parle 
mot irvyM, quand il dk,Ceux là s' appellent proprement de montagne Je fquels ne peuuent croifire en la 
plaine, comme le Sapin Je Pin,la Pece, t Aquifoliaje TU Je Charme^ le Pyg us. Quelques vns aulieu 
de lire irvyb^ lifent.Wl^qui fignifiele e Bouis.On au lieu où nous traittons des Baguenaudiers^nous 
regarderons fî ce|te plante eft point h féconde Colutea de Theophrafte , telldéenne. Or Gaza en fa 
traduction a obmis le dernier, Il eft du tout femblable au Sureau commun , tant en la fueille, 
efeorce, bois,moelle, qu'en la couleur, en l'odeur &: au gouft. Il n'y a autre différence , finon quant 

aux 




Du Cormier. Çhap. XXXIII. $$ 



Sureau , ou, Sayerfauuage. 



aux fleurs, & au frui£t^en la hauteur ; car il eft toufiours 
plus petit que le Sureau commun. Il a les fleurs comme 
iaunes , faites en façon d'eftoille, qui ne croift pas en om- 
belle, comme le commun; mais en grappe,commc le fruiclt 
du Troèfne. Il les porte aufîi beaucoup plus toft > à fçauoir 
au mois d'Auril , defquelles il fe fait de petits grains , qui 
deuicnnent rouges au moisd'Aouft , &c de couleur de ver- 
millon , • &: iamais nefe font noirs , qui font attachez àlcur 
queue à mode de grappe de raifin , &£ ne font pas de plai- 
fant gouft. Tragus eftime que le Sureau fauuage eft froid, 
tellement qu'on s'en peut îcruirà faute de Mandragore. *■ u .?ck.*4 - 
C^uant aux raculrez des grains, il dit qu il ne les a pas re- 
marquées : bien dit il auoir veu par expérience , que le 
Cerf cherche diligemment ce Sureau par les foreftsi &: sll 
fçait quelque place, où il y en ait deux plantes, il s'y retire- 
ra : ee qui eft efmerueillable. Ce Suyer & le commun auift 
aiment tous deux vn mefme terroir : le Cerf eft merueil- 
leufement friand du Sureau , &L en mange feulement la 
fueille , non pas le fruicT. Dont il eft aisé à entendre , qu'il 
eft d'vn tempérament froid , &; pourtant n'eft pas fain aux 
beftesfauuagcs ; &c encor moins aux hommes dé animaux 
domeftiques. Penadit, que fi on en mange, il fait dormir &£ 
mefmes caufe la léthargie , tant il eft nuifible Mais ( ce qui 
eft plus à remarquer) c eft qu'on a prins garde , qu'il n'y â 
que le Cerf qui mange de fes fueilies,& la biche n'en man- 
ge point, fi non lors qu'elle eft pleine, & porte vn Cerf maf- 
•^wWl le : car alors elle les cherche , &c en mange, & non autre- 

ment. Matthiol appelle ceftuv Sureau de montagne , & dit qu'il eft différent d'auec le commiifi 
quant aufruict : car celuy de montagne fait le fraie! en grappe de raifin , 6c non en ombelle, corîy 
me l'autre, & mefmes ce fruicl ne deuient iamais noir ; mais eft toufiours rouge. Le commun aufil 
eft plus haut Se a le bois plus léger. 




Du Cormier Torminal. 



en AV. XXXI IL 




Est arbre eft fauuagc,& eft appelle 
Sorbus Torminalisen Latimd'autariC 
qu'il eft bon contre les tranchées de 
ventre. En Bourgogne on l'appelle 
Tormigne. Ceft arbre croift quel- 
i quefoisfortgrand;maisleplus fou- 
uent il demeure petit, à caufe que 
* les païfans les coupent lors qu'il eft 
' petit parmy les buiifons , & ne le 
laiftentpàs croiftre.il a l'efcorcc brune quafi comme celle de 
l'Aune. Ses fueiiles font grandes &. 16gues,dont il y en a plu- 
fleurs attachées à vne queue,vn peu roides,comme celles du 
Cormiendentclées à l'entour en façon de feie. Ses fleurs fonc 
blanches , attachées enfemble à mode de grappe de raifin , 
defquelles il fort des bayes rondes,qu'au comencement font 
verdes,puis après rougeaftres,&mal-plaifantes à manger. Il 
croift aux grandes Forefts.Pline met ceft arbre pour la qua- 
triefme efpece de Cormes-. On appelle , dit-il , la quatriefme 
efpece Cormier Torminal , a caufe que fon fruicl efl bon pour les 
trench ées^ue les Latins nomment Tormina.ll ri eft iamais fans 
fruicl:, toutefois fes frui&s font petits. Il eft différant des au- 
tres,&a lafueille quafi corne le Plane,Matthiol le tientpOur 
le Cormier fylueftre,& en dit,qu'il n'eft pas guieres différant 
d'auec le domeftique , finon pour raifon du fruict, qui croift 
par ombelles comme celuy du Sureau. Ses grains fontdc 
couleur de {âffran tirant fur le rouge femblables à ceux de l'Aubefpin , & quafi de mefme grof- 
feurr toutefois quant au gouft il eft quafi femblable à Celuy du Sotbier domeftique. Les païfans 

Je 




Ltt nmu 



L*ftmt> 



tèlieu. 

Liu.ié.c.aî. 



Lïa-ï. <fe 



Liu.j.ch.ié- 



Liu.é.ch.70. 



Le lieu. 



Lafirmt. 



Lu noms. 
Lfa.ij.ch.4. 
Liu.3. c. }Q. 



84 Liurelde FHiftoire des Plantes, 

Cormier Torminal, fylueflre de * c gardent pouf prendre les oifeaux en hyuer, d autant qjic 
Matth/oL los Grines en ibnt fort friandes. Or parce que nous en 

traitterons ey après en noftre Verger, U. en donnerons en- 
cor la deicription & l e pourtraict, nous y renuoyons le 
lecT:eur,où il le pourra voir en fou lieu. Dodon l'appelle 
Frefne de baufl & Orne. 

Du Cratagtts, CH AP. XXXI V. 

E s t arbre croift aux forefts efpefles , Se eft 
de moyenne hauteur : toutefois eftant replan- 
té aux iardins il y croift aifément. Son tronc 
_ eft reueftu d'vne efeorce lifle , blanchea- 
ltre. Il a les fueilles comme le Sureau aquatiqus, 
vn peu moindres, laites en façon d'vn pied doye. Il fait 
_ les fleurs blanches , pâlies , amaftées en grappe , quafî 
i comme le Sureau commun , lefquelles eftans tombées il y 
L croift des petites pommes blancheaftres, delagroffeurdes 
Ohues aftringeantes attgouft, comme les Neflies ; toute- 
fois elles ne font pas pleines au dedansde femence pierreu- 
fe , comme les Neffles ; mais ont de petits noyaux noirs, 
comme ceux qui font aux poires communes. Ses pom- 
mes deuiennent tendres en automne , &c alors ayant per- 
du leur afpreté, ont allez plaifant goulb Tragus eftime 
que c eft le Sorbier Torminal. Aucuns eftiment que c'eft 
ÏHypomelisàc Palladius. L'Hypomelis (dit Palladius) àfes 
pommes comme le Sorbier a qui croijfent fur l'arbre qui efl ds 





CratAgus deTheophrafle, SorbierTormind 
de Tragus ^ de MattbioL 



Cratagus de Tbeopbrafie , Sorbier 
Tormindde ^Mattbiol. 





moyenne hauteur , ey a les fleurs blanches. Ce fruiâ: a vne douceur meflée auec vn peu d'aigreur. Il 
aime les lieu :<. tempérez , qui font à Tabril , & mefmes les lieux maritimes & pierreux. Il craint la 
grande froidure. Or nous traitterons cy après de CHypomelis ou Amamelis plus amplement. Il eft 
bien vray-femblable que l'arbre qui eft icy pourtraid , foitle Craugus de Theophrafte , comme 
l'Àiîguilarâa eftiméjà quoy Matthiol contredit^ eftime que c'eft le Sorbier Torwinal fie en baille le 

pourcraiét 



Du Coudrier. Chap.XXXV. 8 s 

pourcraitet fous ce nom. Cratœgus , die Theophrafte, les autres Rappellent Crat&gon, a la faille com- . 
vie le Nefjflier, {qui eft t Aronia de Diofcoride, Se ÏAnthedon de Theophrafte :duquel feul il a def crit rK?rt. ai, i >. 
les fueilles, &: non des autres)n>;,^,(car il prend le mot uruvh aufli pour deferire la fueille d'^An- 
thedon)mais plus grande. plus large, çr plus longueur découpée tout de me fme .H arbre nejl pas fort haut iap ' * 
ny gros. Son bois ejl de diuerjes couleurs, jolide & taune. Son efeorce eji lijfs comme celle du Neffiier. Le 
pins fouuent il ne fait quvne racine .qui va bien auant en terre. Sonfruicl ejl rond, de la grojfeur d'vne 
cliuejequel ejl an t meur dément taune, tirant vn peu fur le noirci a le fie cr le gouft de la Neffle-.P ar~ 
quoy ilpourroit fembler que cejl vn Tiefflier fauuage.Ccs mots de Theophrafte expriment allez bien 
la plante qui eft icy peinte,laquelle'a la fueille corne le Neffier Jronien.Son bois eft blanc au dedans 
tirant fur leiaune. Son fruicl: a deux grains au dedans,qui fontfemblables à ceux d'vne Poire quant 
a la forme Se mefmes au gouft, qui toutefois font enclos dellbus le nombril , dans vne chofequi eft 
dure comme pierre:enquoy il participe de la nature de laNefrle , qui ala femence dure comme vn 
os: &; du Sorbier qui a la femence comme vne poire. Or il femble que Matthiol fe puifîe couurir 
par l'authorité de Pline,qui dit ainli:£c* Cormes de la quatriefme efpece Jont appellécs Torminales.pour tiu - I îC-ir. 
rétif on quelles fort bonnes a la c oli que. C ejl arbre nejl iamaisfansjruicJ, ( car il porte tous les ans , &: 
beaucoup)/? frurtf ejl fort petit. L'arbre ejl différant des autres Cormiers^yant qu a fi la fueille comme 
le Plane{c-iv il faut qu'ily ait Pêne. Se non Pla?te.qui fignifieroit du tout.ee qui ferok faux 3 veu qu'el- 
les font bien différentes du Plane.lZV) les vus "ny les autres ne portent point deuant trois ans. Caton 6r~ 
donne aajfide confire les Cormes en vin f»//.Mais il eft vray - femblable que Pline a eferit ces chofes 
somme à demy endormy:car il ne parle point ailleurs , ny du Sorbier fauuage , qui fans doute eft le 
Torminal,ny auffi du Cratxgns , qui font toutefois deux arbres , defquels les autheurs font fouuent 
mentiqm fînon en ce paffage là, où il eferit faullement que le Cratxgus de Theophrafte , qu'il appel- 
le CvatAogonus , eft î lyîquifoïia, des Italiens. Parquoy il s'eft peu facilement tromper, efcriuantà la Liu.i 7 .c,8. 
hafte, & félon ce qu'il en penfoit, des chofes qui font quafi de mefme faculté , Se qui ne font pas 
beaucoup différentes quant à leur forme: en appellant le Cratagus , Sorbier ou Cormier Torminal: u aczit 
Athénée, qui eft Vn autheur bien fameux, mais qui n'auoit pas grande cognoiflance des plantes, dit 
fans aucune raifon, que le CraUguskfk le Cerifier aigre, que Lucullus apporta le premier en Italie de 
la ville de Zephano ditte Cerafuns en la prouince de Pont , alléguant fur ce rhifloirc du Crataegus: 
ce qui peut eftre réfuté, mefmes par celle feule raifon, que les Cerifes eftant meures n'ont aucune- 
ment le gouft des Nefflcs, comme le Crataegus. Nous deferiuons le Crataegus Se le Cormier Tor- Liu *'**** 
minai en noftre Verger, où tu en pourras encore voir la deferiptioa Se le pourtrait. 

le Coudrier ou Nsfîtïer, CHAP. XX XV. 

E Coudrier , ou Noifetier eft appelle en £»»«»*» 
Grec xapua, ttovt.kj ; en Latin Nnx pon- 
ticafilueflris, Se Corylusi en Allemand 
Hafelîlranch. Quant au Noifetier do- 
mcflic/ue.nous en parlerons en fon lieu, 
Se de fon fruicl auiîî.Le Coudrier eft vn 
>arbre,ou le plus fouuent vn arbriheau, 
qui a la racine large &: qui s'efpanche ça & là, pleine de 
neuds,de laquelle il fort plufieurs troncs, donc les vns 
font hauts , gros Se bien branchus L'efcorcequi eft en de- 
hors , eft mince , grade , tachetée de blanc. La moelle 
eft petite Se iamie : les autres font longs , Se greffes , def- 
quels on fait des lignes à pefchcr, à caufe que leur bois eft: 
fouple , Se ne fe rompt pas. Leurs fueilles font frondes 
comme celles de l'Aune; mais plus larges ,eftans d'vn co- 
llé verdes-brunes, Se blancheaftres de l'autre , découpées à 
l'entour. Le Noifetier ne neurift point: mais il porte des 
châtrons en lieu de fleurs , lefquels tombent lors que les 
fueilles commencent à fortir, entre lefquelles fortent les 
Noifettes , qui font le plus fouuent trois ou quatre enfem- 
ble , Se quafi toutes couuertes d'vne coupelle verte, froncic 
au bout Se découpée, molle Se barbue , L'efcaille eft dore 
comme de bois , le noyau eft foliée Se couuert d'vne petite 
peau pallc ; en d'aucunes il eft long , Se en d'autres il eft 
rond. Il apparoit au milieu d'iceluy comme vn périt nom- 
bril reieué. Tragus eferic, que toutes les fortes de Noifetier font de petites fleurs rouges enuiron , 
le mois de Feurier , qui refemblcnt aux filets du fafîran deuant que les fueilles fortent , & lors que 
Tome premier. ** le* 





8 6 Li ure ï. de l'Hiftoire des Plantes, 

L un, - de ^ ch ^tons( que .quelques vn s diient faufîement eftre les fleurs du Coudrier ) deuierment iaunesv 
ïhiCuù, To " dla t les aeucs fneaphralle en ekrit ûnCuAucuns.àkAUfliment que le chefieje Coudner,& le 
Chaftagnierfleurffent , comme auffi le Pin , & la Pece. Les mitres font de contraire opinion , eJHmans 
qu'tl n'y en a point de cewc-cyquifieurijfennmù*, que les châtrons du Noyer, la moufle des Cheines, 
&c les châtrons de la Pece, font à proportion des figues vertes qui forcent au commencement du Fi- 
guier. Le Coudrier aime les lieux gras & humides,*: fe plaift aux taillis, & ne craint point le froid. 




■ grappe de la greffe... 
fendante a vne queue & graffe -.aucuns appellent cela des chattons. fis /ont compojez, de petites pièces, 
comme efcailles t arrangées comme celles des pommes de Pin , tellement qu'il Jontfortfmblables a vne 
noix de Pin noimelle, excepté que les chattons font plus longs, & a yjfigros a vn bout.qua l'autre. Ils croif- 
fent en hyuer, soutirent au commencement du printemfs.Ces e failles demennent iaunes,& croijfent en- 
viron de la longueur de trois doigts. Us tombent au printemps 1er s que les fuet lies frtent : & alors ilfe 
fait en leur place autant de coupe ttes qui font iointes enfemble , ejr attachées à vne queue, comme il y 
auoit de chattons,ejr en chacune de ces coupettes il y a vne Noifette. Voilà ce qu'en dit Thecphrafte. 
Utemts. Les Noifettes font meures au mois d'Aouft. Diofcoride dit, que les Noifettcs nuifent àf eftomach; 
x« w«« 41 ' toUî:ofois eftans pilées,&: prifes en breuuage en eau miellée elles guerifient la vieille touxrrofties &: 
beuës,auec vn peu de poyure,elles meuriflent les defluxions.Les cèdres d'icelles bradées auec graif- 
fe de porceau, ou d'ours font reuenïr le poil. L'on dit,que les efcailles bradées & incorporées auec 
huile,appliquées fur le deuant de la tefte des petits enfans,leur fonr deuenir les veux noirs , s'ils les 
Imre ,. de auoient pers.Ce que Cornanus aiîeure dauoir expérimente &treuué véritable. Galien dit , que les 
Diofcor. Noifettes ont plus de fubftance terreftre , &. froide, que les noix : auffi l'efcorce tant de l'arbre que 
fiïïjk ? " " du fruift eft plus afpre au gouft. Quant iru-refte , elles font femblables aux noix ; Simeon Sethi die 
qu'elles font chaudes & humides; mais qu'elles nourrifTent mieux que les noix ; font de plus dure 
digeftion, & engendrent des ventofitez. Et comme quelques vns veulent , elles nuifent au boyau 
qui eft toufioùrs vuide:& qu'elles font plus aifées à digérer, & referrent moins le ventre , fi on leur 
ode la petite peau qui les couurent. L'on dit que celuy qui en aura mangé auec de la Rue à ieun, ne 
pourra eftre oftencé par les morfu res de ferpens , ny par autre venin de tout ce iour là. Et mefmes 
que les feorpions s'enfuiront de luy. Elles feruent à ceux qui ont efté piquez par les feorpions, s'ils 
en mangent auec des figues feches. Elles font bonnes à l'acidité ou aigreur de l'orifice de l'eftomach, 
tiare i.c.g r caufée par l'humeur mélancolique. Tragus dit , que les Noifettes font contraires à l'eftomach , & 
aux inteftins menus , finguliercmentn'eftant pas encor du tout meures ; ce qui eft monftre'pas le 
vers de Macer: 

La Noifette a auc'm n'efl viande falut aire. 
Et mefmes l'expérience le conferme : car les enfans qui mangent des Noifettes au mois d'Aouft en 
Lmrei; de grande quantité,tombentaifément en vne dyfenterie.Car comme , ditMatthiol, elles augmentent 
Diorc.c.i 4 z. la cholere. Luy mefmes dit, que leur huile meurit fort bien les defluxions , & foulage les douleurs 
des iointuresifi on les en oingtrleur eicaille crue réduite en poudre menue, &; prinfe auec du vin ru- 
de au poids de deux dragmes,arrefte le flux de ventre, & les flux blancs des femmes. On dit toute- 
fois que la petite peau ou moelle rougeaftre qui eft attachée à l'efcaille par dedans , & enuironne le 
noyau , eft meilleure pour ceft effed. Plutarque a laiffé par eferit , que les feorpions n'entreront 
RueUîure i. P oint en la maifomen laquelle il y aura des Noifettes attachées au plancher.il ne faut pas icy oublier 
chap. n . ce que les païfans ont obferué,quc û vn ferpent eft frappé .d'vne verge ou bafton de Coudre, il de- 
meure tout eftourdi , &c en fin il meurt pluftoft eftant frappé d'vne verge de Coudre que non pas 
d'vne autre, à caufe qu'eftant fou pie elle embraife mieux le ferpent en quelque endroit qu'elle le 
touche, &: par ainfi luy rompt l'efchine, par ce moyen le ferpent priué de fon mouuemenr naturel, 
ne s'en peut fuir, &: meurt peu après, tant de douleur que de faim. 

De l'Arbre du Raifin, ou Piftache fauuage, ÇHAV., XXXVh 

JlMP J^^^^S^Sl ^ T T E P^ ante ' comme auflî plufieurs autres arbres fauuages , n'eft quel- 
le, noms. ^^^^S^xî^S quefois qu'vn arbruTeau. Aucuns eftiment que ce foit le Staphyloden- 
l jure ï de ^^ ^^^L^m^^^^ àron , de Pline. Matthiol eferit , qu'en quelques lieux on appelle Pijlaches 
Liu.iV. 'IV'. m Ù^^^^^^^w^ f ama £ es ^ cs fai&s d'vn arbre , que Pline appelle Staphylodendron , com- 
Sarkum. J\ f^3^^^S^J bien qu'ils n'ayentny la forme, ny le gouft des Piftaches. v Scaliger le met 
d'Alto'"" mNKJ^^R* ^^â aU nom ^ rc d £S Piftaches. Tragus l'appelle Nux Veflcaria , & Follicula- 
Liu.'.c.KS. '^fto^SlÉS^C? r * s - Dodon dit qu'aucuns l'appellent Piflache des 4llemam^ & que le? 
^LatrmT' f^^ ^^j^^ ^J Allemans appellent fon fruià: , Timpernufzle. Gefnerus dit , qu'il y a 
5#*«80» è 0wk&*^ j es l ta liens qui l'appellent comme auffi à Rome, Sambucus valida. An- 

guillara l'appelle Albero de l'vua &:en d'aucuns lieux Pijlaào faluaficho. Ceft vn petit abre, 

qui 



Lia-i-cSj. 



Del'Albour. Chap. XXXVII. 87 

V arbre m ra'ifîn , ou Viftacbe 4 ui â les fueilles comme le Sureau ; mais plus vertes , &: 
f aut tage. P lus ten(ircs - u faic enuiron le mois de May des fleurs blail- 

J ches, rondes, de plufieurs fortes, qui font quelquefois trois 

ou quatre enfemble , & en fin f# changent en des veflies 
creufesydans lefquelles lors qu'elles font meures en Au- 
tomne il y a deux ou trois petites Noifcttes \ faite à mode 
d'vn pois ciche, mais plus grottes , & dans icelles il y a des 
noyaux tirans fur le verd , qui font doux au gouft, mais 
font enuie de vomir. Pline dit , qu'au delà les Alpes il y a 
vn arbre ayant le bois femblable à l'Erable blanc , qui s'ap- 
pelle Staphylodendron. Il porte des gouttes , & dans icelles 
des noyaux qui ont le gouft des Noifetes. Defquels mots 
de Pline il appert, que cela eft faux que plufieurs main- 
tiennent , que le Staphylodendron de Pime eft la Colytea de 
Theophrafte , qui a la fueille comme le Saux, &c eft fort 
brancliue, & eft vn grand arbre , qui porte fon fruid dans 
des gouffes,come les legumcs,quifont larges,&: non eftroi- 
tes. Le fruid qui eft enclos dans icelles , eft petit , & allez 
dur,& y en a peu eu efgard à la grandeur de la goutte. Tou- 
tes ces marques font différentes du Staphylodendron de Pli- 
ne. Mais y dit Tragus, veu que Pline dit,que le Staphyloden- 
dr on for te rdes gcttjfes, & cêft arbre icy porte desvejfîes, te ne 
fcay comme ils £ appelle t St ■ aphylodendron-,finon que peut ejlre 
ils appellent les vejfies^gonJJ'es. Scaliger a deferit ce mefme V ure >' ** e 
arbre fort clairement difant: Chezmos Iefuates il y a vn " " c I+ *" 
arbre, duquel fi on plante vne branche, elle croift en vn in- 
ftant, ôc reiettant parle pied, fait plufieurs reietons autour 
de foy. II a fort peu de neuds , & auffi peu qu'aucun autre 
%ie ce foie Sa fueille eft comme celle de l'Oliuier, iimple , & fort approchant desfueilles de Saux. 
Iliette des gouttes par les branches , comme celles du Baguenaudier % mais qui font dures. Dans 
^celles il y a deux ou trois grains bons à manger , ayans la nature , la couleur , &; le gouft des Pifta- 
ches ; mais ils font plus ronds. Parquoy ne cognoiflant point l'arbre qui porte les Piftaches , après 
auoir mangé du fruid de ceft arbre , ie ne fais aucune doute de le mettre pour vne efpece de Pifta- 
ches. La Noix ve fie aire , dit Tragus , croift aijement en quelque lieu quelle [oit fiant ée. Or on peut 
planter fes noyaux, ou bien fes petites branches , ou reiettons, qui fortent tous les ans de fa racine, 
-comme auffi au Coignier, ou Coudrier. On peut arracher ces reiettons en l'Automne , ou au com- 
mencement du printemps , & les planter ailleurs. Il croift ( dit Gefnèrus) en nos quartiers defon 
bon gré parmy les buiftbns ; toutesfois il s'en treuue peu, & fernble qu'il ayme les lieux humides. Il ^^ iu âu 
s'en treuue d'auantage aux enuirons d'Arouia , comme iay entendu, De fes noyaux on en fait des 
Patenoftres ou chappelcts. 




De tAlbour, ou Aulbour> 



CHA?. XXXVll 




Este plante n'eft qu'vn arbrifleau,qui croift en façon d'arbre,comme dit Au^S-fur 
Solerius en traittant du Cytifus,qui a trois ou quatre coudées de hauteur. Aët, 
Son tronc n'eft pas fort gros. Ses branches s efpandent deçà Sl delà. Quel- 
quefois ce n'eft qu'vn arbrifleau (pource qu'on le coupe fouuent, & reiette 
par le pied corne le Coudrier)& fait vne infinité de reiettons d'vne mefme 
racine, qui font longs, droits, &: verds-blancheailres,comme les verges de 
Saulx,defqucls les fueilles fortët par certains interualles,trois à trois,at'ta- 
chées à vne longue queuè',qui femblent les fueilles de Saulx/vnies, verdes 
' par defîus , &: blancheaftres par deftous. Auprès des queues desfueilles il 
fort des fleurs iaunes corne celles du Geneft,ou des chouxrqui pendent à des queues longues,^; qui - 
ne font pas efgales.Ses bouquets ainfi garnis de fleurs ont quelquefois vne coudée delogdes Abeil- 
les n'étaftet point. Apres que les fueilles font tobées,il fort c5me de pentes cornes ou goufTes,c6me 
celles des pois de Iardin ; mais plus plattes &: mal-aifées à rompre : au bout du dedans defquelles,ÔC 
d'autrefois au milieu,y a vne feméce grotte corne vnelentillc,ronde en fa largeumnais vn peu creu- 
fe à l'endroit par lequel elle eft attachée à fa goutte, faite en façon de roignon. Elle eft verte au co- 
mencementauant que d'eftre meure, après qu'elle eft meure elle eft de diueifes couleurs,dure & fi 
polie qu elle en reluit. Il fleurit au mois de May,& au commencement du mois de Iuin, puis il fait tetew 
petit à petit fes gouttes durant l'efté: en fin elles deuiennentdures,quand les raifins fe meurittent, 

Hz U 



Liu.i6.c.i 8 



Le lieu. 



Liu.j.c.149 
de Diofc. 



La forme. 




La firme. 
T.t temfu 
Matthiol.au 
mefljeH. 



8 8 Lime I. de l'Hiftoire. des Plantes, 

VÂlbotir^ou Aulbour* & ont Pp$ ort >ll8nt meutes furie commencement de :, : > 

ptembre. Dalechamp eftime que ce {bit icy le Labumum 
de Pline : qui en ditainfi, Il y a vn arbre km Alpes qriir/c/ï 
fnsfort cogne u , q„i a [ e foj s £ nr | £ y imc . ^ p H Z ^ m 

coudée de long , que les abeilles ne touche point. Ce qui con- 
uient fort bien auccla plante, qui etticy peinte, de laquel- 
le les païfans qui habitent aux montagnes en difent tout 
de raefme , Elle croift aux Alpes , & quaii en toutes les 
montagnes de Dauphiné,& de Sauoye,& aux terres qu'on 
appelle Neufues ; parmy les lieux boccagers, Se ombra- 
geux; mais le plus fcuuenten lieux fecs, quelquefois àufli 
aux humides. Les habirans defdits lieux corrompans le 
motX^*r»«w,l'appcllent Albour, Se Aulbour. Son bois en: 
fort dur , Se bon pour faire des paulx ; mais contraire aux 
abeilles. Matthioi eftime, que ceft arbre foit f Anagyris de 
Diofcoride, affauoirla première efpece, qui eft la grande; 
qui croift en abondance en la Pouille & en la campagne de 
Rome, entre Terracine &Fundi, près de la mer ; dont les 
fueillcs approchent fort de celles de la plante Chafte. La 
fleur efl: comme celle du chou, grappue;fon fruict cil fem* 
blable au Phafcol, enclos dans des gonfles , plus larges Se 
plus courtes , Se eft rouge, & fi tres-durque mefmes e.ftanc 
trempe en l'eau il ne s'amollift point. Mais fAnagyriMc 
Diofcoride eft vnarbrifleau fort puant : Se les fueillcs de 
f® ^^ ^k noftre ^«<W/ny au (nies fleurs ne font point puantes. La 

femence del' Anagyris eft en des gonfles longues, 8c celles 
de f Aulbour font courtes : mefmes il a les fucilles plus grandes , Se plus larges que l'Anagyris 
comme ilfe verra en la defeription de l'Anagyris D'auantage il n'y a perfonne qui ait dit de l'Ana- 
gyris ce qui a efté cy deiTus dit du Laburnum; aflfauoir qu'il croift au Alpes , que fon bois eft dm ; 
& propre à faire des paulx, Se que les abeilles ne touchent point fa fleur.Or Pline luy attribwe ton - 
tes les qualitez. Ce qui tefmoigne , que l'arbre qui eft icy peint n eft pas l'Anagyris ; mais le Labur- 
num. Cordus & Gefncrus pour auoit efté de celte opinion fon repris par Matthioi; dï fane , que 
Pline eferit que le bois du Laburnum eft blanc, non pas noir au milieu, Se iaune auprès de l'cfcorcc 
en façon du bois de Guayae, & comme eft le bois d'Eghelus. Dauantage l'Eghelus eft vn arbre 

quai! cogneu de rous,d'autant qu il s'entreuue par toutes* 
forefts , non incogneu à vn chacun , comme Pline dit du 
Labume.Qui plus eft,les fleurs de lEgheîo qui pendent de 
l'arbre comme n* c'eftoient branches , ne font point plus 
longues d'vnc paume : Se Pline dit , que celles du Lïibur- 
num ont vue coudée de longueur.Finalemcnt l'expérience 
monftre , que les abeilles mangent bien des fleurs de l'E- 
ghelo. Toutcecy ne fuffit pas pour renuerfer noftre opi- 
nion : car Matthioi prend icy pour le Labumum , la plante 
qu'il met pour la féconde efpece,ou bie le petit Anîtgyrîs, 
que les païfans des enuirons de Trente appellent Bghelo. 
Mais nous prennons pour le Labumum , comme fait aufll 
Gefnerus, ce que Matthioi met pour la première efpece 
d'Anagyris,ainfî que la figure le monftre,&: que nous auos 
ditcy deuant:d'autant que tout ce que nous en auons dit, 
luy conuient fort bien,non pas ce qu'il cfcrit.de fon fécond 
ou plus petit Anagyris. Que iifuyuant l'opinion de Gefne- 
rus Se la noftre,l'arbre qui eft icipeint.& que Matthioi mec 
pour le premier Anagyris , eft le Laburnum de Pline ; nous 
pourrons bien au Ai dire, que celuy que Matthioi appelle 
An agyris fécond, eft vne féconde efpece de Labumum, v eu 
qu'il croift aux mefmes lieux,a"lcs fueilles Se leur difpoiî- 
tion toute femblable ; les mefmes vertus , Se le bois auflt 
bien dur. Il produit yne fleur qu'il fait bon voir aux mon- 
tagnes au mois de May Se de luin. 11 a la fleur iaune com- 
me le premier Anagyris , ou noftre Laburnum. Sa fueille 
n'eft point puante,ny de mauuais gouft,quafi comme celle 

du Tréfile 



Second Auihour. 




Du Bois .puant Chap.XXXVIIÏ. 89 

du Trefr)e des prés. Il porte des petites cornes » comme celtes dw Geneft , dans iefqUciJes eft là fe- 
menec , auffi de la grofleur de celle du Geneft , mais longue Comme vn Phaiiol > & noitaftre. Que 
û les pafteurs fans y penfer ,oula cognoiftre en mangent , comme ils mangent d*autres légumes, 
elle les fait vomir de telle façon > que Matthiol afletire d'en auoir Veu qui vomiffoient iufques ait 
fang. Le bois de cefte plante eft: tref-dur, iaune au dehors comme Guayac , & noir au dedans'. Il 
dure long-temps fans fe pourrir ■> pourec les vignerons en font des efchalats pour les vignes" , qu'ils 
difent eftre les meilleurs de tous. On en fait aufli des arcs fort roides. Toute la vallée d'Ananie, 
& le terroir des enuirons de Trente font pleins de cefte plante. SoJéritis afîèure que l'efeorce de t A a *£ ° ' 
l'Albour des Alpes fechée & mile en poudre , il on en prend enuiron vne dragme plus ou moins, 
dans quelque liqueur que Ce foit, purge tresfort * mais en diuerfes façons : car fi on l'efeorce de 
bas en haut elle fera vomir , &: l'efeorfant du haut en bas , elle purgera fort bien par délions. Or 
fi quelqu'vn veut eftre opiniaftre à fuiure l'opinion de Matthiol , pour le moins il faudra qu'il m'ac* 
corde parraifon, que le premier Laburnum eftl'Anagyris des Alpes, ô£ peut eftre que le fécond en 
cil auiîi vne efpecc» 



Du Boù puant) 



tu A?, XXXPllt 




comme vn arbre , qu 



' A N a G y r ï s des Latins eu: âppellée en Gttcdvâyvç/ç'M dvdyvf<&* ! en Lfa|i- tei nmii 

çois , Bois puant : en Italien , Anagyri. Ceux d'Arles le nomment Tudis. .Ç.'eft 

vne petite plante ou arbrifteail , qui a petites branches j defquelles lesfucilles 

fortent trois à trois , femblablcs à ecles de l'arbre Chafte : les fleursteunes 2£ 

pâlies comme celles du chou , aptes lefquelles ils croift des goufies longues* 

^ auec vne femenec au dedans , dure &â plate comme les Phafiols 3 mais moin-* 

^ dre. Toute la plante eft fort puante. Selon Diofcoride t Anagyris eft vne plante Llu - ' ;e: * 4 ^ 

s qui fent fort mal , ayant les fueilles de l'arbre Chafte , & les branches auflî , 8£ 



Anagjrls de Dodon. 



Fray AnAgyrù <£ 'Arles* 





ks fleurs de chou. Il fait faiemence dans des petites cornes , à demy ronde , dure & de diuerfes lUifMi 
couleurs, de la forme d'vn roignon , laquelle s'endurcift quand le ràifin le fait meur, L Anagyns de 
Pline, qu aucuns appellent Acofon , eft vn arbriileau puant , qui a la fleur du chou, & fait fa iemen- 
ce en des petits cornets longs , faite en façon de roignon , qui s'endurcit par moiffons, En quoy 
il s'accorde auec Diofcoride : car il n'y a pas grande différence, foit que là femence s endurcifl e au 
temps des moiffons , ou lors que le taîfin meurit. Dont il appert que c'eft icy le vray ^intgyrts, 
qmeftfipuant 5 queienecroypascm'ilyaitperfonnequi le voyant ne le perfuade incontinent, 
que ce foie l'Amgyris , veu mefmes qu'il a ks mefmes marques que Diofcoride & Pline luy attri- 
Tome Premier. H * bueïît * 



Au c.149. 
du 3 Heu. 
A* chap. 
précèdent. 
Le Lieu. 
Lg temps. 
Les vertus. 
Liu.j.c 13 



Liu.6. des 

fimpl. 



90 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

attribuent , Se que nous auons dit cy deflus. De là vient le prouerbe Latin Anagyr'm mouere , de 
, ceux qui. fe pourchaflent eux mcfme le mal , faifans que quelqu' va s'irrite contre eux. Il y en a 
aufli , qui pour eefte mcfme raifoneftiment que Plaute l'appelle Nautea : mais ils n'ont point d'au- 
theur qui race pour eux. Or Feftus efcrit : que Nautea eft vn herbe puante,de laquelle les Tanneurs 
fe feruent , qui a prias fon nom de Nauis , comme qui diroit Naujea. Matthiol a pourtraift deux . 
autres efpeces d'Anagyris, que nous auons monftré cy deflus n'eitre point efpcces à'Amgym^ mais 
de Laburnum. L' Anagyris croift aux lieux non cultiuez , & marefeageux auprès d'Arles, d'où a efté 
apportée la plante fur laquelle nous auons fait tailler la figure au vif. Elle fleurit en Amil & en 
9 ' May ; 8c fait fon fruiâ en Septembre , & le parfait en automne. Ses fueilles tendres pilées , félon 
Diofcoride , guerifîent les enfleures 8c les empefehent de croiftre cftans appliquées deflus. Si l'en- 
fant ne veut fortir , ou que 1 arriere-faix , ou les menftrues foient arrêtiez ,iî en faut boire au poids 
d'vne dragme en vin cuit. On les attache aux femmes qui enfantent auec trauail , mais il les faut 
ofter incontinent qu'elles font accouchées. L'efeorce de la racine cft bonne où il effc befoin de meu- 
rir 8c refoudre. La graine mafehée fait fort vomir. Voilà ce qu'en dit Diofcoride. Or Ruel a traduit 
ces mots : l'efeorce de la racine, &c. autrement que ne porte le texte Grec : rq$ â çfy ^t/Asç JîaCp-e- 
fèi Kj QKvîosret ; c'eft à dire, Le fuc de la racine rej'out ér meurït. Pline dit, que ton applique les fueilles 
fur les enfleures , ejr qu'on les attache aux femmes qui endurent de la peine au trauail d'enfant : mais 
qu'il le s faut ofter incontinent quelles font accouchées, gue fi V enfant e fiant mort ne veut fortir \ou que 
Catriere-faix,ou les menftrues foient retenu^, il en faut boire au poids d'vne dragme en du vin cuit. On 
en done aujfiauec du vin vieil a ceux qui ont difficulté d'haleine^ qui ont efté mordus par les Ph&lœges. 
L'onfe fert de la racine pour dijjoudre ,& meurir. Lafieme?ice mafehée fait vomir. En ces mors Pline 
eu en partie d'accord auec Diofcoride , 8c en partie luy cft aufli contraire. Car Pline dit,que la ra- 
cine refout ; 8c Diofcoride dit , que c'eft le fuc de la racine. Galien 8c Oribaze difent, que c'eft l'c- 
feorce de la racine. Sinon que quelqu'vn vueille dire , que ce que Pline dit Amplement de la raci- 
ne , Galien l'a dit de l'efeorce de la racine , 8c que peut eftre fauclroit il lire en Diofcoride : l'efeorce 
de la racine ; &C non pas Je fuc de la racine.Msiis ce qui s'enfuit eft bien de plus grande importance. 
Là où Pline , dit qu'on donne les fueilles en du vin vieil contre les morfurcs des phalanges : Dio- 
fcoride dit, pour la douleur de te (le dans du vin. Tellement que Pline a mis le mot ÇaXayyluv pour 
le mot Kè(pciAco\yïcui : ou vrayement il faut lire en Diofcoride cpet^uyyla , au lieu de KiÇaKctAylctv : ce 
qui eft plus vray-femblable. Car comme peut il eftre, que les fueilles de l'Anagyris qui font acres, 
& ont vne vertu d'efchaufïer 8c atténuer , puiffent feruir à la douleur de tefte ? Et de fait, il eft 
plus aifé à croire , que le mot xttyaXctAyU ait efté mis en Diofcoride au lieu de r phalangia ; que 




LxfiX-me. 
L1U.7.C.I14. 



Aurcef.lieu. 
Enabl. m. 



Diofc. 




ment les enfleures , ejr eft ans fichées elles ont vertu de refondre ejr efchaujfer. L'efeorce de la racine a 
quafi les me fines vertus : mais lafemence eft de plus fubtiles parties : ejp fuit vomir. Oribaze en dit 
tout autant. 

3u Roux, ou Rhus, CHaP. XX X 1 X. 

TesnomL Sft» 5§^£ ffSsiffffi Ippocrate appelle cefte plante fâç , 8c fief , pource que fa femence 
30 &£: H ! I ^ e ^ ^ e cou ^ eur d'ef carlate : car çovs lignifie rouge. De là eft venu le mot La- 
Lju.14.cu. èjj JiyPj^fifl M tin Rujfus:8c le mot François Roux. Les Latins, ainfi que dit Pline, n,e 

^ luy ont point donné de nom,encor qu'on s'en férue en diuers vfages : 
gj* mais retiennent le nom Grec , l'appellent rRhus ou nhos. Toutefois Gaza 
( comme il eft trop hardy ) le traduit Fluida , eftimant que ce nom vienne 
de fta , qui lignifie couler. Les Arabes la nomment Sumach , ^Adurion x 
Qlosbar SadiîUcos , ou <t\ofaidicos : les Italiens Rhu , &: Sumacho : les Efpa- 
gnols Sumach ,8cSumagro : les Allemans Gerberbaum. C'eft vn petit ar- 
brilîeau , de la hauteur d'vn homme , ou enuiron de deux coudées , ainfi que dit Diofcoride. Il a 
plusieurs branches , les fueilles longues, rougcaftres,difpofées deux à deux vis à vis l'vne de l'autre, 
& dentelées à l'entour , comme celles de l'Yeufe : car Diofcoride dit, -n?V ts&^ ctTir^^a. 
vêtvoetJmç. Ruel 8c Marcel ont oublié ce dernier mot en la traduction : dequoy Matthiol dit , qu'il 
du i.ïiuieie cn e ^ esbahy , vçu qu'Oribazius mefme l'y adioufte , 8c aufli queles fueilles du Roux retirent fort 
bien a celles de 1 Yeufe. Cornarius le traduit , entailles a l'entour comme vnefeie , & n'eftime pa? 
qu'il y ait &êtvoeJt*ç c'eft à dire , en façon d'Teufè ; mais wpamostJuç , c'eft à dire , comme vnefeie. Son 
fruict relemblfc à des petits raifins" , eftant fort efpez, de la groflfeur de celuy du Terebinthe , vn peu 
large , duquel la peau ou efeorce eft grandement vtile : car aux communs exemplaires de Diofco- 
ride il y a : dont l'efeorce de deffius ou la peau eft fort vtile : au lieu que Cornarius lit inutile, tradui- 
ainfï ; duquel la peau qui l'enuironne eft inutile : car , dit-il, Diofcoride n'en donne point fvfage 
ut ce qui s'enfuit après. Theophrafte traitte de cefte plante comme s'enfuit ; Entrée les Roux, 

ïvn 



fant 
€n tout 



DuRoux. Chap. XXXIX. 91. 



Le Roux. 




ïvn efi mafie^érl 'autre femelle:cefie-cy efifierile\mais le mafiè tî*« 5. «fe 
forte jruiff,é' napasjés bmches droites^ny groJfes.il a la f aile 
femblable a l'Ormeimais petite, vnpeu longuette & velue (car 
Pline traduit ainfî éa-ialW, & Gaza le uzduit, vnpeu e fi c jfe- ) fei*ii«th.<i 
Les fueilles Jortent des branches nouuelles par les cofiez, deux a 
deux édifiâtes ejgalemet tvne de V autre. Les Tanneurs s'en fer* 
uet à coroyer les peaux blaches.La fleur ejl blache en grappe de 
raifin,ronde,& velue comme celle du raifin.Lafieur ejlant tom* 
bée le fuie! efl rouge aftre i é' comme fie efioit plufieurs lentilles 
entafees,cjr petit essayât auffi figure de raifm.En ce fruit! il y a 
vne chofe dure corne d'os y quiJert en medecine^qui s'appelle auffi 
Rhu ; qui s 'ej coule deçà &dela,lors quonpajfe la grappe. Or on 
la pajfe pour auoir le ius,qui ejl bo pour faire desfaujfes aux via- 
des,a caufe defon aigreur , ey pour ce auffi on l'appelle Rhu det 
viandes. La racine va rempant par de (fus terre, & ejl fort fim- 
ple:auffi l'arbrv ejl bien aise' d'arracher auec toute fa racine. Le 
bois n a point de moelle & e fiant coupé 'ne fe pourrifi point. Il 
cr.oift en tous lieux , mais il s'aime aux terres erâfles & argil- 
leufes. Voila cequ'enditTheophrafte,oùiiy a quelques fau- 
pL tes aux communs exemplaires , que nous auons accommoda 
tsy ^ e ce ^ e f a Ç on I e mieux que nous anos peu:& ii nous -n auons 
bien exprimé cous Tes mots , le le&eur doit prendre en bonne 
part ce que nous auons ta fc hé de les mettre au net. Pline ne Liu.j.eh.tf. 
les a pas tous traduits, partant par deffus ce qui luy a femblé 
eftre obfcur:Z<? Roux mafie, dit-il, porte fiuicl^é' la femelle efi 
flerile. Ils ont les fueilles comme l'Orme, vn peu plus longues ejr 
velues. Les queues des fueilles font toujours l'vne vis a vis de 
l'autre. Les branches font grefles & court es. On en ac confire les peaux blanche s. La femence efi. corne vne 
lentille -.elle deuient rouge auec le raifin. Ce qùon appelle Rhus efl bon en médecine. Et en vn autre en- 
droit il feinble que Pline mette trois forte de Rhus:car,dk-il,ily a auffivne herbe, qui a les fueilles co- Liu.z4.c1 x* 
le Myrthe,& le tronc court, laque lie efi bonne contre les venins e^les vers. Il y a auffîvn ar briffe au du- 
quel on vfe pour ajfaiter les cuirs .Il efi rouge aflre ,d\me coude'e de haut, de la groffeur d'vn doigt. Les af- 
faitteurs de cuirs fe feruet de Jes fueilles J'eches^en lieu d 'e force de Grenade. Et vnpeu après: j9«/Sf au 
Rhus,que les Grecs appellet Erythros,cefi vn arbrijfeav^àont la graine efi afiringeate,ejr refiigeratiue, 
Elle J'ert de fiel fur les viandes.Elle lafche le ventre,& d'one bon goujl a toute chair mefie'e auec le Sil- 
phion. Auquel partage il femble que Pline fe foit trompé,efcriuant à part de ccîuy des arfaitteurs, ôc Luire r. <& 
lefaifant différant d'auec celuy duquel les anciens vfoient parmy les viandes. Car combien que les Dlo{ f oï - c ™ 
Medecins,& principalement Galien en diu ers lieu x,& entre les autres aux liures des médicaments 
des parties , mette plufieurs noms de Rhus , l'appellant Siriaque,Vontique,Rhu des viandes, des Tan* 
neurs^ouge : ce n'efl pas toutefois à dire j que cefoient noms de plantes de diuerfe efpece , veu qu'il 
n'y en a qu'vne efpece , que Diofcoride a deferit. Mais il faut noter que le Rhm des viandes n'eft 
autre chofe, que la femence de la plante : & le Rhus des Tanneurs {e prend pour les fueilles & bran- 
ches de la mefme plante. Galien dit , que les Tanneurs fe feruent du Rhus , pour arfaitter les cuirs, iiurc g. d<*s 
&: que pour cefte caufe on l'appelle Coriaria. Or les Médecins fe feruent principalement du fraict fim P L 
6c du fuc , qui font d'vne qualité fort afpre. On appelle <T{hus rouge fa femence , qui n'eft pas en* 
cor meure , laquelle eft beaucoup plus aftringeante , qu'après qu'elle eft meure , &: a l'es grains vn 
peu noiraftres. Elle s'appelle Syriaque , &: PontiqueSelon les régions où elle croift, comme auflî on 
lapourroit appellera Efi agne,&c d'Italie. MaisCornarius dit, que Pline n'a point failly, & corrige EihbLizhàn 
ce partage fur vn vieil exemplaire eferit à la main : auquel après auoir traitté du Rhus des Tanneurs *-.*P dc 
il adioufte quant &: quant : le Rhus qui efi appelle Erithos, eft lajemence de cet arbrijfeau. Elle a vne 
vertu aslringeante & rejrige ratine. On en met en lieu de Je l fur les viades,qnad on a le flux de ventre: 
elle rend toute forte de chair p lus fauoureufe en la méfiant auec du Silphion.Qu.a.t aux mots de Théo* 
phrafte on ne fçauroit conelurre par iceux, que le Rhus des viandes foit différant d'auec le Rhus des 
Tarmeurs, Car les ayant diftingué en marte &: femelle > il dit, que l'vn & l'autre feruent à conroyer 
les cuirs. C'eft donc à bon droit que Fuchfe doit eftre repris , de ce qu'a v yant mis deux efpeces de Matthidi a« 
Rhus, l'vn appelle ^*y«^/>o\ c'eft à dire, de cuifine ; l'autre Qvpe-oÂ^w, c'eft à dire, des Tanneurs, il y^ e e J s 
adioufte , que Galien , Nicolas Mirepfus , &£ les autres font mention d'vn autre Rhus Syriaque , qui comm. med, 
eft différant des deux autres, &: eft le fuc d'vn petit arbre qui croift en Syrie. Mais le Rhus Syriaque, ^ d - c 6 ^ s 
comme Cornarius la bien remarqué, n'eft autre chofe que le Rhus, c\\\i croift en Syrie. Et le fuc du parc. 
Rhus, que l'on apporte de Syrie, eft la mefme chofe, que le Rhus de cuifine,&: des Tanneurs, mais £j«j» J^ 3 
il eft appelle Syriaque, à caufe qu'il s'en faifoit grande quantité en Syrie, comme il appert par les parCa 

H 4 mots 



92 Liurel. de l'Hiftoire des Plantes, 

mets de Pline,qui dit,que la femence du Rhos (qui eft vneplant» croiflant cri Syrie, de laquelle an 
affaitte les cuirs) laquelle s'appelle atifli Rhus, eft bien neceffaire en lamedicine.Finalemcnt Paulus 
Liure 7 . a déclaré en peu de paroles, que le Rhus des via&des, ou rouge, ou (le cuifine, & le Rhns des Tanneurs 
eft vne mefme plante, difant aïnfv.lefiaiffé' le foc du Rhus que les Médecins appellent Rhus des 
«M"!!*' Hu 'a T (mneurs ->f ont de grand vfage en la médecine : car ils refiraignent enfichent au troifiefme dégrever 
difci P ! nnC ' refroidiffent au fécond. Ceux là donc faillent lourdement, qui difent, que Celle par Rhos Syriaque a 
entendu la Manne,opâ eft vn médicament qui lafche legiercmét le ventre,quc l'on apportede Sy- 
lu '* ,e ,13 ' rie : veu que le n{hus Syriaque preft autre chofe,que l'Erithros ou Rhus rouge ou des Tanneurs:lc qu'il 
ne faut pas lire en Celfe Ros,fnùs Rhos,ou Rhus Sj/riaque,cotnc auffi en Columcle il ne faut pas lire 
Rorem Sutorium-.maïs Rhoené Syriacamîvcu. que les Latins feferuent aulTi bien du mot Sy riaque, co- 
rne les Grecs:car il ne faut pas penfer qu'il aittreuué vn nom nouueau l'appellant Sutoriu m, à caufe 
Lk.Ti.c41. que les Cordonniers &: Tanneurs s'en feruoient, comme aucuns ont mal perifé. Il ne faut pas auili 
liure 6. des li r c vn peu a.prcs 3 r Rpfmarinum,commc il y a en ceux qui font nouucllement imprimez. Et le mefme 
ra îc.dcs Coi urnc i c en vn autre pailage, en vne confection qu'il fait des coings , y mefle neuf onces de R bus 
Syriaque pilé èc criblé, duquel Galien mefme vfe en fcmblables compoiîtions.Marcellus Médecin 
toutefois fait mention d'vn Rhus marin, ou Rhns Oriental , qu'il ordonne de boire à ceux qui ont la 
dyfenterie pilé en du vin, comme aulîi on pourroit bien lire en Columele Rhoem marwum.te non 
pas Rorem.M eft bien auffi vray-femblable que le Rhus s'eft acquis tant de diuers noms à caufe des 
me Jic.'des diuers lieux où il croift,veu que Damocrates fait mention d'vn Rhus Eupatorica & Pontica.Diofcon- 
par. de dit,que le Rhus croift en lieux pierreux. Matthiol dit , qu'il croift en Italie en plufieurs lieux du 

Li'ure* de m ont Appennin , aufquels on conroye les peaux des boucs &c des cheures auec fes fueilles feches, 
Diofc.c.114. qu'ils appellent communément Somachi. Anciennement on en mettoit fur les viandes en lieu de Ici, 
Li». 14 . en. comm e piine le Diofcoride l'ont efetit. Ce que Matthiol &: plufieurs autres entendent , qu'il s'en 
Embl.ru. feruoient eu lieu de fel,comme'ils difent que ceux d'Egypte & de Syrie en vfoient. Aufquels lieux il 
Diofco^ croiu: d'excellent Rhus : & qu'encor auiourd'huy ils s'en feruent ainil Mais Cornarius dit, qu'il ne 
peut pas bien comprendre,!! l'on fe fcruoitde celle femence là en lieux de fel:car il eftime que Ton 
en mettoïc feulement fur les viandes de ceux qui auoient le ventre trop lafche,fingulierement aux 
cœliaques &: dyfenteriques , pour reftraindremon pas en lieu de fermais auec du fel, côme ceux de 
Saxequafi en toutes leurs viandes méfient de la groiTe farine d'auoine,qu'il s appellent Gorte, auec 
le fel. Diofcoride efcrit,quele Rhus 2. les proprietez qui s'enfuyuent en la médecine. Les fueilles,à\t- 
il, ont vne vertu aftringeante , & font le mefme ejfecJ que l'Acacia. La decoclion noircifi les cheueux. 
On en met aux" clyfieres des dyfinterics, ejr leur en baille on a boire. On en dégoutte dans le sor cilles qui 
ietunt fange. Les fueilles me fées auec du vinaigre & rniel,arreflent les Gangrenés, &les apof urnes, 
qui viennent au bout des ongles. Des fueilles feches cuites en te au iufqua tant que le tout fit eftefy co- 
rne miel,on en fait vn médicament, qui a les mefme s vertus que le Lycium. La femence fait les mefme s 
effefts.On en met fur les viandes des dyfinterics & cœliaques. Elle garde d'inflammation les r impur es 
des os, le s meuririffeures & efiorcheures, appliquée de (fus me fée en eau. Elle nettoyé les affrétez, de la 
langue ; arrejle le flux blanc des femmes -.guérit les Hemorroides,J>ilée auec du charbon de chefne & 
appliquée deffus. L'eau en laquelle la femence aura trempé, e fiant cuite s'efiejjit, & fi prend, & a plus 
d'efficace que la femence me fines. Il croift vne gomme fur ce fi arbre, laque lie mife dans le creux des défis 
appaife la douleur. GaMcn dit,quc le Rhus eft vn arbriiîeau,qui reftraint & deiTeche:car les Tâneurs 
liure s. des en vfent pour deflecher & referrer les cuirs : c'eft pourquoy on l'appelle Rhus des Tanneurs. Or les 
ampl. Médecins fe feruent principalement du'fruict,&: du fuc,qui font fort afpres;comme mefmes le gouft 

le monftre. Ce médicament donc eft deficcatif au troifiefme degré , &: refrigeratif au fécond. Les 
Lm.14.c1 r. Mefcàns^fc Pline, feferuent du Rhus aux meurtrijfeures,& pour les c(eliaques>a»xvlceres du fonde- 
ment^ aux autres qui vont ronge ant, l'incorporant en miel, ejr l'appliquant auec du vinaigre. On difiile 
leur decottion das les oreilles fangeufes. Elle eft aujjî propre pour les maladies de la bon che,flon cuit fis 
Liure 6. des branche s,& firt aux mefmes chofi s que le Diamoron: mais elle a encor plus £ efficace, fi Tony adioufte 
medic. des j e i' a i, m .on f applique aujfifur les enfleures des hydropiques. Galien aufli mefle le fuc d u Roux patmy 
Liure r.des les médicaments de la bouche. Damocrates aufli , félon que dit Galien , en mefle en la confection 
medic. des q U 'ji f ait d es tc fl. es ae Pauots contre les-defluxions. Il le trop veiller. Or il faut adioufter les plan- 
Li"'i 4 . en. tes que les Simpliciftcs eftiment eftre cfpeccs de Roux. Il femble que Pline mette pour la première 
celle dont nous venons de parler : Le Rhus dit-il n'a point de nom en Latin : car c'eft vne herbe fau- 
ttage,qui a les fueilles de Myrte, les branches courtes,^ eft bonne contre les venins & contre les vers. 
Aucuns combien qu'ils voient que ceft arbrilTeau a quelques marques différentes d'auec le Rhus 
de Pline , comme il fera dit cy après , pour ce toutefois qu'il refemble en piufîéurs autres chofes, 
tant en la nature, qu'en la forme , au Rhus , aiment mieux en donner le pourtraicl: fous ce nom là, 
que de perdre le temps en difputant trop curieufement des noms, comme nous raifons. Celle 
plante donc croift à la hauteur d'vn homme. Son tronc eft delà grofteur du pouce , fraile , Sç 
creux comme le Sureau. Son efeorce eft ^grifaftrc , & tachetée , fous- laquelle il y en a vne autre 
rougeaftre, qui fait par intcrualles efganx certains neuds releuei , defqnels lesh*#çches fortenç, 

foupples, 



Du Iuiubier de Cappadoce. Chap.XL. 93 

(buplcs,5C qui fe plient aifément Les fueilles font attachées aux branches deux à deux iVnc de- 
çà & l'autre delà , par diftance cfgale , rcfemblants à celles du Myrte à larges-fueii les ; mais vn 
peu plus grandes, & pleines de veines , & rougeaftres d'vn cofté. Les fleurs font de couleur de 
poupre , &£. fortent deçà & delà au bout des branches. Son frui£t eft noir , attaché a vne queue' 
mince , vu peu plat , fie comme fronci , &: feparé par quatre petites veines, d'vn gouft afpre : la fe- 
mence qui eft dedans , eft blanche, fronde , &: femblablc aux grains de raina. Elle conuient donc 
bien, tant à la difpofïtion des fleurs &c du fruid , qu'au gouft &c à la forme des fueilles , aucq la de- 
feription du Rhoux de Pline, iî ce n'eftoit que la plante eft plus haute , 5: a le tronc plus gros,& les 
branches plus longues. Elle prouienc aux hayes des enuirons de Montpelicr , en grofïe terre Ô£ 



Le Rhus fduuage de Vline. 



Autre etfece de Rbusfauuage. 





grafle. Ilfemble que le Rhus famiage de Dodon, &: le fécond tJjus de PKne, foit vne plante,qu'au- Litu.cH.ii, 
cuns appellent Myrte > les Tfeudomyrfme , &: Myrte de Brabant ; les Allemans Gagel. C eft vne 
petite plante, dure comme de bois, qui a plufieurs reiettons, aufqucls il y a des fueilles vn peu lon- 
guettes, reffemblans afTez bien celles du Boilis. Entre les reiettons il fort de petites branches, qui 
portent comme plufieurs efpi cs,fi£ font premièrement chargez de plufieurs petites fleurs,puis après 
de plufieurs grains,qui ont beaucoup d'angles & font pleins dVne liqueur graffe. Les fueilles,lcs 
fleurs, le fruiâ: & les furjeons font fort amers au gouft i mais de bonne odeur. Ceux de Rhoan, 
qui en ont grande quantité aux bocages pleins d'herbe , &: humides l'appellent en leur langue Ti- 
ment Royal ; comme qui diroit Meliffe Royale. Les païians lient les branches par poignées en efté, 
lors qu'elles font chargées de fueilles & de grains , fie les vendent pour faire fentir bon les vefte- tttvertuu 
mens,& les garder d'eftre rongez par les tignes. Toutefois leur gouft, qui eft fi fort amer,monftre 
qu'elles ont grande faculté deiîccatiue, &: refolutiue ; mais fur tout qu'elles font bonnes pour tuer 
& ch aller les vers , tant prinfes en brcuuage, qu'appliquées defïus. Cette plante fleurit en May ÔC 
en Iuin, 6c fait fon frui£t en Iuillet, &: en Aouft. 



Le Uettl 



Letemfh 



Du Juiuhier de Cappadoce, 



CHAT. XL. 



L i n E appelle ce/l arbre Iuiubier de Cappadoce , des fleurs duquel refemblans à î-iu.ii.cL*. 
celles de 1 Oliuier on faifoit des chappeaux. Aucuns l'appellent Arbre de Paradis, 
àraifon que fa fleur fent fort bon : mais ce nom eft commun aufiià d'autres : car il 
y en a qui appellent aufiï la Thuya odorante , Arbre de Paradis , comme il a efté dit. 
Ce Iuiubier croiftà la hauteur d'vn Saux , ayant plufieurs racines , groffes , efparfes çà&là,ô£ 
occupans beaucoup de place, 6c qui vont rempant à fleur de terre , desquelles il fort plufieurs reiet- 
ons , lefquels fi on ne les coupe , amaigriffent leur tronc 6c en fin le font mourir : mais fi on les 

ofte, 




Liure i. de 
Diofc.ch. du 
Virex. 
Chalef arbre. 




Le lieu. 



94 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes, 

fàmbiér de Cappadoce. *î c ' & ( l u ' on les P lante ailleurs , ils reprennent & fe ixnt 

arbres. L'efcoree eft blancbeaftre, & fort greffe bc froncie 
au tronc 5 mais aux branches elle eft plus mince, & cou- 
uerte d'vn cotton mol. Or ceft arbre fait plulieurs bran- 
ches, longues, & garnies d efpines par interualles. Ses fueil- 
les font blanches, longues , femblables à celles de l'Oliuier, 
ou du Saux , efpeffes , dont les furjeons font fort garnis. Sa 
fleur eftant ouuerte eft iaune , & fe fend en fix pointes : de- 
uant qu'elle foit ouuerte elle eft greffe par défions & va 
en appointant , de couleur de vert-blancheaftre , petite 
comme celle du Neprun , ou du Citronier, pendante com- 
me par bouquets. 11 en fort pour la plus part trois au bas 
de la fueille ou près de fa queue , qui fentent fort bon , &c 
meilleur (au moins à mon aduis) que celle du Citronnier, 
qui toutesfois font eftimées tenir le premier rang en cas de 
bonne fenteur. Il fait vn fruiel: , à fçauoir vnc petite baye 
comme celle de l'Oliuier fauuage ; mais plus petite , verte, 
attachée a vnc queue courte , &c qui rougit du cofté du fo- 
leil ; couuerte d'vne menue poulTicre comme cotton, qui a 
le gouft vn peu aigre. Sachair eft fortfeche , &c fans aucun 
fuc , comme celle des bayes de l'Aubefpin, quand elles font 
meures. Les iettons de ceft arbre eftant couppez & replan- 
tez , reprennent aifément , & font racine comme le Saux. 
Il femble qu Amatus Luiltanus a appelle c'eft arbre Salix 
Amerina Bellune interprète d'Auicenne deferit vn arbre 
fous le nom de chalef qui refemble le Saux î &: croift en 
Olwkr de Bohême , ou Eletxgnm ^ ieux humides ■> ayant les fueilles de Ceriiler : ceft arbre ne 
de Matthiol. porte point de fruid, mais des fleurs fort odorantes au 

commencement du printemps , deuant que les fueilles for- 
tent ; defquelles on diftile vne eau en Syrie qui fent fort 
bon , de laquelle ils fe feruent aux maladies du cceur. D'i- 
celles mefmes trempées en huile on en fait l'huile appelle 
Chalef \ comme on fait l'huile violât. Aucuns eftiment que 
ce Chalef 'des Arabes , eft le Iuiubier que nous auons dit cy- 
deffus , pour raifon feulement ( comme ie croy ) de ce que 
les fleurs de l'vn & l'autre fentent merueilleufement bon. 
Car autrement il y a grande différence entre ces arbres : car 
ce Iuiubier fleurit après auoir ietté fes fueilles ; mais le cha- 
lef 'fleurit deuant que ietter les fueilles , &: porte des bayes ; 
au lieu que le Iuiubier n'en porte point. Toutesfois ie ne 
doute point , qu'on ne puiiTe tirer de l'eau par TAlambic des 
fleurs de ce Iuiubier , laquelle fentira fort bon : &; que l'on 
n'en puiiTe faire de l'huile aucc les amandres , comme il a 
efté dit chi chalef, qui fentira fort bon, & fera de grande 
eftime. Ceft arbre eft fauuage en fon païs naturel. Il y en a 
aufll de plantez en quelques iardins de Lyon , &: fut appor- 
té iadis , ainfi qu'on dit , par vn procureur des Cheualiers 
de Rhodes , deuant que Solyman Empereur des Turcs euft 
affujety ladite Iflc. Il y en a aufïï de fort beaux au iardin 
du Conuent de faind-Irenée. Matthiol en donne le pour- 
trai£r fous le nom d'oliuier de Bohême, ou Eleagnus. Il croift, 
dit-il , en ^Bohême une fiante branchue , qui a la fueille com- 
met 'Agnus, mais molle ejr lanitgineufe > vne fleur blanche, qui 
fort par les branches de degré en degré près de la queue des fueilles d'odeur a ffezplaif ante, de laquelle 
Une fort aucun fiuicl. Il y en a vne autre du tout femblable à cefte-cy au iardin de l'Empereur Fer- 
dinand à Vienne en Auftriche , produifant vn fruid delà figure d'vne Oliue > mais moindre, qui a 
en la cime vne pointe comme vn efguillon. l'eftimeroy que ce futl'Eleagnus , pource que de fueil- 
les &: de branches elle refemble à lAgnus , & du fruid à l'Oliuier. 




D» 



DuCarouge, Chap.XLI. 



95 



Du Carouge, 



CHAP. XLl. 




Le Carouge, 






Aliène Paul appellent l'arbre des Carouges w^T»«* )C ommc qui dkok,Gcufe-cor- Les nmu 
nue>àc\c frui£t Kî^ivev : les Latins l'appellent Siliquate Siliqua duicùiles Arabes char- Liure 7-'^ 
nub : les Italiens Carobe , iv Carobole Ciucelle : les Efpagnois Alcarobas : les Allemands fimpI ' 
^ S. Ioans brot: les Bohèmes Suuatheo&Ianachleb. Les derniers autbeurs Grecs l'appel- 
lent fwAoKé^Tci. C'eft arbre croift d'aflez bonne hauteunfon efcorce eft grife tirant fur le pers, corn- La forme. 
me celle de l'Alifier : Tes branches s'efpandent plus en largeur qu'en longueur. Ses fueilies lont M?thlill - r: 
arrangées comme celles du Frefne j toutefois elles font plus larges que celles du Frefne , plus du- ài.îioï™ 1 ' 

res , plus rares, & plus rondes, eftans au deifus de couleur 
de vert-brun, & plus claires pardefious. Il fleurit fur la utem$** 
fin de l'hyuer , ou au commencement du printemps. Son 
frui&eft meur en elle &c en Automne. Or ce font certai- 
nes gouffes , larges , plattes , quelquefois de la longueur 
d'vn pied &c plus , dans lefquelles il y a vn gros grain , lar- 
ge , &C plat , de la couleur d'vne chaftagne. Ces goufles 
eftans frefehement cueillies fur l'arbre font de mauuais 
gouft : mais après auoir elle fechées fur des clayes, deuien- 
nent douces &: plaifintes au gouft. Elles ont au dedans ou- 
tre la femence vn fuc comme miel , lingulierenv. nt celles 
qui croulent en Leuant , duquel les Indiens & Arabes en 
confîfentle Zinzembre,les Mirabolans,noix Mufcac'es, Se Lîqrcif. de 
autres telles efpiceries , ainft que Strabon le témoigne, laGtogr, 
efcriuant des arbres d'Indie. Cet arbre aime les lieux ma- * ,e "' 
ritimes chauds , (ces, &c en plaine. Il eft fort commun à 
Nice , ô£aux habitans de la riuierç de Gènes , là où les 
enfans en mangent , & mefmes les porecaux. Il croift 
aulTi au Royaume de Naples particulièrement en la 
Poiiille, &: en la terre de Labeur. Il s'en voit allez fur le 
chemin qui va de Rome àNapies appelle,/ 7 ^ Appia. Ceux 
du pais en donnent anx cheuaux de trauail en lieu d'auoi- 
ne ; & l'appellent Selequa. Pline ne dit pas grand cas des 
Carouges.L*.f Carouges,ê\ïz-\\,approchent dugoujt de chajla- Liu,: j.c.t4. 
gnesfinon quelles [ont fort douces,^ que leur ejeorce ejl bon- 
ne À manger. Ses gouffes font de la longueur d'vn doigt, quel- 
quefois font receurbées,é' ont vne pouce'e de large. Et vn peu 
après;;*// lieu qu'aux autres fruicts on aime la graine, ce lie des Carouges ne vaut rien-Et ailleurs,** qu'on 
mange, dit : il,*«# Carouges quejl-ce autre chofe que bois ? Leur femence aufÏÏ eft d'vne nature remar- 
quable : car elle ne peut eftre nommée ny bois, ny chair, ny cartilage , &~nefe treuue point d'autre 
nom qui luy foit propre. Or le Carouge que Theophrafte appelle Ceronïa eft bien différent d'auec 
ceftuy-cy.Z,* CeronienAk-iLiettefonfruiff defes br anches, mais il enporte peu-.car on appelle Ceronia Liurc|, de 
l'arbre qui porte les figue s,que ton appelle figues d'Egypte. Pline en parle en cette manière.!,*.»- Carou- !»*■*!. 
ges que ceux d'ionie appellent Ceronies ,font femblables aux Sycomores : car leurfruicl ejl attache' au Li«.i3.cb.% 
tronc, encor que finfruiÛ foit vne gouffe.Vom cette caufe aucuns les ont appellées Figuiers d'Egypte^ 
mais ils faillentà veuë d'œil : car ils ne viennent pas en Egypte, mais enCypre, en Ionie , à lenteur 
du Cap de Scio, &: en fille de Rhodes, Et eft cet arbre vert tout du long de l'année , & fait vne 
fleur blanche , qui a vne odeur violente. Il iette fort par le pied,auffi eft-il jaune au deflus & com- 
me mort, d'autant que les reiettons confirment la feue qui le deuroit nourrir. Apres qu'on a cueilly 
fou fruid enuironle commencement des iours Caniculaires , il ne demeure pas long temps à en 
produire d'autre,& puis faneur nourriflantfonfruiclrtout l'hyuer iufques àla retraite d' A rchirus, t ; UÏC j 3e: 
ou iufques au mois de May. Diofcoride expofe en peu de mots la nature des Carouges defquellcs usvmu^ ' 
nous auons parlé cy deifus, difant, Les Carouges frefebesfont contraires à l'ejlomach, & lafehent le 
ventre : eflant feche elle re ferrent , & fin meilleures à l'ejlomach. Elles font vriner , Jïngulierement %rM 
celles quon garde dans le marc des raifins-.oxx comme Cornarius le traduit;**//* qui sot entaffées auec liu> u ' 
les grappes fiches des raifms,C^x on a accouftumé de les garder ainfi , comme les raifmsqueles 
Latins'appellent , Vu* ôllares^; & les Oliuesauffi , lefquelles on ageancedans des pots déterre 
en faifant vn lid de raifms ou d'oliues, ou de Carouges, & vn autrede marc de raifim & ainfi con- Vm u ^ 
fêquemment. Diofcoride appelle celle compoficion t* ôk tuv çs^o'àwv <nwTJiffy*. Car félon Ga- alim. 
lien WftpuA* fe prend pource qui refte de la grappe du raifm , après qu'il a efté ious le preflbir , que 
nous appelions le marc. Iceluy mefmes Galien condamne l'vfage des Carouges difant ainfi:£« 
r Carouges 




96 Liure I. de l'Hiftoire des Plantes* 

faTi 7 * d " CM0U g es c ' e ft vne viande de mauuaife fubflance ,& pleine de bois ; dont s enfuit quelle eft aujfide 
dure digeJHon. Ce fie incommodité 'y eft de plus , que lies font longtemps a pafjer à s 'euacuer. pour- 
tant feroit il meilleur , qu'on ne nom en apport afi point de Leuant , ou elles croiffent. Et en vn autre 
pacage d'arbre des Carouges a <vne faculté de fie catiue & allongeante ', comme auffifonfruicH, qui ou- 
tre ce a quelque peu de douceur. Il en prend des Carouges comme des Cerifes. Si vous lesmange\fref 
thes,elles lafchent le ventrc^&be referrent efiansfeches^ autant que toute l'humidité efi confumée.ér 

Dio(c.ç!i}î n 'y *j e re fi e °l ue ce 1 ui e fi de ? lus £ ro JT e ejfence, Matthiol dit , que combien que les Carouges fe- 

' chesYoientaftringeantes au dire de tous, il eft ce qu'il eft certain,que fi on boit leur decoc1:ion,elle 

eft mcrueilleufement bonne à la toux , pour raifon de leur douceur & fubftance mielleufe qu'elles 



ont. 



Delafajp, 



CBAP. XLll. 



la formel 
■Mauh.liu.i. 
de Diolcoi. 
«hap.13. 




Ces ver/us. 



La Caffe. 



E s Grecs appellent cefte plante , xctasia pi\*iw : les Latins Cajfia ntgra : les Médecins 
& Apothicaires fuyuans les Arabes qui ont treuué ce Medicamentja nomment Cajfia 
fifiula ; les autres Cajfia folutiua'-, lesautres Siliqua JEgyptia , ou Cathartica : les Ita- 
__ liens Cajfia, &le vulgaire Cannela:\ts Micmzns Zimmet*Kpertim : les Espagnols Ca- 
ne la : lesTrançois Caffe. Il faut mettre l'arbre qui porte cette goufle entre les plus grands'. Il croift 
fort grand aux Incfcs & en rifle de Zeilan, anciennement appellée T;iprobane:*en Arabie & en 
Egypte il eft de médiocre hauteur. Il a les racines grandes comme le Noyer , l'efcorce cendrée , 

fon bois eft mafïif & bien ferré. Auprès de l'efcorce il a 
la couleur de Bouïs au milieu > il eft noir comme FEbene, 
ou Gayac. Eftant vert il eft puant ; mais kc il ne fent rien. 
11 a les fueilles du Carouge ; mais plus grandes , & poin- 
tues : hs goiuTes-pendent.de* branches, maffiues, longues 
pour la plus part d© deux pieds , rondes & dures. Eftant 
meures elles font delà groffeur du pouce , de couleur noi- 
re tirant fur le rouge. Elles font pleines au dedans d'vne 
moelle douce &: noire , qui ne s'entretient pas comme la 
moelle des os , mais eft feparée par petites peaux , minces, 
ligheufes &: femées fort efpez. En chafque feparation il y 
>$ a vn grain dur, 11 femblable à celuy des Carouges , qu'il eft 
^ mal aifé de cognoiftre l'vn d auec l'autre. Ce qui peut 
eftre îîait errer quelques vns, qui ont penfé que ces ar- 
bres eftoient d'v-ne mefme cfpece. Il faut choiiîr celle 
qu'on apporte du grand Caire, &: d'Alexandrie d'Egypte, 
qui a la gouffe groffe , pleine , pefanre , & frefchc , en la- 
quelle on n'ouït point fonner les grains en lafecoùant, 
luifante &; graffe au dehors & au dedans aufîi. La moelle 
eft chaude & humide au premier degré- Elle purge bc- 
nignement , &: fans danger la pituite & la bile qui font 
en l'eftomach. Elle eft bonne au commencement des 
ficures. Elle purifie le fang ; elle appaif e fon acrimonie, &C 
celle de la bile aufîî : elle lafche commodément le ventre. 
Sa vertu ne pafle point l'eftomach. Poùrce les Médecins 
la peuucnt affairement ordonner au commencement des 
fïeures , &: autres maladies chaudes , deuant la faignée. 
Elle refout les inflammations de la poitrine, & des poulmons , ■ &:du gofier , & les adoucit; d'au- 
tant qu'elle n'a point d'acrimonie. Elle eftanche la foif , fingulierement, eftant prinfe auec le ius 
de Cichorcc , ou d'Endiue , ou de Morelîe , efpuré comme il faut. Elle corrige l'intempérie chau- 
de des reins , fi on la prend auec d'autres medicamens qui font vriner , & auec la deco&ion de la, 
Regliffe : & pour cette caufe elle empefche le calcul de s'y engendrer. Aucuns mefmes affeurent, 
que celuy-làn-e fera jamais graueleux , & n'aura point de douleur ny d'apoftume en l'eftomach, 
qui prendroit tous les iours trois dragmes de Caffe deuant le repas. Appliquée par le dehors elle 
efteint les Erifîpeles , &c autres inflammations qui fortent au démos du cuir. Quand le ventre eft 
teferré , il faut augmenter la lubricité de la Caffe auec huile d'amandes douces. Que fi le ventre 
eft affez lafche, il la faut reprimer en adiouftant des Mirabolans ou de Rhubarbe, ou de l'eau en 
laquelle il y aura cuit du Maftie , ou en y adiouftant du Nard. Si nous voulons qu'elle paruienne 
iufquesaux conduits del'vrine, il y faut méfier des médicaments prouoquans 1 vrine : car ainiî 
elle fert merueilleufement à la difficulté d' vrine. Si nous craignons qu'elle demeure trop long 
temps à purger , ou qu'elle ne purge pas allez , il y faut adioufter quelque chofe qui .augmente fa 

force, 




Du Styrax. Chap.XLIII. 97 

force , comme le Thim ou l'hyiTope , ou pluftoft quelque médicament 4e ceux qui purgent tort» 
Elle purgera mieux fi on la prend auec du petit laid. C'cft vn médicament fi doux &. benin,qu on 
en, peut bailler mefmes aux enfans, & aux femmes enceintes. Elle eft bonne aux fains &: aux ma- 
lades, pour lafeher le ventre. On en donne après l'auoir tirée de fon efeorce, &: ofté les femences 
& palTee par le crible, de demie once iufqu a vne once &c demie, ou dix dragmes au matin, ou de- 
uantfoupper. Or il eft meilleur de la prendre frefche, que gardée dans des pots. A ceux qui na- 
turellement ont le ventre referré , on en peut donner deux dragmes ou trois , deux ou trois heures 
auant le repas. Aucuns treuuent qu'elle eft plus aifée à prendre fur la pointe dVn couteau. Les 
habitans du pais où elle croift , la confifent aucc le fuerc eftant frefche pour le mefme vfage. Les 
Vénitiens & Portugais ont efté les premiers qui l'ont apportée ainfi confite. Maintenant on en ap- 
porte aulîi en France. Or quant à ce que Manard dit , que la femence de la CafTc purge mieux que 
fa moelle , Mufa alîeure d'auoir fouuent expérimenté le contraire. Et ce qu'aucuns Médecins efti- 
ment que fon efeorce fait venir les mois aux femmes , &: aide à enfanter, &c châtier l'arrierefaix ; ce* 
la eft du tout abfurde , &: doiteftre entendu de l'efcorcede la Caffc aromatique, ou odorante» 



Du Styrax, 



CHAI\ XLUL 



$Mp| E s Grecs &z Latins appellent cefte plante Styrax : les Arabes Miha>Mahaha,ox\ Alia- 
u^'â^ : r &ch îles Italiens Stirace : les EÇyagnols Efl or aque : les Apothicaires Storaxcalamita. 
r ^ v i , '} C'eft vn arbre qui a la hauteur & figure d'vn Coignier ; toutefois fes fueilles font plus 

r Jz É x- petites , blancheaftres par deflbus , fermes , longuettes , &c vn peu plus larges* Sa fleur 



tes noms. 
Laforma 



Le Styrax* 



eft blanche > femblable à celle de l'Oranger. Il produit des bayes ou frui&s pendans à vne iongue 
queue . couuers d'vne petite bourre , ronds &, pointus au bout , de la groiîeur quafi d'vne noifette* 
dans lefquels il y a vn noyau, qui contient la femence. Il coule vne liqueur ou larme de ceft arbre, 

laquelle a le mefme nom de l'arbre, c'efl vn arbre > dit Pli- Lîu. it.c;i ^ 
ne , quia le mefme nom^é? refemblc au Coignier.qui ejl plein 
d'vnfuc a/}re , ou comme aucuns lifent , pht<s doux , & plus 
plaifant. Au dedans il refemble vn Rofeau. Aucommence- 
rnét des iours Caniculaires il y a certains petits vers volans 
qui fe iettent fur ceft arbre &. le rongent. Il fe treuue de 
ces arbres là en Italie,non feulement aux iardins Se vergers; **&* 
mais il en croift aufli fans cultiuer , aux enuirons de Rome 
&: de Tyuoli.. Il y en a mefme vne foreft en Prouencc qui 
n'eft pas fort loing d'vn temple , que ceux du païs appel- 
lent les Maries : mais ils ne portent point de gomme. Le lîu.h.c.îj 
Styrax, dit Pline, croifl en celle partie de Syrie, qui confronte 
à la Iudée,aux enuirons de Gibbel, de Marrât h, ér du mont 
Cafas de Solduo. Et peu après il dit ; après celuy de Syrie on 
fait cas de celuy 4e Pif die , de Sidon , de Cypre , de Cilicie, 
ejrde Candie. Celuy qui vient au mont Aman nef pas prisé 
pas les Médecins : mais les Parfumeurs senferuent le plus. Il 
en croifl ancien Pamphylie î mais il efl plus fec ( les autres H- 
Cent plus acre )&quia moins defuc. Le meilleur Styrax fé- 
lon Diofcoride eft celuy qui eft gras , roux , &; relîneux, Uu.i.ch.é jf 
qui a Ces grains blancheaftres , qui garde long temps fa 
bonne odeur : & eftant ramolly , rend vne liqueur comme 
miel ; comme celuy que l'on apporte de Catabale, Pifîdie, 
&Z Cilicie. Or il ne faut pas oublier , qu'aucuns au lieu de 
Ainrccçoç, c'eft à diregr^ , lifent fvvra,çoç , c'eft à dire ,fale , 
comme fait Ruel. Mais Pline fauorife à noftre leoTu- 
re , louant celuy qui eft gras êc vifqueux ; La meilleure 
couleur , dit-il , en tous pais ceft la rouffe & celuy qui efl gras 
& vifqueux* Et en vn autre paffage : Le meilleur , dit-il, 
efl celuy qui efl gras ,net ,ér qui a les grains blancheaftres. Aéce loue à tous coups le ÇouQk % Xma- 
pes, roux & gras. Oribaze en ces mots rtàV{§^ $ ^ (V ° h*t«&&*a/tjjç , c'eft à dire , celuy de Catabale 
efl tel ; au lieu de Catabak veut qu'il y ait Gabale ; àquoy Marcellus s'accorde , fuyuant ce que 
Pline en eferit. Car il dit, que le Styrax croift à l'entour de Gabala, ou Gibbel, &: Marrath. Mais 
ce n'eft pas chofe de grande importance de fçauoir s'il doit eftre appelle Catab alite , ou Gabalite i 
car le Styrax Croift en pluiieurs lieux. Le moindre eft le noir, fait à mode de fon, qui fe froifle aife- 
menc , & eft moify. Cornarius a oublié ce dernier mot , pource qu il n'eft pas aux exemplaires Liu.ii.ci, 
Grecs ;nais Ruel la adioufté de Pline, qui eferit ainfi : Le pire de tous efl fait a mode de fon, & a vne 
Tome premier. I certaine 




Aiamef.liea* 



Liu.iA< & &' 



9 8 Liure I. de FHiftoirc des Fiances, 

certaine mvuffe blanche, Or on- treutieMt Diofcoride, vne forte de celle liqueur \auï eft comme gemme 
tranftarente retirant fort a la Myrrhe, ,(loit qu'il falle entendre cela de Ja couleur,ou de fodeur)«#!*/V 
il y en a feu. Les Grecs & les autheurs.plus fameux ne font mention que d'vn SiyraxX.cs Eipieicrs 
en mettet vn fe'c Se vnliquide;au lieu que le liquide c'eft la Myrrhe appcllée Sîacïé, fclô l'aduis de 
Manhiol au plulieurs, &: ne doit pas eftre appelle Styrax, Ilsappellent leTcc5/wv*#rrt//*w/te,lequclnomfembie 
Liure T'dcs eftre prins de Galien , qui dit , qu'il fe treuue peu du Styrax calamita, mars que c'eft le meilleur, & 
An idot. q U 'il furpalTe autant les autres en bonté, comme le vin Phalerne eft meilleur que celuy qu'on vend 
aux cabarets : & qu'on l'apportoit de Pamphylie dans des cannes ; d'où il a prins le nom de Cala- 
mita. Et adioufte, qu'il faut choifir le plus palle, comme eftant de plus forte odeur & gouft. Or il 
femble que ce foit ce Styrax que Diofcoride dit eftre comme gomme , & qu'il s'en trcuiic peu- Et 
d'autant que ceftuy-cy eft le meilleur de tous , les Médecins ont accouftumé en ordonnant du 
Styrax, tn leurs médicaments, d'adioufter le nom de Calamita, afin que les Apothicaires entendent 
qu'il y faut mettre du meilleur. Manard à caufe de cefte appellation eftime que là où il y a en 
Liure i. <?cs Diofcoride, Tel efl le Catabalite, il y faut lire, Tel efi le Calamité. Mais nous auons délia monftré, 
«ed.cop. ,.j y £- a jj j t |j rc Gabaltte. Fuchfe a penfé que le Styrax Calamita eftoit liquide, peut eftre pource 

qu'on l'apportoit dans des cannes : mais Diofcoride dit,que le Styrax eft la larme d'vn arbre,& que 
le meilleur eft le roux, refineux,& qui a des grains blancheaftres,&: qui eftant amolly,a vne humeur 
comme miehdont il appert , que ce Styrax n'eftoit pas liquide , mais par petits morceaux. Que iï 
du temps de Galien on l'apportoit dans des cannes , ou enueloppé dans des fueilles de cannes , il 
ne s'enfuit pas pour cela qu'il fuft liquide : car ils ne l'enueloppoient pas ainfî , comme i'èltimc, 
( foit que ces fueilles fulTent roulées à l'entour , ou qu'on en fit des panniers ) linon pour contre- 
garder fa bonne odeur. Ce que faifoient aufli en Candie ceux qui cueilloient le Diptam 3 comme 
tîj.lel'hi- Theophrafte l'efcrit,de peur qu'il ne s'efucntâft. Mais le nom de Calamita a foit eferire impru- 
AumeUieû. demment à Pline , qu'il y auoit dedans comme vne monftre de carines , encor qu'il ne foie pa s 
Embl.b j.du vray. Mefmes ayant efté deçeu par la lignification du mot Scolecitis, qui lignifie Semblable a des 
^ jiurc de verm - t ff eMX t il a fopgé cefte fable des petits mouchons qui enuiron les iours Caniculaires voloient 
Liure ta. f ur farbre , & le rougeoient. Strabon eferit , qu'il croift beaucoup de Styrax en Selga ville de Pifî- 
die , 6c que c'eft vn arbre qui n eft pas fort grand , droit , dont on fait les hantes des armes d'Aft» 
qui refemblent celles de Cornoiiillier. Il fait aulîi mention dVne liqueur,qui diftile dudit arbre, 
Au racClieu. & f e p re nd aifément refemblant à l'ambre, Pline dit , qu'on fallifie le Styrax auec la refîne de Cè- 
dre, ou gomme, ou auec du miel , &c d'amandres ameres ; mais on le recognoift au gouft. Diofco- 
Liua.ch.es. ride dit, qu'on le falfifie auec la poudre de fonbois , que les vers font en le rongeant , auec du miel 
& de la lie de l'huile ïrin , & quelques autres choies. Les autres prennent de la cire ou graille aro- 
matizécôc la pcftrùTent au foleil auec du Storax durant les plus ardantes chaleurs,puis la font cou- 
ler par vn crible qui ait les pertuis allez larges, dans de l'eau froide, tellement qu'il fe fait comme de 
vermilTeaux , qu'ils vendent. Et à caufe qu'il refemble ainlî à des vermilîeaux, ils l'appellent Scole- 
cite : lequel les ignorans approuucnt comme bon ôc pur,fans cortlîderer ce qui eft le principale fça- 
r v f uoir, vne odeur qui pénètre : car celuy qui n'eft point fallifie a vne odeur fort acre. Diofcoride def- 
Les SÏÏT cric amplement les vertus du Styrax, difan t : Le Styrax efchauffe^ remollit, & meurit. Il efl bon À U 
toux, aux rh eûmes, enroue ure s, roupies, &ala voix perdue: a la matrice clofe. & aux dureté x ductile» 
Eftant beu ou appliqué 'il prouoque les menftrues. Il lafche légèrement le ventre ,fi on en prend vn peu 
mec de la Térébenthine, en forme de pillules.Il effort bon méfié parmy les emplaftres refolutifs, dr ceux 
qui font faits pour delaffer. On le brufe pour en auoir la fuye, comme de l 'encens Jaquette fert aux mef- 
mes chofes que la fuye de l 'encens. ( Il y a ainfi au Grec>0» la brufe, on la ros~tit,ér en fait on de lafpe, 
&c. où il faut lire cdQcttâTcti, qui fignifie proprement amaffer la fuye en bruflant , au lieu de £«À»T*f, 
qui lignifie fimplemét germer \verdoyer.) On en fait aujfide f huile en Syrie, lequel efchauffe bien fort, 
Liu. 14 . c h.é. &amoUit:maisilfritmaUl*tefie,&tappefantit,&fà 

le treuue, dit-il, queprennantpeu de Styrax, il chaffe la trifteffe, & enpremant beaucoup il fait eftre 

trifte. Il guérit les oreilles bruyantes, fi on en diftille dedans ; & les efcrouellcs,fi on les en o'mgt, & les 

Liure s des neuds desnerfs. Il eft contraire aux venins qui nuifent par leur froidure, par confequent À la Cïguë.Ga- 

fimpî- * CS lien dit , que le Styrax efchauff* , ramollit & meurit : pource eft il bon à la toux, aux rheumes, & di- 

ftillations phlematiques,& enroueures. Il prouoque les mois,prins en breuuage & applique.La fuye 

r qu'on en fait en le brullant.eft aucunement fembkble à celle de l'encens.Matthiol enfeigne de faire 

ïjffiâu*. l'huile du Styrax en cefte façon : On met le Styrax après rauoirlaiflé tremper dans d'eau rofe par 

deux iours,dans vn Alembic de verre bien luté à l'entour,enfèmble auec l'eau ; puis l'ayant couucrt 

défa chappe , & mis au fourneau , on fait vn feu modère iufques à ce que toute l'eau foit diftilee. 

Quand l'huile commence à forcir , il faut faire plus grand feu iufques à ce qu'il foit tout tire. Ceft 

huile eft bon non feulement pour parfumer ; mais auffi à tout ce à quoy le Styrax peut fcruir . &: a 

plus d'elHcace que le Styrax. 

Tin du I. Imre de Xhifioin Qenemk des fiantes- 

J. I V R E 



LIVRE SECOND 



DE LHISTOIR 

Générale des Plantes: 

Auquel font deferits ^feints tous les arbrijpaux qui croijfent de leur hongre $am$ 

les bayes , ^ buijjom. 



De la Ronce, 



C H A P. L 




La Ronce. 



O M M E le plus (buttent on voit auprès des bois te grandes F orefts>fïnglï- 
lierement à l'entour des montagnes , des arbriifeaux te buiflbns croiflans 
pour la plufpart en terroir fec te fabloUneux , &: par fois aufli en lieux hu-> 
mides te marefeageux ; ainfi aufli nous adiouftdns les arbriiîeaux te buif- 
foiis à noftre Foreft.Or comme les Latins appellent Du'metumlou ainlî que 
dit Feftus, que les anciens difoient toumeclum, comme qui diroit Dumtce- 
tum)vn lieu plein de toutes fortes d'efpines 5 qui reiettent quafi toutes par la 
racine, foie qu'elles feruent d'hayes ou clofturcs aux champs , te pies , ou 
autrement:ainii appellent ils Frutetum vn lieu garny d*arbri (féaux ou plan* 
tes, qui y croirTeut de leur bon gré , te auquel il ne croift rien d' autre. Or donc nous mettans en 
deuoir pour traitter des plantes qui fe liourrifîent dans les hayes &: garennes î nous commencerons 
par la Ronce, a caufe qu'elle eft la plus cogneué.Theophrafte en met trois fortes,<3« •< ®«,aî<*fcflH'GaT@', tn$m 
xtwo<r**-!<&. Pline en met tout autant s mais non pas les mefmes i Des Ronces, dit-il, les t/nes portent Jg» {■ & 
des meures, & les autres des fleurs comme des Rojes appellees par les Grecs Cynosbatos, La trotjiejme ths 1 6-0.37. 
efpece eft appe liée par les Grecs îàeenne,âu nom au lieu ou elle croift. Nous en faifons cinq fortes i'Ba^ Njjget % 
tos^chamxbatoSjRubm ldeen,o\i Framboifier efpineux, & Rtibus ïdeen, ou Frambotfter fans efpines,& chap.ls^ 

le Cynosbatos.Lc ^Batos des Grecs eft appelle en Laiin,Rubus Lei ***"• 
magnus, çr Sentis : les Arabes le nomment "Buleich^ ou Ha* 
leicbo-.lcs François Ronce, qui vient du mot Latin Runcatk y 
qui appartient feulement aux bluffons : les Italiens Rouoûcs 
Allemaiis f Bromber,Bremen, te Bramen-.lcs Anglois Bramble 
bulhe : les Efpagnols Carca. Elle Croift parmy les buiiTonSj Letieu* 
forefts,hayes,&: bornes des champs,auec les autres efpines* 
Elle a là racine pleine de neuds,de laquelle il fors plufièurs 
branches , qui font bien droites , mais à caufe qu'elles font 
longues te minces , fi elles ne s'appuyent fur les plus pro* 
chaines, elles fe reconrbent,&: fichant la tefte en terre pren- 
nent racine» Ce que Pline a fort bien eferit de toutes les Lk if. e.t}, 
Ronces , combien que Theophrâfte l'ait eferit feulement de ^j^gf 
hpetite Ronce. Les Ronces,dkV\mc,pour ettre trop grefics & 
longues, recourbent la pointé contre terre, & reprennent raci- 
ne, & rempliraient incontinent tout le terroir a l'entour } fi on 
ne les cUltiue & ejfarteiï elle ment qtiilfemble que Us hommes 
fuient nez, pour cultiuer la terre , & *>»* chofe fi mefehante 
comme eft la Ronce, a monïlréla manière de prouigner, & àe 
tirer les barbues pour les replanter. TheOphf afte dit, que te- 
fpine appellée Chamdatosfe ioignant a la terre, reprend* ra* 
cine.Seï branches font garnies d'efpines Crochues te fort pi* 
quantes , pat lefquelles elles s'agrafFent aux Veftemens «te 
ceux qui partent aurour,&: les retiennent te defehirent. Sa 
fueille eft entrecoupée, afpre , te armée par le dos d'«fpïnes 
crochues,blancheaftre par deflous,& noiraftre au deiîus,qui 
ne tombe pas volontiers en hyuer , iufqu à ce que la nou- ÀàetkMàl 
Tome premier. * % tt ^ 




i oo Liure 1 1. de l'Hiftoire des Plantes, 

uelle y reuienne.Sa fleur cft faite en façon d'eftoille,& blancheaftre.Son fruid eftant meur 5 eft noir, 

doux au gouft,auec vn bien peu d'amertume. Il refemble à la Franche meureunais il cft plus petit, 

plein d'vn lue qui eft comme de fang noir , & teint & noirck les mains. Phanias Erefius efent en 

Atlienee : La Meure de la Ronce dont la pluie dejechée eftfemblable a la Tranche Meure , afafe- 

mence dam des petits referuoirs faits a angles, comme ceux de la Vr anche Meure, ér rend vn aliment 

mX 6 ' t S ^ Ui > " la verite ' e  de bon fuc,mais fluide. Galien dit , que ces Meures de Ronce s'appellent en Grec 

pïrr.chap-" ®* Um ' <<l ue quelques autheurs Latins corrompans Je mot ont apppeliées Vaticana ) comme les 

& lm. t . des Franches Meures s'appellent fia^t & ajxafMva.qui font mots tirez du nom de la plante lOeV^^é* 

& e-vKapmct, Or il y 'a vn paffage corrompu en Galien, là où il parle de ces Meures,\cqud Corna- 

Au* comm. rius corrige ainfi, vv tiS» fiât m Ka,pw 'ovopttQtaiïol ^ ij>ïv aïôouTroi j3Ûtivov Kaû&*& puj*n à o-vadcuva, 

lut le 6. hure _J » \ ' , T c .t i A ' <-> r 

des medic. rf JK ("?*«< >b »w*f«'» 6 *ç. Lefqucls derniers mots ne font pas aux exemplaires communs ; tellement 

des parte. r. qu'il eftoit impofîîble d'en tirer aucun fens:car il veut dirc,comme il a efté dit cy defîus,que le mot 

LÏH..I j,c.z 4 . Batina vient de ^w,comme le mot Mora vient âcMorea , & Sycamina de Sycaminea. En Latin 

on les appelle Mora rubi. Il croifi aujfi, dit Pline, des Meures fur les Ronoes , qui toutefois ont le, grain 

de dedans différant d'auec les autres. Combien qu'aux communs exemplaires il y a, Rom*, nafeun- 

tur ér in Rubis , ére qui eft vne petite faute , à laquelle toutefois perfonué n'a pris garde, ainfi que 

fwVéT 1 ' ^ iC C° rnai ' ms:car il-croift des Meures fur les Ronces, non feulement à Rome ; mais auffi par tout,ce 

des niêdic!' que i:>line ait bien en vn autre paflage.difant:Z« Ronces portent des Me ur e s, rjrc. .Et Ouide qui dit, 

des parr.c. i. £t les Meure s croiffantfur les fafcheufes Ronces. 

Liu« i'. c 'dej ^n ama "e * cs fueilles des Ronces au printemps,^ les fleurs au commencement de l'efté,& le frui£fc 
Meramorph. lors qu'il eft meur, au temps des moinons, &: fur la fin de l'efté. La Ronce, dit Diofooride, a vertu. 
Liu.™S. î} . ^ e deffecher érrettraindre, ér de noircir les cheueux. La decoBiondes branches prinfe en breuuage, 
Les vertu*, referre le ventre, & le flux des femmes, & eft bonne contre la morfure desferpens nommez, Prefter.Les 
fueilles mâchées raffermiffent lesgenciues , ér gueriffent le mal de la bouche , arrêtent les vie ère s qui- 
s nuancent toufiours,font bonnes a la tigne de la teHe, ér aux y eux, qui fort ent hors de la tefte. On ap- 
plique fe s fueilles aux hémorroïdes , ér enfleures du fondement , & à ceux qui font fubjecls au mal de 
cœur,ér aux douleurs de l'eftomach. Le fie tiré des tiges ér des fueilles pilées, ér efpeJJtaufoleil,eft vn 
fouuerain remède pour toutes les chofesfufdites. Le fuc des Meures de Ronce bien meures eft fort bon 
four les maladies de la bouche. Le s Meures vernsmangées re ferrent le ventre ér mefme la fleur beuë 
en vin. Mais ce que Ruel a traduit , ceft vnfingulïer remède four ce que deffus , il y a au texte Grec, 
C'eft vn remède plm fouuerain que tous les autre j.Et ce qu'il à\v>les Meures vertes re ferrent le ventre; 
tacuna il y a au Grec : Leftruitt de la rRonce a demy meur, re ferre le ventre-.ou comme Çornarius le traduit; 
liant des ce fr Hi ^^ m ie mange a demy meur, re ferre le ventre.Sclon Gà\ien,Les fueilles Jes bourgeons, les fleurs, 
fimpi. ' leflruit~l,ér la racine ont vne qualité aHringeante, qui n eft pas petite-.mais ily a différence en ce que les 
fueilles notiuelles értendres ont en elles beaucoup de fui Fiance aqueufe,érpeu d'astrïclion,érpar mefme 
raifon les germes auffi. Parquoy estant mafehées elles guéri ffent lesvlceres de la bouche tantfuperfi- 
ciaires qu'autre s -.mefme s elles font bonnes pour fonder les playes,car leur température eft compofée d l v- 
ne effence terreïire^ér aqueufe , tiède. Mais leurfruitt estant meur a beaucoup defuc chaud ér tempéré, 
qui eft doux-.ce qui eft caufe auec ce qùil eft v?ipeu astringeant , qu'il n efl pas mal-plaifant à manger: 
mais n estant pas meur lafubïtance terrestre ér froide furmonte en luy.Aujfieft-il affre érfort defteca- 
tif.L'vn ér l'autre eftant gardé deffeche mieux que quand il eft frais. La fleur aujjia la mefme vertu 
que lefruitt qui n eft pas meur.L'njn ér l'autre font bons pour la dyfenterie,auftux de ventre, au crache- 
ment dufang,ér a ceux qui font debilite^par maladie longue. Or la racine outre l ' aftritlion a beaucoup 
Liure t. des de fub ftame fubtile enfoy,far laquelle elle rompt la pierre des reins.Et en autre pafTage il dit,queles 
ahm. Meures de Ronce font plus aftringeantes que les autres;&i fi quelqu'vn en mange en quantité,il aura 

douleur de teftejparquoy il fautlauer ce frui£t deuant que le manger. Et toutefois il ne lafche pas le 
ventre:ains le referre pluftofhmais fi quelqu'vn en mange lors quelles ne fontpas encor meures,& 
les fait fecher pour les garder .elles referreront bien mieux.Et fi tous les medicamens,que l'on a ac- 
Liure é. des couftumé de faire du fuc de Meure font faits de celles-cy,ils feront de plus grande efficace. Parquoy 
Mrfd?" *' on ^ ait vn mecucament: P our l a boche auffi bien du fuc de Meures de Ronces , que'dc celuy des 
Liu.i4.c13. Meures de Menrier.Z,^»/ï^«r^,ditPline,^'/ï/'^/i/^ les Ronces feulement pour nuire À l'homeicar elle 
a fait quellesportent des Meure s, dont mefme s les hommes en mangent. Bile s ont vertu de deffecher ér 
reftraindre;ér font bonnes pour les genciues^érinftammations des glandes qui font fous la langue,ér des 
genitoires.Lafleur ou le fruict font contraires aux plus mefehansferpes de tous,qùon appelle Hemorrois, 
érPreftrr.Et pourfuiuât au long tout ce que Diofcoride en dit,il vient à parler du medicamet qu'on 
fait des Meures &: dit; j?^ aux Meures qui croi ffent fur les fonces, on en ferait de Biamoron,qui ferait 
beaucoup meilleur pour la bouche, que celuy qu'on fait des Meures de Meurier.Prinfes auec ladite com- 
pofttior^oufeule7ne?it auec l'Hypociftis érwiel,elles font bonnes a la cholérique pajfion,ér a ceux qui font 
fubjets aux défauts de cœur,ér à la morfure des aragne 's. .Entre tous les medicames aftringeans,il n'y 
en a point qui ait plus de vertu,que la racine de la Roce qui porte' Meures,eftat cuite en vin iufqu a 
consûptiô de latierce partie pour en lauer les vleerers de la bouche & du fondemet.Car elle eft de fî 

grande 



DesRofês Chap. IL 103 

Ronce ldêenne^ ou Vramhoi fier fans d'ejpines crochues ér moins piquantes , & croijl fous l'ombre 
efpines ^Chxmabxto s de Tragus. des arbres. Sa fleur incorporée en miel eft bonne aux deflu. 

xions chaudes fur les yeux, é aufenfamtt-ÀHthoïne. Ofr en 
donne auec d'eau à ceux qui ont douleur d'eflomae/jtia.ux vul- 
gaires il y a , on en donne aux maladies de la bouche , &c. 
Au demeurant elle a les mefmes vertus que lés autres Ron- La , *■<>*" 
ces. La Ronce Jdeenne, ou de montagne fans efpines,n'ef>pas &££$ 
fi cogneuë à tous. Il en croift en abondance en vnc rnonta--^»ïw»»«b 
gne de Dauphiné près de Grenoble, qui eftappeÙTela *''$'"' 
Motte. Elle a plufieurs tiges , longues dVn pied & demy; 
tellement qu'on lapourroit à bon droit appelle* petite R^on- 
ce, ou Framboifier de montagneux idéenXl eft bien fueillus, 
Se fans aucunes efpines. Sa fueille eft femblable à celle du 
Framboifier , blanche par deflfeus , 8c couuerte de bourre. 
Sonfruict eft rouge, non pas rond , comme le Framboifier 
piquant, ny auflï doux ; mais il eft compofé de plufieurs 
petits grains , en forte qu'il aboutit en pointe, Se a vn gouft 
aigrelet, mefmes eftant meur : & eft gros comme vne frai- 
fe. Les habitans de ce païs-là l'appellent des Afnes,Selc 
font bien différant d'auec le Framboifier, dont nous auons 
trakté cy deuant, qu'ils appellent des Ampes. Tragus efti- 
mequec'eft vne efpece de cham&batos , ou petite Ronce- iyj tî .«h.i». 
Se qu'elle doit eftre mife auec la Ronce idéenne , ou Fram- 
boifier : car fi on la plante aux iardins elle fe change en 
Framboifier Se que tout ce qui a efté dit de là Ronce luy 
conuient fort bien. 




Des Rofe s > 



CHÂF. IL 




Le Ro/îer. 






E Rofier eft du nombre des arbriffeaux Se efpines » mefhie c'eft pluftoft vne efpine 

qu vn arbriffeau; ainfî que dit Piine.Les Grecs l'appellent f oVoVjpource qu'il a fort bon- Liu.14.c4. 

ne odeur, félon Plutarque : les Arabes Nard, Naron, , ou Vuard : les François Rofe 5 les £ , ;ir /w w . 

Italiens ^ofa : les Allemans Rofen : les Efpagnols ^Rpfas-Xcs Bohèmes Ruo&e. Les Rofiers 
font fauuage s ou domefliques. Quant aux fauuages il y en a 
plufieurs cfpeces , quicroiiTentparmy les bois , Se aux buif- 
fons Se hayes, parmy les Ronces , Se autres efpines. Quant 
aux domefliques il y en a encor plus de fortes. Or pource 
que pour la plus part ils ont efté prins dans les bois , &ap- 
priuoifez en les cultiuant , Se qu auflï ils ont grande affini- . 

té auec les fauuages , nous traitterons de tous enfemble: 
combien qu'il femble qu'il feroit plus à propos d'en traitter 
au liure des fleurs,entrel,efquelles les Rofe s tiennent le pre- 
mier rang , &; s'en ferc on communément à faire des bou- 
quets. Theophrafte déclare la différence qu'il y a entre les Jyjj? £^ 
Rofes de l'vn à l'autre , difant : La Uiuerfite des Rofes fe co- 
gnoift à la multitude desfueilles , ou au petit nombre : en ce 
quelles font ou afpres ou UJfes ; en la couleur é* odeur. Car il y 
a des Rofes qui n'ont que cinq fueilles en leur fleur : les au- 
tres en ont douzedes autres vingt, Se encor d'auantagexar 
il y en a qui font appellées Centtfolu, corne celles qui croif- 
fent à l'entour de Philippi , où l'on les apporte pour les re- 
planter du mont Pangée , auquel il en croift en abondance 
qui ont les fueilles de dedans la fleur fort petites. Car elles 
croiflenten telle façon qu'elles ont des fueilles en dedans, 
&en dehors : elles nefenrent pas fort bon, Se ne font pas 
fort grandes. Entre les grandes , celles là font les plus odo- 
rantes , qui ont les fueilles de deffousla fleur afpres. Or 
les Rofiers fauuages ont les branches Se fueilles plus afpres, 
la fleur moins colorée, qui ne fent pas fi bon , & eft plus 
petite. Pline met plufieurs cfpeces de Rofes différentes en Liu.11.cb.*; 

I 4 couleur, 




1 04 Liure IL de l'Hiftoire des plantes, 

couleur,& félon les lieux où elle croifient. Entre les Rofes, dit-il, les plus ejlimées font les Preneftwes, 
& celles de la terre de Labeu r.Les autres y ont adiouftéla Mile fienne, qui efl la plus haute en couleur, 
O-n a point plus ^ de douze fue il les. La Trachmienne njaapres.qui neftpasfuouge;puisl'Alabadique, qui 
efi moins eftimèe.é * les fueilles blanche s. La moins eftmee{ou comme d'autres lifent,//* plus profjit a- 
ble)ejl la Spine oie, ayant pîufieurs fueilles, mais fort "menues.Ily en a auffivne forte qu'o appelle Centi- 
folia\&yne autre que nous appelles Grecquedes Grecs l'appellét Lichnis,qui ne croift fmon es lieux hu- 
mides.drna iamais que cinq fueilles, ér eft grade corne la fleur du Violier fans aucune odeur.Encores y 
en a il vne eftece appeliée Gr&cula>qui a f es fueilles toutes entortillées ejrne sefpanit iamais fino qu'on 
l'ouure auec les mains: aujfi diroit on- que ceft tcujîoursvn bouton,cobien quelle ait les fueilles fort lar- 
gesMy en a d'autres, qui ont leur tige corne la M mlueja fueille corne l'Oliuier,é s'appellet Mofchen- 
ton.Entre toutes celle s-cy celle qui croift en Automne efl de Moyenne grandeunon l'appelle Coroneole.ér 
n'y a que cefte-cy qui fente bon, & celle de t 'Eglantier •.Ieftime que ce font nos Rofes blaches ,defquel- 
les nous tenons moins de compte que de toutes les autres,aprcs celles de Damas. Aucunes ohtgrâd 
nombre de fueilles,comme les Alabandiques des anciens, Ils efliment que les Spinoles font ainfi ap- 
pelles à caufe de leurs efpinesxomme les Centifoli^açaufe de la multitude de leurs fueilles.Mais 
les Preneftines eftoient rouges,comme,auili les Mi lefiennes, qu'on appelle en Frace Rofes de Prouins. 
Les Trachiniennes eftoient moins rougesmous les appelions Rofes incarnate s. ~Li Grecque auffi à mo 
iugemét eftoit rougeîcombie que Pline n'ait point fpecifié" la couIeun& eft celle que nous appelons 
l&fe de Damas rùuge,commc pîufieurs eftiment.Celle qui s'appelle Grœcula,dl auffi félon l'acluis de 
pîufieurs vne efpece de ^Rofes de Damas,àom la fleur eft blanche , tirant vn peu fur le baye, &; ont 
comme l'odeur du Cinnamome : nous les appelions Rofes de Damas incarnates. On eft en doute, 
qu'elle eft celle qu'ils appelloient Mofcheutos, Aucuns penfentquec'eftoient <7{ofes de Damas : les 
autres les mettent entre le nzpfts fauuages , qui croifTent emmy les buifTons. L'elcorce de celles de 
Damas eft bien plus verre que les autres, comme l'efcorce des Maulues : mais ie n'en ay point en- 
cor veu qui euft la fueiïlc comme l'Oliuier combien qu'en quelques exemplaires il y z. folio, leuia, 
c'eft à dire ,vnies , au lieu de Ole a : Aurefte Dalechamp eftime , que la Mofcheuton eftoit ainfi 
appeliée par les anciens , non p⣠pour dire qu'elle fentit le mufe : car ils ne fçauoient encor que 
c'eftoit que mufe ; mais pource qu'elle fait pluficurs reiettons que les Grecs appellent po%tfs > ou 
bien pource que fion en plante des chapons , qu'ils appellent auffi p«%xç , elle reprend aifement 
comme la vigne, fans qu'il y ait point de racine. Quafi tous font d'accord , que celle qui eftoit 
appeliée Coroneola , à caufe qu'on en faifoit les couronnes ou chappeaux de fleurs, ou Rofe tardiue, 
ou d'Automne, c'eft h Rofe de Damas , pource qu'elle croift en Automne , & qu'elle fent fort bon. 
lesnoms. Nous l'appelions en François J?*/* mufquée&Mufquadelle-Acs Italiens <Tipfa MofchettaAt Anglois, 
Allemans &-Flammans Rofanbaum. 11 y en a de deux fortes : car l'vne n'a que cinq fueilles; l'autre 
; en a pîufieurs. Ce qu'on eftime auoir efté fait par l'indu- 

Rofe ZMufquee de 'amas. ftrie des Iardiniers. Toutes deux ont vne odeur fortplaifan- 

te. llfautadioufter à celies-cyla <T{ofe jaune , dont les an- 
cien s n'ont point fait de mention. Pline appelle toutes for- 
tes de Rofes fauu âge s Cywrrhodon, ainfi que nous auons 
défia dit cy deffus. Or les fimpliciftes ont remarqué, qu'il 
y en a deux efpeces : l'vne eft la <~Rpfe fauuage commune, qui 
croift par tout fur les huilions : & l'autre qui eft appeliée 
Lt Ràfter. ~"^^^^^i^&lly^ f$fy Cynorrhodos Poliachante ; c'eft à dire Rofe de chien Efpineufe^ 

laquelle refemble aux Rofes dome/liques-Lc Rofiera les raci- 
nes branchues, & ligneufes , qui iettent des branches lon- 
gues de ligneufes , garnies d'aiguillons , ou pointes cro- 
chues. Les fueilles font vn peu longuettes , dentelées, noi- 
raftres &afpres : entre lefquelles fort au boutd'vne allez 
longue queue le bouton cnuironné de cinq petites fueil- 
les vertes , dont il y en a deux qui font barbues d'vn cofté 
&: d'autre , &: deux qui ne le font point. La cinquième ne 
l'eft que d'vn cofté. Ces fueilles font appellées en Latin 
Cortices. La Rofe s'ouure peu à peu , fy: s'efpannit: dont il 
en fort des fueilles rouges , ou blanches , qui font bellesà. 
voir s & ont vne fort bonne odeur. Leur bout eft blanc, 
par lequel elles tiennent, au bouton, &; que l'on ofte quand 
on fait la conferue, ou Syrop de Rofes,eft appelle par Pline, 
Ongle des Rofes. Diofcoiide les nomme «v^«e t»v çoJm : 
&: les fueilles dont en l'a ofte àwxvcri£/;ai , &; i%wuxv<r(Jtyo4s 
Comme qui diroit defonglées. Galien appelle foutfent ces 
ongles AcÊ« , c'eil à dire , bout : car il dit foc^v %ho*pâ>v 




De la Ronce. Chap. I. i o i 

grande vertu , que mefmes elle fait deuenir les efponges dures comme pierre. L'autre efpece de ^ 
Ronces eft appellée en Grec Chamabatos, qui eft à dkcpetite Ronce. Gaza l'appelle Humirubum Ron- usnoms. 
ce de terre. Icelle croift fur le bord des riuieres,aux ruines des murailles, &; aux champs qui ne font £e li eH - 
pas cultiuez. Il me femble que Theophrafte ait entendu cefte-cy , quand il efcrit (&*n iwfyov , ou lùuc 4 . de 
Trciavfycv , c'eft à dire que celle Ronce aime l'humidité comme le Paliurus. Celle Ronce s'efpand J, b *î* c * l J " 
au long &: au large, eftendant fes verges menues &: garnies d'efpines par deffus la terre , qui ne s'ef- 
leuent iamais ; pendent toufiours contre terre &: rampent. Elle a la racine, la fleur, &: la fueille 
comme la précédente; mais fon fruid n'eft pas femblable : car eftant meur, il eft de couleur de 
pers, & non pas noir, comme celuy de la précédente , &: eft plus petit , a aufli moins de fuc, &: eft 
quaii aufli doux que celuy du Meurier. L'autre efpece de Ronce ; eft celle qui porte les Rofes, ainfi 
que dit Pline. Diofcoride l'appelle kumV6«t@«. Elle croift dans les hayes parmy les autres Ronces. t'Egimieri 
En Latin elle s appelle Rubus Camnus , ou Canirubus : en Arabe Sent : en Italien Rouo Canino. Au- [£"^.1,. 
cuirs eftimentque c'eft celle qu'on appelle en France Englantier , &: Eglantier ; ce qui s'accorde £«/«* 
aucc les marques qu'en donne Diofcoride. Car cefte plante eft plus grande, que la grande Ronce &: u™£ lo6% 
plus ferme : car elle croift en hauteur comme vn arbre , &c ne rampe pas fur terre comme h Ron" 
ce fait , àcaufe dafa foiblefle. L'Eglantier a les fueilles du Myrte -, mais plus larges, Ses branches 
font garnies de fortes efpjnes , qui eft la caufe pourquoy nous l'auons pluftoft mis au nombre des 
Ronces , que des Rofes.ll fait le plus fouuent fes rieurs blanches, quelquefois vn peu rougeaftres , de 
fort bonne odeur. Son fruid eft long, fait comme le noyau d'vnc oliue , qui déuient iaune eftant 
meur , &: eft plein de bourre. Ce fruid, (après en auoir ofté la bourre, car elle nuit à l'artere)eftant 
lèche & bouilly en vin,prins en breuuage, referre le ventre. Ruel fuyuant les communs exemplai- 
res incorrects a ainfi traduit ces derniers mots ; Sonfruicl feché après en auoir ofté la bourre de de- 
dans, referre le ventre : car eftant cuit au vin épris en breuage, il nuit à l'artère Mais au texte cor- 
red il y a ainfi : Sonfruicl reftramt le ventre, ayant ofté ce quipique{carfa bourre fait mal À l'artère) 
eftant cuit en du vin & pris en breuuage. Ce que Cornarius a fort bien traduit, comme nous l'auons 
mis cy defïus. La fleur de l'Eglantier a encor cecy , outre ce que Diofcoride en dit , qu'eftant frot- 
tée entre les doigts, elle fent bon, & fa fueille aufli. Serapio après auoir efcrit tout ce que Diofcori- 
de en dit adioufte, que la racine de l'Eglantier eft plus chaude que le fruicb qu eftant pilée & mife 
deflus en façon d'emplaftre, elle attire dehors les efpines qui font fichées dans le corps.Les fueilles 
aufli pilées &: appliquées fur les inflammations les empefehent decroiftre.il femble,& à bon droit, 
que les communs exemplaires de Diofcoride foient manques en ceft endroit ; d'autant que ces 
chofes que Serapion a adioufte, n'y font pas. Or combien qu'il n'y ait point de marque en Diofco- 
ride, qui ne conuienne fort bien à cefte plante, & que la plus part de ceux qui en ont efcrit en font 
bien d'accord . il y a neantmoins aucuns qui en doutenr. Dodon efcrit qu'il eftime,que le Cynosba- 
tos de Theophrafte foit l'Aubeftin. Tragus aufli l'a peint & deferit fous le nom de Cynosbatos. Les ljoL j t. & 
autre y contredifent ouuertement, comme fait Matthiol:C*r dit-il,/ le Cynosbatos eftoit vne eftece ^Xi l 
de Rofes fauuage s, ilfujfîfoit a Diofcoride de dire , qurl' Eglantier eft oit femblable aux Rofesfans di- Un. , c. ï8 . 
re qu 'il croift haut comme vn arbre, é- beaucoup plus grand que la *Ronce,T> auatage les fueilles du Ro- j^w J £ 
fier fauuage font bien différentes d'auec celles du Myrte. Leur fruift mefme eft beaucoup plusgros.non Di„r c .c 106. 
feulement que les noyaux £ oliue, mais que les oliues mefmes. En outre Pline appelle la Rofe fauuage j^jg * 
Cynorrhodon,qm eft vn nom particulier, & non pas Cynosbatos. Qui plus eft,luy mefmes efcrit que les l . R ^„. 
anciens par le mot de Cynorrhodon, qui veut dire Rofe de chien, n'ont entendu autre choie qu vne 1 *£/£ 
petite efponae qui croift au milieu des branches des Roiiers fauuages.Et traittant du Cynosbatos ou u^ . de 
Ronce de chien, il la fait bien différente d'auec la Rofe fauuage, difant , qu'elle a la fueille Comme 1 ^ eh. 4 . 
la plante d'vn homme,& qu'elle porte(ce que Matthioî a oublié ) vn raifin noir,dans les grains du- Liu<î f . c . t . 
quel, il y a vn nerf,àraifon duquel il eft appelle Neuroftaftos. Or Theophrafte dit,que le Cynosbatos ^fi». ^ 
eft femblable au Grenadier, & porte vn fruid aufli femblable , mais que fafueille eit femblable a vm>cti , Lit 
l'Agnus Caftus.Mais on refpond à toutes ces obiedions» Premièrement ce que Matthioî s'efiaye de R^mjon 
prouuer contre Marcellus, que le Cynosbatos ou Rome de chien eft différant d mec la Rojede chte® ou de Malthioh 
fauuare, en la grofleur du tronc, en la hauteur Se grandeur, & en la multitude & force des efpines, Uj«- £4. 
& en ce que la Ronce de chien a la fueille qui fent bon,comme dit Pline, & eft eftrolte, au heu que • * 
celle de -Rofe fauuage ne fent du tout rien. Celle-là eft aiguë,& celle de l*<*pfe fauuage eft vn peu 
large au bout , &: eft diuifée par entrecoupeures plus grandes. Y ayant donc fi grande différence 
Diofcoride ne deuoif point faire comparaifon de la Ronce de chien , ny auec la Rojejauuage , ny 
aucc la domeftique : & ne fert rien de dire, que Pline appelle la Rofe fauuage Cynorrhodon >U non 
Cynosbaton : car il n'eferit pas aufli , que les anciens n'appelloient Cynorrhodon , que celte petite 
efponge , qui croift au milieu des branches des Rofe s fauuage s , comme le dit Matthioî : mais que 
l'on tiroir vn médicament du Rofter de chien; c eft que de la cendre de 1 cfpofigc qui croift au ttf* 
lieu de fes branches, on en faifoit recroiftre les cheueux tombez par la pelade. Or il eltaile a A la,, 
voir par cefte defeription , que la fueille de la Rofe de chien , refemble fort a celle du Myrte Singu- 
lièrement an fauuage : mais qu'elle eft plus large êC dentelée à lenteur , & vn peu moins aiguë ; Se 
Tome premier, * $ ^ u ^ 



A la ; 
A ia É. 



1 02 Liure I.de l'Hiftoire des Plantes, 

que fon rraift refemble à l'Oliuc. Car Diofcorde dit uixot* , c >ft à dire femblable : & non pas ï«v, 
qui fignificroit aujfigros, combien qu'il n eft pas plus gros que les Oiiues d'Efpagne,ou de Langue- 
doc. Or ce paflage auquel Theophrafte dit,que la Rmce de chien,ceft vn arbre jemblable au Grena- 
rhill. du.V * ier >& qui fait fon fruitt comme luy:eL\ corrompujcar il faut qu'il y zitfemblable a la Rofe. Car Pline 
Liu i6. c, 7. a ainfi traduit ce mefme paffagei Il y a, dit-il,?/»* ejpece de Ronce, qui porte des Meure s,& vne autre, 
qui forte comme vne Rofe, qui eft appelle? Cynosbatos. Dont il fera aifé de corriger le demeurant de 
ce partage en Theophrafte,en lifant ainfi>2> <Hpnce de chien a le fruit? rouge aftre seblable a celuy du 
a i a ,. Roften & non du Grenadier, comme il y a aux communs exemplaires. Et après il faut lire ainfi que 
Liu. i+ .c.i 4 . pi ine i' a i nter p rct ^ La fueille femblable a la plante d'vn homme,& non pas, sebUble à lafueille du 
Smleycommç, on lit communément. Car qui confiderera la plante ou trace du pied d'vn home,elle 
eft au commencement vn peu largc,puis au milieu elle eft plias large;en fin elle aboutit en pointe & 
va en s'eftreciffant,come on peut voir en mettant le pied chauffé en du fat4e,ou en la fâge,iur tout 
Aumcf-lku ayant deS foulicts Gomme on les voic aux ftatues antiques , à la façon qu on Ici portoit ancienne* 
' 1Ctt * ment.Car cefte marque ou impreffion reprefente entièrement la forme des fueilles de la <Hpnce de 
ehie»Mù$ quand Pline efcrit,quc la lipnee de chien porte vn raifîn noir,il confond,commc il fait en 
pluficurs autres endroits.la Ronce de chien , auec \a petite Ronce, appellant fon fruift improprement 
Raiftn, au lieu de l'appeller Meure, combien qu'ils ne font pas beaucoup différents l'vn de l'autre. 
Ce qui eft aisé à cognoiftre;d'autant qu'il femble qu'il vueille mettre en ce paflage là les trois fortes 
de *$p»c f*,defquelles Theophrafte fait mentiomcar après auoir parlé de la grande <T^ncc il adioufte: 
l'autre forte de Ronce eft celle quiportedes Rofe s. Mais il ne parle point de la troifiefme efpece, finon 
que nous y rapportions ce que nous auôs deiia dit:à quoy s'accorde vn vieil exemplaire,auquel il fe 
lln-if.c.l'. treuu6 ainfî eferit : La petite ^Rpnceporte vn raiftn noir, au grain duquel,ejrcll croift tantfur la Ronce, 
Liure 7 . des que fur l'Eglantier vn certain excrément rond,afpre au toucher JPline dit,que celuy de la Ronce, eft 
L^'atus. vne P ccice ^ ouIe ^ aite c ° mmG vne chaftagne,qui eft fort bonne pour les graueleux, Il appelle auffi 
Celle de l'Eglantier petite Eftonge. Galien parlant de la nionce de chien, ou Eglantier dit ainfî : Son 
Lime t. fafrufà eft fort aftringeant , & les fueilles reftraignent médiocrement , par quoy fonvfage particulier eft 
alim. affe\cogneu.Jlfe faut garder de manger de fonfrutc~l\car il eft plein d'vne bourre , qui eft mauuaife À 

t» Ronce t'œrtere.Et en vn autre ^iïage:lefruic7 de l'Eglantier eft bien plus aftringeant , que celuy des Ronces', 
idéenne , et* pour cefte caufe tire ferre mieux le ventre. Or les paifans en m agent fouuent,ejr eft de peu de nourriture. 

^mnt r 9 r C ' e ^ a ^ eZ P ari< ^ ^ C l ' E ^ tier Vcnons à la Rmce Ide'enne,tant à la piquâte, qu'à celle qui n'a point 
4.efpecet d'efpines. Elle eft appellée Idéenne , non pource qu'elle croift feulement au mont Ida,& non 
Liu/e 4 CI dc a i^ eurs J comme Pline l'a penfé : mais d'autant , ainfî que dit Diofcoride , qu'il y en a abondance 
l'hift 3.C.17. au mont Ida. Or Theophrafte racontant les arbres particuliers du mont Ida ne fait aucune mention 

deh Ronce idéenne. Et de fait, la plus part des Herbiers tient 
que c'eft vnarbriffeau que les François nomment Frambot- 
fier, comme qui diroit Fraifterde bois-Aes Allemans Hymber- 
ren,i\ bien que cela eft quafi du tout hors de doutercar ainfî 
qu'eferit Diofcoride, cefte Ronce eft. beaucoup plus tendre 
que l'autre , &: a les efpines plus petites , combien qu'il s'en 
treuue auffi fans efpines 5 fur tout aux nouueaux furjeons qui 
n'ont pas encor vn an. Il a les mefmes vertus que la Ronce 
cy deuant dite. Pline en dit tout autant ; On appelle , dit-il 
la dernière efpece idéenne, dunom du lieu où elle croift-.elle efl 
plus tendre que les autres [car Hermolaus l'a ainfî corrigé fur 
Diofcoride , au lieu qu'il y auoit , eft plus petite , ) a les épi- 
nes moindres & moins crochues. Sa racine eft longue, qui va 
s'eftendant par deffus terre , &c iette tous les ans des fur- 
jeons , lefquels en la féconde année fleuriflent &: portent vn 
frui£t, qui refemble aux Meures des Ronces ; toutefois elles 
font rouges : & font apppellées en Latin Rubildei mora : en 
FrançoisFramboifes : les Dauphinois les appellent Ampes: 
les Italiens Ampomele. Le Framboifier fleurit en May, & en 
en Iuin. Son fruift eft meur en Iuillet. Sa fleur , félon Dio- 
fcoride, incorporée auec miel eft bonne pour appliquer 
fur les enfleures des yeux. Elle eftaint là chaleur des 
Erifîpelcs. On en donne à boire à ceux qui font fubjets aux 
douleurs d'eftoraac trempée en eau. Selon Pline la fleur eft 
bonne appliquée fur les yeux chafïieux auec eau. Ce qu'il 
redit en vn autre endroit : La Ronce Idéenne à\(-i\,aeflé 
ainfi appellée , d'autant quelle ne croift point autre part que 
fur le mont Ida. Or eft elle plus tendre & moindre , & a moins 

d'efpines 



Liu.4.e.34. 



Ï.ÏU.16.C.37. 



Ronce idéenne , ou Vramboifier 
piquant. 




Liu.16.c37. 
Liu.14.c14. 



Des Rofes. Chap. IL 



105 



%&>g/V TWif Ao&at/,c'eft à dire,/*? -vert des Rofes feparéd'auec les ongles>$c çoJm Çvftœiv %®Ç/<; rm ÂcCôV; U 
fueille des mon/es de'fonglées.Cav. ÀeG& en Grec fignifie le bout de quelque chofe. Les petits grains iau* 
nés qui font au milieu de la Rofe attachez à des filets menus , s'appellent en Latin Flores Rofarum. 
en Grec *v0»i ràk poJuv. Ceux qui les appellent Anthera faille grandement : car Anthera félon 
Galien, Celfe, Paul , &C Aêce , eft le nom d'vne compofition , dont il y en a diuerfes defcriptions 
en diuers Autheurs. Car il y en a qui feruenc pour les maladies de la bouche ; & d'autres pour 
d'autres maladies. Il s'enfait aufli de feches , defquelles on fe fert en poudre ; & d'autres qui font 
incorporées en miel, &: ne s'appellent pas ainli pour eftre compofées de rieurs de Rofes i veu qu'il 
y en a beaucoup auxquelles on n'en met point : mais à caufe de la couleur de fleur que l'on donne 
à ces composions là. Ce bouton vert qui fouftient la fleur , Ô£ qui eft plein de femence s'ap- 
pelle en Grec xe4>«À*/ twv fôêw : en Latin Caput Rofarum. Apres quela fueille & la fleur efttom- 
bée, quand ce vient fur l'Automne il fe meurit, & fe fait rouge, & eft plein d'vne graine dure en- > 
uironnéc de bourre. LcRcfer Grec que les Grecs nomme Lyichnis , pource qu'il a les fleurs com- £*M 
me l'herbe appellée Lythnvs, croiftde fon bon gré aux hâves, & eft fort petit, fans efpines : ce qui uiu H , 
luy eft particulier. Sa fleur eft rougeaftre , & fort au Printemps & en Automne , comme auffi la 
Connecte , & celle qui eft appellée Gr&cuU. L'on en plante aux iardins , & meimes il en croift en 
quelques montagnes qui ne fentent rien. Tontefois Dalechamp en a cueilly au plus haut 1 oni- 
met d'vne montagne des Ceuennes près de Lyon, que l'on appelle la montagne de Pilate, qui 
fentoient fort bon , dont la plante eftoit rempante fur terre , & fi bafle , auec les fueilles fi pentes, 
que l'on n'euft point pensé que ce fuflent Rofes. Et au contraire il s'en voit en la grande Char- 
trouffe près de Grenoble , qui ne fentent du tout rien : tellement que cela eft très véritable que 
Theophrafte parlant de cesmefmes Rofes dit , à fçauoir qu'elles ont l'odeur félon le heu ou elles l**-. de 
croiiTent, & que pour la diuerfité du terroir il aduiendra qu'vne mefme forte f ennra bon en vn ' •<* 
lieu, & en vn autre ne fentirarien. Or Gaza n'a pas bien traduit ce paffage.Si quclqu vn me,que ce 
foit icy la Rofe Grecque de Pline, au moins puis que c'eft vue efpece de Rofe fanu âge , il m'accordera 
que c'eft vne efpece d'Eglantier liffete fans efpines. La Rofe appellée Grxculakm fort bon, & fleu- %*»fi *» 
rit au commencement de l'Efté, vn peu plas tard que celle de Damas, Se continue a fleurir tout da 
long de l'Efté. Elle a les fueilles plus larges que celles de Damas bUncfr qui ne s'efpanmflent pas, L*fim* 
fi on ne les eftend auec la main : mais font comme colées &: entortillées^comme efent Pline.^ L on 
dit communément que cette Rofe fent la Candie. La <*pfi tanne ou dorée eft ainfi nommée a eau- ^ ^ .^ 
fe de fa couleur Elle a la fleur &: la couleur d'autre façon que les autres:car fes fueilles iont petites, mm dtriet 
rondes,de couleur de vert-brun,fort découpées; dont les pointes fontquafi poignantes. Ses bran- **/"** 
ches font bien garnies d'efpines , la fleur eft dorée ou iaune,femblable aux autres quant au relie , li- 
non qu'elle n'eft pas double comme celles de iardimmais n'a que cinqfueilles.EUe a vne odeur tort 



La Roje iaune. 



Eglantier efjtineux. 





mal-plaifante,dont nature a eu 



grand tort d'auoir priué vne fi belle fleur de l'odçur qu'elle de- 
* uoiç 



Lis Rofes 
funtMgtt. 



Le volyaatn- 

thon. 

Lkua1.ch.4- 



Le lien. 



Lîure 6. àc 
l'hift.ch. 6. 



106 Liure 1 1. de l'Hiftoire des Plantes, 

uoit auoir comme les autres Rofes > car il elle fentoit bon,elle ne tiendroit pas le dernier rang entre 
les belles fleurs. Il en croift en Italie,&: depuis quelques temps en ça on en commence à planter aux 
iardins. La Rofefauuage, que nous auons dit que Pline appelloit Cynorrhodon -, a les fueilles afpres, 
& pleines d'aiguillons. Ses branches &c furjeons font couuerts d'efprnes , comme ceux des Roliers 

Kofier fauuage Portant Pommes. tTfcTT «**» £ font plus petits u les fueilles auffi. Les 

fleurs font hmples, blanches, ou bien tirans fur la couleur de 
pourpre,& ne fentent rien.Apres que la fleur eft tombée il y 
croift des petits boutons ronds , comme au* domeftiques, 
qui rougiilent lors qu'ils font meurs,& font pleins d'vnc fe- 
mence enuironnée de bourre. Il a défia cy-defïus elle dit, 
|, qu'il ctoiiToitau milieu de fes branches vne petite boule ou 
' petite boffe heriilée , que Pline nomme Eftonge. Aucuns 
Apothicaires la nomment Bedegar, non fans erreur; veu que 
que ^Bedegar eft vne efpece de Chardon. Il y a plufieurs for- 
tes de Rofes fauuage s qui font bien à remarqueront les vnes 
fentent la Candie , & ont la fueille plus petite que toutes 
les autres. Il en croift naturellement par les champs en Fran- 
ce, en Flandres,en Angleterre , & font bien cogneués pour 
raifons de leur odeur. Les iaunes fauuages croiflent en Bar- 
barie. Il en croift auffi de bleues en quelques iardins d'Italie. 
Il y en a auffr* vne efpece , qui a les fueilles comme le myrte, 
mais plus larges , dont la fleur eft auffi belle que des Mufca- 
des. On l'appelle communément Eglantier, àz laquelle nous 
auons parlé cy-deuanten rraitant delà Ronce de chien. Pena 
dit qu'il y en a vne forte de fauuages,qui croift en Angleterre 
qui eft aflez belle ; mais qui va rampant par terre , &c n'a ia- 
mais plus de deux coudées de hauteur.Sa fueille eft plus pe- 
tite que celle de l'Eglantier : il y croift vne pomme fembla- 
ble à l'Aronia ; mais moindre de beaucoup , & de plus belle 
couleur, rougette tirant fur le bleu, laquelle meurit au mois 
d'Aouft. Elle a la fleur comme la rRofefiauuage. Voilà ce qu'en dit Pena. Il croift de telles pom- 
mes fur nos Rofiers iaunes après que la fleur en eft tombée,qui font il femblablesaux Sorbes, en la 
couleur, &c en la figure, 6c quelquefois auffi en la groffeur, que qui n'y eft bien exercé ne les peut 
difeerner d'enfemble. L'autre forte d'Eglantier, pource que fa tige, fes branches,furjcons,& fueilles 
font bien garnies d'efpines , eft appe'lléc par Dalechamp Cynorrhodon Polyacanthon , c'eft à [dire 
Eglantier efrweux. Ceft Eglantier n'eft iamais plus haut d'vn pied. Sa fleur eft rouge 6c petite. II 
s'en treuue au bois de Gramontpres de Montpelier. Quant aux IRpfes de iardin , dit Pline , le 
Terroir aide beaucoup a leur donner odeur : celles de Corene de Barbarie font les plus odorantes de 
toutes : auffi s'y fait-il de fort bononguent Rofat. A Carthagene d'Efpagneily a des Rofes d'Haftiueau 
tofft l'hyuer. La f ai fin auffi y fert beaucoup : car il y a des f ai fins , ou les Rofes n'ont point d'odeur. 
Celle qui croijl en lieu fie a meilleur odeur ,que celle qui crotft en lieu humide. Le Rofier ne s aime 
en lieux gras , ny en lieux argilleux , ny auffi près des ruiffeaux ejr lieux aquatiques : car ilayme <vne 
terre légère, & fur tout vn lieu auquel on ait mis des plâtras ou curailles de maifion. Ceux de ta cam- 
pagne de rRomë font fort hafiifi à fleurir : mais les Mile fiens font tardifs : toutefois ceux de Pilaflro 
font des derniers à porter. Il les faut planter plm profond que les bleds ; non toutefois fit profond que la 
vigne. Ceux que l'on fi me font fort tardifs a -venir. Leur femence eft dans le bouton qui eft fous la 
fleur, èr toute enuironne'e de bourre : delà viont qu'on en plante pluftoft des fions que de les femer. On 
plante auffi des yeux -des racines comme on fait des Cannes : mais ceft d' vne forte appelle e Spineole^ 
qui eft blaffardc,& iette de grandes verges comme celles de la Quinte fueille. Cette forte eft différen- 
te d'auec la Grecque. Or tom Rofters aiment a eftre coupez ejr emondez, ejr d'eftre bruftez. Ils aiment 
auffi d'eflre replantez comme la vigne : car ils croiffent incontinent. Ilfujft que le Sion ait quatre 
doigts hors de terre , on dauantage qui voudra. Il les faut planter a la fin d'Octobre : mais pour les re- 
planter , il faut attendre que leventfueillu, tire ejr les mette vn pied loin l'vn de Vautre , ejr remuer 
fiuuentla terre , al'entour. Ceux qui en veulent auoir des premiers font vne foffe d'vn pied de large 
tout àl'entour du Rofier, ejr e'mplifient ladite fiffe d'eau chaude, lors que le bouton commence apouffer. 
Voilà ce qu'en dit Pline. Dont il fera aifé à corriger vn paftage de Theophrafte , duquel Pline a 
emprunté quail tout ce qu'il en dit. On lit ainfl en Theophrafte,ainfi que Gaza l'a traduitrO//^ de 
Corene font les plus odorantes de toutes,auffiy fait-on de fort bon onguent. Or gêner alemet le s violette % 
ejr autres fleurs de ce pays-la ont vne odeur pure : au lieu qu'il faut lire, Or généralement les violettes 
ejr autres fleurs ont vne fort bonne odeur en ce pays-laftlafaifin ejlpropre-.car elle y fert grandement À 
changer lafintcurSZ-xt. Pline àxv.lafaifinyfait aufii beàuccupiear en quelques mnées elles font moins 

odorantes, 




DesRofês, Chap.M. 107 

odorantes Et vii peu après Gaza pourfuiuant en fa tradu&ion de Theophrâfte le fait parler ainïî : 
Le Rcjier croifl auffi de femence ^ qui ejl vne pomme qui croift flous la fleur , & eft de couleur de Saffran 
baflard.rjr piquant?, couuerte de certaine bourre, qui eji auprees des premiers grains : ce qu'il faut ainft 
conigCï'.La Roje croift aujfi de femece^qui ejl enclofe dans vne ptitepome qui croift flous la fleur, couuer-; 
te d'vne Bourre comme on voit au Saffran b attardée 1 aux telles des chardons^ laquelle enuironne toute 
la graine. 11 ^ a quelques temps qu'auprès de Grenoble en Dauphiné il fortit du milieu d'vne Rofe 
rouge,de laquelle les tucillcs eftoient défia tombées, vne petite tige,menuë, longue de trois doigts, 
qui porta vne autre Rofc comme la premiere,auec fon bouton deffous qui fouftenoit la fleur. Pline 
dk,que les Rofles demeurent long- temps a croÏÏlre de flemence Jaque lie eft enclofe en vne efeorce ; qui eft 
dejjous la fleur , & couuerte de bourre. Cela dortc que Theophrafteappelle cil la Rbfe f*i?Aet> , Pline 
l'appelle Corticem , comme auffi vn peu deuant il dit : Elle croifl enclofe dans vne efeorce plaine de 
grains. Nous auons auffi dit,que ce bouton s'appelloit x.g(p<*À>}. Theophraftc dit r Or d'autant que les 
Roftcrs demeurent long-temps a croistre , ton coupe desflcions qu on plante. Ettant brufle & efmondéil 
porte de plus belles fleurs : car fi on le laiffe il croifl en vne extrême façon à" s'abaflardit. Or il le faut 
tranfllanter fouuent : & en cefte forte il fera de très-belles Rofles. Ce que Pline dit aihdïpource que les 
'Kpfiers demeurent long-temps a croiflre de la flemence, on plante pluftoft desflcions. Or tous Rafler s ar- 
ment a eftre emondez,^ brufle x : {car fi on ne les cultiuc ,ce que Pline a oublié, */* s 'abaftardiffent.) )fl$ 
croiflfent auffi bie ejr ville en les replantant comme la vigne. Les Rofiers tant domeftiques,(\\icfauuages i 
fleuriffent au mois de May,& de Iuin, comme auffi les Rofles de Damas, ou mufquees, qui fleuriffcnt ittm&i, 
pour la féconde fois au mois de Septembres en automne. Ce qui ne doitfembler eftrange àper- Liu-4> ^5 
îonne , veu que Virgile fait mention des Peftanes qui portent deux fois. La Rofle félon DiofcOride* Georg. 
rcfroidit,& referre;mais eftant feche elle eft plus aftringeante.Ce que Pline dit auffi. Or pource que ^ Jj^- 
ce pafîage eft corrompue que ce qu'il auoit dit du lonc odorant eft rapportée à la Rofe ; Cornarius ,«*. 
l'a ainfî corrigé fur vn vieil exemplaire : Sa decocliortflert aux maladies des flemmes. Ont appliqué jj J; [*£"*$. 
auec re fine feche aux conuulftons qui font retirer la telle en arrière , pour cf chauffer. Iufques icy il a E mbi. 109." 
parlé du Ionc,apres il parle de la Rofe : la <&ofle referre & refraichit i à'cMais en noftre exemplaire Liu.£ ào 
eferit à la main il y a.) On la met pour ej chauffer : la Rofle re ferre & refroidit , ejrc. Galien dit, que là Liu 8." des 
Rofe eft compofée d'vne fubftance aqueufe, chaude, méfiée auec deux autres qtialitez, aftringeantc fîgP 1 * ■■ 
& amere : & que la fleur des Rofes eft plus aftringearite.&c auffi plus deficcatiue* Et vn autre lieu il fi£^j.iô. 
dit , que l'huile Rofat eft froid au premier degfé s & que le fuc des Rofes eft de température plus 
froide : mais non pas de beaucoup 5 ains de chaleur tiède , & d'vne effence fubtile. Ces authéurs 
ayans efgard à diuerfes raifons ont toutefois dit vray 5 difans les vns que la Rofe eft froide ; & les 
autres qu'elle eft chaude : car la Rofe eft aucunement médiocre entre chaud &c froidj veu que l'vne 
ou l'autre qualité ne fepeutcognoiftre par les fens: car les chofes qui efmeuucnt les fens parleur ^ ~ 
chaleur ou froidure, font mifes au rang de celles qui ef chauffent ou refroidiffentau fécond degré : fe S. pa C r g, 
mais celles defquelles on necognoiftïa vertu que par le difcoUrs & iugementibnt mifes entre cel- 
les du premier degré. La Rofe donc, comme Mefue a fort bien dit , eft froide au premier degré , &: 
feche au fécond , & eft compofée de diuerfes fubftances , qui mefmes fe peuuent feparer , afTauoir 
d'vne fubftance médiocrement aqueufe s & d vne terrefte aftringeantc ; &: d'vne aëree , douce , 8c 
aromatique î & finalement d'vne fubftance ignée, de laquelle prouient l'amertume, la rougeur, la" 
perfedion & la forme. Toutefois la force de la fubftance ignée , qui luy a caufé la rougeur & H 
forme , a cfté plus violente que celle qui la fait eftre amere. Parquoy auffi Cèfte qualité s'efuanoiiic 
en la Rofe feche : mais les autres y demeurent toujours. Et c'eft pour raifort de cefte amertume, 
que les Rofes frefehes & principalement leur fuc purge la bile , & les aquofitez. Ce qu'il fembld 
que les anciens Grecs ayent ignoré : mais quand elles font feches , la chaleur qui les fait eftre ame- 
nés s'eftant amoindrie , elles manifeftent leur vertu aftringeante , &: oppilatiue. Parquoy elles font 
plus froides , & plus aftringeantes * fingulicrement celles qui font moins parfaites , & les blanche* 
plus que les rouges. Leur fuc eft chaud quafi au premier degré : d'autant qu'il eft feparé de la 
fubftance terreftre &: froide. On le tire , dit Diofcoride * des fueille s frefehes t après auoir coupé les 
ongles des Rofes auec des cifeaux i on pile le refUdans vn mortier , puis le faut exprimer a l 'ombré Lta.-x.«.m 
iufques a tant quilfbit effeffy , & te garder aihfi pour le Uniment des yeux. On feche auffi les fueil- 
les des Rofes, en les remuant toufiours, de peur qu'elles ne fe moififTe'nt. Le fuc cfpraint des Rofes 
feches cuke en vin, eft bon pour les douleurs de tefte, dès oreilles, des yeux.dcs genciues,du fonde- 
ment, du boyau culier, & de la matrice, appliqué auec vne plume, ou mis dedans. Les mefmes Ro- 
fes pilées fans eftre efpreintes font bonnes aux inflammations des hypochondres , à ceux qui ont 
l'eftomach humide , &: aux erefipeles , ou feu faind-Anthoinc. Sechées & puluerizées font bonnes 
pour mettre fur les cuiffes efcorchées.On a accouftumé d'en mettre aux médecines des yeux & aux 
comportions qu'on appelle Anthera. On brufle lesfueilles pour embellir les fourcils. La fleUrqui 
eft au milieu de la Rofc efjtant fechée eft bonne pour les defltixions des genciues,fi on les en frotta 
Les boutons des Rofes prins en breuuage arreftent le flux de ventre, & feruent à ceux qui crà- M«rU.^ 
chentlefang. Les fueillcs fortifient le cœur, l'eftomach ,1e foye,& la vertu tetentrice î appaifent 10 * ' 

les 



f.l!I.Il,C.l9' 



Iiu.i. des 

nitilicptirg. 



ti1i.ll.c19 
1 in.8.c. 4 i. 

&CS.1 ij-. 
i uchfc.i 5-4. 
Dodon.l. 6. 
Chap.i. 



Le lieu. 
La forme. 



Liure 1 . des <3p 
alim. 



108 Liure ïî.de l'Hilioire des Plantes, 

les douleurs qui viermenc de chaleur , & gucrifTciit les inflammations. Les ongles font bonn e 
pour mettre dans les lauemems & clifteres pour reftrainde les' defluxions. La fleur, félon Pline 
fair dormir , arrefte les purganons des femmes , far tout les blanches prinfe en eau & vinaigre , & 
auiii le crachement de 'fang. La coupelle & le bouton arreftent le flux de ventre , & le crachement 
de fang. Le fruict du Roder eftant bien meur & rouge , & la femence &: la bourre qui font dedans, 
ont notoirement vescu de reftraindre. Pource aufli ce fruicl: eft bon au flux de ventre , à tous flux 
immoderez des femmes , & iinguliercment aux flux de la femence génitale. Le fuc des incarnates 
eft de plus grande efficace. Celuy des rouges a moins de vertu. Le fuc aufli des efpannies eft meil- 
leur, & rinfuiîon des Rofes rouges trempée en l'eau > combien que celles de Damas ou raufquées 
font beaucoup meilleures : car en mangeant vne vingtaine des fueilles elles lafeheront aifément le 
ventre , & fans forment. Le fuc des Rofes purge , & eft apéritif, refolutif , & deterfif. Il purge le 
le fang de la bile , tant aux veines qu'aux artères ; il eft bon à la iauniffe pource qui 1 defopile 1 efto- 
mach & le foye, & les purge. Il fortifie le cceur,l'eftomach & le foye : guérit le battement du cœur, 
d'autant qu'il purge les humeurs qui en font caufe , & fert à toutes les Heures caufées par la bile. 
L'infufion dont les Apothicaires font le Syrop rofat laxatif , eft du nombre des médicaments, que 
les modernes appellent Bemt^ à caufe qu'ils lafehent le ventre doucement, &: fans violancene 
fafcherie. Il eft fain pour purger en efté la bile , &: l'eau des hydropiques , fi on en prend de deux 
onces iufques à quatre. Les Rofes blanches ne purgent rien , ou bien peu : elles font plus aftrin- 
geantes, &: fortifient plus que les rouges. Ce que Mefue ayant entendu des Rofes communes, &c 
qui fe treuuent par tout fur les huilions ; Manard a eu tort de le reprendre difant , que les blanches 
qu'on appelle de Damas , ont plus grande vertu d'euacuer que les autres : car i'eftime que Mefue ne 
fçauoit que c'eftoit des Rofes de Damas , ny mefme les anciens Grecs , & Latins , pource qu'il ny a 
pas long-temps que l'on a commencé d'auoir des Rofes de Damas en Italie, & en France, & pour- 
ce aufli , que pas vn des anciens , que ie fâche , n'en a parlé , fi ce ne font celles que nous auons dit 
que Pline appelle Coroneolas. L'huile Rofat, & l'eau Rofe renforcent le cœur, l'eftomach, le foye, & 
la facu Ité retentrice d'icelles parties , en referrant leur fubftance fi elle eft par trop flaque & molle, 
amortirent toute forte d'inflammation, & appaifent la douleur qui en prouient, &font dormir. Ils 
font toutefois efternuer & font venir la roupie , fpecialement fi on fent les Rofes frefehes : car leur 
odeur nuit a ceux qui font fubiets aux rheumes & catharres > referrent la luette &c le goufier &: les 
renforcent : empefehent d'enyurer , &gu enflent la douleur de tefte, qui vient après boire. L'in- 
fufion des Rofes nettoyé &: euacuë : mais leur eau tirée par l'alembic renforce bien , &: ne purge 
pas, pource que fa chaleur fubtile s'eft efuanouye par le feu. Le vinaigre Rofat appaife toutes fortes 
d'inflammations, difTipc, purge, &: fortifie. Les r Rofesfauuages font plus aftringeantes que les dome- 
fliques , mais elles ne fentent pas fi bon , & fi ne purgent pas. Eftans méfiées auec de graille d'Ours, 

félon Pline , elles gucriifent merueilleufement bien la pela- 
de. Il dit aufli que la cendre des petites efponges qui croiffenc 
au milieu des branches de l'Eglantier , eftant incorporée 
auec du miel , fait les mcfmes efre&s : & que le vray &L fou- 
uerain remède pour ceux qui font mordus du chien enragé 
fut reuelé diuinement n'y a pas long - temps , &: eft prins de 
la racine de l'Eglantier. Les petites efponges & le fruict. de 
l'Eglantier font fort bons contre le calcul , &c la difficulté 
d'vrine , fi l'on en baille à boire après les auoir réduit en 
poudre. 



Du Vrumer fauuage, CHAP. 111. 

E Prunier fauuage , ou Prunelier, ou Pelojfier eft 
nommé en Latin Prunus fyluestris > en Grec wk~ 
ycvfjLYiKia dyg/ct y ou dyptoKQxxvfiqAid- , pource qu il 
porte des pommes femblables à celles de l'arbre 
de l'Efcarlate. ht Pelojfier croift par tout aux bayes, parmy 
les ronces , 5c huilions , dont il eft auiTi vne efpece. C'eft 
j^JL^ vn arbriffeau lequel bien rarement deuient arbre. Saraci- 
■""'*" ne eft fouple , & ligneufe , qui s'efpand au long & au lar- 
ge , de laquelle il fort plufieurs branches , pleines d'efpi- 
^^jtëjf pf /nés. Il a les fueilles comme le Prunier domeftique, mais 
V^^^^ beaucoup moindres. Son fruideft rond , moindre que- 
%JC^^^^^ les Pr « nes domeftiques , afpre au gouft & fort aftrin- 
■CJzëir £ géant. Galien dit qu'il s'appelle dy^ovsKwT^ha , Se 

en 



Prunier fru h âge. 





Du Groifèlier. Chap.IV. 109 

&: en Afie irfiyeiw. Les Latins l'appellent Prunum ftluejlrt , Prunellum , & Prunulum : les François 
Prunelles. Theophrafte l'appelle arotyci.Jtt,, ou comme il y a en Athénée azrevûj^. Les Prunes fau- Letempera- 
uages rcfroidiiîent, déficellent, & referrent. Leur fuc guérit le flux de ventre, & fert contre le flux mmt & les 
de fang, & les purgations des femmes. On fe fert du fuc que l'on en tire après les auoir cuit, &c tenu wrm ' 
long-temps au foleil , puis diuifé en petites pièces , en lieu de la vraye Acacic. Ce que Siluius dit Lîure - t ies 
eftre fait à bonne raifon, parce qu'il eft refrigeratif , deficcatif , & aftringeant , comme l'Acacia des fimpi.medic. 
anciens. Les Prunes fauuages, dit Pline , ou l'efeorce de leur racine cuite en gros vin afpre , iufques fc«"î : c -7- 
à la confumption des deux tiers , referrent le ventre , &: les trenchées d'iccluy . 11 fume d'en prendre 
v ne once & demie. Lon treuue vne gomme fur les Pruniers tant fauuages, que domcftiques,qui eft 
dite par les Grecs Lichen , laquelle eft finguliere pour toutes fentes &: creuaiTes tant des leures que 
du fondement ô£ des pieds. 



Du Groifèlier, 



CHAT. IF. 




Groifèlier blanc. 



Lvsievrs font en doute , fi les anciens Grecs & Latins ont cogneu ces 
trois. arbrifleaux qui fument cy après. Et d'autant que la plus part afleurent 
qu'ils n'en ont eu aucune cognoiffànce, nous nous feruirons des noms com- 
muns que les Simpliciftes leur baillent auiourd'huy. Le premier eft appelle Les noms. 
Vu a Criff>a,pomcc que fes fueilîes &fcs grains font corne entors &c crefpez. Fuchfi c ég< 
Les autres l'appellent Vua marina. Vne grande partie le nomment Vua cre- 
^^^ fpina. Le vulgaire l'appelle Groffularia^d'autant qu'elle reiernbleaucunemet 



§Jât^Ç^^Snk a ^ x petites figues. En François on l'appelle Groifèlier: en Allemand Krufel- 
beer. Aucuns eftiment que ce foit la Vitk Precia de Pline,mais fans raifon : 
car la Vitis Precia porte du vin. Theophrafte après auoir traitté des Nspruns fait mention de Ij'os , ou Lia.3, de 
Oefos, defquels il y en a vne forte, qui a la fleur &: le frui£t blancs : l'autre a la fleur & le fruicT: noirs. lhlft - c - 1 7- 
Aucuns eftiment que l'ifos , ou Oefos blanc foit noftre Groifèlier. Nous en parlerons cy après plus à 
plein. Gefnerus eftime que le Groifèlier Toit l'efpine que Theophrafte appelle Cecmothos. Anguillara j'ïlemagnc 
dit que Ceanothos eft vn chardon afTez commun , que les païfans des enuirons de Padouë appellent lîuk 4 . de 
Ajioni. Mais nous difeourrons ailleurs touchant cecy. Le Groifèlier eft vn petit arbre, qui a la racine [ luft - ch u - 

menue, dure, ligneufe , &: comme cheueluë ; plufieurs petites La firme. 
branches blancheaftres, garnies d'efpines droites. Ses fueilîes 
font de couleur de verd-palle,decoupées corne celles du Per- 
Y lîl.La fleur eft rougeaftre tirant fur le vert. Ses grains font blâ- 
^ cheaftres,aigres du commencement : quand ils font meurs ils 
reluifent ; &: deuiennent iaunes , quelquefois vn peu rougea- 
ftres,&: ont vn peu de douceur. Nous appelions ce fruiét Groi- 
felle. Il en croift par toutes les hayes & buiffons enFrance.On Le lieu. 
en plante aufli auxiardins. Ceftarbriiîeau commence à'bour- 
o-eonner dés le premier commencement du Printemps , ôc 
iette premièrement fes fueilîes , puis après les fleurs , & fina- 
lement les grains ou lcfruift : duquel auant qu'il foit meur 
on fc fert en lieu de venus. Il eft froid Se fec au fécond de- Le temper*- 
gré, &: aftringeant : & a quafi les mefmes qualitez que le ver- ™ e ™J? lfS 
ius. Auflî a il vne aigreur plaifante , Se en met on aux po- 
tages i fur lefquels il nage. Il efueille l'appétit , rafFraifchit 
l'eftomacliquieftefcliaufte par la bile. Il eft bon d'en met- 
tre aux potages de ceux qui ont la fieure. Quand il eft 
meur il eft doux &; bon à manger : mis on n'en tient plus de 
compte aux bonnes tables. Les femmes enceintes font fort 
friandes tant du meur, que du vert. Eftant vert il arrefte le 
flux de ventre , & du fang, fingulierement le fuc que l'on en 
tire eftant feché. Il eft bon de mettre du mefme frai® fur 
les inflammations , & aux etefipeles. Les fueilîes auffi y font 
bonnes : mais elles n'ont pas tant de vertu. Si on les mange 
fraîches &c crues , elles font vriner , èc font bonnes pour les 




grauelleux. L'autre arbrifteau eft appelle communément Le Groifèlier 

a - • /* / • J' rouge. 

GroJfuUria rubra , & Vim tranfmarina , & en François , Groifèlier rouge , & Groifèlier A outre mer. Lesnams . 
Les Apothicaires l'appellent Ribes. Gefnerus le nomme Ceanothm Uuis : les Allemans S. lohanfz, a. » »*Jjw 
treublin , oder béer lin. Il a les branches ligneuies , couuertes d vne eleorce rougeaitre. Les ruenies La f erm , 
larges , noiraftres comme celles de Vigne ou du Peuplier blanc : mais moindres , entre lefquelles 
fort la fleur en façon de grappe , puis après les grains , qui font premièrement verds , puis eftans 
Tome premier. K meurs 



1 1 o Liure î I. de l'Hiftoire des Plantes, 



Croifelier rouge. 



LtlitH. 



le Tempera- 
ment. 

Match.Hu.ï. 

«feDioIo 

chap.ioj. 



Les vertus. 



Iiu- desCo- 

nifer. 



Au mef.licu. 

Aux jardins 
d'Allemaffn. 



Les noms. 



Lafomt. 



Vvfé 



Le tetnpt' 

Le lieu. 



Liure j. <3e 
fhift.ch.l8. 




meurs ils font rouges , attachez à des queues longues , Se 
menues; Se ont vn gouft aigrelet,auec vn peu de douceur, 
&: font gros comme vn grain dePoyure. On appelle Groi- 
/elles rouges.ou. d'outre mer. Ceft arbriileau n'a point d'efpi- 
nes , Se eft beau pour garnir les iardains. 11 croift de Ton 
bon gre aux montagnes de Bourgogne Se en Dauphinéc. 
Nous nous en feruons pour garnir à l'entour des quarreaux 
Se allées des iardins. Son fruid eft meur au mois de Iuillet, 
Se eft aftiingeant , froid Se fec au fécond degré. Ceux qui 
eftiment que ce foit le ^Rjbes des Arabes , fe trompent bien 
fort ; car félon Serapion Ribes eft vn arbre qui porre des 
petits fléaux rougeaftres tirant fur le vert 5 les fueilles lar- 
ges , grandes , rondes. Ce qui ne conuient pas auec cefte 
plante qui eft icy peinte ; comme il eft aifé à voir , combien 
que le fruid a les mefmes qualitez que le Ribes : car il eft 
aigrelet Se doux, comme Serapion dit de fon Ribes : aufîî 
fait il les mefmes erfeds. Il eft bon aux Meures ardentes. Il 
rafrodit l'eftomach trop efchauffé , eftanche lafoif , appaife 
le vomiffement &c ofte l'enuie de vomir. Il fait reuenir l'ap- 
pétit perdu. Il fert aux cceliaques & lientcrics , & à ceux 
qui ont des defluxions bilieufes, Il appaife l'ardeur du 
lang , Se dompte l'acrimonie de la bile , Se fa fureur. Par- 
quoy les Apothicaires font bien de faire du vin de ce fruid, 
Su de le garder pour s'en feruir , comme deffus eft dit. Be- 
lon eferit , qu'il a treuué le Ribes de Serapion au fommet 
du mont Liban , ayant les fueilles comme la Parelle , plus 
grandes , plus moufles , du milieu defquelles fortent des 
grains rouges , entafïez en grappe comme on voit en l'Hippogloifc , le Rufc , & le Laurier Alexan- 
drin. Mais Matthiol n'eft pas de cefte opinion : carje Ribes de Serapion n'a pas les fueilles com- 
me la Parelle ; mais rondes , Se ne iettepas fon fruid du milieu des fueilles. Il a mefmes des 
fléaux , Se le Ribes de Belon n'en a point. Gefnerus dit qu'il croift de cefte forte de Groifelles 
rouges , ou Ccanothw lifle à l'entour de quelques forefts qui font fous la iurifdidion des Bernois au 
pnïs des Suifles , qui n'ont qu'vne coudée Se demie de hauteur : Se que les païfans du lieu les ap- 
pellent Keozbeer , à caufe qu'elles feruent à la toux. Le troiiiefme arbriileau eft appelle par aucuns 
lfos,ou Oefosnoir^ de Theophrafterpar les autres Grojfitlariamgra, ou Piperella^omce que le fruid a 
la grolTeur Se grandeur du Poyure. les Apothicaires l'appellent 'Ribes niger : en François 'on l'ap- 
pelle Poyurier^Se Groife lier noir. Il croift comme le Groife- 
lier rouge , Se luy refemble quant aux branches , fueilles, 
fleurs, Se fruid, iïnon qu'il a les fueilles plus larges , Se qui 
s ont vne odeur forte quand on les mafchc : toutefois elles 
ne font pas mal plaifantcs. Le fruid eft noir , douceaftre 
Maigrelet: on l'appelle Groifelles noires. Aucuns en méfient 
tandis qu'il eft vert parmy les falades , potages , Se faïuTes; 
Se difent qu'il eft fain d'en vfer. Autrement on ne s'en fert 
point en médecine. Il fleurit Se fait fon fruid au mefme 
temps que le Croifelier rouge. Il croift de fon bon gré aux 
lieux humides ,'& qui ne font point cultiuez , fur les bords 
des foflez, Se au bord des riuieres. Or affin que nous n'ob- 
mettions rien qui puifïe donner de la peine au ledeur di- 
ligent , faut noter que Theophrafte traittant des arbrif- 
feaux Se arbres qui eftans comprins fous vn genre, ont 
quelques marques différentes ; met pour exemple le f*'p- 
»®-,ïff®-j*»^off,& @etT©* } &. traitte particulièrement de leurs 
différences ; fingulierement de Vlfos , ou Oefos , qui porte 
la fleur & le fruid blanc , quelquefois noir , quelquefois 
moyen, qui n'eft pas du tout blanc, comme du vin trempé, 
ny aufli fi noir comme du gros vin noir , mais rougeaftre. 
Orquelqu'homme dode Se de grand ingénient ayant mis 
en la marge du liure ei<r@- au lieu de î<r@* , qu'il ne co- 
gnoiflbit pas , il eft aduenu que ceux qui puis après l'ont 
«Tarifait , ont adioufté au texte Vout® , fans effacer l"o©* 

de 



Poyurier, ou Groijeltsr noir. 




Du Ribes des Arabes. Chap. V. 



1 1 1 



de Theophrafte, faifans ainli double faute, en laquelle Gaza auffi eft tombé. Aucuns eftiment que 
l'ûlo-ôçeft vne efpece de Saux , que les Parifiens retenans le mot Grec appellent encor auiourd'huy 
Ojler : mais il appert que cefte opinion eft fautte , en ce que toutes les efpeces d'««r«* portent fruicli 
Se il n'y a point de Saux qui portent fruict. Bien eft il plus vray -femblable ce qu'aucuns eftiment, 
que f «îru eft l ' Agntu Caftus , auquel on voit les trois différences que Theophraftemet > quant à la 
fleur Se au fruid ; &£ que pour cefte caufe Pline traduifant ce paffagede Theophrafte a mis deux Mu.z4.ch.$, 




aucun arreft dit tantoft que cefte plante eft appeilée kûyav oio-ov , &c Gia-ostaçirov ctyvot<3KK9v ; & puis en 
vn autre endroit il eftime , que oltrva, qui eft vne plante efpineufe , fait la mefme chofe qusfoefos, 
au lieu que l' Agnus n'a point d'efpines , auffi peu que les Ofîers & Saux. En vn autre paiTbge il ex- 
pofe ce vers ^W* %y,pnr£çsçci<rulvoiiri, des paniers faits de branches de Saux. Voilà ce qu'en dit Da- 
lechamp qui fera examiné derechef en parlant des Saux. 



Ribes des Arabe s y 



chap. y. 



V x plus hauts endroits du mont Liban,outre la Scorzonera à la fleur iaune, Le lie* 
&; le Tulipam aux fleurs iaunaftres, ie treuuay auffi,dit RauuoIf,le vray Ri- 
bessmàis d autât que c'eftoit en automne qui eft vne iaifon mal propre pour 
chercher les plantes,iieftoit (ans rkur,ny graine, & n'auoitque deux fueil- 
les nouuellement forties,afprcs & rondcs.fembl bies à celles du Pctafites, 
attachées à vnaqueiie courte,&; aifez grofle.Sa racine eft allez longuc,grof- Lafimt. 
fe, dure, recourbée fronde, Se de couleur brune, d'vn gouft Sz odeur mal- 
plaifaht'. 11 s'aime es lieux humides & ombrageux.On tire vnfuc aigrelet 
des fléaux de cefte plante qui font à mode de Tonc , afpresTk: raboteux par 
dehors, verts à la cime, &: rouges par le bas , ce que Serapion efcriû auffi comme auffi des tiges , du 
fruid , & des queues des fueilles, tout ainii comme des raiflns de nos Groifelles rouges, duquel les 
Arabes font vnRob , qui fe vend bien cher aux grands , &aux riches. 




Raifin d'Ours. 



CHAP. yj. 





A l i e n appelle cefte plante agnm ça- Urne 7 . des 
! $i&h c eft à dite raifin a" Ours. Elle a ^ ic> des 
' plu fleurs racines, groffesde tronc droit Le nom. 
&z fort , blancheaftrc ou grifaftre, fem- f^Ç*"* , 
blable à celuy de l'arbre que Matthiol Diofcicio* 
' a pourtrait fous le nom d'Oxyacantha. 
Elle a plufieurs branches , longues, ef- 
I patfes çà &là,pleines d'efpinesjtres-for- 
tes droites &c bien piquantes.Les fueil- 
les comme l' Arboufier, ou le Poirier fauuage, pleines de vei- 
nes , & dentelées à l'entour > de couleur de iaune rougeaftre. 
Son fruid eft auffi iaune tirant fur le rouge entafTé bien efpez, 
rond, & afpre au gouft. îl croift aux vallées des Alpes pleines Lelieiï. 
de pierres vers Briançon , &c d'Ambrun , aux endroits où les 
torrents amaffent le fable , & le grauier. Il en croift auffi aux 
enuirons de Sienne en Tofcane auprès de Montalcino. Galien Aumef.Jieu y 
deferitainfi vn médicament qu'il appelle Ponticum^dc la com- 
pofition d'Arrhabianus , pour ceux qui crachent le fan g : de 
Raifin d'Ours Hures feze^d' eau de pluye vingt & quatre Hures ; 
faut faire cuire ie tout iufqua la confummation de la troifiefme 
partie,puis ejpraindre le clair & le garder. .Puis il adioufte , Ce 
qu'on appelle Raifin d'Ours croift en la région de Pont. C'efï <vn 
petit arbrifieau qui a lafueille comme C Arboufier , & porte vn> 
fi "uiférond, rouge \&aftre an gouft, que ton appelle Raifin d"Ours. 
Aucuns eftiment que le Groife lier rouge , duquel nous auons 
traitté cy deuant, foit le Raifin d'ours : mais il appert par les mots de Galien que nous auons dit,que 
leur opinion eft fauffe : car il dit que le Raifin d'Ours a la fûeille comme f Arboufier. 



Tome premier. 



.K 



De 



i î z Liure IL de l'Hiftoire des Plantes; 

DeUAubeffin, C H AV. VU. 

^jftQÉfe Es authcursfont en difpute, quelle eft la plante que Diofcoride entend fous le nom 
Corol n 3 n]lP d'Oxyacantha, entre tant de plantes efpineufes que nous auons. Hermolaus difcqii'el- 
liure. i!îe' §|j|||ij îe eft a PP ell ée par les païfans Oxyacantha Cnfpina, comme qui diroit Ejpine aigre , dis' 
Diofcor. c^s^s/^ g rains ^ e ^quelle C n fait du vin qu'il dit eftre appelle Cnjpïnum , Se qu'il fert au mef- 
V î cio6 me V ^ e que Celuy ^ uon fait ^ es Greii ades. Enchafque grain il y a vn noyau. Les grains font 
' longuets , Se entaffez comme par grappes : les fueiîles font auïfi longuettes. Ruel fuyuant Hermo- 
laus eferit, que les François appellent l'Oxyacantha, Ejpine vinette £ caufe que de fes grains on fait 
Liu.dc l'hift. du vin,St que les autres l'appellent aigre Ejpine. Fuchlè,Tragus,Gornarius,& quafi tout les moder- 
des Plant, nés Médecins ont efté de cefte mefme opinion. Cordus pour leur contredite dit, que les autheurs 
iiu P 3 !<°i i. ont confondu fous le nom d'Oxyacantha deux plantes du tout différentes; Se que l'Oxyacantha de 
Embi.ro j, Diofcoride eft différente de celle de Galien : car, dit-il , celle de Diofcoride eft la Pyracantha^ c'eft à 
Scôu* dire Ejpine blanche , ou Aubejpin : & celle Je Galien ejl le Berberis des boutiques. Or il preuue, que 
Sur le î lia. l'Oxyacantha n'eft pas V Ejpine vinette , ou Berberis des boutiques , par la defeription mefmes de 
S?" C " Diofcoride : car l'Efpine vinette n'a rien de femblable au Poirier fauuage, veu que le Poirier fauua- 
Liure 8. des gcle plusfouuent n'a qu vn tronc , affeztortu, qui iette au dcfïus plufieurs branches aufli tortues; 
m * 1 ' Se £ Ejpine vinette iette plufieurs branches comme vn buiffon Se droites. L'efcorce du Poirier fau- 

uage deuant qu'il foit vieil eft vnie Se liife , iaune tirant fur le baye , Se marquetée de taches blaiv 
cheaftres : celle de f Ejpine vinette eft bien de différente couleur , Se eft creuaffée dés le commen- 
cement Se fronde. Le fruid de l' Ejpine vinette eft bien rouge ; mais il ne refemble en rien celuy 
du Myrte : car il eft long Se aigu aux deux bouts : Se celuy du Myrte eft rond. D'auantage Diofco- 
ride dit, que le frtii£fc de l'OxyachanthazSk. tvôpv£@»,cê9: à dire, friable. Le grain de f Ejpine vinet- 
te pour auoir la peau fouple, Se pleine de fuc au dedans, ne peut eftre friable : on ne peut pas dire 
qu'vne chofe fouple, humide Se pleine de fuc, foit friable ; mais bien vne chofe feclie, aifée à rom- 
pre, Se qui fe peut mettre en poudre auec les doigts. Parquoy il concîud , que l'Oxyacantha de 
Diofcoride eft différente d'auec celle de Galien, laquelle il dit eftre allongeante &incifïue : ce qui 
fe voit manifeftement au Berberis des boutiques. Or pour monftrer que c'eft que l'Oxyacantha de 
Diofcoride , il dit que Diofcoride met fouuent Oxyacantha , Se Pyrianthi pour vne mefme chofe, 
lequel mot a efé mal à propos adioujle', dit-il,?;^» qu'il ny a point d'autre autheur qui en vfe. Et pour- 
ce que Diofcoride en ce mefme liure parlant du NefBier,fait mention àcPyracanthajl eftime qu'il 
faut entendre cefte plante par ce mot corrompu de Pyrianthi ; d'autant qu'il a efté bien aifé d'e- 
ferire l'vn pour l'autre. Il dit donc que Diofcoride a deferit le Berberis qui eft le vray Oxyacantha 
fous le nom de Pyracantha ; Se que l'Efpine qu'il deferit fous le nom d' Oxyacantha, eft le Pyracan- 
tiu.i.c io f. thas Se l'Efpine que les anciens Latins mettent au rang des arbres 5 l'appellans Amplement Spinales 
nap-i3 j- F ran ç i s i a nomment Aube fpin, comme qui diroit Albafpina: les Allcmans Hagedorn : car l'Aube- 
fpin a la grandeur Se figure d'vn Poirierfauuage; toutefois il eft plus petit , Se a plus d'cfpines. Soif. 
fruidt eft comme celuy du Myrte, rouge, dans lequel il y a vn noyau ; Se n'a du tout point de fuc > 
tellement qu'il fe peut aifément froiffer. Ce que Pline aufli tefmoigne difant ; que le fruiel: de l'A- 
Liu.i y.c.z4- quifolia j .&; de l'Efpine n'a point de fuc. Outre plus il y a ce que les fueiîles font comme celle du 
Perfil; car la Tirachantha , les doit auoir telles; d'autant que Diofcoride compare les fueiîles du 
Neffiier Aronienaucc celles du Pyracantha : &Theophrafte dit, que le Nefflier Anthenoide, qui eft 
Liure. 3 . des l' Aronien de Diofcoride,a les fueiîles corne le Perfil. Voilà ce qu'en dit Cordus.Or en vn autre cn- 
Plant.ch.7- d ro it,où il traitte du Sorbier efpineux, c'eft affauoir du Pyriacantha, Gefnerus y apourtrait l'Aube- 
Aux "iardins fpin, adiouftant qu'il luy femble, que c'eft l'Oxyacantha de Diofcoride,& Spina appendix de Pline. 
d'Alkmag. '^ c mc f mc paffage Gefneru s en vn autre paffage dit, qu'il eftime que l'Oxyacatha de Diofcoride eft 
*«. le 1. lia. l'arbrifleau qu'on appelle communément Albafpina, que Pline appelle Spina appendix,ovL fimple- 
de Diofcor. m p :nt spina. }Aztthio\ réfute fort fubtilfemet ceux qui penfent que l'Oxyacantha foit CVua Crifpraa, 
c ap.ioy. ^ crefpinum, ou Efpine vinette :Catmt-i\, Diofcoride efcrit,que l'Oxyacantha refemble au Poirier 
faunao-e ; toutefois qu'elle eft plus petite , plus efpincufe , Se qu'elle porte vn fruift comme celuy 
du Myrte, plein Se fraile,&: rouge, ayant au dedans vn noyau:& qu'elle a plufieurs racines qui vont 
fort auant en terre. Dont il appert que Diofcoride a parlé feulement des marques de l'Oxyacantha 
quant à la hauteur , Se la groffeur , du tronc , des branches , des racines Se du fruift , fans par- 
ler des fleurs, des fueiîles , ny de l'efcorce. Or qui confîderera diligemment toutes ces chofes, 
s'apperceura que le Crefpinus, ou Ejpine vinette a les marques du tout différentes du Poirier fauua- 
ge : car le Poirierfauuage en fortant de terre n'a qu'vn tronc, Se croiifant ainfî en fin fe fait grand 
arbre.Mais l'Efpine vinette ne iette pas vn tronc de fes racines : mais force furjeons , qui croiifent 
comme des houffmes , Se ne deuient iamais arbre finon rarement , Se par longue fucceftion de 
temps : car les plus groffes branches ne font à grand peine plus groffes que le pouce , Se ne font 
pas pour la plus part de la hauteur d'vn homme. Dauantage le Poirier fauuage y eft couuert d'vne 

efeorec 



De l' Aubefpin. Chap. V II. H j 

efcorce afpre , grotte &: cfcailleufe : celle de l'Epine vinette eft blanche ^ lifte > &'fi mince qu'aucc 
le moindre coup ou de pierre , ou de fer elle fe rompt , &c eft iaune délions. En outre combien que 
le Poirier fauuage ait des efpines comme le Prunier fauuage, &z que fes branches foient garnies de 
plufieurs efpines, noires &: fortes , toutefois il n'en fort qu'vne à la fois ; mais en l'Ejpine vinette el- 
les forcent trois à trois d'vn mefme endroit, blanches, lifTes, & ne font pas rondes, qui eft vne mar- 
que que Diofcoride n eitftiamais oublié. Qui plus cil Diofcoride dit , que ÏOxyacantha porte vn 
fruidgros comme celuy du Myrre : mais l'Eflinc vinette le porte en grappe , qui a les grains longs 
& rouges. Les fueilles auiîî de l'Ejpine vinette ne font pas femblables au Néflier Aronien : mais 
pluftoft au Grenadier , finon qu'elles font plus larges $ & ne font pas fi aiguë , & garnies de petites 
efpines tout à l'entôur. Ses racines font iaunes &: en grand nombre ; mais minces , Se qui ne vont 
pas fort aunnten terre, comme celles de l'Oxyacantha ; ains vont s'entortillans à fleur de terre. 
Finalement elle a la fleur bien différente d'aiiec le Poirier fauuage ; car elle eft iaune, fortant d'vné 
grappe comme celle d'vn raifîn , & de la mefme couleur de la plante , qui fent fort bon quand 
elle s'efpannit. DontMatthiolconclud ,que tOxyacantha de Diofcoride, c'eft à dire Ejfine digue, 
n'eft pas l'EjJmevinette, ains ceft arbre ganiy d'efpiiies qui a le tronc, l'efcorce,& les branches* la 
hauteur , les fleurs , & le bois du tout femblable ati Poirier fauuage \ &: que les Italiens appellent L " ^mu 
Bagaia ; ceux du Val d'Aname & des vallées de Trente ^Amferlo : les autres Tan d'Orfi : ceux de 
Goritie Baraz&o bianco : les Arabes Amïrberim, ou Amirbarin, ou Berberim : les François Àubef>in\ 
les Efpagnols Pirlitero:\cs Allemans Hagdorndcs Bohémiens H/oc.Cc qui appert allez par le tronc de u ^ mu 
l'arbre , & les branches armées d'efpines fortes & bien piquantes , qui luy ont donné ce îfom ; & 
par le bois , & l'efcorce afpre, &£ efcailleufe, comme celle du Poirier fauuage ; la fleur blanche allez 

femblable au Poirier fauuage : le fruid de la greffe ur de 
celuy du Myrte, rougeaftre, plein, & fraile, vn peu afpre au 
gouft , dans lequel il n'y a quelquefois qu'vn noyaux, &: en 
d'autres il y en a plufieurs: fc s racines qui vont fort atiant 
en terre . Il eft bien différant quant aux fueilles du Poirier 
fauuage : car elles font découpées comme celles du Perfil, 
&: vn peu plus longes ; mais cela ne répugne point à l'opi- 
nion de Matthiol : car les comparaifons le prennent de la 
plus grand part des chofes aufquelles on compare les au- 
tres , non pas de la moindre. Diofcoride donc ne dit pas 
quelle eft la fueille de tOxyacantha ; mais s'eft contenté de 
dire qu'elle refemble au Poirier fauuage,ayanr pius d'efgard 
au tronc , à l'efcorce , aux branches , aux fleurs &z au bois, 
que non pas aux fueilles ; & toutefois on peut fçauoir com- 
ment elles font par Diofcoride mefmes , & Theophrafte: LlvJiUlJ3 ; 
car Diofcoride traittant du Nefflrer ^Aronien dit , que ceft 
vn arbre efpineux , qui a les fueille comme l'Oxiacantha, 
( les autres lifent Pyracantha , comme il a efté dit. ) Or 
Theophrafte dit, que le Nefflier Anthenoide^ ( qui eft, com- 
me il a défia efté dit , l' Aronien de Diofcoride ) a les fueik L ;. 3 . âc fu- 
ies découpées 6c femblables au Perfil par le bout. Or quel- ft° r - C - ÏJ - 
qu'vn pourrait conuaincre l'opinion de Matthiol par 1 au- ^ de 
thorité mefme de Theophrafte , qui en deux diuers pafla- phiftli*.- 
cres met l'Oxyacantha au nombre des arbres qui verdoient &1 î-c-4- 
toufiours, & celles de l' Aubefpin tombent tous les ans,com-- 
me chafeun fçait. Mais il appert que ces paffages font cor- 
rompus : en ce qu'il met le Teil, le Tamarifc, le Chefne 
&. le Terebinche au nombre de ceux qui font toufiours 
fueillus :&tous ceux qui cognoiffeiit ces plantes fçauent bien que cela eftfaux. Tellement qu'il Uùtl6iC , i6; 
V a de dodes perfonnaïres qui lifent Pixacantha en cePaflage , au lieu Soxyacantha. Voilà l'opi- & IX . 

J , , , , r . , , , D .^ , r .. .!<>./<< P~ ^ J „,, A.,L a Pt,'irv, „il Le lit: 



UAiibesjjh , ou Èff'tne aiguë de 
éMattkwl. 




Le litu. 



nion de Matthiol -, & les raifons par lefquelles il l'affeure. tOxyacantha doneques , où Aubefpn eft uumfu 
fort fréquent parmy les buiflons $z hayes , fur le bord des poffeflions. Il fleurit au mois de May; Letemper ^ 
fon fruïd eft meur eii Septembre. Il eft refrigeratif & aftringeant. Prins en breuuage félon Dio- «^ '« 
feoride , ou mangé il arrefte le cours de ventre , & le deimefuré flux des femmes. Sa racine pHee Dodon.Uv 
& appliquée tire hors du corps les efpines & les flèches. On dit , que fi on en bat le ventre d'vne ^^; ofV 
femme par trois fois , ou doucement , ou li l'on en applique deflus , qu'on la fera auorrer. Gahen Liu ; 8 ; deJ . * 
dit que comme ï Aubefpn eft femblable au Poirier fauuage quant à la figufe , aufft l'eft il quant à fimpl, 
la vertu. Or le fruid du Poirier fauuage eft du tout afpre ; mais celuy de l' Aubefpin eft de par- 
ties fubtiles , & a quelque qualité incifiue. Le fruid de £ Aubefpn n'eft pas femblable à celuy du 
Poirier {auuage : mais à celuy du Myrse,rouge & tendre , ( il femble qu'il faut lire félon Diofcoride 
Tome premiers & 3 rtV f ^ 



Lïare i. de 

&I1U.3.C.4, 
lia. 4. de 
l'hift.c 4 . 



1 14 Liurel I. de fHiftoire dès Plantes, 

aj)>«f, c eft à âh'e.plein s au lieu d'o^à^qui eft à dire 5 rar<?.) Il a mefmesdes noyaux. Eftant mange 
ou prins en breuuage il appaife toutes les maladies prouenans des defluxions que les Grecs appel- 
lent çccâJmç^ Serapion traitcant de CAmirberi,ou Herbert a eferit les mefmes mots que Diofcoride &C 
Galien ont eferit de l'Oxyacantha. Anguillara ne peut eftrc de leur opinion : car il eftime quOxya- 
cantha eft ce que les Italiens appellent Spinbianco , tant à eau fe que Theophrafte met l'Oyacancha 
au nombre des arbres qui font toufïours fueillus > que pource auiïi qu'il fait compàraifon des efpi- 
nes ou Citronnier auec celles du Poirier , ou de l'Oxyacantha» Ce qui ne s'accorde auec t Aube- 
fpm. Mais Matthiol dit, que ce premier paffage là eft corrompu : & quant à la compàraifon des efpi- 
nes du Citronnier auec celles du Poirier ou de l'Oxyacantha.elle n'eft pas malprinfe : car il y a des 
Poiriers cultiuez qui ont des efpines , comme il s'en voit allez à Lyon , qu'ils appellent pour cefte 
caufe Poirier d'ejpine, &£ leur fruid Poir ejpine. Ce fruiët eft gros & vert ,,qui fe garde tout l'hyuer, 
& eïl de fort bon gouft , fingulieremerit eftant cuit fous les cendres Se mangé auec le fucre. Les 
iardiniers difent qu'on en a apporté les greffes de Naples. C'eft fans aucune' doutexe Poirier, du- 
quel Theophrafte compare les efpines auec celles de l'Oxyacantha , Se à bon droit : car elles font 
fort femblables. Mais Anguillara a bien plus de raifon de contredire à cefte opinion là , difant, que 
les facilitez que Diofcoride & Galien attribuent à foxyacantha ,ne conuiennent pas à/ 'Aubejpin. 
Car fou fruid n'eft pas afpre ; mais pluftoft doux , fingulierement quand il eft meur : &: qu'il lafche 
pluftoft le ventre que de le referrer ; &C qu'il fait pluftoft venir les menftrues aux femmes que de les 
arrefter. Voilà ce qu'en dit Anguillara. Et de fait , Ruel dit , que la populace en France fe fert du 
Liu.j.c.n. grain qui eft appelle Senelle d'vn nom particulier , comme d'vn fouuerain remède pour faire fortir 
lapierre , le prennant auec du vin. Les païfans en font les hayes viues, à caufe qu'il empefche bien 
que les beftes n'entrent dedans les pofTeffions par la multitude de fes efpines : on en fait cas, 
principalement à caufe de fa bonne odeur ; combien qu'il y en a qui difent, que cefte plante com- 
me aufli le Laurier n'eft iamais frappé de la foudre, ny du tonnerre. On dit auffi qu'en touchant les 
poiffons de mer auec la fleur de l'Aubefpin ils font incontinent corruffipus. Ce que Ruel eftime 
prouenir de fa grande odeur. Aufli lespefeheurs n'ont garde d'en approcher les poiffons qu'ils pren- 
nent. C'eft bien vue chofe ef?nerueillable,dit-\\,f ceHe plante ne craint point la foudre : mais le bruit 
en eft tel fans quily ait aucun autheur affeurequi en face foy. Or les poiffons ne fe corrompent pas 
pour la grande odeur des fleurs de l'Aubefpin , ou quelle leur nuife en quelque autre forte : mais 
pource que ceft arbre fleurit fur la fin de May , auquel temps les chaleurs font défia grandes : ainfi 
en apportant le poiffon aux villes qui font loin de la mer , il eft incontinent corrompu à caufe des 



grandes chaleurs. 



UEÇf'me Vmette^ 



Lis noms- 





Mauh 1 1 11. i 
de i iofcor 
chap.TOf. 
LesvtrtHf. 



Il eft bon 



CH4P. Vlll. 

Es Apothicaires nomment cefte plan- 
te Berberis : les Italiens Crefpina : les 
Allemans Ponffclbeel, Saurach , Ver- 
fuh : les Bohémiens Drac, ou Driîtak 
les Anglois Herbert*. Plufieurs efti- 
ment que c eft la Spina appendix de 
Pline. L'Efpine vinette produit de 
terre plufieurs iettons comme le Coudrier , garnis d'efpincs 
bien piquantes défpuis le bas iufques au haut,longues,plat- 
tes,blancheaftres, & frailes,fortans trois à trois pat vn mef- 
me endroit. Son efeorce en dehors eft par tout blanche, 
vnie &: mince : mais celle de dedans qui eft encor plus peti- 
te,^ qui eft près du bois,eft iaune, Son bois eft blanc, fraile 
&fpongieux. Elle a plufieurs racines fort iaunes, qui vont 
rampant à fleur de terre. Les fueilles font vertes-blanchca- 
ftres comme celles du Grenadier ; mais plus minces 6c plus 
larges , èc moins aiguës , garnies tout à l'entour de petites 
efpines. Les fleurs font iaunes entaflees comme grappes de 
raifins , qui ne fentent pas mal. Le frui£t font des grains 
longuets , pendans de leur grape , reprefentans affez bien 
les grains d'vne Grenade , combien qu'ils font plus longs, 
&: ont des petits noyaux dedans. Quand ils font meurs ils 
font fort rouges, &c vn peu aigres au gouft, & afpres. On en 
fait du vin , que les Apothicaires appellent fauffement vin 
de Berberis II eft plus aigre &T afpre que celuy des Grenades- 
d'en donner aux fieurcs chaudes, &pcftilentielles méfié auec du Iuîep violât &: d'eau: 

car 



DuRhamne. Chap. IX. ïïf 

Car non feulement îi - {Kinche la foif : mais il appaife aufll les fumées prouenans de h bile ; & peft;- 
lenticlles. Il fertaux cœliaqties,à ceux qui vomifîent la viâude,aux dyfenteries, & à ceux auf quels 
la bile regorgeant du foye dans l'eftomach cauCe la cholérique partions. Il fait celler les flux des 
femmes prins en breuuage Se appliqué deffus. Il tue les vers du ventre, fingulierement fi on en boit 
aùec d'eau de Grame , ou de Pourpier , ou d'Auronne : en y adiouftant vn peu de fucre,il eft bon à 
ceux qui crachent le fang. Il affermit les dents qui branlent , fi on en tient fouuent en la bouche : 
fortifie les genciues , û on s'en gargarife; il refoult les inflammations du goder , & de la luette , &c 
reftraint les defluxions qui y tombent. Il foude les playes freiches , qui ne font pas fort profondes, 
&z deifeche les vieux vlceres. Il eft nuidble à ceux qui ont douleur d'eftomach caufée par froideur 
&: ventofitez, &: à ceux qui ont difficulté d'haleine. On confit aulïi ion fruicl en miel ou fucre pour R Ue i ij^g r 
eftancher lafoif, &C pour faire reprendre l'appétit à ceux qui ont la fieure , Se qui pour auoir la bou- cll *p- *o6. 
che trop délicate ne treuuent aucune viande bonne : car l'aigreur de celle confiture reueille mer- 
ueilleufement l'appétit perdu. Pline dit que l'Eftine minette eft appellée en Latin Spino, appendix, Liu - 2 4-t.i^ 
pource que le fruicl rouge qu'elle porte s'appelle Appendices. Ce fruicl cruel prins tout feul , ou fec 
cuit en vin, referre le ventre, &c appaife les crenchées d'iceluy. La lexiue en laquelle la racine aura 
trempé, fait deuenir les cheueux blonds, fi on les en laue fouuent. On fait du venus de fes fueilles Dcdon.iiurë 
vertes comme de celles de l'Ozeillc pour manger aueC les viandes,qui raifraichit, & aiguife l'appe- 6 - ch ' 1I: 
tit, &; eft fort bon à ceux qui font bilieux de nature , &: qui ont la fieure. Celle plante croiil en plu- 
fîetirs lieux, aux fôreftsj aux huilions, emmy les champs, aux montagnes en lieux fecs S^humides. uiha. 
Elle bourgeonne au commencement du printemps , & faiél ion fruicl fur la fin d'Octobre , quifert Letempu 
d'ornement aux champs &c forefts durant les mois de Septembre & Octobre. 

DuRhtmnr, C H AV. IX. 



■^sfflsSŒBB** 




'Histoire du Rhamnc eft autant embrouillée &ïempefché qu'aucune 
autre qui foit , & à caufe que ceux qui en ont eferit ne font pas tous Rac- 
cord, elle eft auffifort obfcure : car en premier lieu ie chapitre auquel Liu.i.c. 161; 
Diofcoride en traitte , eft notoirement corrompu , &c plein de fautes. Ce 
qui appert par trois marques qui ont efté miles fur le texte de l'exemplai- 
re , fur lequel Rucl a fait fa traduclion, qui autrement èft bien correct. La 
première eft fur cqs mots tpviïk* puc^i * xszsn^m §êc. La féconde fut s<r< 
3 ^6T££$t*/<&x9ï«g^, &c. La troifiefme fur sct««ç * avpnJ'iAu, Dauant.fge Liure p âë 
Theophrafte ne met que deux fortes de •Rhamnus , le Blanc , U le Noir, &c j^j^ 17 ' 
fait leur fruicl dirFerant,combien qu'ils font tous deux fornis d efpine. Pline en fiitaujli deux fortes: Uu.i^t.'i^ 
mais il les met fans aucune raifon au nombre des Ronces. Or d'autât qu'en ce qu'il en dit il eft con- 
traire à ce que Diofcoride en a eferit , & qu'auffi il y a de la faute en ce partage, il faut icy mettre fes 
mots, corne Cornarius les a corrigé fur vn vieil exemplaire .'Entre les efpeces des Ronces il y en a vne 
qui eft appellée par les Grecs Rhamnu4,qui eft plus blanc,cr & f^s de branches armées £ 'eft mes droites, Emb\.0.ia 
& qui ne font pas recourbées comme celles des autres Ronces , & a les fueilles plus large*. L'autre efpece ^iiS" de 
de Rhamnus eft fauuage,& eft plus noir tirant fur le rouge, & porte comme desgouffes. De la décoction 
de fa racine on fait vn médicament appelle Lyciuni^ lafaifant cuire en eau (ce que tous les Ârbbriftes 
fçauent eftre faux.)/,' 'autre porte vnefemence. Cecy n eft pas en Diofcoride.Galien,&: Paul,& Aece, 
qui 1 on fuiuy , n'ont parlé que d'vne efpece , ou pour le moins ont traitté de tous enfemble , fans 
aucune diftindlion. Diofcoride en a défait trois efpeces ; &: à caufe qu'il eft iî bref, Se que nos tMti âiôiï 
exemplaires font il corrompus, cela fait que l'on eft en doute entre tant d'efpines, laquelle c'eft qui 
doit eftre appellée Rhamnus. Or foit que Diofcoride ait prins fhiftoire de Rhamnes de Andréas oui 
de Cratcuas ; Oribaze toutefois &: Serapion l'ont fuiuy , & ont aufli mis trois efpeces de Rhamnus, 
fans parler aucuement du Paliurus ; qui toutefois eft vne plante notable, &C bien remarquable pour 
la faculté qu'elle a de rompre la pierre de la veille , comme s'il eftoit comprins fous la defcriptioil 
des Rhamnes , ou qu'il fuft d'vne mefme efpece. Nous traitterons toutefois de l'vn & de l'autre fé- 
lon Diofcoride , combien que nos exemplaires foientainil corrompus. Le Rhamne, dit-il, croift es 
hayes, &afes branches droites, auec des ejpines comme tAubefp.in * Ses fueilles font petites donguettes liu.i. c.ioi; 
graffettes^ejr molles. Il y en a vne autre efpece qui ellplus blanc \Celuy de la troifiefme efpece a lesfueil- ^f or ^ e > 
les plus noires (jr larg^s , vnpeu rouge aHr es. Ses branches font longues enuiron de cinq coudées, plus 
ejpineufcs ; mais les efpine s font plus foib les , & moins piquantes. Il fait vnftuicT: large , blanc , min- 
ce , comme vne vejfic,femblable a vnfufeau. Sur ces mots il y a diuerS autheurs qui ont prins di- 
uerfes plantes pour celles que Diofcoride entend. Cornarius & Tragus ont eftimé , que le Groi- 
ielier , dont nous ations traittecy deuant , eftoit vne efpece de Rhamnus. Le mefme Tragus, Her- 
molaus & Ruel ont penfé que ce que les Italiens appellent Spino Ceruino , &c les François Bour- L ^^m 
guefpine , en fut vne autre efpece. La première efpece de Rhamnus , dit Anguillata , félon la com- 
mune opinion eft celle qu'on appelle à Rome Spino fanto , &z en l'Abbruzze Spino di Chriïio : & 

K 4 Marcel 



ï 1 6 LiurelL de FHiiloiYe des 

Marcel en (i Médecine la nomme Salut ans, & spina alba , -difant âinfi, Vne poignée de l'herbe Satu* 
taire, cdl à dire de l'Ejpme èlamke , de laquelle no/ire Seigneur lefus-Chriflfut couronné. Cordus 
au (îi dit que le Rhamnus s appelle en Latin Spina alba ^ admoneftant toutefois fort fagement de ne 
méfier pas diuerfes fortes de plantes fous ce nom. Car outre le Rhamnus, qui eft vne Efpine croif- 
fant en arbre , les autheurs appellent communément Spina alba deux efpeces de chardons. La fé- 
conde efpece, dit le mefmc Anguillara,eft du tout femblable à la première, excepté qu'elle eft plus 
blanche, & aies fueilles plus longues & plus minces ,-& croiften abondance en Iftrie , dont ils en 
font les hayes. Quanta la troiiîefme efpece que Diofcoride met , il dit, quelle n'eft pas légitimé : 
ponree qu'il fe contredit à foy-mefme en la defeription d'icellcdifant^/^/w////'^ ejl large,blanc, 
mince.comme vne vejfie, femblable a l'AJ'phodele. Or le feuilt que l'on monftre de ce Rhamnus com- 
bien qu'il foie large & plat , fi ne refemble il pas à celuy de 1* Afphodele , qui eft rond , & n'eft pas 
plat. Mais celte raifonfe peat réfuter en corrigeant le texte corrompu : car Diofcoride ne dit pas, 
que la troiiîefme efpece de Rhamnus foit femblable do-tpoÂAa ', mais crtpev JW« , c'eft à dire, À vnfu* 
[eau. En outre {es efpines ne font pas foibles , comme Diofcoride dit qu'elles font. Qui plus eft, 
Rbamnes de Theophrafte n'a mis que deux efpeces de Rhamnus, à\Çmt qu'ils gardét leurs fueilles en tout temps: 
tMuTcbap. mais °l ue le V ^ mms nc les gatde P as - Matthiol fait trois efpeces de Rhamnus : dont la première 
ioi.dui.liu. croifi: aux hayes , &c des efpines de laquelle les femmes deTofcane fc feruent pout fecher les 
figues , quand elles font frefehes , lés enfilant en ces efpines , & les pendans au foleil- Ces efpines 



Le lien. 



Khamne premier de Matthiol. 



Rhamnejecondde Matthiol. 





font comme celles de l'Aubefpin. - Les fueilles font longues , molles , & gralTettes , fon tronc eft 
blanc & vny , &; a des fruits rouges entre les fueilles. Cefte plante efpineufe de Matthiol eft fort 
commune fur la riue du Rofne aux guez fablonneux , qui eft le plus fouucnt petite , quelquefois 
elle croift à la hauteur d'vn homme , & a l'efeorce cendrée , les branches fortes , qui en produiienc 
d'autres petites d'vn cofté & d'autre , garnies de fueilles par certains interualles , comme aufti les 
efpines , & font toufiours pointues au bout ; en quoy il eft différant des autres. Le fruid eft en 
grande quantité à l'entour des branches , rond , & rouge, femblable à vne bourfe , ou veiîie , plein 
d'vn fuc iaune, aigre , &C qui n'eft pas mal plaifant, duquel on pourrait fe feruir pour faire les 
iaufles en lieu de verius. Ceux de Grenoble l'appellent des Argouffes. La troifiefme efpece des 
Rhamnes de Matthiol eft plus noire que les autres , quafi de la hauteur de cinq coudées. Elle a les 
efpines plus'foibles que les autres, dont les vnes font droites , les autres courbes. Ses fueilles font 
plus îaro-es , plus fermes , & plus nerueufes. Les fleurs fontmoiuTues & iaunaftres. Le fruict eft 
menu comme vne bourfette , rond , femblable à vn fnfeau , au milieu duquel il y a vn noyau rond, 
de la grofleur d'vn poix ciche, dans lequel la graine eft contenue , platte comme vne lentille , dont 
l'cfcorce eft rouge , pleine d'vne moelle blanche au dedans. Celuy de la féconde efpeee eft plus 
D blanc 



Du Rhamne. ChapIX. 117 

' , blanc que tous les autres. Voilà ce quW dit Matthiol. Le 

Khamne fécond de Do don, premier rj^amnus de Pena eft vne plante qui croift près de la mer 

de Pena. en Italie , France, & Hollande , pleine de branches des le 

fond iufques à la cime , ôc garnie d'efpines. Ses furjeons 
font blanc heaftresî les fueiiles eftroites, &: en grand nom* 
bre , femblables à celés du Bois gentil. Son froid eft att 
fond des branches , entafie en grappe comme celuy des 
Afperges, ou du Houx : mais plus petit, plein d'vn fuc iau- 
iie. Dodon l'appelle Rhamnusjecond, & l'a pourtrait &: de* 
ferit fous ce nom là. Le mefme Pena eferit que le Rhamntis 
fécond de Montpelier reprefente plus exactement celuy de 
Diofcoride , que ne fait celuy que Matthoil met pour le 
fécond. Toute la plante eft blanche, &: a l'efcorce verde- 
pallc » les fueiiles comme l'Oliuier , mais plus blanches > &t 
les fleurs plus petites. Clufius met trois fortes de Tïha.mnuf, 
defquels le premier eft propre pour faire les hayes. Il a les 
branches droïttes , qui iettent plufieurs petites branches, 
blanches , garnies d'efpines fermes àt roides. Les fueiiles 
font pour la plus pair quatre à quatre , ou cinq enfemble, 
au commencement de fefpine , longues , & grafîettes com* 
me celles de l'Oiiuier, blanchcaftves, tendres & pleines de 
fuc lefquelles tombent quelquefois en automne , & y en 
croift d'autres en leur place. Ses fleurs font longuettes, 
blanches, diuifées fur le bord en cinq parties , lefquelles 
eftans tombées, il y demeure comme vn commencement 
de femence, ainfi qu'au Iafemin. Il a plufieurs racines &£ 
greffes. Il dit auflî , qu'il en a remarqué vn autre de la 
mefme efpece, quafi femblabîe , mais plus petit, & ayant 



Rhjamnt 11 




Rhamne fécond de Montpelier, 
de Pena. 



Rhamne premier de 





plus de branches; les fueiiles moindres, 8c plus poulpues, & qui ont vn gouft falé t plus blanc qtîê 
les autres, ayant les fleurs d'vne mefme façon ; mais du tout rouges. Le premier croift en plufieurs 
lieux d'Efpagne , de Portugal, 6c de Languedoc. Quant au fécond de la mefme efpece , il dit n eri 
auoir trouué qu'en vn feul lieu auprès de la ville d'Orcelim fur la riuiere de Serabim en la frontière 

du 



Rkàmb ai 
Montptli«t% 



Rhutttm it 
l'Eelufe. 
Liure <tes 
plànt.d'Elp, 
ehap.16. 






1 1 8 Liure Ilde l'Hiftoire des Plantes, 

Khamne fécond de tEftkp. Rbamne iroifiefmè de ÎEfcluf, 





Rhamne de Bauiere. 



Kimne dt 
£<Uiiere> 



du Royaume de Valence. Celuy qu'il met pour la féconde efpece a fes branches H fcions plus 
foëples , anflï garnis d'efpines. Ses fueilles font plus eftroites , 8c moins poulpues , qui durent 
toujours ; la fleur comme celle de l'Oliiùer ; mais verte , dont il y en a quantité autour des bran- 
ches. Son fruidt eft rond , &. iaune lors qu'il eft meurj & demeure tout du long de l'hyuer fur la 
plante ; laquelle femble eftre toute couuerte de pouflîere. Ilcroift en quelques lieux de Flandres 
près de la mer, & entre les montagnes le long des torrents , comme aufli le précèdent. Il adioufte 
le troifiefme , qui eft vn arbriifeau ayant force branches de la grandeur du Prunier fauuage , cou- 

uertes d'vne efcorce noire , & garnies d'efpines longues. Les 
fueilles fortent de certains boutons comme à celuy duquel 
nous auons défia parlé , plusieurs enfemble , longues , eftroites 
& poulpues , vertes, qui ont vn gouft aftringeant, quafi comme 
la Rheubarbe , &; font toujours vertes. La fleur fort au com- 
mencement du printemps , petite &c en grand nombre , auprès 
des fueilles , & par bouquets , verte. Son fruid eft noir en efté, 
femblable à celuy du Prunier fauuage , rond , &; aigre. Il dit en 
auoir trouué grande quantité au Royaume de Grenade &c de 
Mureiano aux lieux deferts'&: non cultiuez , parmy les autres 
buiflbns. Il y a eu aufli vn Allemand d'Ingolftad fort curieux 
des Amples , qui a apporté à Dalechamp vne plante efpineufe, 
pour vne efpece de Rhamnu-s^&c l'appeîloit f %hamnus de Bauiere, 
n'ayant point d'autre nom plus propre. Cefte plante , comme 
difoit ceftuy là , eft plus haute qu'vn homme : elle a l'efcorce 
rouge ,&c eft garnie d'efpine. Ses fueilles fontefpeffes , pâlies, 
& toutes dentelées alentour; dont celles qui font au commen- 
cement des branchés font longues , & eftroittes , aflez fembla- 
bles à celles de l'Yeufe : &: celles qui font au bout des bran- 
ches font plus courtes &: rondes , refemblans vn peu celles 
du Sumach. Elle eft bien garnie d'efpines minces , 8>c bien pi- 
quantes ,&c accompagnées de fueilles, comme celle du pre- 
mier Rhamnus de Matthiol. Car il faut noter, qu'entre les 
plantes efpineufes il y en a qui ont leurs efpines nues & fans 
fueilles , comme le Paliurus , le Neffli,er , &c foliuier fauuage; 
mais les autres ont leurs branches fueillues , qui font vne 
efpine bien piquante au hout , comme ce fTihamnus , & le 

premier 





Du Paliure. Chap. X. 119 

Premier de Matthiol, & quelques autres. Le Rhamne félon Galien deffeche & refout au fecon d de- 
gré : il refroidit à la fin du premier, ou au commencement du fécond. PourCe il guérit les dertres, JjJ^ 8 ' ^ 
&.les erefipeles , qui ne font pas fort chaudes : &: pour ce faid il faut prendre des fueilles tendres. Les v' t rm { 
Diofcoride auffi dit, que les fueilles de tous les Rhamnes font bonnes pour appliquer lur les erefi- 
peles , & vlceres corrofifs. On dit que les branches mifes fur les portes &: feneftres des maifons 
chaflent hors tous enchantemens & forecieries. Ce qu'Ouide attribue à l'Epine blanche,qm eft vne 
cfpece de Rhamnus , comme nous auons dit .• ou bien à la Verge de Imus , qui eft la meime choie, 
difant : 

t^Ainfidit, vn rameaud'Eftine blanche il donne 

gui tous enchantemens dechaffe hors des maifons. 
Et vn peu après: , 

Et par vn petit trou qui la chambre efclairoit ilStu ' " 

Il fat fit le rameau Jacré de Bourguefpine. 

» 
■ Du Paliure, CHAP, X. 

Ioscoride ne fait mention que d'vn Paliure , qu'il dit eftreappellé en Grec 7rethlnç@» t 
Les autres en ont fait plufieurs cfpeces, & entre autres Theophraite,difant,qu'il y a plu- Jj£j$ eceh . 
fieurs efpcces de Paliure , qui tous portent fruici. Puis après il dit , que le Paliure a fa i'hift.ch.17. 
p^és^îO g ramc dedans vne gouffe qui eft comme vne fueille : ( car il taut lire ainlî au texte Grec , h 
Ae£w r.v) rv Kupaw t%u. Ka.Qci'sfç rd ïpvfàx* > au lieu de rov <pvft\ov , ç eft à dhc fueille , comme il y a aux 
exemplaires communs ; les autres lifent ry (pvaset , c'eft à dire, vne vejfie > les autres bvXa.-A.lou , c'eft à 
dire , goujje : les autres Kudd'zrç <r<povêvAm , comme vnfufeau , ( comme il y a en Diofcoride ) dans Ie ltetit 
laquelle il y a trois ou quatre graines , dont les Médecins fe feruent peur la toux : car elles ont te ne 
jçay quoy de vifqueux & de gras , comme lafemence de lin. Il croift aux lieux humides , & aujfi en i\ n{c ^ 
lieux fe es comme la rgpnce : il croifl bien aujfi près des eaux. Ses fueilles tombent , é" ne durent pas l'iiift.ch.4. 
toufiours comme celles du Rhamnus. Et ailleurs il dit : En Afrique il y a 'grande abondance de Lotus, 
comme aujfi de Paliure. Puis après : Le Paliure eft plus petit que te Lotus , $> a la fueille comme le 
noftre ; mais lefrmcl eft différant ; car il n eft pas large mais rond , gros comme les Cedrides , ou vn Liu.i 3.0 1> 
peu plus. Il a au dedans vn noyau que l'on ne mange pas , tel que celuy des grenades. Son fruicl: eft Ua l clup< 
fortplaif#?;t> grfe fait encor plus pi aifant , fi on le met tremper au vin , é* le vmmefmes en dé- 
nient meilleur comme l'on dit. Pline le traduit bien en moins de paroles : En la Région Cyrenaique^ 
dit il , on fait plus grand cas du Paliurus que du Lotus. H eft aujfi plus petit & a le fui 61 plus rouge, 
( ce plus là n'eft pas en Thcophraft e , ) dont on ne ?nange pas le noyau. Il eft plaifant de foy , ( faut 
entendre cecy du fruicl: , félon Theophrafie) & eft meilleur e fiant trempé au vin fon fie mefmes 
rend le vin meilleur. Voilà ce qu'en dit Pline. Mais le Paliurus d'Agathocles, félon Athénée, eft vn 
arbre grand ce mmevn Orme, ou vn Pin , oui a beaucoup de branches longues vn peu efpi- 
neufes : la fueille tendre , verde, &: ronde : fon fruicl: eft fort doux , de la grofîeur d'vne Qliue, &: 
a la chair &c le novau tout femblable : mais il eft de beaucoup meilleur gouft. Il produit fon fruicl: 
deux fois l'an , aflauoir au printemps ,& en Automne. On le mange frais: mais lors qu'il cikCec 
on en fait de la farine que l'on ne peftrit point auec les mains, & n'y met ont point d'eau : mais on 
la foule des pieds allez négligemment , puis on s'en fert de viande ordinaire. De ces trois efpe- 
ces de Paliure celuy de-Diofconde eft allez cogneu, qui eft vn arbriffeau efpineux , &: dur, & a 
vne femence grofle, &: de couleur d'enfumé , s'il n'y a faute au mot toywûJte. Les deux dernières ' ' 4 
deferiptions ne s'accordent pas: car le Paliure d'Agathocles a la fueille ronde , &: celuy de Bar- 
barie l'a comme le commun. Aufli celuy d'Agathocles porte du fruicl: deux fois l'an , delagrof- 
feur d'vne Oliue Phauîicnne , qui font des plus grades : car on les appelle auffi Rpyales &: Maiori- 
nés , à caufe de leur groffeur , comme dit Pline , non pas fauuages , comme Anguillara l'a inter- 1U ' s ' % 
prêté : au lieu que l'autre T>aliurus a le fruicl: de la grofteur des Cedrides , ou vn peu plus gros. 
Parquoy il faut que ce foient diuerfes efpeces d~. Paliurus Le premier Paliure de Theophrafte, Palture u 
fuyuant l'opinion de l' Anguillara, eft vn arbriffeau aflez commun en Italie , & en Grèce : & c'eft 
la troifiefme efpece de Rhamnus , de laquelle Diofcoride fait menrion : car il croift tant en lieux 
fecs , que humides & eft fort efpineux , ayant les fueilles du Iuiubier fauuage 5 mais plus larges Se 
plus rondes , &c plus noires deuers laqueuë II iec te pi 1 fieurs branches de terre , de quatre ou cinq 
coudées de haut, defquellesilenfort beaucoup d-* petites delà couleur d'vne, chaftagne , comme 
auffi les efpines qui font toufiours deux à deux, dhsnt la deffus eft droite , &: celle de deiTouseft 
crochue. Il fait vn fruicl: large , rond, vn peu rcleué par le milieu , de la façon d'vn fufeau, dont les 
branches font bien garnies : du commencera nt il eft blancheaftreî mais eftant fec il eft noir enfu- 
mé ( ce que Diofcoride dit de la femence ou graine, non pas de fa couuerte. ) Au dedans il y a trois 
ou quatre grains de la grandeur & figure de la frmence de lin. Ceft arbrifteau me femble du tout 
eftre lep-emier Paliure de-Theophrafte } &: celuy de Diofcoride,qui a retenu encor iufques à prefenc 

foa 



no Dure IL de FHiftoire des Plantes, 



Le Paliure. RhamntM III. de 
Mattbioi 



liu.I.C.104. 




fon nom en plufieùrs lieux de la Grèce , combien qu'il foie 
Vri peu corrompuxar ils l'appellent Apalizufr Paliru. Voilà 
ce qu'en die Anguillara; qui a plufieùrs Herborifles de Ton 
cofté & de mefme opinion. Or que le Paliure de Theophra- 
fte foit le mefme que celuy de Diofcoride , il appert par les 
facultez qui font attribuées à l'vn & à l'autre. En outre la 
femence de l'vn & de l'autre eftgraffe , & femblable au Lin. 
Car il faut lire en Diofcoride Mmopow , ou quelque chofe 
de femblable ; non pas MywuJéç, c'eft à dire noir. Or pource 
que le Rhamnus troifiefme de Diofcoride a plufieùrs mar- 
ques de celles que Theophrafte donne à fon Palmrus , il eft 
vray -femblable, qu'il falloit adioufter la defeription de ce 
Rhamnus là au Paliure , &; que ce troifiefme Rhamne a efté 
fauifement &; mal à propos inféré au texte de Diofcoride. 
Ainfi félon l'opinion de plufieùrs le Rhamne troifiefme de 
Diofcoride , & le Paliure de Theophrafte c'eft cefte plante, 
de laquelle Matthiol donne le pourtrait fous le nom de 
, Rhamnus troifiefme. Et mefmes les Médecins de Montpelier 
ont confermé cefte opinion , la nommant Paliurus , ayans 
efpreuué par longue expérience & heureux fuccés, que fa 
femence a vne merueilleufe vertu pour faire vriner , & pour 
rompre la pierre , &c la faire fortir hors. Ce que Diofcoride 
cÇcntâiïiCv.Lii femence dit Paliure prinfe en breuuage fert a la 
toux , rompt les pierres de la vefie : ejr eft contraire auxmorfu- 
res des ferpens.Les fueilles ejr la tige ont vne verte aftringeate: 
(jrft on boit leur décoction elle re ferre le ventre, fait vriner, & 
eft bonne contre le poifon, ejr les morfures des ferpens. La raci- 
ne refout toutes tumeurs, ejr enfleures,eftant pile'e ejr appliquée 
deffus. Or il fcmble qu'il y a quelques raifons contraires à cefte opinion. Premièrement ce que 
Theophrafte dit , que la femence du Paliure eft enfermée cv Ko&ôô, c'eft à dire , en vne gouffe longue 
drpourpue , comme celle de la feue ; non pas large , & membraneufe comme celle de cefte plan- 
te. Mais AoGc? ne fe prend pas feulement pour vne gouffe longue ejr pourpue ; mais pour toute forte 
de gouffe , de quelque figure qu'elle foit. Le paliure donc a fa femence enclofe dans vne gouffe, 
ou veflie , qui toutefois eft d'autre nature que les autres , d'autant qu'elle eft comme vne fueille, &c 
d'vnc fubftance membraneufe & large. Parquoy Theophrafte n'euft feeu exprimer plus claire- 
mentla femence du Paliure , que quand il dit , que le "Paliure a la femence fueilluë , qui eft enclo- 
fe dans vne gouffe ou veffie. L'autre raifon eft , que Theophrafte dit , que le fruict de l'Erable eft: 
long & aidé, comme celuy du Paliure. Suyuaht donc cela le fruict du "Paliure deura eftrc long, &: 
non pas rond. Mais il eft auffi aifé de refpondre à cefte raifon comme à la precedentexar le fruic"t. 
de l'Erable eft fort femblable à celuy du "Paliure , non pas quant à la rondeur de fa couuerte , ny 
quant à ce qu'il eft fait en façon de fufeau : mais en ce que la femence eft vn peu dure comme cel- 
le du "Paliure , & que fa couuerte eft membraneufe & longue , &: femblable aux aides des grandes 
mouches ; toutesfois celle du Paliure n'eft pas fi longue. En quoy faut admirer la diligence de 
Theophrafte , lequel ayant dit de l'Erable > gue lefuiB de t Erable n eft pas fort long > à" toutefois 
quil eft femblable au Paliure : il adioufte incontinent; CW/^ de l'Erable eft plus long que celuy du Pa- 
liure quiefl rond. Voilà quant au premier Paliure de Theophrafte & de Diofcoride. Qu_antàceluy 
Lt iumbitr. d'Agathocles ; Anguillara dit, qu'il ne le cognoift point, fi ce n'eft lé Iuiubier. Il eftime auffi que le 
faliure d 'Afrique de Theophrafte eft le Iuiubier fauuage ; d'autant qu'il refemble au Paliure , dont 
nous venons de parler , non feulement quant aux fueilles ; mais aufîi quant aux branches & efpi- 
nes : car le Iuiubier fauuage eft vn arbre de la hauteur de quatre ou cinq coudées, &: d'auantage ; 
dont les branches font fi pendantes contre terre qu'elles font comme vn demy cercle. Ses efpines 
font grottes & bien aufîi piquantes , qui font toufiours deux à deux , difpofées en mefme propos 
tion comme celles de noftre Paliure. Ses fueilles font difpofées comme celles du Sorbier. Son 
fruict eft femblable aux Iuiubes douces, s'il n'eftoit beaucoup plus petit, approchant plus du fruicT: 
de l'Oxycedre ou du Laurier. Eftant meur il deuient roux , Se mefmes on le mange , excepté le 
noyau qui eft dur comme vn os. Aucuns auffi eftiment , que le Paliure Aftiquain de Theophrafte, 
& l'Egyptien d'Agathocles font vue mefme chofe , &; que ce n'eft que noftre Iuiubier : dont en 
voicy les coniedures : il eft certain par le tefmoignage de tous les anciens , que le Paliurus croifloic 
tia.ij.c14. de tout temps en Afrique. Pline auffi eferit , qu'il n'y auoit point de Iuiubier finon en Afrique, ôC 
que Sextus Papinius fut le pemier qui en apporta en Italie. Ce qui fut du temps de faindt Auguftin. 
Parquoy Diofcoride qui a vefeu du temps de l'Empereur Antonin , eftant Grec de nation , mais 

habitant 



121 



Du Bourguefpine, Chap.XI 

habitant à Rome n'a point cognu le Imubier, & n'en a rien efcrit , ne fâchant que c'eftoit , pource 
qu'il n'en croiiToit point cncor en Italie. Theophrafte mefmes qui a efté bien diligent à efcrire des 
plantes étrangères qu'il auoit veu , ou fçauoit auoir efté defcrites par d'autres , ne parle aucune- 
ment du luinbier , ny pas vn de ceux qui ont efté vn peu deuanc ou après luy. Ils eftiment donc 
que les premiers d'entre les Grecs ,quipafians en Afrique virent c'eft arbre , ne fachans pas fon 
nom le nommèrent Paliure d'Afrique , pource que les fueiilesrefembloient au Failliras de Grèce. 
Ceux qui les ont iuyuy puis après ont mieux aimé retenir le mefme nom , qui ne leur cftoit point 
maiaifé à prononcer , quelappelicr d'vnmot barbare & inufité ziph&tphî, duquel il cil vray- 
femblablc que les Aphncaius vicient pour lors, &. qui defpuis a efté receu par les Romains , après 
l'auojr accommodé a leur langue. Puis donc qu'ainiî eft qu'il y a tout! ours eu des Iuiubiers en Afri* 
que, du fraiâ dcfquels ceux de ce pais là tirent vn grand proffit pour nourrir leurs feririteurs, 
comme il appert par les eferits de ceux qui ont traitté des couftumes &C façon de viure d'Aphri- 
que , qui a le goull quafi comme les petites Dattes , ou les Raifins de parle, &c eft bon pour nour- 
rir les (bruiteurs , fuyuant la couftume de ce pais là : &; que la defeription du Palmrus d'Aphrique^ 
conuientfortbienànoftre Iuiubier , tant en la figure des fueilles qu'en la façon du fruift ; ils ont 
raifon.de penfer, que le Paiiwtts de Theophrafte &d , Agathoclcsfoitnoftre/*/*£/>r;fans toutefois 
vouloir opinipftrcment contefter contre ceux qui pourraient alléguer quelque meilleure raifon. 
Que s'il faut croire que ce Palmrus {bit vn arbre d'autre forte que le Iuiubier , ils le font accroire, 
qu'il n'y a point d'autre arbre qui approche plus de fa nature , que le Rabichâcs Arabes Aphri- 
quains, ou ceft autre duquel Iean Léon fait mention au chapitre de Hain Elchalu. Le *5^£/V&,dit-il 
au chapicre de Zarfa,<*/ vn arbre ejpineux, ayant le fruift plus petit que le Cerifer.dr le goufi quafi tel 
que les ïambes. Et au lieu cy deuant aliegué de Ha-m Elchalu ; Il croift , dit-il, en ce lieu IÀ des Cor- 
miers , eyplufienrs arbres efpineux, qui ont le fmtB rond Jaune ,femblable auxluiubes, dont le noyau, 
eft plus gros que ce luy des Ôltuei, ér qui font d'aJfe\bon goufl. Voilà ce qu'en dit Daîechamp, Tans al- 
léguer les autheursde cefte opinion. 



Du ^Bourgueffime, ou Nerprun, 



C HAP. XL 




tesriomst 



Le Hou 



|Este plante efpineufe eft appelle communément en Latin Rhamnus Catharticus , non 
P pas que ce foit vue ef[^cce de Rhamnus , ou qu'il ait quelque affinité auec les cfpeces 
de Rhamnus, desquelles Diofcoride $c Theophaafte ont traitté : car il eft plus femblable 
au Prunier fauuage, qu'au Rhamnus : mais pource qu'il a des eipines comme le Rhamnus^ luy re- 
icmble quelque peu feulement en cela. Or d'autant que les anciens ne luy ont point baillé de nom, 

il a cité loifible à Matthiol de l'appeller Spina infecloria : 
enTofcane ils l'appellent : Spino merlo : les Lombards & 
Vénitiens Spin ceruiûo , à Friul Spin guerzo : les François 
fourgue fpine $c Nerprun : les Allemans Vueghedombeer , qui 
vient du mot de Voyesd'autant qu'il ne s'en treuue point tant 
ailleurs que parmy les bui fions, qui font du long des che- 
mins. C'eft vn arbriffeau qui a le tronc gros comme la ïambe ^fime. 
d'vn homme. Son efeorce eftnoiraftre & nette comme celle 
du Cerifier , verte par dedans, &puis après iaune. Son bois 
par dehors eft blanc , mais au dedans près do la moelle il 
eft rouge. Ceux de nos quartiers en font des arcs bien roi- 
des. Les branches font garnies d'efpines dures , &: bien pi- 
quantes. Les fueilles font larges affez femblables à celles du 
Poirier. Ses fleurs font blanches. Son fruift eft rond, fembla- 
ble à celuydu Myrte- Du commencement il eft vert par 
dehors ; mais eftant meur , il eft noir par dehors, & vert au 
dedans , bon pour faire la peinture verte ; car après l'auoir 
détrempé en d'eau en laquelle on aura diflbut de l'Alum, 
il s'en fait vne couleur verte , qu'on appelle en François 
Verd de vejfie. Mais fi ont le détrempe en l'eau deuant qu'il 
foit meur , il s'en fera vne couleur iaune. Ce fuc icy a ver- Les venus. 
tu de purger . car on en fait vne compofition pour lafeher 
le ventrequi fe peut garder lôg temps. Or elle fe fait en cette 
forteul faut premièrement piler légèrement ce firuiâ: qui foit 
bien meurjpuis le mettre en vn pot de terre bien verniffé , & 
le laiiîer là l'efpace de quatre iours en quelque lieu chaud,au 
bout defquels faut tirer le fuc par la preffe, duquel prendrez 
deux liures , & y adioufterez vne liure & demie de fucre fin, 
Tome premier , L ou 




122 Dure II. de l'Hiftoire des Plantes, 

ou autant de bon miel,efcumé,Fakes cuire le tout iufques à ce qu'il foit efpez comme vn lulep , ou 
fyr®p,puis lepaffez par vn linge rare ; & y adiouftez déjà poudre de fine Canelle & Zinzembre de 
chafeun quatre dragmeside doux de Giroffle deux dragraes : & gardez le tout en vn vaifleau bien 
ner.On en donne vne once & iufques à dix dragmes.il euacuë aifémet le phlegme,dit Matthiol,& 
les groffes & vifqueufes humeurs.Lcs autres,dit Pena,le donét plus fagemët & auec meilleur raiso, 
tout au contraire,non pas pour purger la pituite girofle & vifqueufe:mais pluftoft laiubtile , & pour 
la détourner des iointures,6i arrefter fon cours:car il purge fans grande chaleur qui puiffe nuire, & 
renforce les parties par vn peu de qualité allongeante qu'il a, & ne fait pas fondre les humeurs ; ce 
qui augmenterait la defluxion. Parquoy il eft fort bon aux goutteux. Les autres pilent le fruid en 
vn mortier de pierrepuis le preiîent & le coulent,& font cuire ce fuc iufques à la confomption de la 
quatriefme partie ; puis le coulent vne autre fois. Apres ils prennent vne liure de ce fuc ainfi coulé, 
& cfpeflî,& huidt onces de miel çfpumé, & les font cuire enfemble iufques à tant que le tout foit 
efpez comme vn fyrop bien cuit : & lors qu'il eft cuit , & qu'on le veut otter de defîus le feu, ils y 
méfient de Maftic &c de fine Canelle,de chafeun deux dragmes,puis le gardent pour leur vfaae.On 
le peut donner dans du vin,ou dans du bouillon de la chair. Ce fyrop purge les humeurs fereufes, 
comme auffi le precedent,& quelque peu de la cholereunais il ne purge pas fi bien le phlegme & les 
utmpt. groffes humeurs. Celle plante fleurit au mois de May'.Son fruid eft meur en Septembre &c au com- 
mencement d'Odobre. 

Du Houx, CHAP. XII. 

V a n d Pline dit que les Yettfes s'appellent Aquifoliœ aux prouinces, il 
(emble qu'il a voulu declarer,que les fueilles des Yeufes font ainfi pi- 
quantes ôi faites comme celles de l'Aquifo lia, ou du Houx : car le Houx 
ne porte pas du gland , &rn eft pas vne efpece d'Yeufe ; mais au con- 
traire il eft ennemy des païs chauds,aufquelsl'Yeufe croift,cobien qu'il 
eft toufiours verdoyant corne l'Yeufe.£»/-^ tes arbres fauuages^diz Pli- 
ne, ceux cy ne perdent point leurs fueilles J'Teufe, i Aquifolia ou le Houx* 
érc. EtThcophrafte dit : Des fauuages ceux qui gardent toufiours leurs 
fueilles l'YeuJe, le Houx, &c. où Gaza a fort bien interprété le mot «t'y g/* 
pour le H?»*. Pline div.Ceux-cy aiment les montagnes,le Cèdre, ejrlaMe- 
lefe y {jrc.Et puis,/.? Houx. le Bouts ejr l'Teufe. Et Theophrafte div.Ceux-cy -croiffentfur les montagnes Je 
Sapinje Pin,la Peceje Ho//x.Parquoy veu que Pline,& auffi Gaza qui l'a fuiuy ont prins le Houx pour 
Yùyç/ct de Theophrafte,nous eftimons que c'eft vne mefme plante.Si ne faut il pas oublier de dire, 
qu'il femble que Pline prend/' Aquifolia pour vn autre arbrc,quâd il dit, Theophrafte appelle Cratœo- 
gon l'arbre que les Latins appellent Aquifolia : mais tous les doctes Arboriftes eftiment que Pline a 
lourdement faiily en ce lieu.il femble auffi que luy mefmes a voulu donner à entendre,que Theo- 
phrafte par le mot àyi/,% entend quelquautre forte d'arbre,quand il eferit que le Phellodrys des Ar- 
cadienseft tdyçj.% des Bor;e;is:car Gaza aleu ainfi &: l'a traduit Silueftrem.'Mzis aux comuns exem- 
plaires il y a >^:.:M,avi lieu de d-yç/n». Il y a auffi vn autre doute en ce que Theophrafte eferit, que le 
Liège porte vn gland corne /' Aquifolia^veu quel'Aquifolia qui eft le ffo/o^porte des bayes ou grains. 
Mais ce douce fera aifé à ofter par le moyen de la corredon de ce paffage, là où il faut lire 5 Il porte- 
vnfmiçt comme im glani femblable aceluy du Phellodrys^que les Doriens appellent >çî«, duquel il 
a-parlé vn peu deuant.Ruel prend l'^/a &; Xdy^ct pour vne mefme chofe mal à propos, quand il dit 
que les Doriens prennent X^U pour l'Ilex Aquifolia. Au refte l'opinion de ceux là eft à condâner, 
qui penfent que le Houx duquel nous traittons.foit le Paliure de Diofcoride : car le Paliure a fa fc- 
mence dans vne goufle graffe,& noire, & le Houx porce des grains rouges. Donc l ' Aquifilium félon 
Ruel,Dodon,Tragus & Matthiol,eft la plante qu'on appelle aux boutiques Agrifolium. Theophrafte 
comme. nous Tarions dit, l'appelle dyg/a. Les Lyonnois retenans quelque trace du mot Grec l'ap- 
pellent AgronJX. Agreuon : les autres François la nomment Houx£i Houfion, eftanr affez cogneu des 
païfans qui quelquefois apprennent à le cognoiftre à leur dam. Les Italiens l'appellent Agrifoli c:\cs 
Efbagnols AzeboAes Flamans Hulsli-.les AngloisHb/y:les Allemans Vualddiftel. Cette plante eft vn 
arbriffeau qui eft fi petit en plufîeurs lieux,&: demeure tant à croiftre,qu'il doit eftre pluftoft mis au 
nÔbrc des buiflons,que des arbres,En quelques lieux où il treuue le terroir bon & à proposai croift, 
à la hauteur d'vn arbre, &: eft toufiours verdoyant. Son tronc èc Xes branches font liïïes , cou- 
uerres de double efeorce ; don/ l'extérieure eft verte ; &: celle de dedans eft palle , &c fent mal, 
Son bois eft blanc tres-dur , & bien pefant , qui va à fonds quand on le met en l'eau , comme fait 
le bois du Gayac, auquel il refc/mble aucunement, Ses fueilles retirent vn peu à celles du Laurier, 
poulpuës , & fermes , garnies tout au tour de pointes aiguës, &font verdes comme celles des 
Orangers , ou Citronniers , attachées à vne courte queue , &n'ont pas fi mauuuais gouft que l'e- 
iedree. Ses fleurs font belle/s , blanches , petites, dont y en a plufîeurs enfemble , tenans à des 
petites queues courtes comme celles du Laurier , & ont quatre petites fueilles , & quatre petits 

filets 




Liu.Kf.c.24* 



ï.m.is.c.18' 

Liure. 3 . de 
l'hift ch. 4 
Lia £7-ch.8. 



îiure 3. de 
Ïh:à.ch.i6. 



Lîu.T.cîi.55. 
&.Î8. 

Liu-i ch.73. 
& 88. 

Liu.6xh.34. 
Liu.3.c.j'^4, 
Liure 1. de 
Diofcc.104. 
Les noms. 



La figure^ 



Du Lycion Chap. XIII. 



Le Houx. 



12 3 

filets ; au milieu defquels ont voit le commencement des 
grains, qui deuiennent en bayes rondes, rouges,faites en fa- 
çon de nombril , & petites refemblans aucunement à celles 
de l'Aubefpin > douces au gouft ; mais d'vnc mauuaifc fa- 
ueur , dans lefquelles il y a quatre noyau triangulaires , èc 
cannelez. Il y a du Houx en pluiieurs forefts de France. Il en 
croift aufÏÏ fouuentefois aux lieux qui ne font pas cultiuez, 
près les grands chemins , &; aux hayes pavmy les autres 
buyflons. Son fruict cft meur au mois de Septembre , & de- 
meure. long temps fur l'arbre. Il cft d'vn tempérament 
chaud. Matthioldit que la décoction des racines eft fort 
bonne pour eftuuer les iointures, lefquelles après auoir efté 
defnoùées , auroient acquis quelque durté, d'autant qu'elle 
amollit , refout, 5c diflipeles ciifleures, 5c foude les os rom- 
pus. Le Houx> dit Pline , efiant planté auprès d'vne maifon, 
ou métairie empefche toute force leries. La fleur du Houx fé- 
lon Pythagoras fait glacer l'eau. Item vn bafton de Houx 
eftant iette contre quelque animal , encores qu'il tombe af- 
fez loing de l'animal,à faute d'auoir efté ietté affez fort,il ne 
laifle-il pas de s'approcher près de l'animal en roulant par 
vne propriété de nature que ceft arbre a. Dodon eferit, qu'il 
y en a qui afleurent d'auoir eflayé , que fi on engloutit cinq 
grains ou bayes de Houx, elles font fort bonnes contre la 
douleur de la colique , 5c lafehent le ventre. En nos quar- 
tiers on fait de glus de l'Houx en cefte manière : on arrache 
fon efeorce , &: après auoir fait vne fofie en terre * en lieu 
qui foit humide, on y met l'efcorce, l'enueloppant de fueil- 
les d'arbres , puis on la couure de terre. On la laifle là pourrir ; ce qui adulent le plus forment en 
douze iours .• ainfi eftant pourrie on la déterre , 5c on la pile en vn mortier, iufqu'à ce qu'elle de- 
uienne glueufe. Apres cela on la laue en la riuiere pour en ofter ce qui feroit refte d'efeorce , 5c auf- 
li les ordures, 5c après y auoir méfié vn peu d'huile de noix on le ferre dans # des pots pour chafier 
aux oifeaux. 

Du Lycion, CHAP. Xlll. 




Le lieu. 



Le temps. 
Le tenper*» 
ment <& tes 
vertus. . 
Liure ide 
Diofc.c.104. 

Lia i4<c.i}. 



Lycion des Alpes. 





Tome premier. 



E Lycion , félon Diofcoride , eft vn ar- Lm.i.c.114. 
bre efpineux , qui eft aufli appelle Py- Les nom*, 
xacantha, comme aufli le ftte qu'on en 
tire. Or il s'appelle Lycion de laLycie, 
en laquelle comme aufli en Cappado- 
ce il s'en fait grande quatité, combien 
que celuy d'Indie eft eftimé pour le 
meilleur, comme nous dirons fuyuant l'authorite de Ga- 
lien.il eft aufli appelle Pyx acanthe caufe qu'il retire aucu- 
nement au Bouts: car w»|«W&<* en Grec ne fi gnifie autre 
chofe,que le Bouts piquant. Les Arabes l'appellet Hadhadh, 
HadadyKilulem ou Felzagarag:\es Italiens Licio. Ceft donc I */ WWR 
vn arbre efpineux > qui a les branches longues de trois 
coudées & quelquefois de dauantage. Les fueilles font 
comme le Bouïs, efpefles. Le fruid eft comme de grains 
de Poyure , noir , vny , amer , 5c maflif .• l'efcorce palle, 
femblable au Lycion trempe'. Il a pluiieurs racines tortues, &c 
dures comme de bois. Eftant appuyé par l'authorite de jgg^jj 
Brafauola , Matthiol, 5c Dodon, ie n'ay point fait de doute 
de mettre la plante qui eft icy peinte pour le Lycion ^pour- 
ce qu elle a quafi toutes les marques du Lycion , 5C qu on en 
fait aufli du bon Lycion. Il croift aux monragnes de Gènes, u u elu 
5c en Dalmatie. Il y a vne autre plante , dit Matthiol , reti- Li.16. c. j 3 : 
rant allez bien au Lycion , qu'il dit luy auoir efté mandée 
de Vérone par Calzolarius Médecin , de laquelle nous 
auons icy mis le pourtrait. Lobel aufli en donne le 

L 2, pourtrait 



1 24 Liurelï. de l'Hiftoire des Plantes, 



Lycion d'Italie. 



Lydond'Efpagne* 





DÎofcor. 
me Clic n, 



Lia. 14 c 

Cbap.S. 



pourtrait d'vn Lycion d'Efpagne , que l'Efclufe à defcrit en celle façon : c'eft vne plante efpineufe; 
qui iette plufieurs branches dés la racines, d'vne coudée de hauteur , & quelquefois dauantage, 
droites, grai les, rouges, qui ont beaucoup de petites branches, defquelles pour la plus partie 
bout eft piquant comme vue efpine, combien quelles ont d'autres efpines d'vn cofté &: d'autre; 
quelquefois courtes Ôcfoibles ; & par fois longues , fermes, & garnies de plufieurs fueilles, lefquel- 
les font difpofées par ordre , & retirent à celles du Myrte Tarentin , ou du Bouïs, lifles, & qui ont 
vne aigreur piquante au gouft. A 1 entour de Alcala & autres lieux de Taftille la vieille , & en ce 
quartier de l'Andaloufie qui eft appelle Eftremadura , il en croift auprès des ruitfeaux & aux lieux 
pendans , comme l'Efclufe dit l'auoir obferué. Pline dit, quel' Efpine de laquelle on fait le Lycion. 
eft appelléeen Grec Tyxacanthon chironion \ & eft vn peu différant auec Diofcoride en la deferi- 
ption. Il y a vne efpine , dit-il, laquelle porte des grains comme du Poyure , qui font fort amers. 
Elle a les fueilles petites , efpeffes , comme le Cyprès ; fes branches font enuiron de trois coudées, 
l'efeorce eft palle; la racine large & dure comme bois, de couleur du Bouïs. L'ayant mife tremper 
auec fa femence dans l'eau en vn vafe d'airain on en fait vn médicament appelle Lycion. Cefte ef- 
pine croift aufli fur la montagne Pelion , dont onfalfifie le médicament , comme auec la racine de 
rA(pJjodcle } ou du fiel de bœu^deTAbiinthe, de l'Encens, ou lie d'huyle. Le meilleur Lycion pour 
- iarmedecine c'eft celuy qui eft efeumeux. Les Indiens l'enuoyent dans des peaux de chameaux ou 
de Rinocerots. Aucunsappellentl'EfpinemefmeenGrec Pyxacanthon Chironion. Diofcoride dit 

au quelle a les fueilles comme le Bouis. Pline dit, que la racine efi de couleur de Bouis & large ; au lieu 
que Diofcoride dit quelle efi tortue peut eftre que Pline a leu 5rA«»T«et , large : au lieu de srA*- 
yîa, , tortue , comme il y a aufli en Oribaze. On tire le fuc des fueilles &: de toute la plante , après 
les auoir laiffé tremper par plufieurs iours &pilées, & fait cuire après cela on fait cuire derechef 
le fuc, en ayant ofté le bois iufqu ace qu'il foit efpais comme miel. On le fophiftique en adiou- 
ftant à la décoction de la lie d'Oliues , ou du fuc d'Abfinthe , ou du fiel de bœuf. On fait aufli du 

i 4 . Lycion en efpreignant la femence , & laiiTant le ius fecher au foleil. Pline dit , que l'on fait vn mé- 
dicament de la racine du Rhamne fauuage, qui eft le plus noir , que l'on appelle Lycion , dont nous 
auon s défia traitté. Mais il adioufte , que le meilleur Lycion fe fait d'vne efpine appellée Pyxacan- 
ton chironion , tel qu'il a efté dit qu'il s'en faifoit aux arbres d'Indie: car celuy d'Indie eft le plus 
eftimé. On cuit les branches pilées en d'eau , & les racines qui fontfort ameres dans vn pot d'ai- 
rin quaiî par l'efpace de trois iour : & puis on le fait recuire après en auoir ofté le bois , iufques à 
ce qu'il foit efpais comme miel. En quoy il difeorde aufli d'auec Diofcoride, veu qu'il dit , que ton 
cuit les braches & les racinesi&C Diofcoride dit les fueilles auec la fiante. Toutefois Ruel en la trâ- 
flatiô a mieux aimé fuyure Pline que Diofcoride:caril ait les branches filées auec les petites racines* 
au lieu qu'il y a en Diofcoride:0# amajfe le fus enfilant les fueilles auec la j>la»te 3 &c-ï-<c meilleur 

Lytîm 



DuLycion. Chap. XIII. îi% 

Lycion eft celuy quife peut brufler, &: quand il eft efteint, monftrc vne efeume ronge. Oribaz 
xttTrvcs , ceft à dire fumée ; noir au dehors , &c en dedans en le rompant il eft roux , & n'a poin t d 
•mauuaife odeur ; qui eft aftringéant & amer , de couleur de faftran comme celuy d'Indie , lequu 
fcft le meilleur & de plus grande efficace que point d'autre. Ce que Galien confirme auiïî, diiaiir; 
Ce Lycion croijl en abondance enLycie ejr Cappadoce : mais celuy qui croifl en Indie efl meilleur pour d« ■ 
toutes chofes. Il faut diligemment grendre garde à ces marques, pour connoiftre jle bon Lycion d'à- £" £ 
liée celuy qui eft fophiftiqué : combien qu'il foit;bien malaifé de le connoiftre au tefmoignage Aiuid. 
mefmes de Galien. Il appert donc bien , que celuy que l'on vend aujourd'huy aux boutiques eft 
fophiftiqué, d'autant qu'il ne s'allume pas en le mettant au feu , & n'elt pas roux dedans,&: finale- 
ment qu'il n'a aucune marque du vray Lycion : car il y en a qui ont eferit qu'on le fophiftiquoic 
auec le fruid du Troëfnp. ou auccla graine du Cheurefueille. ou auec les grains du Sanguin , ou 
auec toutes ces chofes enfemble. Or ce que Diofcoride dit qu'on fait le Lycion eu Indie d'vn ar- EmM.i î t. 
btiiTeau nommé Lonchitis. Cornarius eftime que cela foit faux , &C que ces mots ont elle tranfpor- Jj^ 1 ; de 
tez là du traitté de l'herbe Lonchitis, de laquelle il en dit quafi de mefme vnpeu plus bas. Le vray Uu.1c.n4. 
,Lycion , félon Diofcoride, eft aftringéant. Il ofte tout ce qui trouble la vetie. Il guéri t la rongne, Ui vertHf ' 
la demangeaifon, & les vieilles defluxions des paupières. Il eft bon aux oreilles qui iettent fange, 
aux genciues vlcerées, aux tonfilles, aux creuaffes des lévres,& du fondement, 5c aux meurtrifl'eu- 
res de efeorcheures aduenucs par frotter. Il eft bon auxcœliaques &aux diftenceries prins en breu- 
uage , ou en cliftere. On eu donne à ceux qui crachent le fang,$£ à ceux qui ont la coux auec de 
l'eau, & en pilules contre la morfurc du chien enragé, ou en breuuage auec de l'eau. Il fait les che- 
vieux iaunes; Il guérit hs apoftumes qui viennent aux racines des ongles, & les vlceres qui vont 
eroiffant, ou qui font pourris. Eftant appliqué il reftraint le flux des femmes. Il fert contre la 
morfure des enragez beu auec du laid , ou en pillules. Or en ces derniers mots le texte eft notoi- 
rement corrompu : car veu qu'il a délia parlé des morfures du chien enragé , qu'eftoit-il befoin de 
jedire incontinent les mefmes chofes'parquoy Cornarius y lit qu'en ces mots de Diofcoride:£.f/^£ 
aplique'ilarrefle le flux des femme s ,ou prins en breuuage auec du laicl % ou en pillules. Car Pline dit,^«<? 
les femme s en boiuent auec du laicl contre leur flux. Et Galien auili dit,que le Lycion ou Vyxacanthon lïuic 7. <ks 
eft vn arbre efpineux , duquel on fait le Lycion , qui eft ce médicament liquide , duquel on fe fert ^P 1, 
pour les meuttriffeutes, pour les inflammations , &; vlceres de la bouche,&: du fondement , &: aux 
vlceres qui s'auancent toufiours, aux pourritures , aux oreilles fangenfes , aUx vlceres qui font mal* 
aifez à guérir , aux efeorcheures aduenues par frotter, &aux apoftumes qui viennent à la racine 
des ongles. Or eft-il deficcatif, compofé de diuerfes-fubftanc.es 5 1 vne eft de parties fubtiles,refo- 
lutiuc & chaude s l'autre terieftre &: froide , par laquelle il eft aftringéant : mais il tient peu de 
cette qualité : & au contraire il eft fort refolutif, &: deficcatif, fçauoir au fécond degré. Quant à - 
fa chaleur elle eft quafi tempérée. Auili on s'en fert à pitiiieurs chofes ; car comme eftant aftrin- 
géant on s'en fert pour nettoyer ce qui orfufque la prunelle de l'œil; pource qu'il referre on en don- 
ne aux cceliaques , &C aux dyfenteries , & au trop grand flux des femmes. L'efciimc àuLycicn qui 
eft prinfe pour fa fleur , félon Pline, entre en plufleurs comportions pour les yeux. Le refte du ius Lia. tj.c.i* 
fert à nettoyer la peau du vifage , & à mondifier les grattelles. On s'en fert aufïi quand on a les 
angles des yeux rongez , aux defluxions inueterées , aux oreilles fangeufe , aux tonfilles , aux gen- 
ciues , à la toux, au crachement de fang , en prennant la groffeur d'vne feue , ou en l'appliquant 
fur les vlceres defquels le fang coule ; aux fentes &: creuaffes des pieds ou du fondement , aux 
vlceres des parties hontenfes , aux efeorcheures , aux vlceres frais &c qui vont courant > & tendent 
à putréfaction ; au nez , &aux apoftumes. Les femmes en boiuent auec du laid contre leurs trop 
grandes purgations. Le Lycion des Indes fecognoift en ce que fes morceaux font noirs par de- 
hors ,& roux dedans , &c eftans rompus ils noiciffent aufîi toft. Il eft aftringéant & a vnetre£- 
grande amartume. Il fert aux mefmes chofes que l'autre Lycion ; mais principalement aux parties 
h onteu fes: Garde en fon hiftoire des plantes aromatiques d'Indie dit, que les Indiens font vn £îa.ï.<M<* 
médicament qu'ils appellent Cate ou Cato , qui eft amer & aftringéant 5 &: que l'arbre duquel on 
tire ce foc , eft de la grandeur d'vn Frefne , &: a la fueille menue comme celle de la Bruyère , ou 
du Tamarifc , qui eft toufiours verdoyante. On dit qu'il fleurit ; mais qu'il ne porte point de 
fruid, & qu'il a beaucoup d'efpines. Le bois de ceft arbre eft fort, dur, maffif , &:pefant, &: ' 
.ne pourrit point comme l'on dit , foit qu'on le tienne au foleil , ou dans l'eau. Aufîi les habitans du 
.lieu l'appellent le bois toufiours vif. Ils appellent l'arbre Bac chic. Mais il dit qu'il n'a pas peu fçauoir 
pourquoy ils appellent le fuc Cate. Or il dit que l'on tire le fuc en celle manière» Ils font bouillir 
les branches après les auoir defeoupé bien menu , puis ils lespilent : en fin ils en font des trochif- 
ques ou tablettes en y adiouftant de la farine de Nachan (c'eft vne graine noire & menue qui a le 
gouft du Soigle ; & eft bonne pour faire du pain ) & auec la feieure d'vn certain bois noir qui 
croiftjen ce pais là. Quelquefois aufli ils n'y en mettent pas. Apres ce ils les fechent à l'ombre, 
de peur qu'en les fechant au foleil leur vertu ne s'efuanoùiffe, C'eft vn fort bon médicament 
non feulement pour r'affermir les genciues , àc deffecher & reftraindre : mais aufli pour guérir le 
Tome premier, L 5 flux 



1 2 6 LiureII.de l'Hiftoire des Plantes, 

flux de ventre, 8ç la douleur des yeux:auquel mal il dit en auoir vfé fouuent auec heureux fucaV 

Il eftime mdme que ce médicament appelle Cate n'eft autre chofe que le Lycion des Grecs & des 

Latins, d'autant que tous ont vnc mcfmc façon de le tirer,* qu'il a les mefmcs facultez qnecelles 

îtt tIS qUC l ° n âmibua a 1 Illàen : i0mà ?f Diofcoridc » Pli ^> Galien , Auicenne & Serapion eftiment 



Liure 7. de> 
fitapLchï7\ 



Lycion de Dalechamp 
graine cCAuigMon. 



ou, 




L'esloitts. 



informe. 



plus le Lycion d'Indie , qu'ils appellent Adhahd. Voilà ce quea 
dit Garde. Mais il y a vne différence que l'Efclufe a bien remar- 
que ; c'eft que le Lycion de Diofcoride aies fucillcs de Bonis, & 
eft vn petit arbre,tellement qu'il fembleque le Lycion des Grecs 
foit vn arbre différant ; combien que Diofcoride eft affez va- 
riable en la defeription du Lycion 5 fi la fin du Chapitre où il eft 
traître du Lycion eft de Diofcoride. Au refte Dalechamp efti- 
me; que la plante qui eft icy pourtraite peut à bon droit eftre 
appcllce Lycion : car c'eft vne efpine de la hauteur de trois cou- 
dées, quia l'cfcorce grifaftre, & plufieurs racines pleines de bois; 
les fueilles efpeffes , affez femblabks à celles du Bouïs , appro- 
chais affez de celles du Prunier quant à la couleur , groffeur , ÔC 
aux petites veines qu'elles ont. Elle a plufieurs efpiiies , roides, 
& garnies de fueilles: ïefruidde la grandeur du Povure noir, 
attaché à vne petite queue , quelquefois triangle , & d'autrefois 
quadrangle, & quelquefois fait en forme de cœur, félon le nom- 
bre des noyaux, qui ont au bout vn double poil fort délié. Son 
gouft eft aftringeant , & fort amer. Les teinturiers fe feruenc de 
fa graine pour teindre les draps de foye'en jaune, & l'appellent 
Graine attendre, ou graine iaune\ ou bien Graine d ' Auignon. Ce 
que Diofcoride dit du Lycion, à fçâuoir qu'il iaunit les cheueux, 
fait que ie me fais accroire , ce que plufieurs affenrent auffi , que 
combien que cette plante ne foit pas le vray Lycion, toutefois iî 
nous voulions vfer du fuc d'icelle , que nous treuuerions-qu'il, 
feroit les mcfmes chofes que les anciens ont efcritdc leur Lycion. 
Elle croift en des lieux afpres & pierreux auprès d'Auignon ôC 
de Carpentras & par tout le Contât de Veniflin. 



L'Olwierfdutiage. CHAP. XIV. 

Es Latins appellent Oleajter, ou Oleafyluesiris, 
& Aethiofica l'arbre que les Grecs appellent 

oC^liXeXAA , K.ÔTiV@« , cÙQlOTTlKll ihct4ct. \\ eft quafi 

lemblable à L'Oliuier domeftique : mais il a les 
fueilles vn peu plus petites; entre lcfquelles il fort des ai- 
guillons piqùans. Son fruid eft auiîi plus petit, & malaifé à 
meurir. L'huile que l'on en tire eft vert , &c n'eft pas meur. 
On ne, s'en fert point aux boutiques des Apothicaires en 
France : toutefois Diofcoride monftre , qu'il y a plufieurs 
parties de C Olivier fauttage qui {emenriLdiuers^fages en 
la médecine : Les fueilles, dit-il ,font altringeantes. Broyées 
& emplaftrées elles arreftent les erefipeles , les vlceres qui 
croiffent toufiours, les epinidides, les charbons, les apoftu- 
mes des ongles, & les vlceres qui vont rongeant la chair vi- 
ue. Elles font tomber les efearres des cautères , ointes aueç 
miel. Elles mondifîent les vlceres fales. Appliquées auec 
miel elles font diffoudre les tumeurs , qu'on appelle en La- 
tin Pont , font reprendre la peau feparée du teft. Eftans-ma- 
fchées gueriffent les vlceres de la bouche , finguliercmenc 
des petits enfans. Leur fuc & leur decodion font les mcf- 
mes effeds. Leur fuc appliqué eftanche le fang,& les fleurs 
des femmes. Il eft bon au mal des yeux nommé Vua , de aux 
puftules d'iceux. Il arrefte les vlceres & les vieilles deflu- 
xions. Pource on en méfie aux collyres , & eft fort bon aux 
corrofions des paupières. On tire le fuc des fueilles en les 
pilant,& arroufant , de vin ou d'eau, puis on le met fecher au Soleil, après en auoir fait des çrochif- 





De la Fhillyrea. Chap. XV. 1 î? 

ques. Mais ceiay qui eft tiré auec du vin eft de plus grande vertu & durée , que celuy qui eft tire 
auec l'eau. Il eft fort bon aux oreilles ou vlcerées.ou fangeufes. Les fueilles broyees,& appliquées 
âuec de farine d'orge, ieruent aux cœliaques. On brufle les fueilles auec les Heurs pour (eieruir 
des cendres cri lieu de Spodium , en les mettant en vn poc de terre crue bien luté & les biffant au 
forneau iufques à tant que le pot foit cujt-, puis on les efteint auec du vin , & en fait on des trochi- 
fque pour les brufler encor vne fois. Finalement aptes auoir laué ces cendres comme de Cerule, 
on les forme en trochifques. Il eft certain que cette cendre a autant de vertu pour les Médecines 
-des ycux,quc le Spodium. L'huile des Olwes fauuages nettoyé les genciues gaftees , & pourries 
par trop grande humidité ; rafleure les dents qui branlent. La fomentation deeet huile chaud eft 
bonne aux genciues, fur lefquelles il tombe des defluxions. Il faut tremper dedans de la lame at- 
tachée à vne cfprouuettc,8i en frotter ainii les genciues iufques à ce qu elles deuiennent blanches. 
La larme ou exomme de f Minier Aethioftc rclemble aucunement a la Scammonee , roune,dpaifle, 
en petites gouttes, & mordante : mais celle qui eft femblable à l' Ammoniacal a la gomme,qui eft 
noire & n'eft pas mordante,ne vaut rien. Nos Olmiers cultiuez &c fauuages lettent vne larme bon- 
ne pour efclairer la veuë , fi on l'applique deflus, &c pour guérir les cicatrices.^ les tayes .des yeux. 
Elle prouoque l'vrine &c les mois des femmes. Si on en met dans les dents creufes elle eft fort bon- 
ne pour ofter la douleur. On la met au nombre des poifons , ou comme d autres 1 interprètent on 
la conte entre les choies qui font mourir l'enfant ail ventre U le font forcir hors. Elle guent .les 
lèpres, Se le feu volage. Hippocrate entre les autres médicaments deiquels il fe 1ère pour le flux 
rouge des femmes, meclarongne de tolimer fauage : car Pline interprète ainii e mot ^ four 
-vne maladie des arbres, l'appcllant auiïï Limas, &C Lichen, Combien, dit Matthiol , que la larme de 
4-OKuierfiumste ou Aethiofic ait beaucoup de vertus,on n'en vfc point toutefois en médecine , & 
mefmes on n'en apporte point en ce païs. Aucuns eftiment que ce foit ee .que les modernes Méde- 
cins & les Apothicaires appellent Gummi Elemm: mais le gouft monftre qu ils taillent lourdement: 
car cette tomme n'eft point mordante au gouft, &c ne pique point la langue- Il appert auffi que ce 
n'eft pas proprement vne gommerais refîne ; d'autant qu eftant mile for le feu elle je fond incon- 
tinenecomme la refîne du Pin,& de la Peee, & autre tels arbres. Car il n y a point de gomme qui 
fe fonde au feu, (mon que l'on y adioufte du vinaigre , ou du vin, ou quelque autre liqueur, Mais 
elle fe brufte pluftoft. Au refte combien que la plante dont on tire la gomme Elemm en Leuant 
nous foit incogneuë , toutefois fa vertu eft bien manifefte aux Chirurgiens , qui s en feruent aux 
emplaftres,& ongucnts.pour les tompures du teft,& pour guérir les playes comme d vn iouuerain 
remède. Il y a vne autre Larme de ÏOlimer de la mer rouge , félon 1 heophrafte , de laquelle les 
Médecins font vn médicament excellent pour guérir les playes freiches,& ianglantes. 



L* larme de 
tOlimer *£- 
thioficf 



Liure z. des 
ma lad. des 
feitt. 

Liu.17.cz4 
liu.zj.ch-7. 
Liure i.dc 
Diofc.onj. 
La larme de 
l' Olivier fau- 
uage n'eft fat 
U bonne 
Elemnf' 



Vhillyna de Matthiol, 



De la Phillyrea. 





Liu.iiC.io8, 



*£& 



CHAP. XV. 

L n y a plus perfonne auiour- 
d'huy qui doute, que la Philyra 
de T heophrafte ne foit du tout 
différente d'auec la Phillyrea 
de Diofcoride , ce qui appert 
clairement par la defeription 
de l'vne U de l'autre > comme 
nous l'auons monftré en trait- 
tant du til. Car Pbilyra eftvn ujwn* 
arbre haut& grand , qui aies 
fueilles largettes , vn peu dentelées , quafi comme celles du 
Lierre:mais la Phillyrea eftvn arbrifleau de la grandeur du 
Troëfncqui a les fueilles comme l'Oliuier.plus noire,& plus 
largesde ftuidt comme celuy du Lentifque, noir &z doucea- 
ftre,entaifé en grappes.il croift en des lieux afpres. Matthiol t»Ut^ 
n'en baille que le pourtrait fans adioufter la deicription, 
pource qu'elle s'accorde affez bien à la defeription de 
Diofcoride. Ilnafleure pas toutefois que ce foit la vraye 
Phillyrea, pource que fonfruia n'eft pas douceaftre. Pcna 
eftime qu'il faut dire Philelaia au lieu de Phillyrea, ceft a 
dire l'amie des Olmiers , comme il dit , pource que non feu- 
lement elle refemble à l'Oliuicr : mais elle croift parmy les 
Oliuiers ; tellement -qu elle n'eft quafi en rien différence 
d'auec les Olmiers fauuages. Mais il faudroit pluftoft lap- 
peller ÇvTtehM*, c'eft à dite ayant Ja faille fewbUble a 

r r T a l'n/iaitr 



X 



L 4 



l'Qlimer 



1 2 8 Liure 1 1. de l'Hiftoire des Plantes, 

f"7 ° r !1 f n * OM,e le P° Ur p traift & "• ****» de deux, qui deuicnnent arbres.croiftans !e 
long des grands chemtnsen la Prouence fcparmy , es l iuettes ^p», dc Montpdic, La plus 
grande qm eft auffi la plus tare refembfc fin à vn petit Oliuier , ayant le trône i les branches 
plus noues plus longues que celle, de 1 Olnner fauuage, la fudlle retire mieux à celle du Troëfne. 
Me porte beaucoup de fruift, peut , fanant de la branche auec fa queue , plus petit que eeluy de 

;?ÏZ\ T U T ' , T ?" COmm ^ c l eIu y là • ** douceaftre , ayant v„ «oyau deLs 
comme celuy d vnecenlc. l.a plus pet.te eft b,en plus commune aux mefmes lieux , & aux colli- 
lies des enuirons de Montpelier , qui font lablonneufri F11<» n i„g™»;ii- tr \ • t 

a . il, ir ii ^""cuies. £Ue a Jatueille aufli longue ; mais plus 

eftioite «i double : car auffi coure la plante eft au double plus pente. Ses grains font comme ceux 
duLentnque , auffi entaffez en grappe, attachez à vne queue courte, qui deuiemient doux quand 
ils font meurs , vn peu acres ; mais non pas mal-plaifans , comme font les Oliucs tant plantées que 
fauuages. Nous auons nus le pourrrait de toutes ces deux plantes cy après au chapitrer?, de ce 
liure-fous le nom 4 Materna Serapon defcriuantle Mahaleb a tranferit tout le chapitre de 



Mahaleb de Matthiol. 




Thillyrea, Mahaleb de Serapion, 




Sur te cînap. Diofcoride touchant la Phillyrea, Mais la plante, dit Matthiol,qu aucuns appellent Mahaleb, dont 
ïs8.Iiu.i. les parfumeurs feferuent des noyaux de fon frui& pour faire des parfums , ne femble point s'ac- 
corder aucc la Phillyrée de Diofcoride : car cefte-cy a les fueilles comme l'OHuier , mais plus lar- 
ges. Son fruiâ: eft entaffé en grappe : ce qui ne fetruue pas au Mahaleb qui eft icy peint. Mais- 
comme il nie que ce Mahaleb , des noyaux duquel les parfumeurs fe feruent , foit la Phillyrea de 
Theophrafte ; auffi fe fait il accroire par plufieurs raifons , que c'eft le- vray Mahaleb , duquel les 
Arabes ont eferit : car les Arabes que Serapion allègue , attribuent des vertus à leur Mahaleb du 
tout contraires à celles de la Phillyrea : d'autant que la Phillyrea félon Diofcoride eft aftringeante, 
comme l'Oliuier fauuage : mais le Mahaleb fumant l'opinion de Serapion, Aben, Mefue , & Rha- 
fis , efchauffe &c remollit : ce que font auffi manifeftement les noyaux du Mahaleb vulgaire , dont 
laousauons dit que les parfumeus feferuoient sainfîque Matthiol l'affaire. Car ils adouciffenc 
& amolilfent la peau afpre & dure , fi on les applique deffus , ou qu'on l'en frotte. Dont il con- 
clud que ceux là ont raifon , qui eftiment que la plante qui eft icy peinte , foit le vray Mahaleb des 
Arabes. Que ficela eft vray , Serapion s'eft grandement trompé , penfant que le Mahaleb des 
Arabes eftoit la Phillyrea de Diofcoride , veu mefme qu'il allègue les Arabes , qui difent du Ma- 
haleb.ee que nous auons dit , &; en outre, qu'il chaffe les vers du ventre, ce que la Phillyrea ne fait 
pas. Pena a pourtrait au vif vne autre Phillyrea , que nous auons icy adioufté. Elle croift en Pro- 
uence auprès de Tholon. Elle a le tronc &c les reiettons comme le Prunier &: le Ceriner :1a fueille 
dutourfemblableàla Phillyrea , vn peu plus large ; la fleur mouffue .comme celle de l'Yeufe, 
blancheaftrc, &c a plufieurs grains entaffez enfemble,plus gros que ceux du Terebinthemoirafties, 

tirans 



Phillyrea féconde de l'Efclufe. 



Du Morgfani. Chap.XVI. 129 

tirans fur le verd, douceaftres, les noyaux comme ceux que ton vend du Mahaleb. Cefte cy pour- 
roit bien eftre le iMah&leb de Serapio, ou Phillyrea. Les fueilles de la Phillyrea font aftringeantes 

félon Diofcoride , & font bonnes aux mefmes choies que £ rt v&m ^ 

l'Oliuier fauuage quand il y a b efoin d'aftri&ion , fpeciale- 

ment aux vlceres de la bouche, eftans mafehées , ou il on 

laue la bouche de leur deCodion. Prinfesen breuuage font 

vriner , Se prouoquent les menftrues. Outre les Phiily- 

rées dont nous auons parlé cy delTus , nous en adiouftons 

icy d'autres de l'Efclufe , dont la première eft plu$ haute 

que 1 arbre de la graine d'efcarlate ; &: a les branches de là 

groffeur du pouce , ou peu plus, fefeorce verte , les fueilles 

comme celles de l'arbre de 1 efcarlate , mais plus grandes, 

plus Vertes, plusefpeiTes, vn peu piquantes à l'entour, efvn 

gouft aftringeant, mais arfez plaifant , Son fruid n'eft point 

plus grand que celuy du Lentifque , fortant auec la fueille* 

& noir", lors qu'il eft meur. L'autre eft plus grande que 

cefte icy , & iette pluiîeurs branches couuertes dVne cfcor- 

ce blancheaftre. Ses fueilles retirent quan* à celles de l'ar- 

brirTeau, qu'il nomme Alatemus , &; que nous appelions 

Apharca s mais plus fermes Se moins noires , dVn gouft vn 

peu ac;c auec vne amertume. On a veu fon fruid pendant 

en grappe entre les fueilles au mois de Décembre , de la 

groffeur des grains de Poyure, ou des grains de Myrre, noir 

& chaud, ayant au dedans vn noyau dur comme d'os ,8£ 

couuert dVne efeorce blanche Se tendre. Outre tous ceux 

cy, l'Efclufe donne le pourtrait de deux autres , qui font les 

mefmes que la grande Se la petite de Pena,dont nous auons 

parlé cy deflus , &c que nous auons deferit ailleurs pour V A« 

laternus. 

CHAP. XVI. 

E s Syriens, ainfi qu eferit Rauuolf,ap- 
pellent cefte plante Morgfani, laquelle 
eft tare, belle à voir, Se de bonne grâce, \ 

de moyenne grandeur , Se fueilluë. Sa 
racine eft longue, Se fechequafi Com- 
me de bois , de laquelle il fort quelque 
nombre de tiges. Ses fueilles font ron- 
des,femblables à celles des Cappiers,&: fortent deux à deux 
d'vn cofté &: d'autre , comme ^celles des Feues, entre les- 
quelles viennent les fleurs , rouges par dedans Se blanches . 
par dehors : après il y vient des goiuTes longuettes comme 
celles du Sefame. Toute la plante a vn gouft , èC odeur mal 
plaifante & facheufe. Ceuxdupaïs s'en feruent pour faire 
mourir Se chafter les vers du corps- Or ils font en doute , Se 
mefmes ne fçauent pas comment c'eft qu'elle eftoit appelles 
anciennement > quant à moy eu efgard à fa defeription Se fa- 
cilitez, i'eftime que c'eft celle qu'Auicenne appelle Ardrifigi $ 
Se Rhaiis Andirian. 




JMorgfans des Syriens. 




Des Cappes, 



CHAP. XFII. 




O M m E les Grecs appellent cefte plante xan-* ^f w 



ij.é.^. 



\ 7rct<e/ç auffi les Latins la nomment Cap farts. Au 
[ cuns félon Pline l'ont nommée Cynosbatos , à 
1 caufe, comme ie croy , qu'elle a quelque chofe 
de commun auec la ronce. Les autres l'ont appellée Ophioftaphile , c'eft à dire raifin de vipère , au 
lieu duquel root il y a aux exemplaires de Diofcoride qui ne font pas corrects Phylloflaphyle. Gaza 
l'appelle Inturin : les Arabes Cappar, ou Kappar : les Italiens Capparo : en François Cap f es : en Alle- 
mand Caffern: en Efpagnol Aie ap aras. C'eft vn fruid aigu, quand elle eft plantée en terre, Se Lafam 

s'efpand 



1 3 o Liurel I de FHiftoire des Plantes, 



Le Cappier, 



Cappier à lafueille aiguè. 





le lieu. 
Liure 6. de 
l'inft.ch. s- 

L1u.l9.ch. 8. 

Liu n.ch.5. 



Le temps. 

Liu.z c.169. 
Les "venus. 
& l'vfage. 



s'cfpand çà & là en rond & a des cfpines crochues comme la ronce ; les fueilles comme le 
Coignier , rondes , le frui6t comme l'Oliae , lequel en s'efpanniffantfaitvne fleur blanche, & après 
quelle eft tombée , il y refte vne chofe faite comme vn gland long , au dedans de laquelle il y a 
des grains comme ceux des Grenades , petits & rouges. Elle iette plufieurs racines grandes , qui 
font comme bois. Nous auons mis cy le pourtrait d'vn Cappier qui a la fueille obtuie , & vn autre 
qui l'a aiguë , entre lefquels il n'y a point d'autre différence. Le Cappier croift le plus fouuent en 
terre menue , en lieux afpres , aux Ides , & parmy les vieilles mafures. Theophrafte dit qu'il ne 
croift pas es lieux cultiuez, C'eft pourquoy nous l'auons mis entre les efpines &: buifîbns. Toute- 
fois on les plante ,& cultiue comme les bleds èc les légumes. Pline dit, que les Cappiers aiment 
les lieux fecs , Se que pour les planter il faut faire vnefoffe , puis la murer tout à l'entour , autre- 
ment ils s'efpandroient par tout &c rendroient la place fterile. Coliimella eferit , que le Cappier 
croift de fon bon gré en plufieurs régions aux guerets. Mais là où il n'en croift pas, fi on y en 
veut auoir , il faut choifir vn lieu fec , qu'il faudra enuironner d'vne petite forTe , & la remplir de 
pierres & de chaux , ou d'argille, pour feruir de defFence , afin que ces plantes ne parlent à trauers: 
car autrement elles s'efpandroient par toute la poffefîion , fi elles ne font empefehées par quelque 
clofture. Ce qui n'importe pas feulement pour l'incommodité , car on les peut bien arracher aifé- 
ment > mais d'autant qu'elles ont vn venin pernicieux ; dont leur fuc rend la terre fterile. 11 ne 
les faut rien eu louer , ou bien légèrement : car elles croiftent mefmes aux terres defertes fans au- 
cune peine. On les feme au temps de l'vn & l'autre equinoxe. Il en croift beaucoup en Cypre, 
&: Italie , en Efpagnc &: en Languedoc. Le Cappier fleurit en efté , & demeure verd iufques à la 
retraite de la Pouffiniere, aimant les lieux fablonneux. Orvoicyce que les Autheurs difent des 
Cappes touchant leur vfage, tant pour viande , que pour médecine. Diofcoride dit , que l'on confît 
la tige , & le fruid pour manger. La Cappe efmeut le ventre , nuit à l'eftomach , & altère. Elle eft 
toutefois meilleure à l'eftomach eftant cuite que crue. Les Cappes prinfes en breuuagc parmy 
du vin au poids de deux dragmes par l'efpace de quarante iours , confument la râtelle , font vri- 
ller &: pifîer les excréments fanglans. Elles font fort bonnes aux feiatiques s'il en boiucnt , aux 
paralyiîes, aux rompures&conuulfions: prouoquent les fleurs &: purgent le cerueaux. Leurfe- 
mence cuite en vinaigre appaife la douleur des dents , fi on s'en laue la bouche. L'efcorce feche de 
la racine fert aux mefmes chofes. Elle mondifîe les vieux vlceres & fales & qui ont pris cal. On 
l'applique auec farine d'orge fur le mal de la râtelle. Elle guérit la douleur de la dent en la mor- 
dant de celle qui fait mal. Pilée en vinaigre elle guérit la morphéc blanche. La racine $C les fueil- 
les pilées font fondre les efcrouëlles ,&: autres durtez. Le fuc diftilé dans les oreilles tue les vers 
qui y viennent. Les Cappes d'Afrique, & mefmes de la Marmarique engendrent de grandes ven- 
coiicez. Celles de la Pouille font vomir. Celles que l'on apporte de la mer de Lybie , 8c de la mer 

rouge, 



DesCappes. Chap.XVII. 131 

rouge , font merueilleufement acres : car elles font enleuer des veffies en la bouche , Se rongent . 
les genciues iufquesà l'os. Parquoy on deffendàbon droit d'en manger. Selon Galien. Enfefcor- fimpi, 
ce de la racine du Cappier la qualité amere furmonte , puis après la qualité acre , & puis l'afpre, 
dont il appert , qu'elle eft compofée de qualitez contraires, &c répugnantes. Car par Ion amertu- 
me elle peut eftre abfterfiue,purgatiuc , &; incifiue : par fon acrimonie elle efchaurfe ,incife Se 
refont : Se par fon afpreté , elle peut referrer , elpeffir , Se reftraindre. À raifon de quoy s'il y a 
médicament qui puiiîe guérir la râtelle endurcie, c'eft ceftuy- cy , fbit qu'on le mcfle parmy d'au- 
tres médicaments bons pour ceft effeôt , &: qu'on l'applique par dehors , ou prinfe en breuuage , 
eftant cuite en vinaigre , ou vinaigre miellé, ou bien fechée, &:pilée Se méfiée auec les fufdits. Car 
citant ajnfi prinfe , elle euacuc les groffes Se vifqueufes humeurs , non feulement par les vrines> 
mais aulîi par le ventre, fouuent auffi elle euacue les humeurs fanglantes , dont laratelle s'en gué- 
rit, Se les douleurs de la feiatique. Mefmes elle proiioque les mois, purge la tefte, Su aideaux rom- 
pures , Se conuulfîons. L'efcorce de la racine du Cappier , appliquée en mode de cataplafme fur 
les vlceres malins, y eft fort bonne : d'autant qu'elle eft deteriiue Se qu'elle deffeche fort. Et à cau- 
fe des mefmes qualitez elle appaife la douleur des dents, aucunefois cuite en vinaigre, aucunefois 
en vin , Se mefmes eftant mai chée toute feule. Le fruift eft femblable en vertu à l'efcorce de la 
racine : linon qu'il n'a pas tant d'efficace. Les fueilles mefmes Se Litige ont les mefmes vertus. le 
meioumens d'auoir autrefois guery en peu de iours vne durté de nature d'efcrouélles auec les 
fueilics leules. Mais nous méfions parmy les fueilles quelque chofe, quipuifîè reprimer leur véhé- 
mence. Il n'eft donc pas de meiueille fi le fuc par fon amertume tue les vers des oreilles. Or les 
Cappes qui croiffent aux régions fort chaudes , comme en Arabie , font beaucoup plus acres que 
les noftrcs; tellement qu'elles ont vne faculté fort bru fiante. Etenvn autre paffage. Les Cappes ^f' 
dit-il,/<W compojees de fort fubtiles parties-.auffifont'elles de peu de nourriture a ceux qui en mangent ■, 
comme auffi les autres viandes qui font compofée s de parties ainfifubtiles.N ous v.fons du fruict de cet- 
te plante pluftoft pour médecine que peur viande. On nous l'apporte (aie ; Car fi on le gai doit feul 
il fe poLuriroit. Il eft certain qu'eftat vert il nourrit plus qu'après qu'il eft falc. Car le felluy ofte tout 
ce qu'il auoitde nourriture. Et de faicl,fi on ne le défraie bien , il ne nourrit rien du tout, toutefois 
il lafche le ventrermais ayant bien efté trempé Se deffalé, tant qu'il ne fente plus le fel combien que 
c'eft vne viande de peu de nourriture , elle eft toutefois fort bonne pour aiguifer l'appétit , Se pour 
arracher Se nettoyer le phlegme qui tient contre I'eftomach , Si pour defopiler le foye & la râtelle: 
mais pour ceft effed il le faut manger auec vinaigre miellé , ou bien huile Se vinaigre , deuant que 
rien manger d'autre. On mange les tendrons Se fus . jcons des Capptcrs, comme ceux dnTerebinthe, 
Se eftans encores verts on les confit en fel Se vinaigre, ou en vinaigre feul.I'adioufteray icy ce qu'en 
dit Pline : Les Cappes croiffent aujfi en Egypte , & ont le bois dur : Leur fruicJ eji affez, cogneu a caitfe tm 15.C.2 j. 
qu'on en mange , & mefmes on apporte fouuent des h anches de Cappier parmy les Cappes. Il fe faut 
bien garder des Cappes étrangères. Car celles dJ Arabie font danger eufes & pejitlentielles. Celles £ A- 
frique gaflet les genciues. Les CAiarmariques font contraires a l' Amarry,& donnent des trenchéesj' au- 
tant ocelles engendrent des ventofttez*. Celles de la V ouille font vomir, & deuoyent ieflomach & le 
ventre. Or il appelle Marmariques celles que Diofcoride dit qu'elles croiffent en la Marmanque 
pais de la Lybie. Touchant leur vfage en médecine le mefme Pline en dit ainfi -.llfefant garder d'v- Uu.zo.c.i S < 
fer de celles d'outre mer. Celle s d'Italie ne font pas fi mauuaifes.On dit que ceux qui en mangent tous les 
iours ne font point fub jet s a la Paralyfie,ny >' a*x douleurs de la rat elle. Se s racines broyées, gueriffent les 
taches blanches de la peau que ion appelle en Latin Vitiliginesfion les enfiotte au Soleil. L'efcorce de 
la racine eft bonne à ceux qui font fubjets au mal de la râtelle , la prennant auec du vin au poids de 
deux dragmes ', pourueu qu'ils fe gardentbien de fe baigner ou eftuuer:& dit on qu'en trente-cinq 
iours toute la râtelle s'en ira par l'vrine Se par le bas. Elle eft bonne aux paralytiques , &: à ceux 
qui ontl'erniere prinfe en breuuage. La femence pilée Se cuite en vinaigre, ou bien la racine 
eftant mafehée , appaife la douleur des dents. Cuite en huile , elle fert à la douleur des oreilles , fî 
on en -thftile dedans. Les fueilles frefehes Se aufïi la racine font lingulieres aux vlceres corrofifs, 
appliquées auec du miel : la racine aufïi refout toutes efpeces d'efcrouélles. Cuite en l'eau elle eft 
fort bonne aux apoftumes qui viennent derrière l'oreille , Se aux vers , Se mefmes aux maladies du 
foye. On en donne contre la vermine auec vinaigre Se miel. Cuite en vinaigre elle guérit les 
vlceres de la bouche. Tous les autheurs font d'accord que les Cappes nuifent à I'eftomach. Nous f^j^- 
vfons aufli bien que les anciens des fleurs Se du fruict des Cappes confit en fel- Celles qui font con- çhap.^! * 
fîtes en vinaigre tresfort , comme plufieurs les accouftrent en Tofcane , font plus plaçantes au 
gouft. Les plus exquifes font celles que l'on apporte d'Alexandrie d'Egypte à Venize. Il en croift 
en abondance en la Pouïlle : mais elles ne font pas fi bonnes que celles d'Egypte. Il en croift auffi 
à Rome aux murailles ruinées des vieux baftiments , Se parmy les mafures > fur tout à îentour du 
temple de la Paix : Se auffi à Sienne , qui ne cèdent rien en bonté à celles de la Pouïlle Paulus corn- ^^1% 
mande d'en vfer auec huile Se vinaigre;d'autant qu'elles font auoir appétit , Se relafchent la râtelle, Cofm.i. liu, 
& purgent le phlegme par le bas. Theuet a eferit , qu'en l'Ifle de Suachen voifine de l'Ethiopie il y '• chap,é ' 

croift 






Les v.cmi. 



Yk 
U 



ï 3 2 IJ ure II de l'Hi ftoire des Plantes, 




don eut d cltomac, & pour les maladies du foye, & des poulinons, prennans la decodion de toute 
la plante auec poudre de Coral blanc. 



Deï'Apharca, ou Bourgmff'me, 



CHAP. XVUL 




Apharba, Bourçue 

Mont fe, 'lier. 



zfpîw a 



de 



- t L y a des Simpliciftes qui eftiment , que la plante qui eft k y peinte , foit tApharca, 
' de 1 heophrafte. Les autres penfent que ce foit le Lycion , duquel nous auons trait- 
te en vn autre endroit. Les autres tiennent que ce foit la Phillyrea de Theophrafte. 
Les Apothicaires de Montpelier l'appellent Bourguefpine , comme qui diroit efpine 
de Bourgogne. Pena en donne le pourtrait & la defeription fous ce nom la , eftant en doute fi 
c eft ! Apharca de Theophrafte. Quant à moy ie ne contefte point pour les noms , ôc ne defire 
que de mettre en lumière autant qu'il me ferapoffiblc les plantes qui ne font pas encor bien co- 
gocucs , mais lont comme cachées. Carie m affeure qu'il fe treuuera bien des gens de bon ef- 
pnt , qui après les auoir cogneuës treuueront bien leur nom , ou par hazard ( comme il aduienc 

le plus îouuent, ) ou en lifant attentiuement les anciens au- 
theurs. Au refte cefte plante fe fait quelquefois comme vn 
arbre , de la grandeur d'vn Grenadier , ayant le tronc droit, 
& branchu, l'efcorce affez déliée , grifaftre , & laide à voir, 
Sesfueillespar le bas font eftroites , aiîez larges par <leffus 
comme celles du Pourpier 5 quelquefois obtufes , & quel- 
quefois aiguës au bout , découpées à l'entour , dont le bout 
des decoupeures eft affez ferme. Elles font poulpucs, com- 
me celles de l'Yeufe, ou de l'Oliuier, pleines déveines, 
auec vne cofte efleuéepar le milieu. Sa fleur eft blanche, 
fon frui£fc font des grains attachez enfembleen grappe , car- 
rez , verts au commencement , & puis noirs quand ils font 
meurs , & douceaftres. C'eft arbre eft toufiours verdo- 
yant , comme le Laurier , l'Yeufe , Se les autres arbres qui 
ne perdent point leurs fueilles. Theophrafte eferit que les 
fueilies de l" Apharca ne tombent point : &c dauantage il 
dit, que ï Apharca ôti'Adrachne bourgeonnent au mefme 
temps que les arbres domeftiques , & que l'vn &: l'autre 
porte deux fois. Voicy fes mots , lefquels Gaza a mal tra- 
duit , & me femble qu'il les faut ainfi interpréter.- Le pre- 
^micrfriûtJ de t Adrachne & Apharca est menr lors que le 
raifin commence à noircir, ejr le fécond au temps que la vigne 
fleurit : car tous deux portent leurfruïB deux fois, au commen- 
cement de l'hyuer. Ceft arbre croift aux lieux afpres & 
pierreux , le long de la Marine , affez près de Montpelier 
par où on va au village de Vie , où il fe fait de fort bon 
mufeat. 

De 1 : 'Alattrnus de ÏEfdufc:Cslaflrus de Theophrafte, 
CU A?. XIX. 

Lvsievrs de ceux qui ont eu la cognoiffance des Simples s'efmerueillent 
fe à bon droit, pourquoy c'eft que Pline n'a point traitté de l' Apharca , Phylli- 
ca , <& du Cclajlrits , qui font plantes defquclles Theophrafte fait forment men- 
tion. Quant à moy i'eftime que c'a efté d'autant qu'il croyoit que ces plan- 
tes ne croiffoient fin on en Grèce , &: aux païs eflognez de l'Italie , comme 
auffi lAdrachne. Quelques vus penfent qu'il a fait mention de la Phyllica fous le nom 
cï Alalerntis , d'autant que là où croift la Phyllica on l'appelle encor Alaterno ,Lintemo , & Alar- 
ders , qui eft vn mot approchant dAlatemus. Nous en traitterons plus amplement cy après. 
Plufieurs fe font accroire , que la plante que l'Efclufe trefdocte Simplicifte appelle Alaternns, 
foie le CeUftrus de Theophrafte. Or l'Efclufe en met deux fortes : le grand qui croift quel- 
quefois en arbre , qui a les branches longues , non pas fort groffes , &: qui ne font point d'aillés. 
Ses furjeons font Toupies ; l'efcorce verte - blancheaftre , ayant vne peau iaune deïïous. Les 
fueiiles font dTpoiees fans aucun ordre , de grandeur moyenne entre celles de l'Oliuier & de 

l'Yeufe 





De l'Acacia: ' Chap.'XX. 



Alaterntts premier del'Efclufi: Celafims 
ma/le de Theophrafte. 



*33 

tAlaternus fecmd del'Vfclufe : Celafims 
femelle de Theophrafte, 





l'Yeufe , afTez grorîes &z vn peu dentelées à l'entour, Vertes -noiraftr es, de mauuais gouft , ameres, 
auec vu peu d'acrimonie. Ses fleurs font comme celles de l'Oliuier , pâlies , croifïaiis près de la 
queue de lafueille, entaffées en grappe deraiiin, qui fortent au printemps ,& quelquefois en hyuer. 
Ondit,queceftuy-cyeftlemafle. L'autre qui eft la fe mené , eft le plus petit , & a les branches 
plus courtes. L'efcorce eft de couleur de blanc , vert , & rouge méfiez. La fueille moindre & plus 
ronde , dentelée , & de vert-blaffard. La rieur femblable au précèdent , plus grande & plus palle. 
Le frui& eft comme vne grappe de raifin. Les grains font gros comme ceux du Lentifque , com- 
pofez comme de?trois femences. Il eft premièrement vert , puis après rouge, en fin il deuient noir. 
Il fleurit à la fin du mois de Feurier , & au commencement de Mars. Selon Theophrafte le Ce- Letemps> 
lustre eft toufiours verdoyant , Se aime les lieux releuez Se expofez au froid , & au mauuais temps. Le UtH ' 
Son frui£t tombe au gros de l'hyuer , &c meurit bien tard , comme en l'Yeufe , &; au Genëure. Il ne 
veut point eftre cultiué. Or ceux-là fe trompent qui eftiment que le CelaUrm puiffe croiftre aux 
Alpes , en l'Appennin &: aux montagnes des Ceuennes, Se autres de mefme hauteur, d'autant que 
Theophrafte dit , qu'il croift aux montagnes très-hautes & tres-froides ; car il faut entendre cela 
des plus hautes & plus froides montagnes , non pas de ce pais icy , mais de ce pa'is là où il croift. 
Car le Thuia croift bien & en grande hauteur aux cimes des montagnes froides , félon le mefme 
Theophrafte : Se toutefois ceftuy là perdroit fon temps qui en voudrait treuuer aux Alpes 3 où mef- 
mes on n'en a pas ouy parler iufques à prefent. Theophrafte entend des quartiers froids du mont 
Taurus Se Amanus , & autres femblables de l'Aile Se de l'Europe,non pas des noftres qui font plus 
feptentrionnaux. 



De ItAcacia, 



CHAP. XX. 




'Este plante efpineufe s'appelle en Grec dxcucU , Se en Latin Acacia i en Arabe Ac&~ 
X chie. Or le mot Grec vient du verbe £*&(&, c'eft à dire aiguifer , dont vient Acacia y 
* comme qui dirdit aiguë. Theophrafte l'appelle Amplement «Wi/Ô<* , c'eft à dire Eftine : 
X Se ctKavôct cùyviïii* , Eftine d'Egypte i tellement que Acacia fe prend pour l'Eftine , St 
pour de nom du fuG de l'Eftine. Et en difant Spma JEgyptia , il faut entendre l'arbre 
mèfmcs , qui s'appelle K_Acacia. Car il fcmble que Diofcoride en ait fait ainfi quand il dit : // 
croift vne autre forte £ Acacia en Cappadoce ejr en Font , &c. Et Aëce , difant, l'Efpine d'Egypte 
de laque Ile on fait l'Acacia,érc. Or l'Efpine d'Egypte eft bien différente de l'Arabique, qui eft comme 
l'Efpinc blanche, de laquelle Diofcoride fait metion.Toutefois Galien dit qu'il y en a qui appellent 
auffi l'Efprue d'Egypte Efpine Arabique,laquelle eft femblable à l'Efpine blâche:&: traitteàpatt de 
Tome premier. M- l'Acacia 



Lîure 4. de 
l'hift, ch. 3 . 



Liiïte ï.* 
Liu.j.ch-ijr 
Liure 6. its 
fîmpl. 



iref.lîeu, 
La forme. 



1 34 LiurelI.delHiftoire des Plantes, 

l'Acacia & de Ton fuc. Pline aufïi, met différence entre l'Efpine Arabique, & l'Acacia. Nous allons, 
dit-il, eferit les louanges de l'Efpine d'Egypte ou Arabique, au traitté des fenteurs (car il y a ainfi au 
tft?*4&u. vieil excmplaire,au lieu, qu'aux communs ces deux mots d'Egypte,ou n'y font pas. Le mefme Pline 
au mefme chapitre dit : Il y a aujfi l'Ejfme de L'Acacia , ejrc. Les anciens donc ont fait deux fortes 
d' Efpine d'Egypte, Une gui s'appelle aufïi Asacia>& l'autre appellée Spina Arabica.Vav laquelle fem- 
Liure i . blance des mots Aè'ce s'eftant trompé a prins ces deux plantes pour vne mefme chofe, quand il ef- 
erit : l'Efpine d'Egypte , dont on fait L'Acacia , a vertu de refiraindre & deffecher. Aujfifert elle m 
flux de s femmes,^ cicatrice les vlceres du fondement , fi on enfouffle dedans. Car cefte efpinc dont 
tbre 6. des p ar ] c A eC e , eft l'Arabique , de laquelle il deferit les vertus félon Galien î &: non l'Çfpine d'ëgypte, 
Liu.5xh.13. donc on fait L'Acacia , de laquelle il auoit parle vn peu auparavant. Or en Pline il faut qu'il y ait 
ainfî : fan auons dit la louange de l'Efpine d'Egypte au traitté des fenteurs. guant a l'Arabique elle 
Chap..,. & efieffit, érc. Car il dkpuis après tout ce que Diofcoride dit de l'Arabique. Mais ce qu'il dit , qu'il 
a dit les louanges de l'Epine d'Egypte, c eft au liure 3 .chap. 1 3 . où il parle de l'Epine d'Egypte, donc 
Liu.i } .ch. 9 . on fait l'Acacia ; & non de l'Arabique : ce que le texte monftre affez : Il y a vne autre efpine, dit-il , 
qui efi bien aujfi efiimée, principalement celle qui efi noire, d'autant qu'elle ne pourrit iamais en l'eau, 
é' efi fort bonne à faire le s flancs & iointures des nauires. La blanche fe pourrit aiféntent. Ses fueilles 
me fines font piquantes. Leur graine croifi en certaines gouffes , de laquelle on tanne les cuirs en lieu de 
galles. La fleur efl belle pour faire des bouquets, & fert aujfi en médecine. L'Acacia iette aujfi vne gom- 
me : mais le plus grand profit qu'on en tire, c efi quefiant coupée elle reuient grande en trois ans. On en 
treuue en grande quantité aux enuirons de Thebes parmy les chefnesjes Oliuiers,& la Perfée,enuiron 
trois cents fiades loing du Nil , en vn endroit plein de for efi s , qui efi arroufé des fontaines quïfourdent 
parmy. Et vn peu après il adioufte, // efi certain au iugementde tous que la meilleure gomme eflfai- 
Liu. ; . ch. 9 . te d 'Acacia. Ruel alléguant ce paiîage de Pline en' la defeription qu'il fait de l'Efpine Arabique, 
UuîZTi s & trompe grandement , prennant l'Efpine d'Egypte , &: l'Arabique pour vne mefme chofe. Selon 
Diofcor. au Diofcoride il y a deux efpeces d'Acacia , l'vne qui croift en Egypte , &: l'autre qui croift en Cappa- 

doce,&: en Pont. Celle d'Egypte efl: vne efpine en mode d'ar- 
bre,fortbranchue,ne croiffantpas en hauteur. Ses branches 
font piquantes , & pleines d'efpines , entre lefquelles les 
fueilles croiffent qui font diuifées en d'autres petites fueil- 
les. La fleur efl: Blanche. Sa femence croift en des gouffes 
femblable à celle du Lupin , de laquelle on tire le fuc que 
l'on feche à l'ombre. Si la graine eft meure, le fuc eft noinii 
elle eft verde, le fuc eft rouffeaftre. On choirxt celuy pour 
le meilleur, qui eft moyennement roux,&£ odorant,rel qu'il 
peut eftre en ccft arbre. Aucuns tirent le fuc des fueilles &c 
de la femence. Cefte efpine fait auffi 1 vne gomme. Nous 
... auons mis icy le pourtrait de L'Acacia d'Egypte de Dodon, 
laquelle eft bien différente d'auec la première \_Acacia de 
Matthiol. Voyons ce qu'en dit Pena. Sequin Martel, dit-il, 
Médecin & Apothicaire très-expert , a enuoyéde Syrie a Al- 
bert Martine] fon fier e ( qui efi vn Apothicaire bien diligent 
& expert) des facs tous pleins de gouffes d' Acacie d'Egypte, de 
la femence defquelles ayant efiéfemée au iar dinde Vadmé,^ 
enplufieurs autres iar.dins de Venife,efi creue celte Acacia qui 
efi icy pourtraite. Morganus auffi en receut n'y a pas long- 
temps des Ifles du Peru qui font en la mer de Ponant , vne 
plante, afin que perfonne ne penfe que cefte plante ne croift 
iînon en Egypte,ou Arabie.Elle a fes fueilles attachées à des 
petits nerfs comme l'herbe appellce Scorpiotde , ou comme 
celles de l'herbe que les Italiens appellent Sferra Cauallo. 
Toute la plante eft graile, ayant auprès des furieons des ef- 
pines bien piquantes .Toute la gouffe de la femence n'eft pas 
plus longue que deux Lupins ioinsenfemble ; les grains ont chacun fa chambrette. Matthiol donc 
ne donne pas le pourtrai£t de l'Acacia : mais d'vn arbre d'Indie s'il n'y auoit des efpincs , lequel a 
les gouftes qui ne refemblent pas à celles des Rupins ; mais pluftoft des genefts , Se deux fois plus 
larges &5 pfattes , comme celles du Séné. Celle de Pena eft la plus vraye. L'autre efpece d'Acacia 
eft femblable à l'Efpine d'Egypte, mais plus petite de beaucoup, plus tendre,& baffe, Se garnie d'ai- 
guillons. Elle a les fueilles comme la Rue. Sa femence eft comme celle des lentilles , &: plus pe- 
tite , qui croift en des petites gouffes courbes , dans chafeune defquelles il y a deux ou trois grains. 
StcondeAc»- On la cueillit en automne. Les plus fçauans Simpliciftes eftiment* que la féconde acacia icy 
**"• pourtraite foit la vraye , laquelle a les fueilles comme la Rue, ou le Citifus, dont il y en a toufiours 

trois 



Lin. 6 cli.it. 
iur le chap. 
uj liu 1. 




De l'Acacia. C hap. X X. ï g 5 

Vremiere Acacia de MatthioU Seconde Acacia de MaîthioL 





Luire 4. éè 
Lhift.eh.3. 



1 La Gomm* 



trois enfemble , fes gouiîes font comme celles du petit Geneft , ou de laRegliffe commune en fa- 
çon de rafoir , ayans le dos obtus , &; de l'autre cofté elles font plus aiguës , comme n* c'eftoit le 
trenchant , dans lefquelles il y a trois ou quatre grains durs comme ceux du Geneft périt. Lors 
qu'ils ne font pas-meurs ils font iaunes,mais par apjres ils fontnoiraftres. 11 en croift tout le long de 
la marine de Tofcane, &. de Gènes, & de la mer Méditerranée^ en plufieurs autres lieux d'Italie* 
Theophrafte efcriuant de l'Acacie &c de l'es efpeces dit zmiv.Spina a efi é amfi appe liée de ce que f ar- 
bre eji tout garny d'efiines, excepte le tronc. Car elle. en a tufques fur les bourgeons é* fusilles. Elle e(i 
de bonne hauteurjujques a douze coudées. Ou couppe fin bois qui eji bon pour faire les toicts des maïfonsi 
Il y en a de deux fort esj'vne efl blanche & l'autre noire. La blanche efl fotble & pourrit aifément :la 
noire efi plus forte, & ne pourrit pas. Pour ce m l'employé a faire les nauires,pour en faire les flancs & 
jointures,, te plus fouuent elle ne croift pets droite, Elle porte fonfiuict dans desgouffes comme les legu- 
gumes, duquel les gens dupais accouftrent les cuirs au lieu de galle. Sa fleur efl fi belle a voir, que l'on 
en fait des guirlandes. Elle efl aujfi bonne en médecine, ejr pour ce le$ Médecins Vamaffent. C'efi arbre 
iette vne Gomme eflant entamé S" mefmesfans entamer. E fiant coupé il fe fait grand en trois ans. Il 
y en a grande abondance a l'entourde Thebes, & vne grande forefi^où le Chefneja Perfeà & l'oliuier 
croiffent aujfi,fans efire arroufezpar le Nil ' car ils en font efîoignez, déplus de trois centsflades > mais 
de plufieurs four ce s de fontaines dont il y a abondance en ce quartier là.Plmc a eferit ces mefmes mots 
de Theophrafte au paffage cy-deuant allégué. Et en vn autre lieu ( lequel il faut corriger aux com- tiu.r3.ch.* 
muns exemplaires fuiuant ce qui fe treuue aux plus vieux) il dit âinfv.L'Jcacia efl aujjivnfuc d'efyi- 
ne. Il fe fait en Egypte d'vn arbre blanc & d'vn autre qui efl noir ; ef aujfi de lafemt me verte & de 
la meure : mais il efl meilleur de la verte. Il s' en fait aujfien Galatie d'vn arbre efiineux ejrplus ten* 
dre. Il a la femence comme vne petite lentille , excepté que la goufièejr la graine font moindres. On 
Camaffe en automne, car eflant cueillie deuant,elle efi trop véhémente. On trempe fies gouffes en eau dé 
pluye^gr après leSauoir pilées en vn mortier, on les preffure-.puis on met fecher le fuc au foleil dans des 
mortier s ,& finalement on en fait des trochifques. Il s' en tire aujji des fueilles;mais il a moindre -vertu. 
Onfefertdefafemencepour accoufirer les cuirs en lieu de galles. Le fuc que l'on tire des fueilles , & 
de l'Acacia de Galatie, qui efi fort noir, efi le moins eflimé, comme aujfî celuy qui efi fort roux. Icy Pline 
appelle Acacia de Galatie celle que Diofcoride dit qu'elle croift en Cappadoce,&: en Pot:& la con^ 
fond auec la première qui croift en Egypte , difant que la femence de toutes deux & non celle de 
t 'Acacia de Galatie tantfculement,eft comme vne lentillercar Diofcoride dit, que la femence de la 
première eft comme les Lupins, &: que celle de l'autre eft plus petite qu'vne lentille. La meilleure 
Gomme de l'Efpine Acacia eft celle qui eft faite corne de petits vers,& eft tranfparente corne verre, 
fans aucû bois.La blâche va apresmiais celle qui eft fale & refineufe ne vaut rien.Pline dit àuffî que 
la meilleure eft celle qui femble des petits vers , tirant fur le verd , nette , &c fans aucune efeorce, 
Tome premier, M % s'attachafit 



Mâtqiiti de 
la meilleure 
Gomme- 
Luire i. de 
rhift.eJt.H 



1 3 6 Liure 1 1. de l'Hiftoire des plan tes, 

s'attacbant aux dents, fi on la marché. Theophrafte dit, que celle efpinc porte vnc liqueur comme 
rîofc T *' C vne * arme 5 llon P asen l'efcorce , mais augouffes. Serapiô l'appelle {arabique, pourec que de ion 
ia gamme it temps on l'apportoit de l'Arabie qui confine à l'Egypte , cpmme dit Matthiol. Or il y a grande 
t*dc*ci*neft différence entre la Gomme que les Apothicaires appellent Arabique , & celle de Usitée d'Egypte: 

pot la Corn- h in r i i '-v'j rr ■ n 4 ' , Jl _ e ,' ' 

wMraiiji». can ceIlc la ne reiemble pas a des vermifieaux ; mais eft en petits morceaux de diuerfes couleurs. 
Liure 7 . des On a commencé il ny a pas long-temps d'apporter en ce païs de la vrayt Acacia d'Egypte, laquelle 
Eure%. S dc ' e ^ f° rt requïfe pour faire k Thcriaque, & autres compofitions medecinalesj au lieu qu'auparauant 
l'hift. ch. 5 . on n'en amenoit pas. Galien appelle quelquefois cefte Gomme ,Thebaique , peut eftre pource que 
^ mHt dH Theophrafte dit qu'il y a grande abondance de ceft arbre efpineux aux enuirons de Thebes. Le lue 
de 1'Efpine d'Egypte félon Dïofcoride eft bon aux médecines des yeux, aux erefîpeles, aux vlceres 
qui s'auancent , aux mules des talons , au mal des ongles , quand la chair croift par deflus, &c aux 
vlceres de la bouche. Il retient les yeux qui fortent de leur place , arrefte le flux immodéré des 
femmes , &: retient la matrice qui tombe de fon lieu > referre le ventre prins en breuuage , ou en 
clyftere. Il noircit les cheueux. Surquoy Ruel a failly en fa traduction , qui traduit ces mot Urijjpf 
çQwi yuvouKHov, II arrefte le s fleurs des femmes qui coulent far trop ; au lieu qu'il deuoit dire,// arrefle 
le flux des femmes. Car y a différence entre le flux & les mois des femmes qui coulent en trop gran- 
Lif. 3 . ch.é j de abondance, comme Paulus fenfeigne clairement. Mais Ruel en cecy a fuiuy Pline, qui dit les 
mefmes ehofes que Diofcoride. L' Acacia purpurée, ou blanche, 82 qui fe difïout aifément, a grande 
vertu d'efpeffir & de rafifraichir, & eft fort bonne pour les médicaments des yeux. Pour s'en feruir 
à ceft eftc& il y en a qui lauent ces trochifques, les autres les bruflent» Ils font bons pour noircir les 
cheueux. Ils gueriffent le feu Saiu£t-Anthoine, les vlceres corrofifs, & les humiditez du corps î les 
apoftumes, les efeacheures des iointures, les mules des talons, &: la chair qui couure les ongles. Ils 
font aufîi bons pour reprimer l'abondance des mois des femmes,^ à la cheute du fondement,ou de 
l'amarry, & aux yeux,aux maladies de la bouche, &r des genitoires. Mais ce n'eft pas en ce lieu feu- 
ze* venus de lement que Pline met les fleurs, pour le flux des femmes. Quant à la Gomme de l'Acacia.Diofcû- 
Au mTaiè X1 ^ C ^ q u ' e ^ G a vettL1 d'efpefîir &; refroidir, &: qu'elle referre les pores de la peau,& qu'elle rompt 
Liure 6. des l'acrimonie des médicaments, efquels on yen méfie. Emplaftrée auec vn œuf fur les bruflcures,clle 
iîmpj. £ a j t q U 'ji ne s 'y f a j c p i nt J e vefïies. La plante de l'Acacia, felon"Galien, eft afpre, & aufîi le fruici 

& le fuc , lequel eftant laué , fe rend plus débile, & moins acre > car en le lauant il perd fon acrimo- 
nie,c'eft à dire fa grande vertu aftringcantcpar laquelle elle fait retirer la partie du corps qui en au- 
ra efté touchée quafi eomme fi elle la rompoit, eftant, dis-ie, lauée, cefte vertu là fe diminue. Da- 
lechamp expofe ainh* ce lieu •• car l'Acacia n'a point du tout d'acrimonie, encor que nous volufîions 
accorder à Galien, que fa fubftance eft compofée de quelques parties chaudes. Or fi otf l'applique 
fur quelque partie faine,incontinent elle la rendra plus feche & plus retirée fans donneraucun fen- 
timent de chaleur , ny guieres de froideur aufîi ; dont il appert que ce médicament eft froid &: ter- 
reftreaucc vn peu de fubftance aqueufe méfiée. Ainfi on voit qu'il n'eft pas d'vne feule elTence, ny 
de parties femblablessmais qu'il y a aufîi en foy des parties fubtiles &C chaudes, qui s'efuanoùifTent 
quand on la laue. Il eft donc deficcatif autroifïefme degré, & refrigeratif au fécond eftant laué ; & 
n'eftant laué il Teft au premier. Les Apothicaires , &: la plus part des Médecins au lieu de fAcia fe 
Léu.i c U4 feruent du fuc que l'on tire des Prunes fauuages,l'ayant mis en trochifqucs,& feché au foleil.Tou- 
& 7 j.&io^. tc f j s Diofcoride à faute de £ Acacia fe fert des fueilles de Sumach , & du fuc des fueilles du Len- 
tifque,ou de l'Hipociftis,defquels il vaudroit mieux vfer, que de ce fuc de Prunes fauuages. 

Vu Scorpius deTheophrafte. CHAP. XXL 

les »om. ^i ! ^75|fâ§^^P l ^ s Simpliciftes eftiment que cefte plante qui eft îcy portraite,foit le Scorpius 
Liare 6. de Sf) |ljPSSlisP% ^ e Theophrafte , laquelle Gaza appelle Nepa en Latin, d'autant qu'elle a plu- 
Uiift. ch. î. © SC^F^^^ fleurs marques de celles que Theophrafte donne au Scorpius\Le Scorpius, dit-il, 

(jÉf i^œ^^ê 1 e ft vne Çtâte ejpineufejoute compofée d'ejpines corne l'Ajpergefauuage, & eftant 
le temps. fflv ^^!)^^^M grande na point de fueilles, mais les ejpine s feulement qui luy feruent de fueilles. 

Wà \WW/M&?% ljfa En outre elle na quvne racine courte. Elle ne pouffe point deuat tefte\ & puis après 

ftW=£^ ur~£ém%d e n e çfoinue iufquen autone.Sa fleur fort d'vn bouton qui eft au bout de l'aiguillon. 

Liure t. de Ce que Theophrafte attribue tout au Scorpius. Or ce qu'il dit en vn autre partage, que la racine du 

Um'c J'àc Scorpim eft faite corne vnfcorpion,elr quelle eft bone aux piqueures defcorpion,& a d'autres chofes,ce\z 

lhift. ch.i 4 . ne contreuient point à noftre opinion : car Theophrafte mefmes monftre qu'il faut entendre cela 



rSchî ^ u ThelyphonttS,te non pas du Scorpion efpineux,<\\xkà il dit en ces mots:i> Thelyphonus,que les autres 
Liu. 9. de appellent S corpio,d' autant quila la racine comme vnfcorpion,drc.Va.r:c[uoy Gaza ne deuoit point 1 aj 
*" peller au commencement Nepa, confondant ce dernier Scorpio,ou Thelyphonus auec le Scorpio efp 



la fort»*. neux. . Or la plante qui eft icy peinte a la racine groffe , dure comme bois, noire, &: n'en a qu'vnc 
feule , lougue de demy pied. Elle a plufieurs troncs, quafi d'vn pied de long , qui fonr tous garnis 
d'aiguillons forts & roides. Quand la plante eft petite , elle a des fueilles fort petites , comme 

celles 



Du Scorpius. Chap. X XL 1 37 



Scorpms de Teho- 
phrajîe. 



•Autre Scorpiuss î. de tEfclufe> ou Geneft 
efpweux:Vlex de Pline. 





«k-4« 



celles de Drègante ; mais eftant creue elle n'en a du tout point. Sa fleur eft petite forçant au bas 
bout des aiguillons. Sa femence eft enclofe en des goufles largettes. Elle crôift en lieux fecs &c Le lie ^ 
bien battus des vents. L'Efclufe ena fait la defcriptiou cPvn qui luy retire fort , fi ce n'efl le mef- 
me : qui n'a pas le plus fouuent qu'vn pied de hauteur , tout gamy d'efpines bien efpez , qui for- 
tent par certain ordre , & croiffent toufiours deux à deux , l'vne vis à vis de l'autre, & non les vnes 
des autres. Au bout des petites brâches il fort deux ou trois fleurs iaunes cnuiron le mois de a Mars, 
& au mefme temps il fait des gouifes petites & courtes , ou pour mieux dire fa femence de la gran- 
deur d'vne veffe noire , bien couuerte d'vne bourre blanche , & afpre, cachée parmy fes efpines 
qui font fort cfpeifes. Il n'a du commencement qu'vne racine, dont puis après il en fort plufieurs 
autres, dures comme bois Voilà ce qu'en dit l'Efclufe. Aucuns mettent pour yneautreefpece de Seconde eftu 
Scorpius vne plante efpineufe, laquelle Dodon a,prins pour la Seconde eft est du Cemft eftineux. Elle £ U S X£. 
n'a point de fueilles,&: eft toute garnie d'efpines.Il eferit qu'elle fleurit au mois de May & en Iuin. Liu. 3 3 .<M 
Quelques vns penfent que cefte plante foit celle que Pline appelle fflce,qui refcmble au Rofmarin, 
& eft piquante. Les Flamans l'appellent Gafteldoren. En Bretaigne, où il y en a de grandes forefts 
quafi aufTi hautes que d'arbres , ils l'appellent des Lims. Pena en traitte aiufi :Ge fie plante, dit-il, re- 
tire fort au Geneft, mais elle eft fort hideufe à voir, ayant vne infinité d'eftine s fort dures , & diftofées 
par ordre, qui jont toufiours vertes. Ses branches font canelées comme celles du Geneft d'Eftagne. Ses 
eftines font fie fpcjfes quelles cachent quaft les fueilles. Pour cefte raifon il y a eu de dottes performages 
qui ont dit , que c eft oit la Nepa de Gaza , ou Scorpio de Theophrafte. Mais il y a différence en ce 
qu'elle porte des gouifes comme celles du Geneft, vn peu plus courtes ; les fleurs aïTez Sembla- 
bles , de mefme couleur , & de mefme gouft , qui reluifent comme l'or , & durent tout l'efté , &; 
mefmes l'hyuer en Angleterre , où il y en a grande quantité aux lieux fteriles , & parmy les bruyè- 
res : & en Languedoc aufli , qui eft de mefme hauteur. Mais parmy lés coftaux pierreux près de 
Montpelier elle eft trois fois plus petite , plus afpre &c hideufe tellement qu elle ne retire que 
comme rien au Geneft , ayant les fueilles foupples. Ils la prennent là pour l'Afpalatus fécond, 
combien qu'elle n'ait aucune lenteur , & qu'elle fe plie comme vne corde ; eftant par ce moyen 
malaifée à rompre. Aucuns vfent de fa fleur contre la iauniffe. On fe fert de toute la plante en ce 
pais là pour chaufferie four. L'efclufe a mis le pourtrait d'vn fécond Aftaiatus, qui eft amfinom- 
mé à Montpelier , & à Salamanque , comme il dit : &c n'eft pas plus haut d vne coudee 3 fort touffu, 
& crarny d'efpines courbées contre bas, dures, aiguës , defquelles il fort des petites fueilles de la 
grandeur d'vne lentille , verdes. Elles font toutes femblables en fes branches nouuellës , finon 
qu'elles font plus tendres , &c ont vn aiguillon qui fort deffous. Les fleurs fortent trois à trois , ou 
quatre à quatre des plus fermes & dures efpines , comme celles du Geneft i mais moindres , quel- 
Tome premier. 



M i 



quefoi§. 



138 

Afpalatus 
IL 



Liure ILde I'Hiftoire des Plantes, 

II. d'Efpdgne : Scorpus qutiois iaunes , & d'autrefois pâlies. La fcmence enclofe 
, de quelques Vas. dai " dcs g° ufres eft fort petite. Bien eft il vray que l'Efclu- 

fe n afleure pas que ce foit le vray Ajpalatus fécond ; mais 
pource qu'il eftoit ainû" appelle par aucuns il n'a pas voulu 
luy bailler vn autre nom, nefçachant fous mefmes quel 
nom les anciens en ont traitté , Si ce ne-fi , dit>il , le Scorptus 
de Theophrafte. C'eft vn Gène fi eftineux , ou pour le moins 
elle y retire fort. 



Lts mmù 



lit tjpeces. 

DodoB.liurc 

6.chap.;x. 

liu-iô.c.ifi'. 




Du Bouïs, » 



CHAT. XXII 




lafarme- 



Le Bonis. 



Lia. 16.C.30. 



Lime 3. de 
l'hUl.cb.ij. 
Liu.16.c14. 
Lt lit». 



E Bouïs fe nomme en Grec W|(S*«: 
en Latin Buxus , & Buxum : en Ita- 
lienS<>//â:enEfpagnol Box:en Bohê- 
me Pojfpamcn Anglois Burs:en Fla- 
mand Palmeboon : en Allemand 
Buxbaum. 11 y a deux fortes de 
Bouïs ; dont l'vn eft toujours bas, 
&: n'eft qu'vn arbrilleau : l'autre 
croift quelquefois à la hauteur d'vn 
arbre. On en treuue de trois fortes, félon Pline : Le Gaulois 
qui croift le plus haut, &: en pyramide ; l'autre qui eft appel- 
lé Oleofire: ou Oliuierfauuage, a vne odeur fafcheufe , &: ne 
vaut rien pour quelque choie que ce Toit. Le tiers que nous 
appelions Bouïs d'Italie , & Bouïs fauuage appriuoifé , com- 
ie croy.il s'efpand plus que les autres,& en fait on des hayes 
bien efpefles. Il eft touliours vert, & fe peut tondre. C'eft 
merueille que Pline appelle icy la féconde efpece de Bouïs 
Oleafire, ou Oliuier fauuage. Surquoy Dalechamp eftime que Pline , ou fon efcriuain qui eftoitfon 
affranchy, fe font trompez en ce mot d'oleafire. Car ayant treuué en quelque autheur Grec, que la 
féconde efpece de Bouïs «tyg/ev oAcv «i/af , c'eft à dire , ejloit toute fauuage^ & que fon bois ne feruoit 
à rien, comme celuy de la première efpece, & qu'il ne valloit rien pour faire des hayes comme celuy 
de la troifiefme , mefmes qu'il eftoit puant , il s'eft abusé en lifant ay^J.ihouov wu], qu'il s'appelloit 
Oleafire. Le Bouïs eft vn arbre qui a le tronc gros,maiiif,dur,&: fort. Il iette plufieurs branches com- 
me les autres arbrcs,dures & folides,bien couuertes de fueil- 
les femblables à celles du Myrte ; mais plus petites &c plus ef- 
petfeSjà demy rondes,dutout vertes,& qui ne tombent point. 
Sa fleur eft de couleur d'herbe. Son fruid aufommeteft mi- 
party en quatre pointes, de la groflfeur d'vn poix riche. Sa fe- 
mence eft rougeafttejltaye de tous animaux,laquelle Pline ef- 
crit fans raifon qu'elle eft appellée Crategon : car pource que 
Theophrafte traitte du Crategon incontinet après auoir trait- 
té du Bouïs, Pline meflant vn traitté aucc l'autre , dit que le 
Bouïs porte vne graine appellée Crategon.Ez ce qu'il adioufte 
eft encor plus hors de raifon , quand il dit du Bouïs ce que 
Theophrafte dit de l'Yeufe , à fçauoir que du cofté deuers le 
Septentrion il porte le Guy , Se du cofté de Midy l'Hiphear. 
La troifiefme efpece du Boiiis eft vn arbrifleau , qui le plus 
forment iette fes branches dés la racine , & quelquefois d'vn 
petit tronc deçà & delà. Sqs fueilles ne font pas 11 verdes 
que de l'autre , &; plus petites. Quant au refte il eft du tout 
femblable aux autres deux efpeces. Selon Theophrafte le 
Bouïs n'eft pas fort haut , & a la fucille comme le Myrte: 
Pline dit qu'elle eft creufe. Il aime les montagnes , &: ne 
croift pas volontiers en la plaine. Il y en a force aux monts 
Pyrénées , & au mont Cytorius , &: au montBerecynthus. 
Il croift fort gros en l'Ifle de Corfeque , qui a la fleur aiTez 
belle, ou comme les autres lifent , que les Abeilles ne mef- 
prifent pas î d'où vient que le miel qu'elles font eft amer. 
Il n'y a point d'animal qui mange de fa graine. Le Boiiis 
du monc Olympe de Macédoine eft graile & petit. Il aime 

ks 




DuBouïs. Chap.XXII. 139 

les lieux froids, & expofez au folcil. H eft quafi aufli mal-aisé à brufler que le fer, & ne faimy nam- uu.tu.iH 
me, ny charbon . Pline a prins ces mots de Theophrafte, qui en eferit ainfi : Le 'Bouts croift en lieux Liu^ ,. & ^ 
froids & affres : car Us monts Cytoriens t ou il y en a abondance, font tels. Le mont Olympe aujp de Ma* 
cedoine eftfroidy là oit il en croijl ; mais il eft petit. Or les plus grands é'plus beaux croisent en Corje* 
gue.Carilsy croiffent plus gros & grands $u en aucun autre lieu.Jujfi le miel qu'on fait là ejl mal-plat* 
fantfentantle Bouts combien qù il s'y en fait en grande quantité. Pline àk^ue le Bouts de Corfegueejt 
fort gros , ayant la fleur qui n'eft pas a meftrifer , & que c'eft la caufe pourquoy le miel y eft amer. Et 
Theophrafte dit, que le rBouis eft firt gros en Corfegue,ejr que le miel qui fe fait là eft mal fiai faut à 
canfe quilfent le 'Bouts. Les Poètes ont bien aulfi parlé du Bouts du mont Çytorius : car Catulle ap- 
pelle celle montagne là por te- Bouts ; Se Virgile aufli difant : tîute u dj| 

Et le Bouïs ondoyant de loing il fait bon voir Georg. 

i^Au mont Q/torien. 
Le Bouïs fleurit au mois de Fcurier & de Mars. Sa femence eu: meure en Septembre en d'aucuns te Splla* 
lieux. Le gouft des fueilles du Bouïs monftre ouuertement, dit Dodon , qu'elles font chaudes , fe- mmt * ltt 
ches & aftringeantes. Fuchfc en dit de mefme, adiouftant que les modernes difent, que la fubftan- Liu.dc l'hift, 
ce du Bouïs eft tempérée ; mais que cela n'eft pas vray-femblable , pour plufieurs raifons ; toutefois d " Plant , 
qu'il eft aftringeant &: deficcatif. Pource que le Bouts eft toufiours vert il eft propre pour faire des piinïîiïfié; 
ouurages de verdure aux iardins : car on le peut bien tondre. Mais fur tout fon bois eft en efttme, cl w-*6- 
qui n'eft pas fouuent madré, &: meimes s'il l'eft ce n'eft qu'en la racine» Toutefois il eft plein, & ne roSea? 
retentit point, &c eft en prix pource qu'il eft dur &: iaunaftre. Et en vn autre partage le mefme Pline c ha -P-4°. 
dit, Les plus majfifs ejr pt fins de tous les bois, font fEbene é" le Bouts, qui font gr aile s ( ou qui eft grai- S^p.^ 4 
le de nature , ) à fin que cela foit dit feulement du 'Bouts. Ne l'vn ne l'autre ne nage fur Veau , ny le 
Liège aufli, eftant efeorcé, ny la Meleze.Le Bouïs ne fe pourritpoint. A prefent on ne fert du Bonis^ ^/w 
finon à faire des pignes, &c des aixicux de charrettes , èc les manches des charrues. On en fait awffi 
des fleutes Ôc fifflets, qui ont des petits trous ronds,fur lefquels on met lesdoigts,& puis on les ofte> 
pour faire tel accord que l'on veut auec la fleure. On en fait auflî des boettes , qui font appellées 
Pixides en Latin,du mot Grec «™|«§K qui fignifie Bouts. On ne fe fert point du Bouïs en Médecine, 
fi non que l'on fait de la lexiue auec Ces feieures pour faire les cheueux blonds. Aucuns difent que la 
feieure du Bouts prinfe en breuuage guérit le flux de ventre.ll y a mefmes des modes qui difent que te Bouïsti'ejt 
noftre Bouïs n'eft autre chofe que le Gayac des Indes,pource que l'on a veu par expérience des gens kG*y»c. 
qui ont efté bien guéris de la verolle par la deco&ion du Bouïs. Mais Matthiol contredit à cefte Diokou 
Opinion. Car, dit-il, combien qu'il foit vray que le Bouïs a cefte vertu , il ne s'enfuit pas pour cela ch»p.»*. 
que le Bouïs & le Gayac des Indes foitvne mefme chofe : car le bois du Gayac eft gras , refîneuxj 
& noir au dedans, quafi comme l'Ebene, amer, & acre. Or il eft certain que le Bouïs fec n'a pas vne 
de ces qualitez. Dauantage le Gayac, ( au tefmoignage de ceux qui l'ont veu en Indie) a les fueilles 
comme le Plantin, plus courtes, plus grofTcs , & plus dures ; les fleurs iaunes , le fruid gros comme 
vne noix. Mais le Bouts a les fueilles comme le Myrte, & plus courtes ; la fleur verte, fon fruicl n'eft 
ïamaisplus gros que celuy du Myrte. Il eft fort dangereux pour le ccrueau de dormir fous ceft ar- 
bre, d'autant qu'il a vne odeur du tout ennemie de nature. On dit qu vn ferpent qui aura efté blefle 
eft incontinent guery , s'il peut manger de la racine du 'Bouts. Les-Allemans font conduire en leur? 
païs vne grande quantité de racines de Bouys madrées,qu'ils prennent aux quartiers de Languedoc 
qui confinent auec l'Efpagne, fingulierement aux monts Pyrénées , aux enuirons delà ville de Li- 
mons non pas fort loing de Carcaftbnne : defquclles ils font des cueilliers , des manches de cou- 
fteaux.-des efchets, & des petits marmoufets, principalement ceux qui demeurent à fainet Claude 
au mont Iura. Et combien que reéenans le vieil nom ils appellent lefdites racines Broucin fans y faire 
différence , fi eft ce que l'on y peut aifément remarquer comme aux bofles de l'Erable , ce que les 
anciens appel!oientiîr»/fw, ou Molufctu, qui ont leurs veines ou Amplement eftenduès , ou entor- 
tillées. Les Bûcherons aufli du mont Iura gardent éncor le mot Grec Aâorev , duquel Theophrafte a 
vfé appellans Louchon les quartiers de Sapin , Se de Pece , qui font fort blancs , & aifez à fendre à 
çaufe qu'ils ont leurs veines droites, &; font fans neuds , & propres pour mettre en ceuure , comme Fuchf! ans 
il a efté défia cy-deflus.Les Auuergnats appellent les grolfes branches de quelque arbre que ce foit, me ' ieu * 
Lujfe. 

Dit Geneft , ou Sp union de Diofcoride, ^ des Grecs, 

CH AV. XXI IL 

E s autheurs font en grande difpute touchant le Spartion , le Geneft , le Spartion ejr le Ztsnms ' 
Tonc. Hermolaus & Marcellus eftimentque Diofcoride traittant du Spartion a entendu Liu.i.ch.84. 
la Geneîte , &; non pas le Geneft d'Eftagne. Ruel qui autrementfuit le plus fouucntleur 
1 opinion, dit que ceux là fe trompent, qui eftiment que la Geneîte , &z le Sparticnfoit vne 
mefme chofe. Amatus de Portugal , & Andréas Lacuna font du mefme aduis que Hermolaus 8c 

M 4 Marcellus, 







140 Liure ï ï. de l'Hiftoire des Plantes, 



tfw&c •'*. Marc ellus. Matthiol a efte quelque temps de mefme opinion. " En fin changeant d aduis il dit, 
que le Spartion de Diofcoride &. le Genefi d'Efiagne , font vne menue planté , qui eft différente 
Liu.de rbift. d aucc ic Gen€ fi commun. . Fuch fe & Tragus prennent pour la Gène fie celle que nous nommerons 
dcsPi an: . 6 cy après Genefie quarrée : frais Fuchfe entend en nommant fon Spartion la plante que Matthiol 
L l'hift. du f ufll nom me ty*r//o». Mais Tragus prend l'herbe à iaunir , donc nous traitterons cy- après , pour 
fW.csj. te Spartion. Dodon a traitté fous le nom de Genefi d'Efiagne , du Sparton , qui croift en Efpagne 
& en Languedoc , & donne le pourtrait de celle plante , que Fuchfe & Matthiol ont peint pour le 
Spartion, Et qh vne autre hiftoire; Le Sparton , dit-il , ri eft pas ce que l'on appelle Genefie, qui croift 
en Italie , oh ailleur : mais c eft vne autre plante qui croift en Efiagne , qui retire aucunement a la 
Genefie djtalie , en ce quelle avne infinité de verges longues & minces : mais elle n'a f oint defueil- 
les , ou pour le moins fort peu , & qui font fort petites , & ne porte pas des goujfes comme la Genefie, ou 
quelque autre graine : mais des petites lobes, c'eft à dire, de petites telles ferrées de tout cofie\, rondes 
& vnpeu longuettes, & blanche afir es, ayant la figure & la groffeur & couleur, d" vne petite feue, blan- 
che ,dans lesquelles il y a vn grain noir ou deux , vnpeu plat , retirant au grain d'vne veffe fauuage. 
Voilà ce qu'il en dit,cobien qu'il femble qu'il fe contredit à foy-mcfme en la defeription du Genefi. 
~ Car nommât toufiours le Genefi d'Efiagne,Sparton,&c non Spartion,\\ dit vne fois qu'il croift en Efpa- 
gne & Languedoc , & puis que celuy d'Efpagne eft différant d'auec celuy d'Italie : au lieu que la 
Genefie d'tfiagne & djtalie eftvne mefme chofe ; & qu'Amatus Portugais & André Lacunan'y 
mettent point de différence. Or ne peut pas dire , que nommant le Spartion , ou Genefi d'Efiagne 
il ait entendu le Spart on , ou Genefie d'Efiagne. Car il en traitte à part en vn autre paflage fuiuailt 
l'opinion de Pline. Cordus eferit , que le Sparton s'appelle en Latin Geni/la, & qu'il y en a de deux 
fortes 5 de l'vne defquelles ou fait des cordages & des cabats , pour garder les Raifins de paffe ,8c 
les figues en Efpagne , laque' le les anciens ont nommé Sparton. Mais que l'autre n'a pas fes ver- 
ges fi foupplcs.que l'on s'en puilîe feruir comme de la précédente. Et en vn autrelieu il a mis le 
pourtrait & la defeription d'vne Genefie qui eft comme vn Ionc , qui eft la mefme qite Fuchfe &c 
Sur le 4 . lia. Matthiol appellent Sparton ; & la font différente d'auec le Genefi. Toutefois il ne fe faut pas esbaïr, 
Uofc.c.ijg. -fi les autheurs modernes en font ainfi en différent , puis que Pline mefmes doute , fi la Genefie eft 
E le Sparton des anciens , dont ils fâifoient des filets pour pefcher. Cômarius veut que la Genefie 

ht 4.' de 7 ' foit ^ s P* rtio » de Diofcoride , d'autant que Pline luy attribue les mefines vertus que fait Diofco- 
Diofcor. ride à fon Spartion ; & ne fait point de doute , comme Pline , que la Genefie ne foit le Sparton des 
Grecs : toutefois il entend de celle d'Efpagne , qui eftoit rare en Grèce , & dont ceux d'Afie fe fer- 
uoient pour faire les cordages de leurs filets ; ce qu'on ne fçauroit faire du Genefi commun. Dont 
il appert que Cômarius met différence entre le Genefi d'Efiagne , ôc celuy duquel on fait les cor- 
dages pour pefcher,qui eft peut eftre noftre Genefi quarré: & qu"il y a deux fortes de Spartion, dont 
5° *' d£ ^ ^ a .S ranc * e abon ^ anc e de l'vne en Espagne ; & l'autre qui eft celle que Diofcoride appelle Sparton, 
1 d 3 4- & pii ne Genifia. Sur cefte diueriité d'opinions s'il m'eft permrô d'en dire mon aduis , i'eftime qu'il 
eft plus feur de fuiure l'opinion de ceux qui difent , que le éfiarton de Diofcoride , & des Grecs 
&. la Genefie ; & que le Spartion eft vn Ionc d'Efpagne. Car il eft bien aifé de réfuter les raifons que 
Ruel & Matthiol allèguent. La première eft , que le Spartion de Diofcoride eft vne plante qui n'a 
point de fueilles , au lieu que la Genefie en a force. L'autre , que le Spartion porte vne fleur fem- 
blable à celle du Violier blanc , & la Genefie fait la fleur iaune , comme celle des Pois. Car Dio- 
fcoride deferit le Spartion qui eft défia grand & porte des fleurs , eftant défia vieil , auquel temps il 
n'a point de fueilles , ayant obmis de le deferire tel qu'il eft eftant ieune , & lors qu'il iette premiè- 
rement fes branches : car en ce temps là il a des petites fueilles. En cefte mefme forte il dit , que 
iiu. 3 .c 3 i. le Diclam n'a ny fleur ny femence, & que la chamejycenc fleurit point. Que fi cela eftoit vray, les 
1U.4.C.164. pontés que nous recelions pour le Ditfam , & chamefycé ne feroient pas vrayes. Parquoy il ne 
s enfuit pas , que d'autant que le Spartion eftant grand n'a point de fueiilcs , que pour cela il ne foie 
pas la Genefie , pource qu elle a des fueilles eftant ieune. Quant à ce qu'ils difent de la fleur , cela 
ne veut rien dire : car Diofcoride ne compare pas la figure des fleurs l'vne à l'autre ; mais feulement 
LU. j cru. la couleur. Car il dit ailleurs , qu'il y a des Violiers qui ont la fleur blanche , les autres iaune , &c. 
Cefte plante donc s'appelle Spartion , d'autant qu'elle fert de lien pour lier les vignes , comme le 
cnrdçT®*, qui eft vne efpece de Ionc. Elle s'appelle aufïi Genifia, peut eftre à caufe qu'elle fe plie 
aiférnent comme fait le genouil ; ou bien pource qu'elle guérit la douleur des genoux '■> ou bien 
Iwom?* 9 ' comme quelques vns eftiment , pource qu elle croift aiférnent, &c bienfoudain de fa femence. Les 
François l'appellent Genefi, &: celle qui eft plantée aux iardins Ge ne fi d'Efpagne , eu de Florence. 
la forme Auiourd'huy par toute la Grèce où ils n'ont point de ce Sparton , qui eft vne efpece de Ionc , ils l'ap- 
a f omt pellent w^ : les Italiens l'appellent Genefira : les Efpagnols Genefira, Giefia, & Giefieira. Ce 
Genefi icy, ou le Spartion de Diofcoride & des Grecs , eft vn arbiffeau avant des branches qui 
portent plufieurs verges longues > droites , rondes , fans fueilles , qui refembîent au Ioncs , & font 
de? riantes' ^ crmes » m.il-aifées à rompre. Au dehors ce n'eft qu'vne efeorce fouple &: nerueufe bien verte. 
cbap. 4 .j. Au dedans elles font creufes , fpongieufes & blanches, refemblans du tout au Ionc. Quant aux 

fueilles. 



Du Geneft. 

I a Genefle > ou Spartion de Diofcorïde. 



Chap.XXIH. 141 

La Genefte, oh Sfarùonde Matthiol 





fueilles , qui voudrafy prendre garde feigneufernerit , il s'spperceura qu'il y en a d affez largettes, 
aiguës aux deux bouts 5 mais peu,& qui fortes vne à vne par interuaîles,non pas trois à trois comme 
au Gène fi commun &. quarre,éc dont on fait les balais 5 & ce feulement aux verges tendres, &: qui ne 
font que fortir : car tant plus la plante fe fliit grande , tant moins elle a de fueilles , &: plus eftroites. 
Aux lieux chauds elles font lî petites , qu'eftant fechées il femble aduis qu'il n'y en ait point eu du 
tout. Aux vieilles plantes qui font des-ja grandes,&: portent des gomTés,les petites branches & les 
verges n'ont point du tout de fueilles. Ses fkurS font iaunes comme celles du Violieriaune, re^- 
femblans quant à la terme aux fleurs des pois , après lefquelles il vient tout autant de gorilles , v« 
peu plus longues, que celles du Geneft qùarre; mais plus eftroites , dans lefquelles il y a vne graine 
platte,qui refemble à vne lentille. Ceite femence croift comme les Phafïols, & eft du tout fembla- 
ble à celle du Genefi quarre'. L'efcorce du tronc, des branches, & de la racine a le mcfme gouft que 
le Genefi quarre', comme auffi la femence. Toutes fes parties toutefois font plus débiles, quant au 
gouft &: à la fenteur > mais le bout des Verges &: les iettbns tendres n'ont point.de mauuaife fen- 
ceur, qui face mal au cœur , &: mefmes ne font pas ameres ; ains ont vn gouft fade comme le Ionc. ^, are ± ^ 
Mefuë la deferit ainfï en moins de paroles : Le Sfartion que les Latins appellent Genifta, eflvn arbre met. purg. 
croijfant aux montagnes, les branches duquel portent plufieurs verges, droites, foupples, é* mal-aifées cha P 1 ?- 
à rompre, dont on lie les vignes , & autres chofes. Ses fleurs font iaunes , en forme de lune. Ses geuffes ,. , 
font comme celles des Phafiols, dans lefquelles y a la femence qui femble vne lentille, & feparée l'vne Diofcor* 
d'auec l'autre. En quoy Matthiol dit, que Mefuè" n'a pas bien pris garde à la femence de la Gène fie, Cdl ^ i " * 
d'autant qu'elle refemble plus à vn Ers ,ou Veffe, qu'à vne Lentille. Mais il fe faudrait pluftoft 
efmeruefller de la nonchalance de Matthiol , qui an" légèrement confîderé la femence du Genefi^ 
qui eft iî commun en Italie , qu'il la compare à vn Ers , ou Veffe > au lieu qu'elle eft platte comme 
vne Lentille,felon l'opinion mefmes de Fuchfe, Ruel, &: Dodon, fmon qu'en parlant de la femence 
il entende les gonfles : car celles de ce Genefi icy font plus femblables à celles des Ers , ou Veffes, 
qu'à celles des Lentilles. La Genefie croift en Italie , & en Languedoc en des lieux fecs , & en Ç\ Lel,eff * 
grande abondance, que les paffans prennent grand plaifir d'en voir les collines fî bien parées au 
mois de May, & de Iuin, lors qu'elle eft fleurie, fi bien qu'on diroit qu'elles font couuertes d'or. En 
plufieurs autres lieux elle ne croift pas partout; mais on la plante aux iardins. Sa femence eft 
meure au mois d'Aouft &: en Septembre. Or fon gouft , &: fa vertu monftrent quelle eft chaude Le temps. 
& feche. Ses fleurs félon Diofcoride , purgent merueilleufement par le defîus , en faifant vomir, Eodon & aus 
ainfî que l'Ellébore, &: fans danger, comme auffi la femence prinfe au poids de deux fcrupules & de meUieu. 
my en eau miellée. La graine pu rge par le bas ; le ius tiré des branches trempées en eau , & puis pi- ^jKJf 
lées eft bon pour la feiatique , &: poiit la fquinancie , fi on en boit à ieun douze dragmes , &: quatre vertus. 
fcrupules. Aucuns aiment mieux les tremper en eau marine , & faire des clyfteres du ius pour la i-»»-4-«-»i* 

feiatique, 



Embl.i 37. 
Liu. 4. de 
tiofcor, 
PHn.liu.14. 
cbap.?. 



liu.i£.c.i.' 

Msttuiolau 
eu. 

Ad rneflicu 
Liu.z4.c9. 



Jiiad.'. 
AimeP.lieu. 
Le tempéra- 
ment. 



tîure 8. des 
fimpl. 

Liu.7. Pli». ' 
Im.i4.c9. 

Genejt d'E- 



142 Liure II.de FHiftoire des Plantes, 

fciadquejefquels toutefois raclent les boyaux iufques aux fang. Ces derniers mots font ainfi expri- 
mez au texte Grec, Aucuns les mettent tremper en eau{alée , ou manne , & en font des elyfteres pour 
la /étatique, car il attire vne. humeurftmglante & comme des racleurcs de boyaux. Pline eftanten 
doute du commencement, fi cefte Genefte eftoit le Spartion des Grecs,cn luy attribuant tout ce que 
L/ioiconde dit de fon Spartion,^ fin die aiîeurément,que c'eft vne mefme chofe,comme €or»âmis 
a bien remarque : Lajemence , dit-il, qui croiji en des gonfles {emblables À celles des Phaftols , purge 
corne l Elle bore, prwfi en breuuage À icun au poids dvne dragme & demie enftx onces d'eau mie liée. Le s 
br ^^trempées auec les {ueillesenvinaigrep 

qui ejt bon pour la {étatique ft on en boit vne once & demie. Aucuns ayment mieux le tremper en eau de 
mer & en {aire des clyjleres. Eny adiouftant de l'huile il eft bon pour oindre les {étatiques. Quelques 
vns dijent que la racine {ert a ceux qui nepeuuet vriner que goutte a goutte. Le Gène fi pilé & incorporé 
en otngr guent la douleur des genoux. Outre plus,ce qu'il cfcrit,que l'on fait des liens du Geneft , & 
qu en Me on en fait des cordes , qui font fort bonnes pour les rets des pefcheurs, d'autant qu'elles 
durent long-temps 4 après l'auoir laifle tremper dix iours : cela doit eftre entendu de noftre Genefte-. 
car on s'en ferc en Italie en lieu d'Ofiers pour lier les vignes : & la mec , on naifer en 1 eau commele 
Chanurc, puis après on en fait des cordes, &: des groffes toiles bonnes pour faire des lacs. Or Cor- 
narius voyant que cela ne pouuoit eftre entendu du Geneft quarré ', a forgé vne certaine efpece de 
Geneft dEflagne. Pline eft aufli en doute, aiîauoir-mon fi Homère entend parler du Genefl, quand il 
dit Nauiumftarta difloluta ; les (partes des natures rompus : mais puis après il monftre affez que cela 
ne fçauroit eftre entendu ny du Genefl, ny du Spartion des Grecs, ny du Genefl d'Eflagne : & com- 
bien que les nauires fuifent coufuës , ils fe feruoienc de Lin , & non pas de Genefl : car en vn autre 
pafîageil dit, que les plus dodes eftiment, que les cordages des nauires dont Homère fait mention, 
eftoient de Lin ; d'autant que par le mot Sparta il a voulu entendre des choies fêmées , comme le 
Chanure, & l'eftouppe. Il y a ainfî au vers d'Homère, 

K aj Jq JSfji. tris-rin-t veôov , ^ ojrdpTct, hihuvrcm. 
L interprète dit , que Sparta c'eft à dire œraprU t o-frivî* ; les cordages, & cables. Selon Mefuë la Ge- 
nefte eft chaude& feche au fécond degré : la femence eft plus chaude.Les fleurs & les branches ont 
vne humidité inciiiue ; maïs excrementeufe : pour cefte ca'ufe elles font vomir. Mefmes toutes 
les parties de cefte plante troublent le corps , & l'efmcuuent eftans aufli incifiues , &c fubtiliatiues. 
Elle purge auec grande force le phlegme,&: les humeurs des iointures par vomiflement ' & par 
deilous. Elle nettoyé les reins de toute forte d'excréments , prouoque merueilleufement 1 vrine, 
& rompt la pierre aux reins , & mefmes en la veflie , & ne permet pas que la matière dont s'engen- 
dre la pierre s'y efpeflifle , Se s'endurcifle. Ses fleurs prinfes auec du miel rofat, ou auec vn œuf; 
gucriiïent les efcrouélles. On en fait de l'Oxymel , & mefme de la femence , qui guérit l'enfleure 

de la. râtelle. Si l'on en prend fouuent pour vomir , cela eft 
fort bon pour la feiatique , pour la goutte des pieds , &: la 
douleur des reins. Elles nuifent à l'eftomach , &: au cœur. 
Pour cefte caufe Philagrius ordonne de les prendre auec 
miel pour les empefeher de nuire à ces parties là ; ou bien 
auec des Rofes, & du Maftic, pour la mefme raifon. Il faut 
prendre la femence auec d'eau de miel. La graine auflî de 
l'Anis &: du Fenouil , ou du Daucus corrige cefte nuifance. 
La fleur n'endure pas d'eftre longuement cuite ; mais la fe- 
mence l'endure mieux- On donne des fleurs de deux iufques 
a cinq dragmes , &: de la femence de deux iufques à quatre 
dragmes. Galien dit en bref les qualités de la Genefte : La 
graine , dit-il, de la Genefte , de laquelle nous lions les vignes^ 
& le {uc de {es verge s, ont vne vertu firt attracliue. Paulus 
en dit les mefmes chofes que Diofcoridq. Les Abeilles font 
fort friandes des fleurs du Geneft , parquoy il eft bon d'en 
planter autour des ruches: mefmes les anciens en taifoient 
des guirlandes. Nous auoiis icy adioufté deuxnouuelles 
fortes de Genefte , que l'Efclufe dit auoir veu en Efpagne, 
defquelles il n'y a autre que luy qui en aiteferit iufques à pre- 
fent. La pt emiere a le plus fouuent fon tronc dVne coudée 
de haur, gros comme le pouce ; l'efcorce afpre & rayée ; &c 
iette plusieurs branches longues d'vne coudée, vertes & ra- 
yées. De celles - cy il en fort des verges qui femblent de 
Ioncs , &; font aufli vertes &: rayées , &: du commencement 
lors qu'elles pouffent , elles ont^quelques fueilles , qui tom- 
bent fi toft que la plante commence, à fleurir tellement qu'il 



Genefte d'Effagne de l'Efiuft. 




DCA 



DelaGenefte. Chap.XXIV. 143 

tellement qu'il n'en demeure point du tout fur toute la plante. Deçà &: delà des Verges il fort des 
queues , aufquelles font attachées quelques petites fleurs , qui refemblent à celles de la Reglifld 
commune, &■ au Tréfile des priez ; &c font iaunes, fans aucune fenteur 3 puis après il y vient des pe* 
tites gouffes cartilagineufes , & vn peu rondes de couleur de iaunc-roux , dans lefquelles il n'y a lç 
plus fouuentqu'vn grain, 6c bien rarement deux. Il eft dur, noir, fait comme vn petit roignon, qui 
fonne dans fa goufîe quand on la fecouë. La racine eft dure comme de bois. L'autre Gènette eft 
quaii femblable à cefte-cy ; mais beaucoup plus grande : car il s'en treuue de la hauteur d ? vn honv 

Autre Genefie d'Eïfagne Genefie fans fueille s tsjineufe i ayant au bout 

de l'Efclufî. des tefies cotonnêes comme le lonc. 

/? 





me. Ses verges font plus minces que celles de la précédente, pins fouples, Se qui fe plient plus aife- 
ment. Sa fleur eft vn peu plus grande & toute blanche. Ses gouffes font comme celles de la prece- z L e J^ tt 
dente : mais plus petite^, comme aufïï la graine qui eft dedans. La première croift en diuers endroits 
de l'vne & l'autre Caftille , en lieu fablonneux , & fleurit au mois de May. Sa femence éft meure en 
Iuin. L'autre croift en Calis, &: lieux circonuoiiîns qui ne font pas elloignez de f air de la marine, en 
lieux fablonneux & fterile. Elle fleurit au mois de Feurier. Pena donne le pourtrait &: la defcriptioiî 
d'vnc autre Gène 'fte fansfucilles, qui iette par le pied des efpines comme des Ioncs , qui ont au font- 
met vne tefte cottonnée. C'eft vne plante rare, croiffant aux pentes des Alpes de la MagdeJaine en 
Prouence j & eft vn petit arbrifleau iettant deçà & delà fes furjeons comme ceux de là Genefie , ra^ 
yez, de couleur de Bouïs,pleins de bois, de la longueur d'vn pied & demy ou enuiron. Sa racine eft 
comme celle delà Dregante, mais plus longue. Elle n'a point de fueilles , mais plufieurs aiguillons 
foides en façon de loncs, crochus feulement au haut bout , qui ont tous au fonimet des petits bou- 
tons de cotton entafte, femblables aux petits bourjeons de vigne , «lais plus petits , & d'vne mefme 
coulcur,-les vns vn peu longuets & recourbez 5 les autres plus courts , ayans quelque amertume au 
bout auec vne faculté deiiccatiue &c aftringeante. Elle n'a ny fueille ny fleur , au moins que l'on aie 
peu remarquer. 

De la Genefie à plufieurs coins > ou Genefie commune^ 

CM A P. XXIV, 

E.s t E efpece de Geneîie n'eft pa* celle que les anciens ont appelle Genefie : &: combien ^f 'rkm ^' 

1 en fait la defeription fous le nom de Genefie, ehap.7^.' 




que Dodon l'ait ainfi eftimé, neantmoins : 

côme aufli Fuchfe a fait. Cordus 1 appelle Genesle àplufievrscows y zdiouftant le pourtrait }^ n 3 :ch d " , 
du Cham^artion-fiVifetît Genefi de Tragus. On l'appelle en François Genefie Genefe : en Italien Les »». 

Genefirdi 



■Laform*. 



Gène fie à plttjîeurs coins , oh 
commune. 



Le lieu. 

Dodon 
liu.é.c.é. 

Le tempéra- 
ment & Us 
vota ■ 



1 44 Dure ï ï. de FHiftoire des Plantes, 

Gencfirr,: en Efpagilô! Geneftr* Giejl^U Giefim : en Allemand Gmfi, & Gcinfi, rfrin, Se Pfrimmen. 
Celle plante a des branches qui iettent pluficurs verges , longues > grailcs comme de Ioncs \ Se qui 
ontplufieurs coins, couuertes dvneefcorce du tout verte , droites , fouples , Se qui k pioyent arîe- 
ment, mal-aifées à rompre, Se forf:éfprtflcS, en façon de ramafle , aufquelles il y a de petitesfueilles 
longuettes, & aiguo aux deux bouts, qui fortent quafi toujours trois a trois. Toutes les verges font 

garnies de fleurs au printemps , qui refemblcnt quant à la 
figure à celles des pois, & font fortiaunes, defquelles il fort 
autant de gouiTes,petites, qui du comencement font afprcs, 
& plattes. Lors qu'elles font meures elles font noiresda grai- 
ne qui eft au dedans eft brune, fcmblablc à vne lentillcimais 
plus petite Se allez dure. Elle â plufieurs racines nerueufes, 
fouples, mail-aifées à rompre,& iaunes. Toute la plante fent 
mal,quafi comme le Sureau.L'efcorce du tronc Se des bran- 
ches,comme au (fi les fueilles,les veiges,les fleursjafemence 
. Se les racines ont vn gouft amcr,qui fait prendre enuie de vo- 
mir,comme tous autres médicaments purgatifs. Elle perd fes 
fueilles fur la fin de l'automne:&: neantmoins fes verges font 
j toufiours verdes, mefmes au milieu de l'hyucr, & délions la 
f nege. Elle croift aux montagnes & lieux afpres,&; auili en la 
l plaine. Il y en a force fur les montagnes d'Auuergne Se par- 
1 my la Brelîe, Elle eft chaude Se feche quafi au troifiéfme de- 
gré, detergeante Se de fubtiles parties. La deco&ion de fes 
, fueilles, Se du bout de fes branches cuites en vin ou eau , eft 
s fort bonne pour les hydropiques , & à tous ceux qui ont le 
foye, la râtelle, les reins, &: la veille oppilez ; d'autant qu'elle 
purge par delTous,& par les vrines, les humeurs aqueufes,&: 
les autres fuperfluitez. La femence a la mefme vertu , fi on 
en prend au poids d'vne dragme. Il eft bon d'en méfier par- 
my les medicamens qui font vriner,& quirompent la pierre: 
car par fa fubtilité elle accroift leur vertu. Les fleurs pilées 
auec de l'oint, & appliquées appaifent la douleur des gout- 
tes. En fomme Dodon dit , que celle Gène fie a les mefmes 
t vertus, que le Spart ion de Diofcoride. 




Petit Geneftr 



Les noms., 



Dodon 
liu.é.c.6. 

L-a forme. 



Le lieu. 
luchC c.Sz, 
Dodoa an 
meUieu. 
£« tempéra- 
ment & Itf 
vertus. 





CHAF. XXV. 

Cavse que cefte plante refemble 
fort à la GeneHe,àe laquelle nous ve- 
nons de parler, les Simpliciftes mo- 
dernes l'ont nomé Genisiella, pour- 
ce qu'elle eft plus petite Se moindre. 
On l'appelle en François petite Ge- 
M» nette, ou petit Gène H : en Allemand 
Erdpfrymmen ,. Se Stechenâe GinlL 
C'eft vne petite plante qui iette plu- 
fieurs verges,grailes,& pleines de bois:du comencement lors 
qu'elles font encor tedres,elles font garnies de fueilles vertes, 
& d'efpincsfoibles,& qui ne font pas fort piquâtesjmais après 
qu'elles ont vn an,elles n'ont corne point defueilles,& leurs 
efpines font fermes Se bien piquâtes. Entre les fueilles il lort 
des fleurs iaunes corne celles de la Geneïte , dont nous auons 
parlé au précèdent chapitre;mais moindres,& plus pâlies. Sa 
graine eft enclofe en des petites goufles,& eft ronde Se touffe. 
Sa racine eft fouple , Se iaunaftre. Elle croift es lieux qui ne 
font pas cultiuez,& enterre fabloneufe, Se près des chemins. 
Elle fleurit au mois de May Se de Iuin. Elle a vne faculté 
aftringeante coniointe auec vne amertume/aufll elle deiïeche 
forr,fans acrimonie. La décoction de fes fueilles faite en vin 
ou eau arrefte les mois des femmes, fi elles en boiueiit, Se eft 
bonne aufll pour le flux de ventre. Parquoy ceux là faillent 
lourdement,qui en vfent au lieu de la Genefie, veu que leurs 

qualité z 




Du Geneft de l'Elue. Chap.XXVÏÏ, 1 45 

qualité? fon du tout diffcrentes.Lc/»**/* Geneft , dit Ruel , a la couleur & la fueille quafi comme L - u IÇ 
le Rofmarin : la fleur iauwe , la graine roufTe , laquelle on diteftre contraire aux ferpens. La de* 
codion auiîi de la fueille eft propre pour arrefter les mois des femmes , & aufli le flux de ventre, 
û on en boit. Aucuns eftiment que ce foit ccfte plante qu'on appelle en François Rofmarin piquant, 
ou pluftoft /**>**«», qui a la fueille comme le Rofmarin , mais ferme & piquante , dont les fleurs 
font le miel mauuais , & les abeilles en mangent. Elle croift en lieux fab lonneux près des chemins, 
& a la fleur de couleur de miel. Nousl'auons nommée cy deffus Scorpim fecdnd èc Vlice. En Bre- 
tagne où il y en a grande abondance parmy les forefts&: 
bocages , ils l'appellent des lans comme il a elle dit cy 
dcuant. 



Du plus petit Geneft \ou moindre de tous y 
CHAP. XXVL 

E t t e plante s'appelle Geneîfe l* *oms. 
moindre , à caufe qu'elle a la tige 
petite ,&: femble les autres Gène- uUm. 
/tes.Ellc croift en des lieux fablon- 
neux, &: fur des mottes pierrcufes, 
le long de la riuiere Dain fur le 
chemin qui va de Lyon le Saunier 
à Nozeret. Sa racine eft longue, 
grolîe, pleine de bois, mi-paitie en 
plusieurs autres petites, & noiraftre- Sa tige eft petite. Elle 
iette pltifieurs branches qui fontcftendues par deflus terre. 
Elle a beaucoup de fueilles , comme celle du Millepertuis, 
ou de la Rué' , mais moindres, blancheaftres , & velues. Sa 
fleur eft iaune comme celle delà Genefte, qui donne plaifir 
aux paffans à caufe de fa belle couleur, féru ant d'ornement 
à la terre, fur laquelle elle s'eftend. Son fr " ici: croift en des 
gouifes Elle a le mefme gouft que la Genefte. 

Du Geneft de l'Elue, CHAV. XXV IL 

"' E Geneft croift en vne Me de la mer de Tofca- Le ^fh 
J^Sj ne nommée Elb'a , ayant beaucoup de branches 
o 7 ^ iaunaftres menues, efpeffes , blanches-iauna- 
ftres , toutes femées de neuds , qui font comme 
autant deiointures. Ses fueilles font fort efpefles à l'entour 
des neuds, eftroites, courtes èc vnpeu afpres,qui enuiron- 
nent les neuds comme de rais. Il porte force fleurs iaunes 
au fommet des branches , qui.refemblent à celles des Pois 
ou des autres Geneftesîfon kwÇk eft auiTi femblable & mef- 
mes la goufle. Il a les mefmes facilitez que les autres Ge- 
nefts,combien qu'il eft différant quanta la figure. 

Du petit Geneft, ou fleur à teindre, 
CHAP. XXVIII. 

E peur que ceux qui eftudient en Dodonliute 
la connoiflance des Simples , ne I,c ap ' 4 
foient trompez par la fcmblan- 
ce des noms , ils ontàfçauoir, Lm.i.c.49. 
q u'on appelle en Latin FiostincJo- tm« ï. de 
ni4s vne plante qui s appelle aulii pi ant .c. +7 . 
HerbaLute* : & que Tragusap- &•*>%> 

., , ■ rt - 1 1 Liu.de Ihiit, 

, pelle FM ttnttortus la plante que ehap JIIe 
Fuchfe appelle After atticus. Comme aufli il appelle le ^^- 8 ' 
Cham&ftartion ftorem tinciorin faruum\petite fleur À teindre. " mr ' 
Or nous entendons de parler icy de la plante que Fuchfe 

N appelle 




Geneft de H/te d'Elue. 





Tom e premier. 



Au meflîcu. 
Via. i. ch.8. 



Liure I. de; 
Plant.d'Efp. 
clup.46. 



146 Liure IL de l'Hiftoire des Plantes, 

appelle Fios thclorius , laquelle Dodon appelle fente Genefte, ou petit Genefi. Fuchfc dit qu'il n'en: 
pas encor anoure, fi cefte herbe a efté cogneuë des anciens. Parquoy , dit-il , fuvuant le nom 
qu'elle a en la langue Allemande , nous l'appellerons Fios tinElorius , iufques à tant qu'il Te treuue 
vn nom plus afleure. Les Allenians l'appellent Gil bluom ou Streicb, ou Ferb blumen pource qu'on 
le fert de les fleurs a teindre les liures & quelques autres chofes. En François on l'appelle fleur à 
teindre; Se Herbe a tmmr,pbxirce qu'on en teint les draps de laine en couleur iaune. Tragus en bail- 
le la def cnption fous le nom de FeruU , ■& l'appelle auffi rhtpfi*, difant qu'aucuns l'appellent Fios 
tmftorms: Fleur éteindre. Cette Fleur donc À teindre eft fans doute vue efpece de Genefi , retirant 
aflez bien au Genefi commun , finon qu'elle ne croift pas fi haut ; mais rampe quafi toufiours deflus 
la terre, & a plufieurs branches qui fortent d'vne tige , grailes; & de couleur ver de, & font garnies 



Herbe à Jaunir, ou petit Gtnefi 




Genefi pour teindre, de l'Efclufe. 




te litu, 

Le temps. 

Tuchf& 
Dodon ait 
me£Jieu. 
Liure 1. ,J es 
Plant.d'Etp. 
chap. 4 é. 



Letemft. 



tout a l'entour de fueilles minces , vn peu plus longues & larges qu'au Genefi commun , refemblans 
affez bien au Genefi commun. Sa femence eft platte , dans des petites gouttes , de lagroffeur d'vne 
Lentille. Sa racine eft toute de bois. Cette plante félon Fuchfe croift aux lieux efleuez, & fecs, Sz 
en d aucuns prés. Dodon dit qu'elle croift en des cofteaux non cultiuez , & quelquefois en terre 
humide & argilleufe. Elle fleurit en Iuin, & en Iuillet , & après ce temps elle fait îa femence. Elle 
eft amere comme la Genefte commune , tellement qu'il appert clairemcnt,qu elle eft chaude & fe- 
che au fécond degré.Comme elle eft femblable quant à'ia forme,&: tempérament au Genefi commun, 
auffi a elle fans aucune doute les mefmes facilitez , mais moindres. Or il ne fera pas hors de propos 
d'adiouftericy la plante que l'Efclufe appelle Genifia tin&oria, Genefi h teindre. C'eftvne plante 
qui croift à la hauteur de deux coudées. Son tronc eft nud , fans neuds , & droit , de la groffeur 
d'vn doigt , couuert d'vne efeorce blancheaftre,iettant à la cime plufieurs branches, courtes, ten- 
dres , & frailes, garnies de beaucoup .de fueilles femblables à ceiies du Lin , ou comme celles 
du Mezereon ; verdes par deflus , & blanches par deflbus , quafi de couleur argentine. Son gouft 
au commencement defleche la langue, & eft vn peu aftringeant, puis 'après ileftvn peu amer. 
Ses fleurs fortent au bout des petites branches en façon d'efpic comme celles du Genefi à teindre 
desAUemans , & iaunes. II fait bon voir toute la plante. L'Efclufe dit qu'il n'en a point veu ail- 
leurs qu'au Royaume de Murfia , croiflant près des chemins , & qu'elle fleurit au mois de Mars. 
Theuet a laifle par eferit , qu'il croift aux Ifles Canaries , fpecialement en celle qui eft appellée Iflc 
de fer, aux lieux pierreux & aux montagnes vnc herbe que les habitans du lieu appellent Oricelte, 
Se les Arabes Sereth , de laquelle il font vne fort belle teinture pour les cuirs que l'on y porçe d'Ef- 
pagne. 

De 






Dés Chamœfpartes. Chap. XXIX. 147 

Des CbaméffiarteS) oufetits Genefts de Tragm y CHAT. X XIX. 

O v s auonttetënu en cefte plante le nom de ChamœfiarthnjCCÙ; à dkepe- tts mm. 
fit Gène fi, que Tragus luy a donné, iurques à ce que nous ayons treuué ion lU ' 1,c ' f> 
vray nom, ou pour le moins vn meilleur. Ce 'fie fente plante, dit-il,/? t reuue u temps.. 
jP au mois de May , lors que les Gène fi s fleurirent , & ri a pas de hauteur plus !*&«** 
It d'vne paume. Sa racine efi ferme comme de bois ; elle aplufieurs tiges verdes y 
M qui ent beaucoup d 'angles. Ses fueillesfont comme celles des Lentilles ou Gene- 
% fies, fa fleur iaune, ferrée en efiic* comme celle de iOrobe. Sa femence efi noire 
& ronde, comme vn petit Orobe , enclofe en des gouffes noires & rondes. Ses 
petites branches ne fe perdent point en hyuer durant les froidures iufques À 
tant qnilen forte de nome Iles. Ce (le plante n a point du tout d'odeur. Elle n efi pas fort cogneué. Il y a 
toutefois des femmes qui l'appellent Clein Streuhblumen, c efi adiré petite fleur a teindre. Aucun l'ap- 




Le Chïtmétfpartion de 



Trains. 



Chawœgenifla, ou petit Gène fi 
eflranger, de l'Efc 'ufe 





pellent Erdpfrimmen,c efi a dire Gène fi de terre, oupetit. Veut eflrefe pourra elle appeller en Grec %d* 
ftaiatrciçTiov. Ses fleurs feruent de pajfe temps aux petits enfans en leurs ieux. Il me femble quelle a v» 
ptefme teperament que l 'ûrobe, ou le Fenugrec. Voila ce qu'en die Tragus. Or il n'a pas bien deferit les Liure J b ^g 
fleurs. Si Gefnerus l'aprinfe pour la Genefie aplufieurs coins de Cordus, veu qu'il en a mis la figure Fiant ch. ?î . 
en Cordus après la deferiptio de la Genefie aplufieurs coins,\\ femble qu'il n'y ait pas regardé d'affez ^«rugn* 
près. Car Cordus par le nom de Genifia angulofa entend nofire G en efi .commun, lequel a les branches 
faites à angles. Gefnerus &it aufli mention d'vn chamdfiartion.Jly a, dit-il, vne autre ejpece de Ge- 
neft, qui afes tiges faites À angles , & les fueille s faites d'autre façon. que celles des autres. Il ne fera, 
pas mal fait de C appeller chamxfiartion. Mais la ; Chaînage ni fia de i'Ëiclufe eft bien différente de ^ 

cefte-cy . Lobel en a fait faire le pourtrait, & l'Efclufe en fait la defçription en cefte façon ; A grand 
peine, dit-il, croifielle de la hauteur d'vne paume , & ; a beaucoup de-r^i.ettons. Ses fueillesfont comme S 

celles du bois G ent il, plus courtes, dures ey polpues, & faites a ondes a l'entour , & crefiées , afle^ fer- 
mes, fortans Cvne de l'autre du ?ierfqui eft au miiten ficelles comme en la Chamxgenifia,que quelques 
vns appellent Sagittalis : par fois il en fort deux ou. trois enfemble. Or ce.nerf croift peu à peu , & fe 
fait gros en façon de branche : car autrement toute la plante n'eft que fueilles. Au bout de ces fueil- 
les il fort de certaines coupelles velues cinq ou iix fleurs , & quelquefois dauantage iointes enfem- 
ble, femblables à celles du Geneft ; mais plus petites, iauncs comme l'or, defquelles les deux fueil- 
les plus baffes font couuertes d'vne bourre blanche. Elle fleurit au mois de Mars, ôc croift ea quel- 
ques lieux non cultiuez du Royaume de Valence. 

Tomepremier. N * D» 






48 Liure 1 1. de l'Hiftoire des Plantes, 



Du Sparton d&fpagne, 



CHAP. XXX. 



Coroll.iéo. 
Liure 4_.de 
Piofcor. 
En l'hift. du 
fram. ch 3 ? . 
Embl.137. 
Liure 4. de 
Diofc. 
Enarr.1/8. 
Liu.4. de 
Diofe. 
Les noms. 
Le lieu. 
L'vf*ge. 
Lu forme. 




E.rmolay s,' Marcel, Dodon, Cornarius , Amatus de Portugal , Se An- 
dré Lacuna ont eu raifon de penfer que le Spart» Htftanicu eftoit vne cho- 
fe différente d'auec celuy des Grecs. lien croift aniourd'huy en l'Andalou- 
fîc, qui eft vne prouince d'Efpagne, Se en Algarbia ville de Portugal ,qui eft 
voifîne de la Barbarie , & eft appelle encor auiourd'huy par les habitans du 
lieu Spart 0. C'eft vne plante qui croift de Ton bon oré en touffe, comme le 
Ionc pigant : fes verges font longues d'vne coudée au plus , fermes, Se mal- 
aifées à rompre , Se ne portent ne fueilles, ne fleur, ne femence. On s'en fert 
principalement pour faire des cordages. On en fait auffi des corbeilles, pa- 
niers, Se cabats, qui feruent pour tranfporter les figues Se les raifins de pafle en diuers lieux. Pline a 
fait différence entre ce Spartion, Se celuy des Grecs, Se en met la defeription à part, difant : L'vfage 
d'accoutrer le Gencft a e fie' treuué long-temps après , & ne feauoit on que cefioit deuant que les Car- 
thaginepsfiffent la guerre en Ejpagne. Ce fie herbe vient defoy-mefme , çr ne peut ejlre feme'e. Et de 
faicl en la peut bien appeller lonc de terre feche, & imperfection du terroir. Car la terre où elle croift 
ne vautgueres , Se n'y fçauroit venir rien d'autre. En Barbarie il y en croift bien ; mais il eft petit Se 
ne vaut rien à faire cordages. Aux enuirons de Carthagena la nucua,qui eft au Royaume de Mur- 
cia en Efpagne, il en croift à force, mais non pas par tout ; ains feulement en quelques montagnes 
qui en font toutes couuertes. Auffi les gens du païs en font leurs licts, Se s'en feruent à faire du feu, 
Se des torches Se flambeaux. Mefme les pafteurs en font leurs fouliers Se veftemens. Ceftc herbe 
eft mauuaife au beftail , excepté les petits bouts Se tendrons : mais pour s'en feruir à autre vfage ils 
prennent grand peine à l'arracher : car ils fe bottent Se couurent les mains de mouffles, Se les entor- 
tillent pour la tirer auec des preflbns d'os Se de bois : Si aucc tout cela il eft quafî impoffible de 
l'arracher en hyuer, mais faut attendre depuis le quinziefme de May iufques au trezïéfme de Iuin : 
car alors il eft meur, Se s'arrache aifément. Apres qu'on l'a arraché, Se qu'on en a fait des petits faif- 
féaux , on les met fecher deux tours tout debout en vn monceau. Au troiiîefme on le délie , Se 
l'eftend on au foleil pour le faire fecher. Ce qu'eftant fait , on le relie , & le porte on en la maifon. 
Apres cela on le met naifer en eau marine , ou en eau douce à faute de la marine , puis on le fait fe- 
cher au foleil en l'arroufant toufîours : mais û* on eft prefle , & qu'on en ait affaire foudain, il le fau- 
droic tremper en eau chaude dans vne cuue, Se le faire fecher : eftant feché s'il fe tient ferme , c'eft 
fîgne qu'il eft afTez naifé. Cela fait on le bat pour s'en feruir : car il fe maintient fort bien tant en 
eau douce que falée. Toutefois les cordages de Chanure font meilleurs en lieu fec. Au contraire la 
corde de Gène A fe nourrit en l'eau , comme s'il fe vouloit recompenfer de la foif qu'il a endurée 
eftant creu en lieu (ce , &: altéré. Il eft auffi fort aifé à renouueller , Se pour vieil qu'il foit.on le peut 
méfier parmy du nouueau. Or pour bien admirer la nature miraculeufe de cefte herbe, il faut con- 
fiderer à combien de chofes on s'en fert, foit à equipper nauires, ou pour faire des cordes pour les 
Maffons Se Charpentiers , &; à d'autres chofes requifes pour l'entretien de cefte vie. Voilà ce qu'en 
dit Phïle ., adiouftant vn peu après que Theophrafte n'en fait aucune mention , combien qu'il aie 
efté fort diligent Se curieux à rechercher les Simples quatre cents nonante ans deuant Pline. Tou- 
tefois Cornarius tient pour tout affeuré que le Linojparton de Theophrafte eft vne mefme chofe, 
Liure 4 . de q ue l e sparton , dont Pline dit que l'on fait de fort bons filetz pour pefcher : Se que Theophrafte 
Lïu.i9.ch.i. eu a fait mention , le mettant au nombre des plantes qui ontplufieurs efeorces, difant ainfl : Ceux- 
Lime 1. de C y ont plufieurs efeorces , comme le TU , le Sapin , la Vigne , le Linojparton , & les Oignons. Matthiol a 
LiùréV de mis différence entre le pourtrait de la Genefte , Se le Spartion de Diofcoride , qu'il eftime eftre le 
Diofc c.iyz. Genejl d'PJpagne , que Pline a deferit. Mais ceux qui font bien verfez enlacognoiffancedes Sim- 
iu.i 9 .c.i. pi es cognoifîent bien que ce pourtrait neft pas naïf. Et toutefois Dodon Se Fuehfe fuiuans fon 
Liu. 3 . des opinion l'ont pris pour le Spartion. Gefnerus l'a ioint auec le Geneft en façon de Ionc de Cordus : 
Liu" "cVi ' car ** cs neurs ne doiuent pas eftre diuifées en quatre s combien que Diofcoride dit , que le Spartion 
a la fleur comme le Violier : car il entend cela de la couleur , Se non pas de la figure, comme il a 
efté dit. Or le Geneft d'Efpagne n'a aucunes fueilles , ny fleurs , ny femence , Se n'a point de bran- 
Liurc i. des ches dont il en forte d'autres. En fomme ce n'eft autre chofe , qu vn monceau de petits loncs. Et 
Plans d'Efp. \ ^ ^ ue | £S ({iijg ens Simpliciftes puuTent mieux en iuger en faifant comparaifon de l'vn à l'autre, 
nous auons icy adioufté quelques figures du Sparton prinfes de l'Efclufe. Le Sparton d'Efpagne 
ou de Pline , a beaucoup de fueilles minces Se comme celles des loncs , Se verdes- , qui fortent 
d'vne mefme racine , de la longueur d'vne coudée , lefquelles eftans ieunes Se nouuelles , font 
affez largettes Se blanches par dedans > mais auec le temps elles fe retirent Se s'entortillent , Se de- 
uiennent comme celles^ des loncs , dures ; neantmoins elles font aifées à plier : Se font leurs bords 
fi bien liez , qu'il n'y appert comme point de fente , finon qu'on y prenne garde de bien près. De 
ces fueilles il en fort des tuyaux vn peu plus longs , lefquels portent au printemps Se en efté des 
efpics comme ceux des rofeaux , Se fleurifïans tout de mefme , aufquels il croift vne femence lon- 
guette, 



Embl. 137. 



Du Sparton d'Efpagne. Chap.XXX. 149 

Spmon de Pline Jeton l'Bfclufe. guette, telle comme il s'en voit en quelque efpece de Dent 

de chien. 11 a la racine çheueluë, &c qui ne meurt point. 
Ces plantes croiflent par toutfets cpmme lesïoncs, telle» . 
ment que quelquefois vne plante , ou à tout le moins vne 
touffe de plufieurs plantes ramaflees enfemblc , tiendra 
pour le moins deux pieds de terre tout alentour. Il en £*****. 
croift grande quantité en plufieurs endroits deTAndalcu- 
fic, fpecialement depuis les frontières du Royaume de Gre~ 
nade iufques à la ville de Murcia f tellement que ce n'a pas 
elle fans raifon que les anciens appelloient tout ce quartier 
là , Campus Spart arias, dans lequel eft comprife Carthagena 
la Nueua, qui eft vne ville de Marine , & a elle nommée 
aufïi par aucuns Spart aria , pour la grande abondance du 
Sparton qui croift aux enuirons d'icelie. Il en croift aufîi au 
Royaume de Valence de plus grands & plus beaux. Or 
c'eft icy le Sparton , que les Efpagnols habitans du lieu là où 
il croift appellent encor aujourd'huy Sparto : les Prouen- 
çauxErpho : & celuy mcfme duquel Pline parle au paiTage- 
quenous auons cy-dcfllis allégué en ce mefme chapitre. 
Les Efpagnols s'en feruent encor aux mefmcs vfages qu'ils 
faifoientdu temps de Pline : car ils l'emploient tout cru &C 
fcc, pour faire des tapifferies , des nattes , des cabats » &: des 
cables &: autres cordages. Ou bien après l'auoir naisé en 
l'eau comme le Lin, puis feché 6c battu, ils en font vne 
forte de fouliers qu'ils appellent Alpergatcs , & auffi des cor- 
des &: autres menus onnrages. Or il croift vne autre forte 
de Sparton au Royaume de Murcia , fpecialement en lieux 
humides,plus mince que le precedent,duquel on ne fe fert guieres à faire des nattes & autres telles 
chofes:mais ils enremplifTent des paillaiîes pour garnir leurs licts, au lieu que nous les rempliifons 
de paille > a caufe qu'il eft plus menu & plus mol que le précèdent. Ceftuy-cy porte vn petit efpic 
court dans vne gouffe membraneufe comme les fleurs du Narciflè, Il croift en la mefme façon 
que l'autre ; mais il fleurit vn peu plus toft, à fçauoir au mois de Mars. Les habitans de ce pa'js-là 
l'appellent Alabardin , peut eftre pource qu'ils en remploient les bafts des belles à charge , qu'ils 
font de gtoiTe toile d eftoupes, & les nomment Alabardas. 11 fe treuuc en Flandre, & en quelques 




Sparbon fécond de Pline, félon iBfclufe. 



Troifiéme Sparton de l'EfcluJe. 





Tome premier. 



N 5 



endroits 



150 Liurell. de l'Hiftoire des Plantes, 

endroits de la France fur des mottes fablonneufes près de l'Océan, vne forte de Sparton„ que ceux 
du pais appellent Halm , qui vient du mot Grec dtàç , qui veut dire fel. Il eft quafi femblable au 
premier , mais beaucoup plus grand &c roide,qui donne vn merueilleux ennuy aux iambes de ceux 
qui cheminent par là où il y en a, fans bottes : car il pique fort , & mefmes perce la peau. Il croift 
comme les precedens,& porte vn efpic quafi comme le foiglc. Voilà tout ce qui fe treuue par eferit 
èc qui a cité remarqué touchant le Spart ou d'Effagne. 



Du Tamaris. 



CH AV. XX XL 



Liu.i.ch.9'9. 

Les cfpeces, 

Sur le 1 Ij'm. 
de Diofc 
chap.117. 



Ldformt. 



E Tamaris s'appelle en Grec pug/xq; en Latin Myrice, 8c Myrica, &: Tamarix. 
Pline l'appelle aufli Tamarice ; en Romanie on le nomme Briafaimage. Les 
Apothicaires l'appellent T»marifcus:\es Arabes Tarfa, ou Carfa : les Italiens 
Tamarigiodcs Allemans Tamarifcken,oii bien Porft:e.n Efpagnol Tarn argue ira. 
Diofcorideen met deux efpecesj'vne fauuage,qui eft vn arbre allez conneu, 
dont nous auons mis icy la figure : l'autre qui croift en Egypte & en Syrie eft 
vn peu plus cultiué. Cordus aufli dit qu'en Allemagne il fe treuue deux for- 
tes de Tamarifc, dont l'vn a le bois plus folide,&: fort peu de moelle , Se les fueilles bien petites,le- 
quel croift en abondance le long du Rhin près de Strasbourg : l'autre a plus de moelle , les fueilles 
plus larges,& le bois moins folide. Il croift à force en Bauiere le long du Danube, Se du Vuertach 
îpecialement aux enuirons d'Ausbourg. Le Tamarifc qui croift communément en Italie & en Lan- 
guedoc, eft vne plante ou arbrifTeau qui n'eft pas le plus fouuent plus haut qu Yn homme .• à caufe 




Tarrmrù de Mat- 
tbiol 



Tamaris iï Al- 
lemagne. 



Tamaris de 
Languedoc. 





Eclog. dequoy Virgile a âit^Humilefque myricaje petit Tamarifc. Il a plufieurs branches , qui font par fois 
de couleur deverd-palle,&: d'autrefois brunes;les fueilles comme le Sauinier, ou comme la Bruye- 
Lm.ié.cir. r e ,petites,poulpues,& qui ne tombent iamais,ainfi que dit Pline. Sonfruict femble vne fleur,tirant 
Liu. it.c.tt. fur le rouge,&: mouilu.qui en fin s'en va en papillottes. Pline dit,que le Tamarifc ne porte point de 
fruict.ny mefmes de femence,& qu'il ne fert finon à faire des balais ou ramaffes, traduifant ce que 
Diofcoride dit, Q$i porte vnfruièl comme vne fleur mojfue, &c. comme fi Diofcoride auoit dit qu'il 
ne porte ne fruid ne femence. Pena deferit le Tamarifc de Languedoc .& d'Allemagne en cette fa- 
çon : Quant an Tamarifc commun, dit-il , qui re femble la Bruyère , il s en voit le long des rivières ey 
de la mer en Prouence, ejr a Liopres de Fenize, qui peut auoir le tronc aujfigros qùvn Coignier^ duquel 
on fait des gobelets autour , qui font bons pour ceux qui ont mal de râtelle. Mais celuyqui eft icy 
peint Groift de foy-mefme fur le bord du Rhin en Allemagne , & eft plus petit de beaucoup, 

& ne 



Du Tamaris. <Chap. XXXI. 1 5 1 

ÔC ne paruicnt iamais à la hauteur. d'vn arbre, mefmesil meurt en hyuer en plusieurs îardins d'An* 
igleterre aufquels on en plante* Ses fleurs font moufTuës, &c •cottonnées,qui {è perdent auec le 
fruid , quafi femblablcs à celles de la Saune , mais elles font rouges. Celuy de Langu doc a les 
fleurs branchuës 5c petites , 5c ne font pas bourrues, mais pluftoft rondes , comme celles de l'Oli- 
uier, blanches,tirant fur le bay, qui portent des petits grains, qu'il dit auoir veu fautcler trois iourS 
entiers après les auoir mis au foleil.Ce qui aduient pource qu'il s'y engendre des petits vermiiîèaux 
qui les font ainli remuer, lcfquels en fin après auoir percé le grain, ou bien le grain s'eftant ouuerc 
<îe foy-mefme,le vermiffeau fort dehors. Le cultiué eft femblable au fauuage,& fait fon fmid com- 
me vnc Galle , inégalement aftringeant au gouft , duquel les anciens vfoient bien à propos en lieu liW-H^; 
de Galle aux médecines des yeux , Se de la bouche. Ceux d'alentour de Corinthe , dit Pline , dlfent 
qu'il y a deux efpeces de Tamarifc. dont le fauuage ne porte point defrmff: l 'autre qui e fi plus cultiué, 
porte enEgypte & en Syrie vnfruitt dur comme bois, plus gros qu'vne noix de G aile Je quel avn gouji j^^ r 
offre, duquel les Médecins vfent en lieu de Galles aux comportions qu'ils appellent Anthera. Celuy 
que l'on treuue en quelques iardins, dit Matthiol, qu'on ettime eUreplus cultiué fie fi autre chofe que le 
fauuage tranfplantéen lieux plus cultiué z, Ce que lesfruiclsejr les fleurs monftrent euidemmen't , qui 
font du tout femblable s au fauuage, ejr non a vne noix de Galle. Il dit aufli auoir veu vn Tamarix de 
belle hauteur en vn petit iardin à Rome; 5c combien que tous eftimaflent qu'il fut cultiué , h* por* 
toit il fes fleurs & fon fruid du tout femblables au fauuage. Il croift près des e iux mortcs,& qui ne £ * &»» 
courent gueres. En Italie il en croift à force es bords des riuieres. Quant au cultiué il s'en treuue en Lia mi WÎ4 
Syrie & Egypte.On eftime ceftarbre malheureux, .Dont Pline rend la raifon en vtvantre paflage,L<tf 
arbres ,dit- il, que fon ne plante point, & ne porte point de fruicl,font eHime\malheureux> Et vne au- 1 
trefois parlant du Tamarifc:t)n apppelle dit- il communément cefi arbre malheureux, <£ autant quilne 
porte rien,& quonne le plante iamais.Lcs arbres donc qui font fteriles sot eftimez malhenrvnx.^uil pto&ibh?* 
foit pendu, dit Ciceron , à vn arbre malheureux„èc Tite Liiie aiifli. Et toutefois le mefme Pline dit> 
que ce Tamarifcduquel le bois eft cftîmé malheureux.poxtexh fmid femblable à Vne noix de Gal- 
le; Ôc que les plus malheureux arbres crouTenten Grece,comme fo&riaiqui porte l'oftris:&. néant- CJfo^fl fât« 
moins il porte vne graine femblable à l'Orge en forme Se en couleur. Or la fille de laquelle parle 1 5 * 
Catulle,qui fait vœu qu'elle mettra au feu les plus beaux vers du Poëte Volufius pour eftre brûliez 
auec du bois malheureux, ne dit pas cela fans caufe : car les anciens auoient de couftume lors qu'il J^vj^ 
furuenoit quelque prodige ou chofe monftrueufe, de la faire brufler auec du bois malheureux. Ma- c kap,i !. ' 
crobe dit que l'on appelle malheureux les arbres, qui font fous la protection des Dieux infernaux, L &< : 3 -«W** 
ÔC adioufte qu'il faut brufler les monftres auec ce bois là. Les Grecs auoient accouftumé de les bru- 
fler auec du bois efpineux, eftimans que ce fut le plus malheureux : puis après il iettoient les Cen» 
dres en l'eau courante, comme Theocrite le monftre, traittant des ferpens qu'Hercules tua cftanc 
dans fon berceau.Gefte fille donc de Catulle vouoit qu'elle brufleroit les plus elegans vers du Poë- 
te Voluiîus auec du bois malheureux, comme les ayant en eftime de chofe mauuaife 5c prodigieufe. 
Mais pour retourner au Tamaris,ow donne à boire, dit Diofcoridc,du fruid du Tamarifc à ceux qui tti *m* 
crachent le fang, & aux cœliaques, Se aux flux immoderez des femmes, à la iauniiîe,ÔC aux morfu- "«^-m* 
res des aragaées que l'on appelle Phalanges. Appliqué fur les enfleures il les empefche de croiftre» 
On vfe de l'efcorce pour le mefme effed. La decodion des fueilles beuë auec du vin diminue la 
râtelle. Il eft bon d'en lauer la bouche au mal des dents, Se aux femmes fujettes aux flux immode- 
rez iï ellesen rccoiucnt -la fumée par deffous. Elle tue les poux , 5c les lendes , fi on les en laue. La 
cendre du bois appliquée deflus arrefte le flux immodéré des femmes. On fait des taffes du tronc 
du Tamarifc. pour ceux qui ont la râtelle mal difpofée , affin qu'en beuuant dedans ils en reçoi- 
uent profit, ÔC vtilité. Selon Galien , le Tamarifc a la faculté detergeante , ÔC inciiiue , fans défie- tïurc 9 . <fc* 
cher manifeftement.il a aufli vnpeu d'aftridion. Pour lefquelles vertus, Se qualitez il eft fort ""*♦ 
bon à la durté de la râtelle , foit que l'on cuife fa racine , ou fes fueilles , ou fes tendrons en vin ou 
vinaigre. Il guérit aufli la douleur des dents. Or le fruid 5c l'efcorce font allez aftringeans , pres- 
que autant que les Galles mal meures , excepté qu'aux Galles il y a vne manifefte afpreté ; mais 
le fruid du Tamarifc eft d'vne Température inegale,pource qu'il eft compofé de beaucoup de par- 
tie fubtiles , ôc a vne vertu deterfiue; cequin'eftpas aux Galles. Toutefois à faute de Galles on 
Te peut feruir dudit fruid pour les mefmes effeds que la Galle , ÔC de l'efcorce aufli. La cendre du 
Tamarifc a vne faculté merueilleufément deficcatiue , Se deterfiue i mais elle n eft pas fort aftrin- 
çeante. Lenarus félon Pline appelle le Tamarifc Erice ( car Cornarius a ainfi corrige ce paflage, Uà.i 4 > tf 
fuyuant vn vieil exemplaire eferit à la main , au lieu qu'il y auoit aux communs exemplaires My- Mto>t- 
rue, que Lenarus appelle aufli Tamarifc) & dit qu'il refcmblc à l' Agnus Caflusi&c que j^on le cuit Diof& ' 
en vin , 5c puis qu'on le pile l'incorporant en miel , il eft fmgulier au chancre. Aucuns eftiment 
que ce foit la plante appellée Tamarifc. Son ius prins en vin eft excellent pour la râtelle, Se dit on 
que le Tamarifc Se la râtelle font naturellement fi fort contraires-; que fi les porceaux bornent en 
des auœs faites de Tamarifcon ne leur treuuera point de rate. Aufli on a accouftumé d ordonner a 
ceux qui font fujets au mal de la râtelle de boire 5c manger en des vafes faits de Tamarifc, Il y a 
1 . N 4 vt* 



liu y. c 20 



Sur le 1.1m, 

de Diofcor. 
ehap.99. 



Aumef.lieu. 
Au mef.lieu. 



liure i. des 
malad. des 
feni. 



1 52 Liure II.de l'Hiftoire des Plantes, 

vn autheur bien eftimé entre les Médecins qui dit , qu'arrachant vne branche de Tama-nfc fans 
qu'elle touche ter* , ny aucun ferrement , qu'en fe ceignant par deflus la chemif e auec vne telle 
branche de forte qu'elle ferre le corps, elleguerira les douleurs Se trenchées du ventre . On ordon- 
ne lefcorce pilée à ceux qui crachent le fang, &: aux femmes qui fe purgent par trop, ■&: aux cœlia- 
ques*Pilée& appliquée elle repouffie toutes enfleures. Lefuc des fueilles fait les^mefmes effecb, 
& auffi les fueilles cuites en vin. Réduites en Uniment auec miel, elles font fingulieres aux gangre- 
nés. La décoction defdites fueilles cuites en vin prinfe en breuuagc, ou appliquée auec huile tofat 
& cire mitigue les gangrenés. En quelques exemplaires ces mots font ainii confus : Qn les aut auffi 
auec au njin , & en y adiouftant du miel on les applique fur les gangrenés , ou auec d'huile nf.it &■ de 
cire. Leur decodion auffi faite en vin appaife les gangrenés, fi on les en fomente , mei mes elle 
guérit ces boutons que les Grecs appellent EpimcJides , Elle eft auffi bonne pour la douleur des 
dents & des oreilles, comme auffi la racine & les fueilles. En outre les fueilles incorporées eu griot- 
te, feruent grandement aux vîccres corroiifs. Le fruict du Tamarifc pris en breuuagc au poids d' vne 
dragme cft fingu lier contre les morfures des araignes, mefmes de celles que l'on appelle phalan- 
ges. Incorporé en graille de belles domeftiques il eft bon pour mettre fur les foroncies on s'en fert 
auffi contre les morfures de toutes fortes de ferpens , excepté celle des afpics. Sa décoction mife 
en clyflere eft bonne à la iaunifle , fait mourir les poux , & les lendcs , & réprime l'abondance du 
flux des femmes. La cendre auffi du Tamarifc fert à tout ce que deflus. Coîumellc dit, que les 
porceaux ayans foifon de viande douce en elle, la râtelle leur croift outre mefure; àquoy Ion 
remédie en faifant des auges du tronc de Tamarifc , (car il faut qu'il y ait aiufî , non pas comme 
on lit communément , de Tamarifc &: de Brufc, ) que l'on remplit d'eau pour en faire boire aux 
porceaux. Car le fuc de ce bois qui porte médecine eflant beu guérit l'enfleure de la râtelle, Sera- 
pion dit , que la cendre du Tamarifc deffeche merueilleufement tous vlceres caufez par le feu. La 
décoction des fueilles félon Matthioi , auec toute la plante repouifent toutes enfleurcs froides, 6c 
les empefehent de croiftre , fi on les en fomente. Les branches concaflees , & appliquées auec 
vinaigre font fondre la râtelle. On ordonne f efeorce des branches au flux de ventre qui a duré 
longuement. Son fruict pris en breuuage eft bon contre la morfure des vipères. Alcanze Arabe dit, 
que la décoction des racines du Tamarifc beuë auec des raifins depafTe , guérit la ladrerie qui pro^ 
uient de 1 mdifpoiïtion de la râtelle: & qu'il l'a veu en deux femmes infectées de ce mal. Donc 
Matthioi dit , qu'il croit fermement que ce feroit vn fouuerain remède pour la verolle , non dif- 
femblable à celuy du Gayac. Il y a eu des trompeurs qui vendoient les racines de Tamarifc pour la 
Caffe odorante ■> mais la mefehanceté ayant elle cogneuë par des fçauans Médecins , on en a obmis 
lVfage aux boutiques.Hippocrate en vn mefme liure fait mention deux fois de -ntôy.a?iov, que Cor- 
narius prend pour le Tamarifc. Au dernier lieu il le recommade pour faire des parfums à l'amarry 
qui tourmente.en fe remuant de fa place, Mais au premier paflage il y a ainfi félon l'interprétation 
de Cornarius : Si le flux dure encores , ilfauf brufler du Tamarifc , & Payant pile en donner à boire. 
Auffi les dictionaires Grecs interprètent le mot Promalon pour le Tamarifc. Aucuns entendent par 
Ce mot le Tamarifc qui eft creu en peu de temps. Or il femble qu'Hippocrate laifle au choix: li on 
veut vfer du fruicl , ou de l'efeorce du Tamarifc , comme auffi Diofcoride dit , que l'vn &c l'autre 
eft bon pour le flux defmefuré des femmes. 



Du. S minier. 



, CHAP.. XXXll. 



Les noms^ 

Les effece. 
Liu.11 C.88. 
Liu.14.cn. 

Le lieu. 

Laferme. 




E Sauinier s'appelle en Latin Sabina, ou Sauma : en Grec /Sg^vç &/?<*V ^/jov : en 
Arabe Abhel^ou Alharar-.ci\ Italien,& Efpagnol Sabina:ci\ Allemad SebenbaU'. 
en Bohême Klajfierska Cuuogka:tn Allemand Sauelboomien Anglois Sauin tre. 
Les Apothicaires ont retenu le mot Sauina. 11 y a deux efpeces de Sauinier ,fe«* 
Ion Diofcoride & Pline. L'vn a les fueilles femblables au Tamarifc , &: l'autre 
les a comme le Cyprès- Pour celle caufe aucuns l'ont nommé Cyprès de Can- 
die. L'vn & l'autre croift en plufieurs iardins de la France , &c eft d'vne mer- 
ueilleufe nature , & qui mérite d'eftre bien confiderée. Le Sauinier qui refemble au Tamarifc eft 
plus commun que l'autre. Il croift à la forme d'vn petit arbrifîeau; toutefois il eft toufiours plus pe- 
tit que l'autre, n'eftant à grand peine iamais plus haut d'vne coudée & demie, ou de deux 
coudées. Son tronc eft par fois gros comme le bras , iettant plufieurs branches cfpandues deçà 
ôc delà. Ses fueilles du commencement font femblables à celles du Cyprès , puis après ellesfa- 
font comme celles du Tamarifc > toutefois elles font plus blanches, &c vn peu piquantes, ÔC 
toufiours vertes, Cefte plante à vne odeur vehemenre & puante. Celuy qui refemble le Cyprès 
cft le plus haut: car il eft quelquefois auffi haut quvn homme , &c quelquefois plus. Ses fueilles 
nouuelles & tendres refemblent à celles du Tamarifc > mais çftans plus grandes elles font comme 
celles du Cyprès. Il n'a pas fi véhémente odeur , & puante comme le précèdent, 5c fi eft toufiours 
verdoyant auffi bien que luy. Tous deux portent des grains noirs comme ceux du Geneure par le 

tefmoi 



De la Saiiinier.' Chap. XXXII. 153 

S amnier refimblant au Tamarijc. Sauinier refemblant ah Cyprès. 





Autre Sauinier portant jmi$. 



tefmoignage de Fuchfe , Dodon , Cordus , Se Gefnems , comme aum* on le voit par expérience. 
Matthiol donc n'a pas eu raifon de dire , que des deux Sauinier s l'vn eftoit fterile , &c que l'autre 
porte fruid ; &: que de celte forte il y en a vn qui porte le fruid pers , & l'autre le porte rouge ; 
combien qu'ilfe pourroit deftendre par l'authorité de Pline , qui eferit que le Sauinier ne porte 
point de fruid, difant ainfi : Le Sauinier fe peut coucher \ou bien on en arrache vnfcion,pour le replan- 
ter. Et vn peu après : On plante , dit-il , le Rofmarin comme le Sauinier : car on le couche , ou bien on 
en plante vue branche : car ny l'vn ny l'autre n'a point de graine. Outre ce il y a le tefmoignage de 

Serapion,qui eferit ainfi : Abhe l\,àiz-i\,c ejl à dire le Sauinier, 
qui aujfî s'appelle Brathys, n a point dejruic~l. Mais il ne faut 
pas légèrement adioufter foy au dire de ces autheurs : car Ôc 
le Rofmarin & le Sauinier portent femence, comme l'expé- 
rience le monftre tous les ans. Or le Sauinier ne porte pas 
feulement graine , mais aufli vn fruid femblable à celuy du 
Geneure , &c en couleur &c en grofleur > toutefois il eft vu 
peu plus gros , & a vn gouft acre : mais pource qu'il ne por- 
te pas fruid en tous lieux , ôc mefmes n'en porte {mon rare- 
ment, cela a fait que plufieurs l'ont eftimé fterile. Il faudra 
rapporter à la féconde efpece de Sauinier vn autre que Lobel 
deferit, qui luy refemble du tout , fi ce n'eft qu'il a les bran- 
ches plus minces,&: les fueilles moins afpres,&: femble quafî 
participer vn peu du Sauinier &c du Cèdre vhœnicien : mais 
fes fueilles font plus minces & plus délicates, n'eftans aucu- 
nemêt afpres ny piquâtes. Son fruid eft aufli gros que celuy 
du petit Geneute,de mefme figure & couleur. Il s'aime aux 
montagnes de Calabre &:. de Poiiille , où il croift en abon- 
dance. Voilà ce qu'en dit Lobel. Il en croift aufli en quelques 
vallées au deflus de Grenoble près du village de Bourgdui- 
fans. C'eft merueille que Pline appelle le Sauinier , Herbe^ 
veu que chafeun fçait que c'eft vn arbrifleau , qui fe fait 
comme vn arbre aucunefois ; & nonA^ne herbe. Or ce Saui- 
nier que Matthiol dit,qu'il porte des grains rouges,n'eft pa^ 
SauinienmaishThuia de Marfeille,qu'ils appellent Zerbin, 
de laquelle nous auons défia traitté cy-deflus. Belon cftime 
que ce foitle Cèdre Lycien , <\m a non feulement le fruid 

d'autre 




Chap j-4 àc 
l'hift 

Liu.é ch.84. 
Aux iardins 
d'Allemag. 
Lia. 1. de 
Diofcc.ioj. 
Liu.i7.ç,i3. 



Chap.i8a. 
Cordus ail 
mef.lieu. 



Le Lieu, 



Liure âçs 



1 54 Liure II. de l'Hiftoire des Plantes,' 

d'autre coleur , mais a mefmes vue autre odeur que le Sauinier. Le mefmc Belon affaire d'auoir 
veu grande quantité de l'autre efpece de Sauinier qui retire au Cyprès , aux montagnes de Phry- 
gie appellées Amanas , & Olympus. Sa figure eft toute telle que celle du grand Geneûre , de la 
hauteur d'vn grand Noifettier, Ses fueilles font toutes femblables à celles du Cyprès. Son frmet 
eftant meur eft de couleur perfe tirant fur le noir. Son tronc porte de la refîne. OrMatthiola 
bien raifon de le reprendre , de ce qu'il met mal à propos celle plante au nombre de celles qui por- 
tent rciine , veu que Diofcoride ne la fait pas iî différente d'auec l'autre. Or Belon vn peu après 
ne fe fouuenant pas de ce qu'il auoit dit auparauant , dit que celle plante qu'il difoit eflre le fécond 

liu.n.c i7- Saunier de Diofcoride , eft l'arbre que Pline appelle Brutes , comme fi Pline n auoit pas Fait particu- 

.ra.xi.cii- j^ ere mention £ c p vn & l'autre Sminier, fans parler aucunement du Brutes en les deferiuant. Or 

nous auons traitte de ce Sauinier de Belon cy-denus, &c l'auons mis pour vne efpece de Thiya. Au- 

En l'hift. cuns eftiment qu'Auicenne a prins le Sauinier pour le Gêneur e, Se en vn autre endroit, pour l'Abfin- 

chap. 1 6. t fo e mttr - m t ou p et jt j: or t. Au premier paflage il y a ces mots : J%#ejt ce que Abhel ? c'eji le frutiï 

Liu.i. ch. <. d'Alharar qui refemble l'Alzarur.Et vn peu après , Il y a deux efpeces de ceji arbre, tvne a les fueilles 

- comme le Cyp essayant plufeurs efpines qui s'eflargit biemmais il ne deuient pas haut : l'autre qui a les 

fueilles comme le Tamarix.Qi ils interprètent ce paflage en celle manière, Abhel ef le fruicl du Gene- 

Lm. c.jé8- ure ^ uiret i re mi Nejflier A&ar oie. Tellement qu'il ne faut pas entendre ce qui fuit après du Gêneur e, 
(qu'il appelle Harar en vn autre paiîage,& dit qu'il y en a vn petit &; l'autre grandsmais du Samnier, 

Aqmeflicu. qu'il mefle mal à propos auec le Gcneure. - Pour cefte caule aufudiientils,quc Mati'hiol voulant 
monflrer que IcSauimer poitoit fruict,s'eft trompé par la femblance du nom A bhehà' autant qu'il a 
eftimé,que comme Serapion par ce mot là entend le Sauinier , qu'Auicenne en eud fait de mefme, 
difant que ion fruicl: eft appelle Harar Mus ie croy au contraire qu'ils fe trompent,& faillent gran- 
dement : car André de Bellune à\t,qu Abhel, ri eft. pas le vray yl/harar,mais que s'en eft vne efpece, 
&: qu'il eft eferit au liure Ebenbitar : que ceux là faillent qui difent qu Abhel foit Alharar : car il ap- 
pert paries eiïects i & par ce qu'il a les fueilles comme le Tamarifc,que c'eft le fruict du Sauinier, o\\ 
de quelque autre plante de mefme efpece, & non du Genenre. Tellement qu'Auicenne entend en 
ce paflage là, qu Abhel eft. vn fruicl refemblant à celuy du Geneure , & NefHicr Azarole, ou Aro- 

lî.t.c. 668. nien, &c. En l'autre paflage Auicenne traitte de Sécha, c'eft à dire du petit Fort:Sc div.Ilj a deux ef- 
pece s de Sechail'vne eft efpineufe, ayant les fueilles comme le Cyprès, ejrc.Et l'autre a les fueilles com me 

Lm 5 . c 14 fe Tafnetrifcé'c. Or veu qu'il traitte en ce lieu là du petit Fort , félon l'opinion de Diofcoride , il n'a 
point de propos de le diftinguer en deux efpeces comme le Sauinier , difant que l'vn a les fueilles 
comme le Cyprès, & l'autre comme leTamanfc. Venons maintenant aux vertus du Sauinier 'Les 
rEs. fueilles de l'vn &: de l'autre arreftent les vlceres qui vont rongeant iufquesà la chair viue, félon 
Diofcoride , appaifentles apoftumes eftans appliquées deflus: mefmes fi on s'en oinct auec miel, 
elle nettoy eut toutes ordures &c taches noires de la peau, trompent les apoftumes appellées 
charbons. Prinfe en breuuage auec du vin elles font piller le fangs appliquées par dehors, ou en 
parfum elles font fortir l'enfant du ventre de la mère. Ce que Diofcoride dit des charbons , au 

Emb 8 liu. rexte Grec il y a xj mQ&mo,ç ®ëtgkf'$& , c'eft à dire, il ocle les charbons, ce qui eft faux , comme Cor- 

1 du Diofc. narius l'a remarqué î car il faut qu'il y ait zrèif^ei, c'eft à dire , // rompt , à* en ofle la croufte ou l'ef- 
care : tellement que c'eft la mefme chofequ'il a dit de la Poix liquide •zo&^a^W* uïÙ^kccç. Selon 

fimpl 6 " " Galien, le Sminier eft du nombre des plantes qui deflechent fort , &c ce par trois qualitez qu'il re- 
prefente au gouft, comme le Cyprès il ce n'eft que le Sauinier eft plus acre , &£ plus aromatic , ou 
odorant. Il a donc l'acrimonie qui procède de fon tempérament chaud. lia auili de l'amertume 
& de l'aftriction ; mais moindre qu'elle n'eft au Cyprès. Et tant plus il a d'acrimonie , il refout auf- 
fï d'autant plus. Parquoy il ne peut fouder , pource qu'il eft trop {ce &: chaud. Car il a tant de l'vne 
&; l'autre de ces qualitez , qu'il fait enfler , & caufe inflammation aux parties : mais on le peu ap- 
pliquer aux vlceres pourris , comme le Cyprès , principalement à ceux qui font inueterez & mal- 
aifez à guérir : car ceux là peuuent fupporter fans danger la force des médicaments. Outre ce 
eftant incorporée auecdu rafel il mondifie les vlceres qui font deuenus noirs , &. fales , & rompt 
les carboncles. Or à raifon de la fubtilité de (es parties il prouoque les fleurs des femmes autant 
que chofe qui foit ,& fait piller le fang. Il tue le fruicl: au ventre de la mère & l'en fait fortir 
quand il eft mort. C'eft donc vn médicament qui efchauffe &: defleche au ttoifiefme degré &: du 
nombre de ceux qui font compofez de parries fort fubtiles. Aucuns à faute de Cinnamome met- 
tent du Sauinier le double poids : car eftant pris en breimage il a grande vertu de fubtilier , & re- 

Ljtt.i4c.11. foudte. Plufieursfeferuent, dit Pline, du Sauinier en lieu £ encens peur parfumer. On dit qu'il fait le 
mefmes ejfeclsquè le Cinnamome fi l' on en double le poids, .11 diminue les apoftumes , & empefche 1er 
vlceres corrofifs de s'auancer fur la chair viue. Eftant appliqué il mondifie les vlceres , &c fait fortir 
lenf.nr mort au ventre de la mère. Ce que fait aufli fon parfum. Il eft fort bon pour lefeufaindt 
Anthoine , & au charbon. Prins en breuuage auec miel & vin , il guérit la iauniffe. On dit que le 

tm î. g 1! parfum de cefte herbe eft fort bon pour les rheumes des poulies. Matthiol dit, que la poudre du 
Saumiemeftéc parmy du beurre eft fort bonne aux cignesçie la telle 4es petits enfans. Prinfe au 

poids 



Les vertus. 

1 



De la Bruyère. Chap. XXXIII. 155 

poids d'vne dragme» auec trois onces de beurre & deux de miel, elle fert grandement aux afthma- 

tiques. On -donne auffi auec grande vcilicé aux femmes qui enfantent auec grand peine deux 

dragmes du ius de Saunier auec vue dragme de Borax minerai, & vne once de vin blanc ; mais il 

ne la faut ordonner pour ce raicT: , qu'en vnextreme neceflîté. Tragus fait mention d'vne herbe Uu.i.c.x*^ 

qu'il nomme Sauine : mais pource quec'efl: vne efpece dcUPfoufe, nous en traitterons en lieu 

plus à propos. 



De la Bruyère. 



CHAP. XXXlîh 




A Bruyère s'appelle en Grec Uàwti en Latin Ertca> comme auffi en Italien* ltsnmti 
les Allemans &: Flamans l'appellent Heyden: les Efpaguols Jgueirot les An- 
glois Hetb. Pline dit que les Athéniens lappelloient Tetralice , &: les Eu- 1 • 
bœens Si/ara. Aux liures il y a Tetradice, &l Si/arum. Theophrafte met le LiuicT'dc 
Tetralix au nombre des plantes efpineufes , & qui bourgeonnent en Eftéi l'faift. eli.j. 
mais îe ne croy pas qu'il entende de la Bruyère. Varro l'appelle Si far a^ di- Liu *' c - 16 - 
fant que de la fleur du Sifara il s'en fait du miel liquide. Lenaeus , comme Liu-i 4 .c. ? , 
dit Pline, appelle la Bruyère Myrica, ou Tamarifc : & à caufe que ces deux 
plantes fe relemblent aucunement, il les confond enfemblc comme fait 
auffi Palladius, quand il ditainfi : Au commencement de ce mois ( de Nouembre) les abeilles cueillent ■ 
le miel fur les fleurs du Tamarifc, & autres herbes fauuages.Qe que Pline dirde la Bruyère, comme il Ua.u'ti'e* 
fera dit cy-apres. Or la Bruyère eft vne plante dure comme bois,branchuè',femblabIe au Tamarifc, 

... mais plus petite de beaucoup , plus- tendre, & plus baffe. Ses Lafome ' 

Première efpece de U Bruycre , de fueilles font fort petites , retirans affez à celles du petit Cy- 
Matthioh prés ; mais plus brunes &: plus dures. Ses fleurs font blâches 

tirant fur le rouge, &: fort belles : quelquefois auffi elles font ' 
blanches, & font faites comme iî c'eftoit vn petit bouton 
miparty en quatre , defquelles les branches font garnies de- 
puis le bas iufqucs au haut. Sa racine, eft longue & pleine de 
bois, ronge, tirant fut le noir. Diofcoride diz, que h 'Bruyère 
eft femblable au Tamarifc, mais qu'elle eft beaucoup moin- 
dre. Et en vn autre lieu il dit, que la Cork a la fueille comme 
la Bruyère, plus graflfe , &: moindre. Pline dit que la Bruyère 
eft vn arbrifleau qui n'eft guieres différant du Tamarifcde la 
couleur du Rofmarin , &: mefmes qu'elle a quafï la mefme 
fueille. Dont il appert qu'il y a plufieurs efpeces de Bruyère, 
Or il y a plufieurs chofes qui monftrent que la plante icy 
peinte la première eft la 'Bruyère des anciens. Car c'eft vn Liu.i.c.roô. 
arbriffeau branchu refemblaiit au Tamarifc ; mais moin- Llul 4«t?. 
dre ; ainfï qu'eferir Diofcoride. Dauantage elle fleurit au 
commencement du Printemps , & en Automne, eftant la 
première & la dernière à fleurir entre toutes les plantes fau- 
uages : ce que les autheurs ont particulièrement eferit de 
la Bruyère. Dauantage les abeilles fe paiffent des fleurs de 
cette plante en Automne , comme aulîi les anciens l'on dit 
de la Bruyere.Car Diofcoride dit,que le miel que les abeilles All me f j^ 
font de fa fleur eft fort mauuais. Et Pline efcriuant ainfi: La Utut.ç.ié 
troifleme forte de mjel n eft point eFiimee : car il eft fauu âge, 
& eft appelle* Ericeum. Les abeilles l'amajfent après les pre- 
mières pluyes d'Automne , lors qu'il n'y a point d'autre plante 
qui foit fleurie parmy les lois : aujfi efl-il tout graueleux. El les commencent à le faite après le leuer 
d' Ar&urus, enuiron le dernier iour d'Aouft. Aucuns eftendent la cueillette d'Efté iufques au leuer 
d'Arcturus, pource que depuis ce temps-là iufques à l'Equinoxe d'Automne il y a treze iours : £C 
depuis l'Equinoxe iufques à la retraite de la Pouffiniere , il y a quarante-nuict iours ; & durant ce 
temps la Bruyère eft toufiours en fleur. Dodon &: Fuehfe ont pris cette mefme plante pour la 
Bruyère. Elle croift aux pais froids & feptentrionnaux,eri terroir maigre &: fterile : 8c auffi aux pais KaXfcI( j 
chauds toufiours en femblable terroir ; mais plus raremenr. Marcellus a fauffement eferit que la cha P . 9 T . de 
Bruyère eftoit vne efpece de Geneft. Or les Simpliciftes mettet plufieurs fortes de Bruyère Matthiol ^™& 
met vne féconde efpece de Bruyere,qm n'eft peut eftre moins vraye que l'autre.Elle croift en gran- 
de quantité près faïnd Martin,qui eft vn bourg prochain de la Palilte, part tout ce bois par lequel Liiirc u de 
on palte en allant de Lyon à Paris. Cefte plante eft plus haute qu'vne coudée, & fort branchue. Diofc.c.n^. 
Ses feuilles font longuettes , minces , petites , &: en grand nombre , couurans les branches tout à *• '■#** 

l'entour.. 




1 5 6 Liurell. de l'Hiftoire des Plantes, 



Autre Bruyère de Matthîol. 



Troifême ejfece de Bruyère de Dôâov. 





%-efpece. 
iiu.é.cié. 



&$&• 



fentour. Au bout des branches il fort beaucoup de fleurs, qui s'auancent mefmes par defîus le 
bout des branches. Elles font rougeaftres , fort belles à voir, incitans par leur beauté les paflans 
à en c u eillir. Elle a le mefme gouft que la première efpece de Bruyère , excepté qu'elle eft vn peu 
plus amere. H eft vray-femblable que les Abeilles aiment mieux la fleur de cette-cy que de la 
précédente. Elle fleurit au mois d'Aouft. Dodon met vne autre efpece de Bruyere^qui iette plu- 
sieurs petits reiettons , tendres , &: grailes , fortans de la racine , de couleur rougeaftre ou brune* 

dont on fait en France les vergettespour nettoyer lesac- 
JQuatriême effiece de Bruyère de couftremens. Parquoy onlapourroità bon droit appelle? 
gvlontPelier. cn ^ a «n Scopana , comme qui dirait Verge trier e. Elle a les 

fueilles fort petites, qui ne font pas beaucoup différentes 
de celles du Thim commun , toutefois plus petites & plus 
minces. Les fleurs fortent au fommet de fes branchettes 
cinq ou ïîx enfemble , pendantes contre bas , de couleur de 
rouge incarnat, longues &: fondes, crcufcs& ouuertes au 
bout comme vn petit tonneau. Sa racine eft tendre, Scie 
trame par defîus terre, iettact en diuers lieux de nouueaux 
reiettons. Elle aime les lieux fablonneux , pleins de mouf- 
fe , & qui font continuellement arroufez par quelque ruif- 
feau , ou fontaine. Il en ctoift à force près d'vn village d'Au- 
uergne qu'on appelle faindt-Anthemin. Ailleurs on ne s'en 
fert à rien. Les marchans de Roiian & de Lyon Tachettent 
là , & la font conduire en leurs boutiques , & raclans auec 
àcs couteaux ces petites branches minces , ils redretfenc 
celles qui font tortues pour en faire des vergettes. La 
quatriefme efpece de Bruyère croift aux enuirons de Mont- 
pelier , & parmy les bois de Gafcogne auprès de Bordeaux 
où on l'appelle Brcnde, Elle a la racine groffe , longue & du- 
re comme bois. Ses branches peuuent auoir vn pied & de- 
my de longueur, Ses fueilles font petites comme celle du 
Thim commun , ou du Ccfris. Sa fleur refemble à celle de 
la Bruyère commune ; &: eft petite, décodeur de pourpre* 
fortant au fommet des branches tout à l'entour. Cefte efpe- 
ce croift à la hauteur d'vn homme en Gafcogne, fîonne 
la coupe , ou ïi les beftes ne la rnangent , ou bien s'ils ne la 

bruilent, 




De la Bruyère. Chap.XXXIil. 157 

bradent comme ils font fouuent.On dit que fa racine eft fort bonne pour faire du charbon,duquel 
les Marefchaux &: Serruriers fe fcruent volontiers , pource qu'il ne s'allume finon en fourflant, &c 
s'efteint auffitoft que l'on ceffe de lcibuffler ; tellement que par ce moyen il fe recuit fouuent. La 
cinquiefme efpece eft appellée Chryfanthemos , à caufe de la couleur de fa fleur. C'eft vne petite s- 
plante, quia la racine groiTe , noire, dure comme de bois,dont il en fort plufieurs autres cheueluès. 



efpece. 



Bruyère cinquiefme ayant la fleur 
de couleur d'or. 



Sixîefme e/pece de Bruyère , ou Bruyère 
portantfruicl, de Dodon. 





Elle iette plufieurs petites branches,qui le plus fouùcntî vont rampant par deflus là terre, aucune- 
fois elles fe hanffent vn peu, & font bien garnies de fueilles, comme celles de Coris,ayans vn gouft 
aftringeant. Sa fleur eft comme celle de la Violette iaune. Sa femence eft dure , vn peu plus groiTe 
que le grain de millet, enclofe dans des petites goufîes rondes , qui vont en aiguifant au bout, 
& font rayées. Quand elles font meures elles deuiennent iaunes. Elle croift en lieux fablonneux, * 
au fommet de quelque colline, en lieux battus du foleil & des vents. Elle fleurit en Iuillet. Nous 6 ' $ ecp 
mettrons pour la fixiéme efpece de *Bruy ère, celle que Matthiol en la dernière édition de fes Com- 
mentaires fur Diofcoiïde appelle Bruyère portant fruicJ.EWe 
Bruyère portant fruicl } de Matthiol. cro ift , dit-il aux montagnes qui feparent le pa'is de Bohê- 
me de la Siléfie , & va rampant par deflus terre , occupant 
grande place. Elle a la fueille prefque comme la Bruyère 
commune , & produit des fruidîs purpurez aufli gros que 
ceux du Geneure ; mais dechairplus molle,glueufe , &c de 
couleur tirant furie vert , comme celle des Prunes. Ses 
branches font ligneufes , foupples, noires tirans fur le rou- 
ge. Dodon appelle cette plante Vacc'mïum palulire , &: dit Litt*fi.cn. 
qu'on l'appelle eii François Confines de marais. Et que fes 
tiges font petites, Courtes , grailes , Se tendres,couchées fur 
la terre , coutiertes de petites fueilles eftroites, qui refem- 
blent aflez bien à celles du Thim vulgaire : toutefois elles 
font plus petites. Au deflus de fes tiges il croift des bayes 
qui font attachées à des queues fort menues , & font pref- 
que femblables aux Coufines rouges ; mais plus longues Se 
plusgroiîes : de couleur feulement rouge par fois > &c d'au- 
ttefois de rouge tacheté , d'vn gouft afpre & aftringeant. 
L'Efclufe dit que la première efpece de Bruyère refemble Lia. i. des 
au Tamarifc; &c l'autre n'y refemble pas ; mais a la figure ^'^ p * 
des fueillcsdu Coris; & croift en nmfmesiiéux i &que de 
cette-cy il y en a plufieurs efpecès , qui font différentes de 
l'vne à l'autre , quant à la grandeur, & à Ja forme des fueil- 
les, & des fleurs. La première qui eft la plus grande de Uel'Efdufe, 
toutes , eft quelquefois plus haute qu'vn homme , fort 
branchue , ayant le bois dur, rouge tirant fur le noir : les 
fueilles petites & courtes , qui enuironnent les branches 
T'orne premier. O quatre 




158 Liurell. de l'Hiftoire des Plantes, 



Bruyère 1. de l'Efclufe. 



Bruyère l î. de l'Efclufe 





Bruyère lll.de l'Efclufe. 



quatre à quatre ; cf vn gouft fort aftringeant. Elle iette plufîeurs fleurs , qui fortent quafî par tous 
les endroits des branches en façon de grappe , tellement que quelquefois on verra les plus groffes 
branches chargées de fleurs d'vn pied de long. Ces fleurs font creufes comme vne clochette 
longues, belles, blanches, & de bonne odeur. Elle croift aux deferts de Portugal entre Vlisbon- 
ne j &; Conimbrica, &: fleurit au mois de Nouembre &c de Décembre. Il femble que ce foit celle 
1. deiEfrtu- q ue Matthiol met pour la première efpece. La féconde eft quafî de mefme hauteur que la pre- 
mière, 6c aufli branchuë ; mais elle a les branches plus minces, de mefme couleur que celles de la 

précédente. Ses fueilles font aufli fort petites , Se enuiron- 
nentles branches quatre à quatre. Au bout des branches 
il y a des fleurs longuettes , de mefme façon que celles de 
la précédente . Se de couleur de pourpre. Elle eft mefmes 
aufli bien toute aftringeante , & croift aux mefmes lieux 
que la premiere,&: en plus grande abondance , & fleurit en 
mefme temps. Il s'en treuue aux enuirons de Narbonne 
vne qui la refemble quafî en tout &c par tout , fî ce n'eft 
quelle a la fueille plus longue , Se en porte en plus grande 
abondance ; la fleur purpurée , moindre ,fortant du bout 
des petites branches. Il femble que ce foit celle que Mat- 
! thiol met pour la féconde efpece , qu'il dit luy auoir efté 
enuoyéeparFalloppe. La troifiéme efpece de Bruyère que 
l'Efclufe met , refemble fort à la féconde , {mon qu'elle eft 
vn peu moindre , ayant les fueilles vn peu plus grandes , &£ 
plus larges , &c plus noires , qui fortent quatre à quatre à 
l'entour des branches ; comme aufli fes fleurs fortent en 
grand nombre tout du long des branches , femblables aux 
deflfufdites , premièrement vertes, puis après blanches pur- 
purées. Elle eft aufli toute aftringeante. Il y en a grande 
quantité au deffus de Vlisbonneparmy les deftufdites : tou- 
tefois il s'en treuue en pluiieurs lieux. Elle fleurit en Dé- 
cembre &: en Ianuier. La quatrième efpece eft celle mefme 
que nous auons aufli mis au quatrième rang , qui eft fort 
commune par toute l'Efpagne /Portugal , 6c en Gafcongne, 
& mefmes en Languedoc , pource qu'on s'en fert princi- 
palement à faire des ramaifes. Elle fleurit au printemps 8£ 

après 



?. de l'Efdu- 
fe. 



4- de ÏEfclu- 
fi- 




De la Bruyère, Chap. XXXIiL 1 5 9 

Bruyère l V. de l'Efclufe. Bruyère V. de l'Efclufe. 





Bruyère V I. de l'Efclufe. 



après l'hyuer. Il s'en tréuuevné aux montagnes d'Hongrie quafi toute femblable , ainlî que die 
l'Efclufe ; mais beaucoup plus petite, qui n'a pas le plus fouuent plus d'vn pied de hauteur ^ &: eft: 
quafi toufiours couchée fur la terre; dont les fueilles fortànt aufîî quatre à quatre à l'entour des 
branches , & vis à vis l'vne de l'autre. Sa fleur fort au bout des branches toute femblable à l'au- 
tre , & de couleut verte , Se produit fes petites te(\:es fueillucs au mois d'Aouft & en Septembre. 
La cinquième eft moindre que les deilufdites , &c n'a pas pour la plus part plus d'vne coudée de 
hauteur. Elleiette pluïieurs branches grailes , defquellcs il fort des petites branches trois à trois , ... ■ 

par certains interualles, qui font eUulronnees de fort petites £- 
fueilles , qui fortent par ordre auffi trois à trois. Ses fleurs 
font vu peu plus grandes qiie celles des cy-deffufdites,& en 
grand nombre , attachées à des queues longues tout autour 
des branches , de couleur de pourpre défia déteinte. Elle 
croift en Portugal en des lieux non cultiùez au deffus de 
Lisbonne^ Elle y fleurit au mois de Décembre. La fixiefme g ^m c ^, 
luy retire fort , toutefois elle eft moindre , &c n'eft pas bran- fi. 
chue , ains elle iette fes verges dés la racine , fimples , cou- 
uertes d'vne efeorce grifaftre;enuironnées de quelque com- 
mencement de branches , ou bourjeons , qui fortent trois à 
trqis par certains interualles ; & font compofez de pluûeurs 
fueilles qui fortent toutes à la fois , pluftoft noires qu'autre- 
ment.Scs fleurs font creufes,ayans la mefme figure que cel- 
les dont nous venons de parler ; de couleur de pourpre fore 
chargée , &: fort belle , qui font attachées à des longues 
queues tout en rond au fommet des branches. Elle croift: 
en la vieille Gaftille en Efpagne,& en France auffi aux enui- 
rons de Paris , & en Angleterre autour de Vindelifore, EÏle 
fleurit au mois de Septembre. La feptiefme eft fort bran- p & fsfcùh 
ehne. Ses branches font longues enuiron d'vne coudée, 
frailes, &: ont l'efeorce pliis noire que les autres ; les fueilles- 
femblables , mais plus noires &: plus groffes , anec vn gpuft 
vn peu chaud & aftringeant , arrangée trois à trois autour 
des branches. Elle fait vn fruicl: en Septembre & Octobre, 
différant d'auec les autres,attaché au fommet des branches, 
qui eft fort beau à voir, blanc, &: reîuifant, & qui rçfçmble, 
Tome premier* O i tant 




1 6 o LiurelL de FHiftoire des Fiantes, 

Èruyere V H. de l'Efclufe. Bruyère V 1 1 L de l'Efclufe 





S. de l'EfcIu- 



9 . del'Efilu- 



Les vertus- 
Liu.i. cioo. 
Liiire 6. des 

fîropl. 
Liure 7 
Liu.ij.c.zo. 
Liu.z4.c9. 

Liure î. de 
Diefcc.ioo 



tant en ia couleur, qu'en la forme aux perles plus obfcures, eftant plein de fuc,& d'vn gouft afpre, 
dans lequel il y a pour la plus part trois petits grains. Il deuient fec au mois de Nouembre , & 
tombe de foy-mefme. L'Efclufe dit qu'il ne fçait pas fi cette plante fleurit ; mais que ceux du pais 
luy afTcuroient que non. Or celle-cy eft fort différente d'auec celle que Matthiol dit qu'elle 
porte fruict , & qu'il appelle Baccifere. Il dit auffi n'en auoir point veu ailleurs qu'en-Portugal au- 
près d'Vlisbonne. La hui&iefme peut auoir vne coudée de hauteur , &: auffi fort branchue , &: a 
des branches fort petites, fortans trois à trois des plus groffes par certains interuallcs Les fueilies 
font auffi trois à trois: toutefois elles font plus petites que celles dont nous auons parlé cy-deffus, 
vn peu blancheaftrespar deffous , heriffées , &ayans vn gouft aftringeant. Les bouts des bran- 
ches font parez de fleurs qui fortent par certains interualles à l'endroit par où les fueilles forcent, 
trois à trois enrond,diftantes également l'vne de l'autre, &c toutes tournées d'vn coilé,plus grandes 
que celles des autres efpeces, creufes, de ayans le ventre vn peu plus gros, de couleur rouge tirant 
furie pourpre , dont il y en a neuf , où douze, ou quinze, ou bien dauantage. On en treuue le 
plus fouuent parmy la feptiéme efpece , aux lieux fablonneux de Portugal. Elle fleurit en Octo- 
bre. Sa femence elt comme celle des autres excepté de la feptiéme efpece , petite & noiraftre. Là. 
neufuiefme n'a pas les fueilles beaucoup difemblables d'auec cefte-cy ; & croift en plufieurs lieux 
de Brabant, &: en la vieille Caftille, ne iettantfes branches que de la longueur d'vn pied , minces 
&: rouges tirant fur le noir , enuironnées de plufieurs fueilles , difpofées quatre à quatre paren- 
femble , plus eftroites que celles dont nous venons de parler , &; plus petites que celles du Thira 
commun, heriffées. Au fommet de ces petites branches il y a le plus fouuent cinq ou fix fleurs 
iointes enfèmble , quirefemblent à celles du Muguet, toutefois elles font vn peu plus longues , Se 
n'ont pas fi gros ventre , que celles de la huidiefme efpece , de couleur rouge , tirant fur le pour- 
pre blaffard, & quelquefois blanches. Elle fleurit au Printemps, &c en Automne. Voilà les efpeces 
de Bruyère dont l'Efclufe a fait mention. Venons maintenant aux facultez de la Bruyère. La fleur 
&: les fueilles de la Bruyère , dit Diofcoride, appliquées en emplaftre , gueriflent les morfures des 
ferpens. Selon Galien , la Bruyère a vertu de refoudre par tranfpiration. Paulus adioufte qu'elle 
fait cela fans aucune mordication, ou acrimonie. On vfe principalement des fleurs & de la fucilîe. 
Pline dit, que la Bruyère eft bonne contre les ferpens. Il dit auffi que la fueille de Bruyère eft con- 
traire aux Serpens. Selon Matthiol la décoction de la Bruyère commune cuite en eau beuc' tieâe 
foir &c matin au poids de cinq onces trois heures deuant le repas par f efpace de trente iours , efl 
fort bonne pour rompre la pierre delà veffie , &: la ietter hors ; mais après cela il faut que les mala- 
des fe baignent en la mefme décoction, &c qu'ils s'affeent dans le bain fait de ladite décoction , & 
le fouuent réitérer. Or Matthiol afîeure qu'il en a conneu aucuns qui ont piffé la pierre de la vef- 
fie en pièces , fans prendre autre chofe que la décoction fufditce , gardans cependant vn boa 

régime 



De l'Airelle. Chap.XXXlV. 161 

régime de viure. La décoction des fleurs guérit la douleur des reins & duventre. Le fuc des fueil- 
les guérit la débilité de la veue, il on en diftile dedans goutte ;\ goutte. Rondelet vfoit auec grand 
fuccés de l'huile fait des fleurs de Bruyère pour guérir les dertres laides, inueterées &: qui couurcnt 
tout le vifage. Les Couiînes de marais, félon Dodon, appaifent la foif, &. fontbpnnes pour la cha- 
leur des fieures , &: pour l'inflammation du fang , & des parties intérieures. 



De l'Airelle. 



CnAP. XXXIV. 



»sr?< 



SlaSÇS 'Airelle eft appclléc en Latin Vitis idea. Elle croift , ainfi que dit Theophrafte, 
eH«&I en ce quartier du ment Ida, qui eft appelle Phalacras. C'eft vne plante branchne, 
%0t <k qui iette des verges Se petits rameaux de la longueur d'vne coudée,ou enuiromau cofté 
** dcfquels il y a des grains attachez , noirs , de la grofleur d'vne feue , doux , qui ont 



Le nom,"* 
Liure 3. de 
Thift.ch.17. 
Lafirme. 



Hermol fur 

Pluie 

Liu.ij.ci?» 



vne choie dedans qui refcmble aux pépins des raiiins , tendre : la fueille ronde , qui n'eft aucune- 
ment découpée , &: petite, Pline a ainii traduit ce paflage : A l'entour de Phalacra il y a vn plant, Liu.i 4 .ch. $ 
cation appelle Alexandrin , qm ejl petit , ejr ne iette point Jon bois pins d'vne coudée de long. Le grain, 
qù il produit efi noir , de la grojjeur d'vne feue , au dedans duquel il y a vn pépin tendre. Son rai fin 
ejl tortu , érfort doux , & a vne fueille ronde, qui nefl aucunement déchiquetée A\ appelle plant Ale- 
xandrin ce que Theophrafte appelle ideen , non pas à caufe d'Alexandrie d'Egypte , mais à caufe 
d' Alexandrie de Troade près du mont Ida. Ainii aufli appelle il Figue Alexandrme celle que Theo- 
phrafte appelle IiLenne. Or il ne croift pas de ce fruict aux enuirons du mont Ida tant feulement, 
mais aufli aux montagnes d Auucrgne , aufquelles il ne croift point d'autre bois, eftans comme 
chauues , où il y en a grande abondance. Quelquefois aufli il en croift parmy les bois. Ceux du 
pais l'appellent Airelles : les italiens Vua d'ell'orfo : les Allemans tfeidelbcer. C'eft vne petite plan- 
te, quia plusieurs branches , quelquefois d'vne coudée de long , quelquefois moindres i les Vieil- 
les ronefes , de couleur verte fort chargée , femblables à celles du Bouïs ou du Myrte, qui tombent 
comme celles des autres arbres à leurrée de l'hyuer , & fortent au printemps des mefmes bran- 
ches. Elle a des petites fleurs rondes, creufes,qui fortent à l'entour des branches parmy les fueïîles. 
Ses crains font ronds , faits en façon de nombril. Us font du commencement verts . mais eftans 
meurs ils font noirs , pleins d' vn fuc qui eft fort noir , &, d'aflez bon gouft. Sa racine eft longue, 
graile , fouplc &: pleine de bois. Il en croift emmy nos fôrefts , en terre afpre & maigre , es lieux 
efleuez & expofez à tous vents. Anguiilara l'appelle Raifin d'ours. Dodon l'appelle Vaccima nigra y 
ou Confines mires , à caufe des petites bayes : car il y a de docies perfonnages qui eftiment que le 
mot Facciriiacttvcnu de ce que les Latins appellent Baccx, comme qui éiwit Baecmia s toutefois il 
n'entend pas que ce foit ce que Virgile appelle Vaccima nigra, Il dit aufli, qu'en quelques lieux de 



Le lieu, 

Liu é.chll. 



VtAïrelle. 



Vêtit Myrte- <£A v emagne 





terne premier, 



O 3 France 



i6l Dure 



Y 



ire des riantes, 



A ,: x îaidins 
d'Allemagne 

Le temps. 

Le tempéra- 
ment & les 
vertus. 

Vêtit Myrthe 
d'AllemBpic. 



Frauce on l'appelle Confines, Aucuns eftiment, que la Vïtis idaa foie le plant qui porte cefte forte de 
failîn fecquel'on appelle communément Raifinde Ccrinthe. Mais, ditGefnen s. ce raifin là qui eft 
û excellent,ne croift pas au mom Ida,ny aux autres montagnes hautes,& couuertes de nege:mais en 
la plaine ou en des coftaux expofez au (bleil , eftant bien diligemment culciué. L'Airelle fleurit au 
mois de May. Son fruicl: eft meur au mois de Iuin. Il eft refrigeratif au fécond degré, aftringeant &; 
vn peu deficcatif I 1 eft bon aux fleures chaudes &: bilieufes mangé cru,ou cuir,auec Ou fans fucre,&: 
contre la chaleur de l'eftomach , & pour l'inflammation du foye,& autres parties intérieures. Il re- 
ferre le ventre,& ofte i'enuie de vomir. Or le Myrte d'Allemagne,dont Lobel donne le pourtrait eft 
bien différant de l'Air elle, encot qu'il ait les fueilles ainii découpées & de mefme grandeurJla fleut 
&: le fruicl: du tout femblables , duquel Matthiol eferit ainfi : En Allemagne ejr Bohême , dit-il , les 
Apothicaires fe <voyans depourueus du vray Myrte en ont treuuévn autre aux fore fis, qu'ils ont appelle' 
Myrtillm. C'efi vn arbriffeau de la hauteur d'vne coudée , ayant le tronc ejr les branches vertes , les 
fueilles comme celles du Bonis , plus minces , ejr vnpeu découpées a l'entour ; les fleurs faites en faconde 
cloche , pendantes de leurs queues entre les fueilles, de couleur rouge afire,auec des filets rouges dedans. 
Apres les fleurs vient le fruicl, lequel e fiant meur efi de couleur ejr de grandeur femblable aux grains de 
Geneure, plein de vinifiez, tendre, ejr fait en façon de nombril. Les Allemans vfent de ce fruicl & de 
toute la plante au lieu de Myrte, non fans efficace: mais principalement pour teindre du filet , ejr du 
papier en bleu. Les paifans aujfi en mangent : car il efi d 'affe\bon goufi. Voilà ce qu'en die Matthiol. 



De laRjcme d'lda y 



CHAP. XXXV, 



Le nom. 



La forme. 



Lui. 6. ch. il. 




Racine d'Ida. 



Liu.^ch.^o. 



Liu 17 en. 



Liurc g. des 
fî.Tipl. 



Vcvns eftiment que cefte plante foit la Racine d'Ida , ou vne efpece de Vigne d'Ida, 
laquelle eft du tout femblable à la précédente , quant à la grandeur , &: aux branches, 
fi ce n'eft que fes fueilles font plus grandes, plus dures , femblables à celles du grand 
Bouïs , &: qui ne tombent pas en hyuer. Ses fleurs font blanches , rougeaftres , lon- 
gues , rondes , dont il y en a plufîeurs enfemble au fommet de branches. Il fait vn fruicl: rond, qui 
n'eft guieres différant d auec le précédant ; toutefois il n'a pas tant de fuc , Ôc eft afpre au gouft , &: 

aftringeant. Sa racine eft ligneufe & longue.. Dodon l'ap- 
pelle Vaccinia nigra. Lobel &: Pena l'appellent chamxrtio* 
dodendros odorante. L'Efclufe l'appelle T/^wy/: les Italiens 
le nomment Rododaphne petit , ejr fauuage : aucuns Baume 
d'Italie vulgaire. Guillandin l'appelle Therionarca de Pline. 
La Racine d'IdaAk Diofcoride,/* les fueilles comme le Rufcus, 
près defquelksfortent des petits tendrons d'où fort la fleur. La 
racine a vertu de re ferrer , ejr efi bonne quand il efi befoin de 
retfrainire. Prmfe e nbre image } elle re ferre le ventre, le flux 
des femmes, ejr tout flux defang. Pline âit,que l'herbe ideen- 
ne a les fueilles femblables au Brufc, auf quelles il y a des ten- 
drons attachez, , qui portent fleur. Elle efi fort propre a re fer- 
rer le ventre , ejr refiraindre l'abondance du flux mensiruel, 
ejr pour efi ancher tous flux defang-.aujfielle efiejfit & refiraint 
de fa nature : car il y a ainfi au vieil exemplaire. Ce qui s'ac- 
corde fort bien auec ce"que Diofcoride,endit/fmon que Pli- 
ne appelle herbe ce que l'autre appelle racine ; àc qu'il dit les 
menfirnes, àfonaccouftumée -, au lieu de dire le flux de s fem- 
me s. Galien dit , que la Racine d'Ida eft fort afpre au gouft, 
&: monftre bien fon afpretc par effeft : car eftant prife en 
breuuage ou appliquée deifus, elle arrëfte le flux de ventre, 
les dyfenteries , le flux des femmes & autres maladies fem- 
blables. Orpuis que toutes ces chofes conuiennent fort bien 
à la plante qui eft icy peinte , nous ne fanons pas peut eftre 
mis icy mal à propos , pour la Racine a Ida. Elle croift aux 
plus hautes montagnes deDauphiné,iectantfes petites bran- 
ches çà de là par deffus la terre. 




Çoggygrid de Theophraflre-» 



CHAP. XXXVI. 



I : ure 5. de 
lllift. ch.ï$. « 
Le nom. 




Heophraste fait mention d'vn petit arbre,qui refemble l' Arboufier &: l' Adrachne, 
difant qu'il n'y a point d'autre arbre qui ait ce qu'il a, c'efi que fon fruicl fe perd en pa- 
pillotes. Auquel paflàge Gaza lit x^KKVft^iuv , & l'interprète Peunier : mais ie croy 
qu'iis'eft trompé , n'ayant pas pris garde à vne lourde faute qui eft au texte de Theo- 

phrafte, 



De la Coggygria. Chap.XXXVI, 1 6% ' 

phrafte laquelle il deuoit corriger par l'authorité de Pline, qui l'appelle Coggygria> bù Coggyria. Or l****i êi * 

Theephrafte après anoir parlé de fArboufier , & de C Adrachne adioufte : La Coccymile a lesfuetlleS 

jemb labiés a ceux cy.maù cefl <vn arbre plus petit. Il acecy de particulier, que fon fruit? fe fera en fa* 

pi Ilotes, ce que nous n auens point ouy dire d'aucun autre arbre. Mais Pline après auoir traitée de l A* 

drachne dit ainfi : Le Coggygria a les fueilles toutes femblables, toutefois il ejlplus bas. Sonfuiçlfe 

perd enpapllottes , te quinaduient à autre arbre quel quilfoit. Aufîi n'y a il chofe plus abfurde, 

que de dire , quele Prunier eft vn arbre, duquel le fruicl: fe perd en papillotes, ou en bourre. Peut 

eftrç que ceft arbrifleau pourroir bien eftre le Cotmus de Pline , lequel a aufl] le mefme nom en 

Italien , comme il fcfa ditcv après Neantmoins il ne laiifera pas d'eftre le Coggygria deTheo- 

f iuatee 5 comme pluiieurs cilimcnt , d'autant que (on fruict. s'en sàzn papillotes > ce que Pline dit 

luy eftre particulier. G eft vn arbrifleau, lequel eft quelque- £ * fi*&*> 
Covgygria de Tkewhrafte , Coùnus fois bas , Se par fois il deuient auiTi haut qu'vn Grenadier* 
dz Vlinc. ayant plufîeurs racines de moyenne grofleur, les branches 

pleines de petits feions ,couucrts d'vne efeorec rougeaftre, 
la fucille comme celle du Terebinthr, pouîpuc , &£ efpcfle 
comme celle de l'Arbousier, lifle, & vn peu déchiquetée, 
mais moins aiguë , & pleine de veines , plus large Se plus 
grande. Ce qu'il refemble ainfi au Terebinthe en a trompe 
quelques vns,qui pour cefte raifon ont eftimé que ce fuft le 
Terebinthe de Macédoine. Sa fleur du commencement eft 
faite en façon de-grappe, de couleur de verd-obfcur ; en fin 
elle soutire en fiçon d'vn ef uentoir à chafTer les mouches, 
&c fe perd citant pleine d'vne cheuelure menue" , qui ne re- 
tire pas mal aux.pennaches que l'on met pour voleter fur 
les mordons des foldats. Parmy la bourre de ces papillot- 
tes il y a des grains noirs , qui font faits en façon de cœur. 
Il en croift aux montagnes de Dauphiné en des lieux qui **•'*** - 3 
font à l'abril, montueux, Se afpres, qui toutefois, ne font pas 
fort hauts , ny couuetts de neige. En aucuns lieux il croift 
parmy les Terebinthes , petits , bas , Se tortus , tels que 
Theophrafte eferit qu'il en croift fur la croupe des mon- 
tagnes d'Ida & de Macédoine. Ses fueilles, fes fleurs, & {es 
tendrons eftans broyez ont vne odeur de refîne comme le 
Terebinche,qui n'efl pas mal-plaifante. Leurgouft eft afpre 
& fort aftri;-geant,&: allez bon. Ceux de Die en Dauphiné £«*jcr*i 
l'appel let en leur langue Rbu,Sc fe feruent de l'efcorce à cou- ge ' 
rover les cuits,dont aucûs ont eftimé,que ce fuft le Rhu des 
Tanneurs.Ceux cie Grenoble vfent de fes fueilles & tendrons pour teindre les toiles en noir, dont 
ont fait des garderobbes pour les femmes pour contregarder leurs robbes de l'ordure Se delà 
poufikre. Les Sauoyards vendent l'arbre tout entier ou les plus groifes branches après en auoir 
ofté l'efcorce,& appellent ce bois là du FuBct, duquel on fe fert pour teindre les draps en couleur 
iaune ; car aufli eft-il iaune. Ceux qui habitent au pied de l'Apennin l'appellent Rojfolo s mais ceux 
qui habitent à la cime du mefrae Apennin , l'appellent Scotano , Se voulans dénoter vn qui a la. iau- 
niile , fis difent qu'il eft plus iaune que le Scotano , expfimans par ce moit le Cotinm que Pline dit Liu.ié.c,is< 
auoir le bois rouge comme pourpre , lequel eft propre pour faire des barres en marqueterie > com- 
bien que ce paflage eft fort fufpedt. d'y auoir de la faute : car la couleur iaune que l'on fait de ce 
bois eit bien différante de la couleur rouge , finon qu'il faille entendre cela de l'efcorce qui eft 
rougeaftre, ou tirant fur Ja couleur de pourpre , car pour cette caufe il eft appelle Rojfolo , de la 
couleur des Rolès. Or pluiieurs doutent, à fçauoir- mon s'il n'y a que ce feul arbre,duquel le fruicl: 
s'efuanoùiilc en papiliottes , veu que la graine du Rofage eft enclofe en des go ufTes pleines de 
bourre. 





De la Joubarbe. 



CRAV. XXXfll. 



Es Simplicités eftiment que ce foit cette plante p.ppdléc Barba louù, de ^"'Sj'JJ^. 
quelle Pline fait mention. Et pource que les Apothicaires appellent £ Aï^oon- 
'Barba louis, ou Toubarbe, aucuns ont auffi appelle cette plante îoubarbe arbre* 
pour la distinguer par ce moyen d'auec l'herbe qui s'appelle aufïi Ioubarbe. 
C'eftvn petit arbrifleau , qui a pluiieurs branches. Il peut auoir la hauteur La f»ym«< 
d'vn homme : les branches fort efpefTes ; les fueilles comme Je Lentifque , de 
couleur argentine, difpofées en telle forte qu'elles croiflent efgalement deux 

O 4 à deux 



164 



ïure I !. 

La lûuharbe. de Dalccbamp. 



l. & 5 
Gcor'ç. 



acs' 





de i'Hifbire des Plantes, 

à deux par les codez ; mais nu bout de la branche iî n'y en a 
quviic feule. Ses branches font bien propres pourfaire des 
ouurage's de verdure : car elles (ont efpelfes en arrondifhmt. 
Il feroit bon voir celle plante, fi on la plantoit aux iardins 
pour en garnir les carreaux & allées de mefme qu'on fait de 
la Lauande. Elle porte plùfïeurs fleurs au foramet des bran- 
ches, entaffées comme en vn monceau , iaunes coume celles 
du Geneft ; ce qui s'entend de chafeuneà part de tout le 
monceau. Elle croift en lieux pierreux près de la marine,fm- 
guîierement aux montagnes qui font près de la mer. Cefte 
belle plante croift en la montagne appellée Cap-de Se flexion 
guieres loing d' Agde & de Béliers. Anguiljara dit qu'il en 
croift fur la montagne Noire , qui eft près de Liuorne ; ô£ 
qu'elle aies fueilles difpofées enordre,blanches,& reluifan- 
tes comme celles des Lentilles > mais plus eftroites > les bran- 
ches ailées à plier, &C qu'elles fait des fleurs iaunes. 

Del'Arboufur. Cil AV. XXX V\ IL 

'Arbovzier appelle en Latin Arbutus , eft vn 
J arbrifleau , &C quelquefois vn arbre. Virgile appel- 
"si? le fon fruid Arbutum, difant ; 

— Cum iam glandes atque arhutafacrx. 

Dejicerent fllua. 

En Grec on l'appelle Comaros > & le frni£t pt[A.oÛKvXov : en 

Arafe Wniladib: en It-a hen Albatro : en Efpagnol Madronho , ou Madromeiro. Le fruid s'appelle 

en François Arbcu&es. LiJàrbpufyereÛ vn petit abre de la grandeur d'vn Coignier.L'efcorce de (on 

tronc eft rougeaftre, afpre, &: efcailieufe,de laquelle fortentles branches plus rouges, 6c plus liiies, 

fpecialement lors qu'elles fent encor tendres. Ses fueilles 
refcmblent à celles du Laurier , eu de l'Yeufe > toutefois 
elles font vnpeu plus courtes , plus greffes , & ne tombent 
iamais. Elles font dentelées tout à l'entour en façon de 
feie ; de couleur pafle , pluftoft que verde , &£ ont vne cohe 
rouge , laquelle trauerfe la fueille par le milieu tout du 
long. Ses fleurs font petites , blanches , &c craries , de mef- 
me façon que celles du Muguet , pendantes en forte de 
grappe. Son fruidfc eft petit , rond , de la grofl^ur d'vnc 
i'orbe : du commencement il eft vert , puis après il fe fait 
iaune : en fin eftant meur il deuient rouge , vn peu afpre au 
toucher : n'ayant point de noyau dedans comme les Frai- 
Ccs aufquelles auiîi il refemble. Il a vn gouft fade , &: afpre 
tout cnfemble. Quand on le mange il pique la langue & 
le palais auec ie ne fçay quoy qui eft en fa chair , qui eft 
comme paille & areftes. Il femblc que Diofcoride n'en 
dit pas tout de mefme , quand il dit, que c'eft vn arbre fem- 
blable au Coignier , ayant la fueille mince , le frui& gros 
comme vne prune , fans noyau au dedans ; que les Grecs 
l'appellent Memecylon. Eftant meur il eft iaune ou rouge, 
plein de bourré , &: de paille quand on le mange. Mais 
quand il compare L Arbou^er au Coignier , il faut plus en- 
tendre cefte comparaifon de la grandeur du Coignier , que 
des fueilles &c de l'efcorce du tronc. Il eft aufli à craindre, 
que ceft endroit de Diofcoride ne foit incorrect : car Sera- 
pion , qui a emprunté de Diofcoride toute la defeription de 
ceft arbre, ne le dit pas eftre en tout & partout fcmblable au 
Coignier ; mais feulement qu'il a les fueilles moindres que le Coignier : & ne dit point qu'il ait les 
fueilles minces. Aucuns interprètent ce mot A«7ï?<3<£utfu>y,non pas ayant la fueille mince , mais eftroi- 
te. Pline compare à bon droit les fueilles du Citronnier ou Orangier aux fueilles de l'Arbousier. 
Un ix.ch .,. Theophrafte le deferit imfv.L' Arbousier, qui porte lefruicl appelle 'Même c) <lon, qui efl bon a manger, 
H! X t$. n eft pas fort grand. Il a Ce force menue comme celle au Tamarifc , la fueille moyenne entre celle de 
(Teufe,& du Laurier.il 'fleurit au mois de Juillet Ses fleurs set attachées cnseble Àvnequtuë far le bout 

d'embas 



Lafornte. 

t'w.b. ch. 
i,R.!iure i. 
de Diofc. 
Dod.Mî au 
hu 6. ch j-j. 



V Arboujhr. 




des 




De l'Arbouzier. Chap.XXXVilî, 1 6 5 

â'embas en façon de grappe. chaj lune eflfemblable a vn grain de Meurt e , vn peu longuette , rjr de 
me/me grandeur fans fueille s , creuje comme vn œufvuide , la bouche ouuerte, Quand il de fleurit , la 
queue mefme de lafeur fe perce. Ce qui rejle après qu'il efl defleuryfe treuue mince comme vnpèfona 
l' entour d'vnftféau^ou comme le chapiteau d'vne colomne à la dorique. Le fluicl demeure vn an a meu- Liii.ij.c.M* 
tirade forte qu'il y a lefruicJ meur & la fleur tout enfemble.Les Frai fessait Wmt,ont vne autre chair 
ejr les Arbouses vne autreicarcefeul arbre a le fruiéi femblable aux f miel; s des herbes.C'cR. arbre eft 
fort branchu , & on y treuue toufïours du fruicT: meur auec les fleurs : mefmes on le cueillit deuanc 
que les Fraifcsxar il n'y a quafi rien ii femblable à l'Arbouse, que la Fraife. Pour cefte caufe quand 
Ouidc fait mention desFraifes de montagne,aucunsdifent qu'il parle des Arbouses M qu'il lesap- Ea la cor- 
pelle ainfi pour les diftinguer d'auec les Fraifcs qui viennnent en terre.Or pource que Theophrafte rea luI liin * 
a autrement &: mieux defcrit/'y^0«z.^T,aucuns eftiment qu'il parle d'vn autre Arbousier différât 
d'auec celuy de Diofcoridc.Mais félon l'aduis des plus do6tes, c'eft vn melme arbre,affauoir celuy 
que nous auons icy peint. Les anciens auiïi ont efté en difpute touchant fon fiuicT Diofcoride & ^^. 7 & îiu 
Theophrafte comme il a deiiaîefté ditj'appellent Memœcylon\ç.Çcmç\s il femble que Galien ait fuy- z.des med c. 
ui.Car en plufieurs endroits il i'appclle Memœcylon.Vlmc appelle 1 arbre & le fruiâ; Vnedo Vnedo,âit- J^&Tîï.z. 
il,efl vnfruicJ qui nefl point cHimé,qui a efl é ainfl nommé a caufe que l'onnenfçaurûit manger quvn. desalim. 
'toutefois il a double nom en Grec, a feauoir Comarus, & Memœcilus dont il appert que nous enfaifons £| tt * f * x +• 
tout autant d'efpeces : car nous l'ape lions aujfi Arbutus. Suytiant qiroy Pline attribue à vn mefme ar- u ^ deJ 
bre 
d 

dit m 

vne plante affréter pour mieux dire,vn Vommier faiiùage. Les p ai fans d'Italie l'appellent Vnedo. Il en 
croift a force en Calabre. Sonfruicl efl aflre, contraire a CeHomach, ejrfait auoir douleur de teftc.car 
il a vne certaine qualité eHr ange méfiée. Et en vn autre endroit il fait tout notoirement différence, 
entre le Memaxy lus & t Vne do, difant, & la plante qui forte les Epimelides. Or on appelle cefruïB la 
en Italie, Vnedo. Il efl contraire a teHomach, érfait douleur de te fie , & efl mefueilleufemen-t aflre^ ; ^ 
ayant toutefois quelque peu de douceur. Peu après il adiou kz:Lc s faïfans mandent communément des aIim# * 
Cormes, rjr dufrutci de la <"Rpnce, des Glands, & des Mem&cyles ; ainfl s appelle lefruicJ du Comarus. 
Paulus a aufli fuiuy Galien. Parquoy il eft certain,que l'Epimelis efl vn arbre qui s'appelle en Italie UaK 7> 
Vnedo, comme aufli fon fruift : &c C Arbutus vn autre; le ftui& duquel eft appelle par les Grecs Me- 
mœcylus.Peut eftreque Pline aprins ces arbres pour vne mefme chofe ; à caufe qu'ils font fembla- 
bles en Vertu. Il appert donc par ce qui a efté dit cy deiïus,que ce que Ruel dit,que Galien & Pau- 
lus ont eferit que l' Arbutus &: Comarus s'appelloient en Italie Vnedo,comme auffi leur fruiel:,eft faux. Lia 1 ch.20 _ 
Et mefme ce qu'il dit en vn autre endroit , que felori Galien &c Paulus , Epimelis eft vne efpece ' 
d'^Arbutus qui eft appelle en Grec Comaros , aufquels ils ont attribué vne mefme vertu , adiouftant 
que les Grecs appellent fon fruidl Memœcylon.Cw ils ont tout clairement fait diftinftion del'Arbu- LlUI - c 97 ' 
tus d'auec l'Epimelis,& en ont traitté à part. Et combien qu'ils foient tous deux femb labiés en ver- 
tu, fi ne s'enfuit il pas pour cela, que ce foit vne mefme pîante. Car il y a beaucoup de plantes bien 
différantes l'vne de 1 autre, lefquelles font toutefois femblables en vertus.Ôr nous dirons que c'eft 
qu Epimelis en traittant du Nefflier.L' Arboufler croift en grande abondance aux forefts d'Italie,& de 
Languedoc.Belon dit,que les Arbousiers croifTent fort grands au moiit Athos,ati lieu qu'ailleurs ce nm. 
ne font qu'arbriffeaux. Iuba a laifle par eferit, félon ce que Pline en dit , qu'il en croift en Arabie Jg»J; £ 
de la hauteur de cinquante coudées.Il fleurit en Iùillet & en Aouft.Son fraid eft meur en Septem- 4> , . 
bre & fur l'entrée de l'hyuer, lequel par fa froidure eft contraire à l'eftomac, ainfi que dit Diofcori- ^'J^ 1 *' 
de : & fait auoir mal à la tefte. Galien en dit de mefme -X Arbouz.ier^ dit-il,^/? A' vne qualité a fpre. & Le tempera* 
auJfifonfruic7,quon appelle Memacylon. Il efl maUuais à Ceflomach, & caufe douleur de tefleMeCmcs ^à te 
il deffend de manger du fruid de l'Arbouzier lors que Ton a douleur de tefte. Aucuns eftiment, -AumcCHéà. 
dit Matthiol que C Arboufler foit fort bon contre la pefte. Ils font diftiler de l'eau des flieilles, y ad- tia. 7. des 
iouftantdes os,que l'on treuue au cœur de Cerf, & en baillent à boire au commencement à ceux Lipre \ t des 
■ qui font frappez de pefte. Les Griues 6c les merles aiment fort le fruid de l'Arbousier : auflîles medic^eâ 
chaffeurs les prennent bienaifément par ce moyen en hyuer, lors que ce fruid eft rheur. Les ehe. Au rae Q- cu 
tireaux font fort frians des fucilles,felon ce que Virgile dit: 

Lapluye efl bonne aux bleds J 1 Arbousier aux cheure aux* 

Ecïog.j. 

Du Comomllierfimelk, CHA?. XXX. F lit 

Heophraste appelle le Comouillier femelle $titoK&và*i&£ d'autres .^^«e^»«*, c'eft à ^^ eJi 
dire Comouillier faux: les autres l'appellent autrement,^ mefmes ne font pas d'accord de m y«x*r 
- la plante du Comouillier femelle : car ofi en monftre diuerfes fous ce mefme nom. Le Cor- 'J*^£ ^ 
wuillier femelle, dit Ruel, croiflparmy les bois & buiffons; mais pource qu'il porte vnfruiclqui nefl Liu} . c .i<* 
pas bon à manger, le s p ai fans ne le daignent pas appeller Comouillier. Gemerus a adioint a l arbre 







Liure 3. des 
Plant, c.xb. 



Chap.3 6. 

Liu.} th.%7. 

Aux iardins 

d'Allemag. 

Emb.^i. 

liuie r.dc 

Diofc. 

Aux filu.ch. 

30. 

Liu 6.c. fi- 

Liure 1. des 

obferu.c j6. 



Lu forme. 



Le lieu. 
Le temps. 



Liu.z 



liurio.c 10. 
Liu 19 c. 57. 

Liure t. de 
riofcc.13;. 



Le Cournouiïier jemelle. 



1 6 6 Liure II. de l'Hiftoire des Plantes, 

que Cordus appelle Pfeudccrania, & qu'il deferit fous ce nom , la figure de la plante laquelle Tra- 
gus dit eftrc appellée en Allemand Hartriegel, à caufe de la durté de ion bois. Le mefme Geiherus 
au mefme lieu met en doute , lice pfeudocrania de Cordus eft peint l'abriffeau , ou plante que les 
Allemans nomment Hartriegel, 6c que Pline appelle Virgafanguinea. Aucuns doues peribnnages 
eftiment que ce Toit le Cornonillier femelle : mais vn peu après Cordus deferit vn autre Cornouiller 
femelle, auquel Gefnerus a adioint la figure du Cornonillier fuyuant la description de Tragus. Le 
mefme Gefnerus dit, que la plante que Pline appelle Virgafanguinea, laquelle croift par tout par- 
my les bui/fons, eft le Corwuillier femelle, iuyuant l'opinion de quelques vns.Cornarius eftime,que 
ce que les Allemans appellent Emlbeerbaum , & Eaulhotz,. foit le Corwuillier femelle : mais il eft 
mal- aifé de cognoiftre s'il parle de t Aune noir de Dodon , duquel nous auons traitté cy delïus > ou 
bien s'ilentond le Eaulbaum de Tragus j qui a prins fon nom de ce qu'il a vne odeur & vn gouft lï 
puant. Dodon eftime que le Pfeudocrania de Cordus foit le Corwuillier femelle , 6c fauuage, 6c l'O- 
^«/«/deColumelle.Ilfembleque Belon ait prins le Corwuillier femelle 6c le Sanguin pourvnc 
mefme plante , quand il dit : L'arbre que les ^Macédoniens appelaient iadis Cornouiller femelle , & 
que les François fuyuant le mot Latin appellent des Sanguins, croijl en la montagne appellée Caflagna, 
laquelle efl entre la ville de Philippe s & de Caualle, r où il dénient quafi aujfhaut que nos C&rnouilliers 
malles. Nous parlons donc icy de la plante que Tragus appelle Hartriegcl ; Cordus Pfeudocrania> 
Dodon Cornonillier femelle , & fatwage; 6C que Columelle appelle Opulus. Le Cornonillier femelle 

eft vne plante qui ne croift pas à la hauteur d'vn arbre; dont 
le bois du tronc,& des vieilles branches eft fort dur.Lç> peti- 
tes branches nouuelles font pleines de neuds,& de moelle en 
façon de Sureau.Ila les fueilles comme le Corwuillier ma/le; 
la fleur blanche , qui croift en des efmouc nettes. Ses grains 
font ronds , verds au commencement , & puis noirs quand 
ils font meurs. Il croift emmy les hayes&: huilions auecles 
autres arbrifîeaux. Il fleurit au mois d'Auril & de May. Son 
fruidt eft meur en Septembre , duquel on ne fe fert point en 
médecine. Quant au Sanguin, fi c'eft la mefme plante que 
le Corwuillier femelle, Pline en dit ce peu de mots; Le' San- 
guin n eft guieres plus fortune'-.la teille qn il a entre l'efcorce & 
le bois efl bonne pour faire ouurir les playes qui fe font trop tofl 
fermées. Les autres auec des verges de Sanguin touchent les 
herbes qu'ils veulent preferuer contre la vermine. Et en vn 
autre endroit il met le Sanguin au nombre des Oziers. Mat- 
thiol dit que la plante qu'on appelé en Tofcan Sanguiw, &c 
Sanguimello, delà couleur de fes verges qui font rouges 
comme fang, eft aflez femblable au Corwuillier Elle croift 
dans les hayes , 6c bluffons ; portant des verges plus menues 
que le Corwuillier, fermes, noueufes , d'efeorec ronge com- 
me de fang, de fueilles qui retirent à celles du Corwuillier, 
plus larges, nerueufes , attachées à vne queue rouge. Elle 
fkurit au printemps , & porte des ombelles blanchea ftres. 
Apres les fleurs viennentles frui&s entaffez en grappe, pen- 
dons de menues queues rouges comme fang , de la groffeur 
d'vn Ers,qui font verts au commencement : eftans meurs 
ils deuiennent noirs. Les païfans des enuirons de Trente , après auoir fait bouillir ce fruict en eau 
en tirent de l'huile au prefîbirpour brufler aux lampes. Le bois eft dur comme os , autant que ceîuy 
du Corwuillier. Aucuns eftiment que ce foit IcCorwuillier femelle : mais ils fe fondent fur des rai- 
fons fort légères. Il y auroit bien plus de raifon de dire que c'eft la Verge fanguine , dont Pline fait 
mention. Toutefois Matthiol n'affeure pas cela, n'ayant pas expérimenté û la plante appellée San- 
guin, fait les effedts que Pline attribue à fa Verge fanguine. Son fruidt eftant meur a vn gouft amer, 
afpre 6c aftringeant. Pource eft il neceilaire que l'huile que l'on en fait foit tel. 




DeÏEpimeliSy 



CHAP. XXXIX. 




Liu 1 ci 53 
Les noms. 
Liure 6. des 
fimpl. &liu. 
t.desalim. 



A plante que Diofcoride appelle Epimelis,h mettant pour la féconde efpece de Neffier, 
s'appelle aufli en Latin Epimelis.Selon Gakcn,Epimelis efl vne plate afpre corne vn Pom- 
mier fauuage. Le s Italiens t appellent Vnedo.il en croijl en abondance en Calabre.Voila. ce 
qu'il eferit de l'Epime lis, non comme d'vne efpece de Neffier : mais en vn trâitté à part. 
Liure t. de C'eft pourquoy aucûs ont cftimé,que tEpimelis de Diofcoride Se celuy de Galie n'eftoient pas vne 
Diofc ci $ j. mefme chofe.Matthiol dit,que l'Epimelis de Diofcoride eft noftre Neffier cemmummm que Galien 

a bien 



Del'Epimclis. Chap.XXXÏX. 167 



Ef)imelis. 



a bien çnsÏEpimelis pour vne autre forte d'arbre. André Lacunaeft aufÏÏ de cefte opinion. Cordus 
eftime qucTEpimelis foit le Neffiier commun , &z que Galien s 'eft trompé en efcriuant fes facilitez. 
Car Cordus dit que ceft arbre eft appelle Epimelis , ou Hœmamelis , pource qu'il croift auprès des 
Pommiers : & qu'il en croift à force en Allemagne eftant planté , & mefmes fans planter : &: que 
lors qu'il croift de fon bon gré il eft toufiours près d'vn Pommier fauuage, d'où eft venu le nom 
que les Grecs luy ont donné : & que fonfruid eftoit appelle par les Italiens Vne do, par le tefmoi- 
gnage mefme de Galien , pource qu'il n'y a perfonnequi en fçcuft manger plus d'vn , deuant qu'il 
foit meur , ii fort il reftraint le gonfler : mais qu'il a eu tort de dire qu'il faifoit mal à l'eftomac &c à 
la tefte : ce qui eft le propre de l' Arbouzier, &: non de l'Epimelis , veu qu'il eft tout affeuré que l'E- 
pimelis, ou le Neffiier commun ne fait point mal à l'eftomac 
&c ne caufe point de douleur de tefte. Dodon auffi a mis la 
defeription du Neffiier commun fous le nom d' Epimelis , &: 
en baille le pourtrait , Gefnerus l'appelle Cbamœmejpilum, 
c'eft à dire petit Neffiier. Or Dalechampeft d'vne opinion 
toute différente, pource que le Neffiier commun n'a pas les 
fueilles femblables au Pommier ny moindres, comme Dio- 
feoride dit de £ Epimelis; mais pluftoft font elles femblables 
au Laurier, & plus grandes que celles du Pommier. Dauan- 
tage le fruid du Neffiierridî pas rond,commc celuy de /'£"- 
pimelis, mais longuet, eftroit par le bas , & large par deflus. 
11 eftime donc que FarbriiTeau qui eft îcy peint foit l'Epime- 
lis àz Diofcoride , &c le Neffiier que Theophrafte appelle 
Anthedonoide£i Epimelide, pour la femblance que fes fueil- 
les ont auec celle du Pommier ; d'autant que fon fruid eft 
rouge, rond, & fait au bout comme vn nombril, rcfcmblant 
en cela au fruid du Neffiier Anthedon ( duquel il fera parlé 
en fon lieu:)qui fait vn fruid bien différant du Neffiier com- 
mun,en ce qu'il va en aiguifant au bout, & eft roux,tirât fur 
la couleur de plomb.Or il eft vray-femblableque la marque 
que Diofcoride donne à fEpimelis,àïfant que' fin fraie! a le 
nombril creux,ù. fait croire aux iîmpliciftes que le Neffiier 
eftoit l'Epimelis-, d'autant que fon fruid a cefte marque là, 
comme chacun fçait:mais elle eft auffi bien euidente en l'E- 
pimelis qui eft icy peinte, à laquelle toutes les marques que 
Diofcoride en dit, conuiennent fort bien, & non au Neffiier 
commun, Cefte plante doncappellée Epimelis, eft vn arbrif- 
feau ayant l'efcorce rougeaftre ; mais couuerte d'vne certai- 
ne petite peau cendrée. Ses fueilles font comme celles du 
Pommier, blanches par delfous &z couuerte de bourre > ver- 
tes par defîus , pleines de veines. Son fruid eft rougeaftre, 
rond,pendant à vne queue longuette, ayant vn nombril lar- 
ge,& trois os ou noyaux au dedans, dur &: longuets,qui ont 
plufîeurs coins d'vn cofté,& de l'autre ils font plains <k vnis. 
Ce fruid eft aftringeant quafi du mefme gouft des Neffles, 
mais plus afpre, &: pource eft il plus mal-plaifant. Il a défia 
cfté dit félon Galien,que les Italiens l'appelloient iadis Vne- 
do. Ceft arbriffeau croift en grande abondance aux Alpes & 
en 1' Appennin,à la cime de cefte hante montagne qui eft au 
deifus du monaftere de faind-Rambert enDauphiné.Hipo- 
crate apelle ce frui&e^^waA/J^comme Galien lemonftre 
en fes commentaires,fîngulierement en ce paffage:ivî^ me- 
Jler du miel ou des Hamamalides, puis faut le frire boire auec 
dwvinwir.Ot nous ioignons icy vne aurre efpece d'Epime- 
lis, dont la plante eft branchuë & a pluiieurs reiettons; l'ef- 
corce rougeaftre,les fueilles comme le Coignier,nerueufes, 
vn peu plus obtufes, blancheaftres,par deftbus,8c bourruesj 
vertes par deiTus. Son fruid eft petit , rougeaftre , ayant vn 
nombrif&i refemblant à vne petite Neffle,d'vn gouft afpre. 
Gefnerus Philofophe & Médecin tres-renommé , &c plu- 
fleurs autres Simpliciftes l'appellent Cotonaflre, à caufe que 
fes fueilles refemblcnt fort à celles du Coignier. Iceluy 

en 



Sur Difoc. 
liu.Lcb.170. 



Liu.6.C4î. 




Autre Epimelis. 



Lafirme. 




Liiieu, 



Liure i. des 
malad. des 
fem. 



Autn epime- 
lis- 



Lxfirmt. 






1 6 8 Liure 1 1. de l'Hiftoire des Plantes, 

en ayant enuoyé vne branche chargée de frui& àDalechamp dit . qu'il eftimoit que ce fut vneef- 
pecc d'Epifnetis, à caufe de la figure &: gouft de fon fruid. 



Du Figuier ldêett, 



CHAP. XL. 



Liu.i-ch.i6. 
Enl'hift.des k 
Plane. Chap. 
du Ribe. 
Les noms. 
Laforme. 



Ragvs Se Lonicerusontmislepourtraitde la plante quiefticy 
peinte , pour fHalimus^ ou Branche fute ; combien qu'il y ait grande 
différence de lvne à l'autre , comme nous monftrerons en traittant de 
l'Halimus; Aucuns eftiment que ce fbit le Figuier ide'etu & les autres le 
chamœmejpilus. Cefte plante ie'tte fes branches d'vne racine greffe, 
dure, pleine de bois, 8c branchue , & en fi-grand nombre, qu'vne feu- 
le plante tiendra vne coudée tout à l'entour de place. Ses branches 
croiffent le plus fouuent à la hauteur'd'vn homme,quelquefois moins, 
fouples & aifées à plier, fortant tout en rond , fans cfpines. Leur ef- 
corce eft cendrée , & releuée à l'endroit par où fortent les branches, 
comme fi c'efloient iointures noiïeufes. Son bois eft tortu, liffe parle bas , iettant fes fueil- 
les par defTus. Sa fueille eft comme celle du Coignier , molle , &c pleine de veines , verte 




No (Ire Figuier Jdeen \ Vulgaire* 
ment Frangula. 



Frangula de Mat- 
thiol 





d'vn cofté , bl palle de l'autre , ou blanche , ageancée de telle façon , qu'à chafque aile il en 
fort toufiours deux à la fois , beaucoup plus large & plus longue que celle de l'Oliuicr & 
Auxmefmes ]^ en différente ; combien que Tragus &c Lonicerus en ont eferit autrement. Sa fleur eft de cou- 
leur entre rouge &: baye , faite en forme de pannier , retirant affez bien à celle de la Vitis 
chap.jo.de idœa , que Tragus appelle Meurt l e d 'Allemagne , &Dodoil Coujines noires. Son fruiôT: eft rou- 
" lm ' o-e comme le Coral , pendant à vne longue queue , attaché deux à deux comme des beffons , &: 

feparez feulement auec vne ligne, formans quafi par ceft affemblage la figure d'vn cœur , gros 
comme les Groifeles rouges, & ayant comme deux petits yeux noirs au bout. Du commen- 
cement il a vn crouft douceaftre , qui eft en fin fi mal-plaifant , qu'il fait foufleuer le cœur, 
&c vomir. Il en croiften Allemagne parmy les autres arbriffeaux , le long des chemins dans les ha- 
yes & buiflbns , en la prouince appellée Alface. En ce pais icyiln'cn croift qu'au deffus des plus 
laaùtes & froides montagnes de Bourgogne &: de Dauphiné , & ne s'en voit point en la plaine. Elle 
fleurit au mois d'Auril. Or il femble à Dalechamp , que l'opinion de ceux là eft la plus rcccuablc, 
Ltiemp. qui eftiment que cefte plante foit le Figuier Jdeen , d'autant^quelle s'accorde bien auec ce que 
L i u L c V t c Theophrafte en eferit , difant ainfi : Le Figuier Idem eji vne fiante bramhue , qui n eft pas fort 

hautes 



le lieu. 



Le temps. 



Du Chamaxerafus. Chap. XLI. 169 

haute ; mais greffe, tellement quefes branches & farjeons tiennent bien vne coudée déplace tout en 
rond Son bots efl tortu,fouple, liffepar le bas,&fans neuds, & iettantfes branches nu deffw en rond. 
Lesfueilles &> l efcorce font de couleur palle. Safueille e(l faite comme celle du Tillet, molle, large, & 
de mejme grandeur. Sa fleur retire à celle du Nefflier,&fortenvn mefme tewps.Lejrmtt que l'on ap- 
pelle figue, efl rouge, de la groffeur dvne Olive; mais plus rond, & a le gouft des Ncffles. lia des greffes 
racines comme le bonfiguier,&fouples. Cet arbre ne pourrit poinUcar il a le cœur jnlide,é fam moel- 
le. D ou Pline a prins ce qu'il en die : Les Figues du mont lda,âk-i\ , font rouges, de la groffeur d'vne Uu,ï '' c,ï8 
Ol me, plus rondes, & ont le gouft de la Ne file. On appelle en ce p aïs-là ces Figuiers Alexandrins. Us 
font gros de la largeur d'vne coudée,^ fort branchus. Leur bois efforts toutefois il eftfouple. lin a 
point de laiH. Son efcorce efl verte : lafueille femblable au Tillet , & fort molle. Gefnerus appelle 
cette plante ebamacerafus de montagne, & eferit qu'il a ouy dire,que fï on mange quatre ou cinq 
de ces Cerifes , qu'elles font vomir , &: quelquefois lafehent le ventre. Or il ya plufieurs autres 
plantes & diuerfes, que l'on a nommées Cham&cerafus, 



T>uCbam<zcerafu?> ou petit Cérîfter> 



CHAP. XL T. 



E mefme Gefnerus, duquel il a efté parlé cy-deuant , & qui a eu fort bonne connoif- 
fance de plufieurs & diuerfes chofes rares,aaufïi enuoyé à Dalechamp le pourtrait 
de la plante qui eft icy peinte , laquelle croift fur les rochers pendans, & précipices du Le Um ; 
mont Généreux en Lombardie , ayant la fueille comme le Plane ; mais plus large &- Au^fyï? 
plus grande, fort de coupée tout à fentour. Son fruiet eft rond,rouge , retirant aux Ce- chap.is, 
rifes ; c'eft pourquoy il efl; appelle cham&cerafus, c'eft à dire petit Cerifer. Il y a aufiï vn autre Ch;> 
mxcerafus des Alpes,duquel Lobel amis le poiutrait,que Cordus appelle auffi chamacerafus. Au- 




Ckamœcerafus du mont Gcncre/>x. 



Chamœcerafus des Alpes. 





cuns l'appellent XiloHeum fécond. Cette plante eft rare, de la hauteur d'vne coudée, ou d'vn pied. 
Ses fueilles,fes branches , & fon tronc font femblables à celuy du Cornouillier, blancheartrcs, 
pâlies, &. pleines de neuds. Ses fleurs font blanches, pâlies, ou iaunaftres. Il porte fon fruicT: deux 
à deux attaché à des queues longues , & pendant comme des Cerifes , au bas duquel il y a deux 
petits trous blancheaftres, qui refemblent à la prunelle de l'œil , au dedans duquel il y a cinq ou 
iïx grains blancs, &: luylans , de la groffeur de ceux de l'Efpine vinette. Ce que Pena eferit com- 
me d'vne plante rare , &: conneue à peu de gens , femble s'accorder fort bien auec la defeription 
du Figuier f de en , qui a efté mife cy-deuant ; car ce pourtrait , il on le coniidere bien n'eft pas fort, 
ou mefmes du tout rien différant d'aucc celuy que nous auons mis cy-deffus du Figuier Ideen. 
Matthiol eferit , qu'il y a vne efpece de petites Cerifes fauuages , qui croifïent de leur bon gré aux 
Tome premier, P enuirons 



iyo LiureII.de THiftoire des Plantes, 

Cbamtcerafas de MatthioL 



Liu.ij.c.15. 



au mefme 
lieu. 



I« noms. 



La forme. 




enuirons de Trente,&: en Bohême à l'entour de Prague : &: 
à l'entour de Vienne en Auftriche , qui ont vn gouft fort ai- 
gre, ou pluftoft afprc , & font toufiours rouges , ne deuenant 
iamais noires. Elles ont la queue courte, & croiflent fur des 
petits Cerijiers , dont il y en a peu ou point du tout qui ait 
la grandeur d'vne paume. Tellement qu'il croit fans toute- 
fois l'afleurer,que ce font les-Cerifes que Pline appelle 
Macedoniques : mais il dit qu'il aimeroit mieux apcller cet- 
te plante chamAcerafus. Pline aufli fait mention d'vn Cha- 
m&cefarus plus petit que le Cerifierde Macedoine.il y a aujfi, 
dit-il , des Cerifiers de C/vlacedoine petits , qui ne paffent ta- 
mais trois coudées de haut , & des Cerijiers nains qui font en- 
cor plus petits. 



De ï 'Ah fier ', 



CHA?. XLîl. 




Al ! fier au.ec la fleur ç$ lefîuitâ, 
ie Dalechamp. 



Le lieu. 



Le temps. 



Liurc $ de 

Ai mef. liu. 
cliap.6 
Chap. 10. 




^JLj£2J1^ÇJv^ N Bourgogne^ Auuergneon apel- 
le l'arbre qui eft icy peint A lifter : en 
France il s'appelle Cirier, qui vient 
du nom Aria. Les Italiens le nom- 
ment Matallo.La. plus part des Her- 
biers l'appellent Aria. C'eft vn petit 
arbre s'il eft en vn taillis,ou en quel- 
que haye ou buiffon : mais fi on le 
lai/Te oroiftreil fe fait gros & grand, 



&: branchu , autant comme vn Orme ou Tillier. Son efcor- 
ce tire vn peu fur la couleur perfe. Ses fueilles font grandes 
& larges comme celles du Til, ou de la Viorne de Matthiol, 
pleines de veines découpées par les bors , vertes par deflfus, 
& blanches par deflbus. Sa fleur eft telle qu'on la voit en 
cette %ure,eftant au bout des branches b1anche,efpeiTe , & 
odorante : Son fruid eft rouge comme Celuy de l'Efpine vi- 
netee, dentelé par le bout , &; ayant, viie douceur plaifante. 
Safemence eft femblable à celle d'vn Pommier ou Poiriers 
ayant vne efeorce tendre, 8c noiraftre , qui eft pleine de 
moelle , d'affez bon gouft. Ilcroift aux plus froides & hau- 
tes montagnes, Se ne veut point eftre cultiuc. Aufli eftant 
planté aux iardins il n'y profite pas. Il fleurit au mois de 
May. Son fruicl; eft long-temps à meurir. Les païfans l'a- 
matfent lors qu'il eft meur, & le gardent : car il ne fe gafte 
pas , mais dure iufques en hyuer , fion le garde bien. Il ap- 
paife la toux autant que les Iuiubes , aide à cracher , & cuit 
les crues humeurs dont le poulmon eft remply. Le bois de 
cet arbre eft dur , blanc , bon à faire des baftons : car ils en 
font forts & folides. Theophrafte met l'Alifier au nombre 
des arbres qui ne fe pourriffent point, & ne deuiennent point 

1 vermolus. Et vn peu après il dit que le Chefne & l'Alifier 

V—-^| font mal-aifez à mettre en ceuure : & que le charbon eft fort 
bon eftant fait de bois fort , comme de l'Alifier , du CJiefne 
& de l' Arbouzier. 



De l'Hamamelis iiAthenee , 



CHA?. XLUL 



Les noms. 
Liurc 14. 



Liu.ié.c.ïé. 



Alechamp eftime, que la plante qui eft icy peinte , eft celle qu'Athénée appelle 
dixa(xy\X)ç , & ôfio(iui?ùç. Cordus l'appelle Myrtomelis , à cauie que fon fruitl retire 
à celuy du Myrte. Les païfans en Dauphiné l'appellent Amalenchier, comme qui di- 
roit vi&hlxw , c'eft à dire , vne Pomme miellée , ou Hamamelis. Ceux de Nantua l'ap- 
pellent Mantemier, qui femble venir du mot d'Alaterms corrompu, combien que ce ne peut 
pas eftre fAlaternus, veu que félon Pline, ÏAlatemus a la fueille entre l'Yeufe & l'Oliuior >££ qu'il 

ne 




Du Laurier Tinus. Chap.XLIV. 1 7 1 

ne porte point de fruieT:. C'eft vne plante de la hauteur d'vn homme , ayant l'cfcorce rougeaftre» 
la fueille quail comme celle du Prunier , pleine de veines , dentelée , verte d'vn cofté & blanche 
de l'autre ; la fleur blanche. Son fruift eft comme celuy du Myrte , fait, en façon de nombril , & 
fort doux. Eftaiit meur il eft rouge, mais auparavant il eft rougeaftre. 11 a au dedans deux ou 



Hamamelis et Athénée à larges 
fu Mes, 



Ham&melis d'tAthenêe à la fueille 
efroite. 





trois grains comme ceux du Poirier noir, ce qui fait croire que c'eft ÏHamame/is d'Athenéeipour- 
ce que fon fruict eft de couleur de pourpre , fort doux, & dwéfw©* , c'eft à dire fans noyaux durs; 
mais en lieu d'iceux il a vne femence qui n'eft point dure, ny pierreufejmais comme celle du Poi- 
rier,couuerte d'vne efcorce tendre. Voilà ce qu'Athénée dit de rHamamelis. 11 croift en lieux afpres 
&z ombrageux. Il fort quelquefois des fentes des rochers, & n'eft pas comme aucuns eftiment , ce 
que les François appellent ^Alifier, duquel il a efté parlé au précèdent chapitre. 



De Laurier Tinus , 



CffAP. XL IV. 




Ovs les do&es Simpliciftes tiennent pour tout affeuré , que la plante 
qui efticymife,eft le Laurus Tinus de Pline,qu'aucunsdifent que c'eft 
vn arbre à part; & les autres que c'eft vn Laurier fauuage, que Theo- 
phrafte met au nombre des arbres toufiours verdoyans , combien que 
Gaza en ce partage là traduit fïmplement Laurier , au lieu qu'en nos 
exemplaires il y a dyçt'a, eta'^vj?, c'eft à dire Laurier fauuage. Les autres 
aiment mieux que le Laurier fauuage foit le vray Laurier , qui croift 
fans eftre cultiué, de fon bougre, qui pour cette caufe eft appelle fau- 
uage, comme il s'en voit plufieurs parmy les hayes aux enuirons de 
Montpelier. L'efcorce de cet arbre eft rougeaftre. Il a plufieurs bran- 
ches, des rieuds defquelles fotent les fueilles toufiours deux à deux, ayans la queiie fvnc au droit 
de l'autre, pleines de veines,poulpues & qui ne font point decoupées,& vont en aiguifant au bout. 
Sa fleur croift par ornbelles,blanche,purpurée,&: y en a beaucoup.Ses grains qu'il porte en grande 
quantité,font pers : longs,& angulaires, afttingeans au gouft. Cet arbre ne perd iarnais fes fueilles. 
A-ufli eft- il fort beau à voir à caufe qu'il garde ainfi fes fueilles vertes, & que fes ombelles reluifent 
comme f or,& fes grains font pers,& entaflez. Il croift en lieux afpres , pierreux , &c maritimes de 
Prouence , &c de Tofcane , &: en la Campagne de Rome. Les Italiens l'appellent Lantagine , & 
Laurofaluatico^m eft différent d'auecla Lantana^ie Matthiol prend pour le Viburmm^\xViorne 
Il en croift auiTi en plufieurs lieux du mont Ceftius parmy les arbres qui portent l'efcarlate. L'Ef- 
ciufe met deux autres efpeces de Laurier Tinus ; dont l'vn eft de la mefme hauteur que le précé- 
dant, 8c plus branchu. Ses branches aulTi font plus fortes , couuerfes d'vne efcorce rouge tirant 
Tome premier. P_ z ^ UE 



Liu.if.c.30. 

Les noms. 
Liure i. <Jc 
rhift.cb.15. 



Laformê. 



Le IUh. 



1 7 2 Dure IL de l'Hiftoire des Plantes, 

Le Laurier Tmus de Dalecbamp. . Ti?ius 1 L de ÏE'clu: 




Tinus I IL de l'Ejc'uje, 



Le lieu. 



liaif.cjo 





fur le vert. Ses fueillcs font plus eftroites & vn plus longues, 
ayans plufieurs veines , & croifFans l'vne vis à vis de l'autre 
comme au précèdent. Ses fleurs fortent au bout des pecires 
branches, en façon d'ombelle,dc couleur rougcaftre,qui ne 
fententpas fi bon comme celles du précédant. Son fruiéi eft 
auffi moindre, plus plein, & plus noir.il dit n'en auoir point 
veu ailleurs , qu'en vn Monallerc de Portugal appelle Fera 
longa&u deiîus de Lisbonne auprès deseitangs,& le long de 
la Marine en Andalouïîe. L'autre croift dans les lardins 
des Simpliciftes en Flandres,où il aefté femé de la femence 
qui a efté apporrée dltalie. Il eft de la hauteur d'vn arbrif- 
feau,&: fleurit & porte Ton frui£"t tous les ans. Il a la fueilîe 
moindre que les precedents,comme celle du Laurientoute- 
fois elle eft vn peu plus large , lifTe , &c noiraftre, & dure en 
tout temps, enuironnant les branches par certains interual- 
les,comme aux precedcnts.Ses fleurs croifTent par ombelles, 
&c font blanches, vn peu rougeaftres en dehors , fortans du 
bout des branches. Son fruiét eft de couleur de pers , tirant 
fur le noir,liiTe,&: moindre queceluy des autres II fleurit fou- 
uentefois deux fois l'an,à fçauoir au printemps, & a l'entrée 
de l'hyuet.Lcs Portugais l'appellent Fttœ de Ferrofc. Fa/Iado. 

Du Laurier Taxa , Chamœdapbne de Diofcoride, 
Cli AV. XLV. 




Line raconte plufieurs efpeces de Laurier , tant de 
_ 5 ceux qui font vrayement Lauriers,cbmz le uelphi- 
cfueje Cyprienje Mujlaceje Royal Je Chajtré,6L celuy duquel on fe feruoit es triomphes,qui eft fte- 
rile ; que de ceux qui ne font pas vrayement Lauriers ; &: ce neantmoins ils font appeliez Lauriers 
tant par les Grecs, que par les Latins; à caufe que leurs fueilles retirent aucunement à celles du 
<vray œuLrier,commcte Laurier Tinus Je Laurier Taxaja Laureoleje Laurier Alexaàrinje Bois ge- 
■til. Ce que Manard n'ayant pas bien confideré,il dit qu'il faut lire au lieu de Laurus Taxa, Laurus 
Fraxinea,ou Fraxinum Laureum (car il ne déclare pas clairement lequel il aime mieux de ces deux 
noms)pource ) dit-i\ ) q»f le Frefne a lafueilk comme le LaurierMùs>veu que perfonne entre tant de 

fortes 



Le Laurier Taxa. 



De l'Hypogloffe. Chap.XLVI. 173 

forces de Lauriers n'y i iamais compris le Frefne , & mefmes qu'on ne creuue point qu'aucun au- 
theur aie fait mention d'vn Laurus FraxineaÀl deuoit bien s'enquérir ôc rechercher diligemment , 
qoeceftoit que ce Laurus Taxa,(vcu mefmes que Pline luy baille vne marque fi notable,laquelle 
ne conuient aucunement au Frefne , ) pluftoft que de vouloir changer le texte de Pline fans pro- 
pos. Le Laurier Taxa félon Dalechamp eft celle plante , que Matthiol 6c Dodon appellent Hippo- 
gloffomlcs Italiens Bislingua^cBomfaci a:\zs Efpagnols Lengua de CaualloAcs Allemâs Zepffiir haut 
ôc aucuns Pagana lingUA-.lcs Herbiers ruularia.V u(chc l'appelle Laurus Alexandrina:&c Diofcoride: 

chamœdaphne. Ce qui appert élire vray, quand il n'y auroit 
que celle feule marque ii notable , qui ne peut appertenir à 
aucun autre; à fçauoir qu'au milieu de Ces grandes fueilles il 
en fort vne autre petite, qui eft faite à mode d'vn reply, qui 
cache la queue, à laquelle eft attaché le grain. Car Pline dit 
ainfi : Il y en a vne autre forte nommée Taxa , qui ejifort pro- 
pre a hifiorier en verdure, lequel iette au milieu de fa fueille 
vne autre petite fueille faite a mode d'vn reply de fueille. En 
outre le nom de Laurier & de Taxa,ou -^qui luy fied bien; 
d'autant qu'il a les fueilles comme celles du Laurier ; & qu'il 
a la couleur de l'if* & que fon fruicl eft fait comme celuy 
de l'if &c de mefme grandeur. Ce que Dalechamp a remo»- 
que le premier. Luy mefme eftinae aulfi , auec H alieurs 
&: viues raifons , qui diront pin* amplement au chapitre de 
la Laureole , que celle plante eft celle que Diofcoride ap- 
pelle Camxdaphne.CcLaurier,qmc&l'Hyppoglojfon de Mat- 
thiol , croift aux montagnes de Gennes , & au terroir d'Vr- 
bin, &: aux autres forefts parmy les montagnes. Les Sïmpli- 
cilles le plantent aux iardins. Les Modernes difent, qu vne 
cueillerée de poudre de la racine ou de l'herbe prinfe auec 
du vin , fert aux fuftocations de l'amarry. Et que c'eft 
vn fîngulier remède pour larompure, quand le boyau deual- 
le,fi on continue' d'en boire par quelque efpace de temps au 
poids d'vne dragme &c demie tous les matins auec la de- 
codïion de la grande Confonde : mais il faut que le patient 
'i* durant les premiers iours porte vn brayet &C foit bien ferre 
& lié, de peur que le boyau ne retombe dehors. Les fueilles 
&: la racine gueriflent les enfleures de la luette , du goufier , Se des glandes qui font fous la langue, 
& mefmes les vJceres defdites parties,fi on fe gargarize auec la deco-lion d'icelles.Mat cellus eferit, 
que l'on attache celle plante au col des petits enfuis pour reftraindre la luette appelle en Latin 
Vua \ & que de là eft venu ce qu'on l'appelle Fuularia. Cordus eferit , que c'eft vne chofe bien ef~ 
preuuée , que la racine de l'Fuularia fait meurir la boite de la pefte. Et qu'elle fert grandement aux 
femmes qui enfantent auec trauail, fi elles en boilient ; qu'elle fait venir les fleurs aux femmes , & 
fait fortir la pierre : &. combien que ce foient receptes de vieilles , fi eft ce que les autheurs ont at- 
tribué les mefmes vertus 2\x Laurier Alexandrin. 




Les noms. 
Liure 4. de 
Diofc. c.17. 
Liu6.ch.14i, 
En l'hift. 
chap.87. 



Liu.i;.c,jo, 



Liure 4. de 
Diofc 017. 
Le Uttt 
Les vertus* 



Liure 4. de 
Diofc e.131. 



De l'Hypogloffe, 



CHAT?. XLV1. 




L faut maintenant voir que c'eft que le vtxy'Hypoglojfon. Premièrement donc Marcellus 
Virgile voyant qu'en plufieurs exemplaires de Diofcoride il y auoir Hippogloffon , & en Sur k {Jiu. 
Pline, Hypoglojfum , Il atraitté de ladiuerfité de ce nom en cette forte : Tous af eurent, £^ w 
dit-iî,^ l'Hypogloffon a les fueilles comme celles du Rufeus : mais elles ne font pas fi gran- 
des , &'fi vont en s aiguifant au bout. PaYquoy foit que l'on confidere la grandeur ou la figure d'vne 
langue decheual, en ce nom là elle n'a point de proportion auec fies fueilles. Mefme quand on voudroit 
prendre cenomeomme composé de la propofition Grecque iW, auec yAooxov, il ne s'accordera pas pour 
cela auec l'hisioire de Diofcoride : car il eferit qù il fort au bout des fueilles comme des petites langue s y 
& le long des fueilles , entendant de celles qui font au bout de la tige. Et toutefois il ne fort pas des 
fueilles du bout de la tige ; mais vne chofe qui enueloppe vn effic de bourre , érfe va murant* comme 
il s'en voit en quelques efpics port ans graine , & en quelques fleurs ', toutefois il ne rejemble pas vn ef 
pic , d'autant que les efpics pour lapins fart font ronds , ou bien ils font quarrez,^ Et en cefie plante 
ce qui fort au bout de la tige fe va efiargijfant ; & pour ce qu'il a la figure d!vne langue d hom- 
me, pour cefie caufe on l'a nommé Hippogloffon , comme qui diroit grande 'langue. Voila J origine & 
la caufe du nom, félon Macetlus, & combien, dit-il, quilfemble que cela foit contraire À ce qu en dit 
Pline C car il dit qu'il y a comme des langue? > & vne petite fueille qui fort de l'autre ) Il faut croire 
Tome premier* *- 5 l* e 






1 74 Liure IL de THiftoire des P lames, 

que nous fuyuons les aut heurs Grecs, & entre autres Diofcoride, traduif ans fidèle ment fes mcts,ccn;mei 
efi requit,quand il dit, qU*È fort des langues en l Hrppoglcjfc À la cime.é' le long desfueilles, ér non pas 
de s fueille smais au bout de la tige,laou il ny a plus de fueille s:car le mot \if dn^fignifie ouuertemet 
cela. Par ces mots Marcellus veut donner à entendre , que iHippoglcffcn u'a pas pris ce nom de la 
grandeur de Tes fueilles, qui font femblables à celles du Rufcus,ny aufli pour cflre foin- é à la façon 
d'vne langue de cheual$& que Pline a eu tort de l'appeller Hippoglcjfon,v eu qu'il iette au fommet ce 
qui refemble à vne langue d'homme ; mais qu'il doit eftre appelle Hifpoghffon , c'eft à dire grande 
Liurc 4- de Langue. Or il femble que Cordus n'a pas bien entendu le dire de Marcellus , quand il dit , que 
Dioic.c.i j i Marcellus eftime qu'il ne faut pas lire Hippoglcffvn : car c'eft tout le contraire , comme il a efté dit : 
mais il a bien meilleure raifon de dire , que Marcellus ne deferit pas le vray Hippoglcffcn en fev 
Commentaires , veu qu'il parle d'vne certaine bourre en façon d'efpic ,de laquelle il n'y a aucun 
autheur qui en ait parlé en cefte plante. Qui plus eft,ie fuis de mefme aduis que Cordus, à fçauoir 
qu'il faut eferire Hypoglojfon, ou Hypoglojfidion , ou bien Hyppoglottion, comme venant de la propor- 
tion Grecque ùz^V comme il fera monftré cy après. Mais auili iene m'accorde pas auec luy en ce 
qu'il dit, que l'HpyogloJfon eft la mefme plante que le Laurier Alexandrin , à fçauoir celle que nous 
auons cy deiïus nommée Laurus Taxa : ny aufli peu auec Matthiol , qui appelle la fufdite plante 
Hypoglojfon, encor qu'il la face différente d'aucc le Laurier Alexandrin. Car fi c'eft là l' Hypoglojfon 
de Diofcoride , comme pourra on entendre ce qu'il dit, qu'il a lesfuei/les comme le Rufc? Ou quel- 
le* '-•neues a il qui fortent de fes fueilles ; car il n'en fort pas , ny des fueilles du milieu de la plan- 

«-/» niiHo.. ii 1 r . /T!J.. ~1....U^.,«.J.„1- -.:_._ r\ _ . T^ . 1 . Jl .. .■ • n i'tt 




La forme. 
Liu.i.ç.n8. 



Hypoglojfon. 



lin. 8. des 
fan pi. 



quel il faut ainfî corriger : l'Hypoglcjfe eft vn petit arbriffe au, 
femblable au Me une fauuage ( &; non pas au Rufc , comme 
Ruel l'a traduit ) mince , ( il feroit mieux s'il y auoit blanc : 
car Diofcoride mefmes dit que le Myrte fauuage eft blanc, 
& a la fueille plus large U plus grande que le Meurtc noir:) 
Au fommet il y a des fueilles piquant es,S" des petites langues 
auprès desfueilles.Ou bien comme André Lacuna le lit fuy- 
uant vn vieil exemplaire : Et a la cime desfueilles il y à des 
petits lettons comme de langues.de que fi Marcellus euft leu, 
il n'euft pas tant pris de peine à déclarer ces mots, tn cZkçu. 
& n'euft eu que faire de forger ie ne fçay quelles langues. 
Or il n'y a point de fueilles qui puiffent à meilleur droit 
eftre comparées enfemble , ne fî à propos , que celles de 
l' Hypoglojfon , &: du Myrte blanc fauuage ; car elles font pi- 
quantes au bout, & outre ce il croift auprès des fueilles des 
queues longues & grailes , comme de langues qui fouftien- 
nent le fruicl:. Pour plus grande confirmation de cecy il y a 
le tefmoignage de Galien , qui doit beaucoup feruir > car il 
eferit ainfî : L' Hypoglojfon a efté ' ainfi nommé,à canfe qu il fait 
des petites langues au dejfous de fes grains. Dont il appert que 
ces langues ne font pas petites fueilles qui fortent du mi- 
lieu des grandes ; &: que pourtant l" Hypoglojfon de Matthiol 
&: des autres, qui a ces petites fueilles , n'eft pas le vray Hy- 
poglojfon : mais que ce font petites queues , aufquellcs les 
grains font attachez. Mefme il met la raifon pourquoy il 
a efté appelle ainû: car, âit-i], il a efle 'appelle Hypoglcjfon.d 'au- 
tant que dejfous fes grains il y a de petites langues- Mefmes 
Au Hure des l'ordre de l'alphabet que Galien a fuiuy monftre cela. Paulus aufîi lit en la mefme façon.Pline mef- 
Uure' me l'appelle Hypoglcjfon,&c le deferit ainfî : L* Hypoglojfon, dit-il, a les fueilles comme le Myrte f au u a- 
Liu i 7 cM.ge,creufes & piquantes,^ enicelles comme des langues,^ vne petite fueille qui fort des autres foei/~ 
les,elrc.Oren ces derniers mots il amal traduit ce que Diofcoride dit -sr^ r^ <f^ fl 'Ç:car veu qu'il 
aperf que Pline a emprunté de Diofcoride tout ce qu'il en dit , il fembleroit aduis qu'il euft ainfî 
treuué au texte : L* Hypoglojfon eft vne plante qui refemble au Myrte fauuage. lia les fueilles creufes 
(ou bien) /"/ a plufieurs fueilles piquant es,& en icelles comme des langues. Or pource qu'il a obmis !e 
mot de mince , aucuns ont penfé , qu'il fuit fuperflu en Diofcoride. Ceux qui l'y adiouftent difent, 
quOribafîus l'a ainfî leu , èc difent qu'il a efté adioufté auec grand raifon , pour monftrer en quoy 
f Hypoglojfon doit eftre comparé au Myrte fauuage. Car il y a deux fortes de Myrte fauuage;l'vn qui 
eft odorant, dont il y en a grande quantité le long de la Marine en Prouence, & croift à la hauteur 
d'vn homme>ayant le tronc gros ; f autre qui ne fentrien,& eft petit,iettant plufieurs petites verges, 

qui 




Du Laurier Alexandrin. Chap.XLVII. 175 

qui eft appelle Rafcus en Latin. Les fueilles 4e ce dernier font plus grottes : celles du premier font 
plus mmccs,aufquelles celles àt fHypoglojfon font comparées.// 'hypoglojfon croift aux forefts &lioux uiip. 
montueux: Diofcoride dicqu'vne couronne des fueilles dl Hypoglojfon amoindrit la douleur de tefte A Hmeflicii» 
en la mettant deffus : on mefle fa racine, & fon fuc parmy les emplaftres. Selon Galien } (a racine Au meCUcu. 
«&: fon fuc ont vne vertu d'amollir. 



Vu Laurier Alexandrin, 



CHAP. XLVW. 




Vray Laurier Alexandrin. 



'Av tant que ces trois plantes ont les fueilles,Ie fruict & leur nom fem- 
bbble , cela a efte caufe , qu'elles ont elle diuerfement nommées par les 
autheurs : car celle qui eft appellée Biflingua aucuns l'appellent Hypoglof- 
fon ', &r les autres Laurier Alexandrin, comme il a efté dit. Cordus prend 
la B'(lmiuaJ'Hypoglojfon,&c le Laurier Alexandrin pour vne mefme choie. 
Macthiol & Cornarius eftiment, que fHypoglojfon &C le Laurier Alexan- 
drin font plates différentes. Dalechamp les diftingue autremét&: mieux, 
à mon aduis:car il veut que la plate appel lée B'flingua,Bomfeicia y &c Vuula ■ 
ria , foit le Laurier Taxa de Pline ; &c que la plante deferite au chapitre 
puecedent,foit l'HypogloJfon de Diofcoride,&: de Galien, &c iHpoglojfa de Pline:& que la plante qui 
cil icy peinte, foit le Laurier Alexandrin, combien qu'aucuns l'appellent auffii Hypoglotton£c Hypo- 
glojfiJJon. Les Grecs l'appellent ^«0vrç<*Àe|avc^ *«*,&: icfcûaiLes Latins Laurus Alexandrina,§L Û&a, 
d'Alexandrie, qui eft en la région de Troas , où eft le mont Ida, autour duquel celle plante croift : 
& non pas, comme dit Marcellus de ce qu'Alexandre eftant vainqueur s'en Ht vne couronne. Les 
autres, félon que dit Pline, l'appellent Hypoglcttion, ou Dapknitis,ou Carpophyïlon,Q\\ bien Hypelate. 
Or que ce foit la plante qui eft icy peinte, la defeription que Diofcoride 'èc Theophrafte en font le 

monftre clairement. Voicy comme en parle Diofcoride : Le 

Laurier Alexadrin a les fueilles comme le Rufc ,{V\iï\c dit corn- 

» me le Myrte) toutefois elles font plus grandes, plus molle s, & plus 

* = /> {I^^Pt^ lilmm ^lâches, Pline adioufte plus aiguës, Il porte fon 'fruiB au milieu 

de fe s fueilles, (& non pas comme Pline & Ruel difent, lafe- 
mence entre les fueilles) rouge de lagro(f tir dfrun pois ciche. Ses 
branches font couche'espar terre de la longueur d' vne paume, ou 
vn peu plus logues. Sa racine eft femblable a celle du Rufc, (non 
pas comme dit Ruel, à celle du Myrte fauuagef) plus grande, 
plus molle, & odcrite.Il s' en treuue aux ?notagnes.Theophva.{tG. 
dit âiniî '• Il y a des plantes port ans fruicl , qui embrajfent leur 
fruicl dans le milieu de la fueille, comme le Laurier Alexadrin, 
quiportefon fruicl fur fes fueilles. Et derechef: le Laurier a 
cecy de propre,qu il porte le fruiB fur fes fueilles,comme leRufc: 
car fvne & l'autre de ces plantes fait le fruicl fur le dos de la 
fueille. Ox veu que cefte marque eft toute euidete en la plan- 
te qui eft icy peinte, cela montre que fans doute c eft le Lau^- 
rierAlexadrin,me{mc que toutes les autres marques luy con- 
uiennent bien. Le Laurier Taxa a bien vne petite fueille qui 
fort du milieu de la grande,& laquelle couure le bout d'em- 
bas de la queue qui fouftient fon fruict : fHypoglojfon a des p.C' 
tites langues qui fortent des fueilles,&: fouftiennent le fruict; 
mais ce Laurier Alexandrin porte fon fruicl aux fueilles mef- 
mes, qui n'eft peint couucrt d'aucune petite fueille. Or com- 
bien que ces plantes foientainû" diftinguées par ces marques 
fi fignalées , Sz que Diofcoride ? Galien & ceux qui les ont 
fuiuy,ayenttraitté de chafeune à part,comme eftans différen- 
tes ; ce neantmoins Cordus tient,comme il a efté dit, que c'eft vne m^fme plante, allegant ces rai- 
fons icy ; fHypoglojfon, à:t-i\,ou Hipoglojfidion, ou Hypoglotton ejl aujfi appelle' Laurier Alexandrin par 
Diofcoride & tous les autres, di fans que l'vn é"t l'autre a les fueilles comme le Rufc. Toutefois Diofco- 
ride en traittant du Laurier Alexandrin ne parle point des petites fueilles, qui fortent des grandes, 
come auffi en traittant de fHypoglojfe il ne dit pas que le fruict foit attaché à la fueille» Mais il eftaifé 
de fuppleer à ce qui s'en faut en leur defeription par la defcdption mefme d'vne chacune d'icelles» 
car parce que la defeription de l'Hypoglofïbn , <% du Laurier Alexandrin conuient fort bien auee 
celle del'Fuularia ; ce que des grandes fueilles il en fort des petites, qui font toutes piquantes corn* 
me cdles-du Rufc 5 ce qu'elle porte auprès des petites fueilles vn fruicl: rouge , de la groifeur d'vn 
pois cichc,il veut inférer de cela que l'HypogloJfon 3 &: le Laurier Alexandrin font vne mefme plante, 

P 4 appelle© 



Les noms. 
Lime 4. de 
î'iof ci 51. 
Lime 4. dtf 
Dio(c 0.142.. 
Embl.117. 
Liure 4. de 
Diotçor. 



Ls noms* 

Liu. 4. de 
Djofcci43v 
Liu.ij.c. jo. 

Ljii.4,<:.HJ- 




Liure. 1. de 
rhift.ch.ié. 

Liure 4. de 

l'hiiî.çh.i/., 



AumeCiiett 



le lieu, 
Liu.ij-.c 50. 
Le tempéra- 
ment & les 
vertus- 
Liure 6. des 
fimpl. 
Liu.4.c.l4X. 



Lïu. ij c.8. 



1 7 6 Liure 1 1. de l'Hiftoire des Plantes, 

appellée communément Vuularia. Quant à ce que Galien Se iEgineta traittent à part de FHypo- 
glnfjon Se du Laurier Alexandrin, cela , dit-il , ne veut rien dire : car JEgmeta aprms ce qu'il en ejcrit 
de Galien , & Galien de Diofcoride. Or Galien n'a pas entendu par le nom d'HypogloJJon vnc autre 
herbe que le Laurier Alexandrin. Celle plante donc a bien peu eftre appellée par les vns Hypoglof- 
fon, Se par les autres Laurier Alexandrin, car Theophrafte ne fait mention que du Laurier Alexan- 
drin, comprennant fousiceluy l'HypogloJfe, duquel il ne parie point ailleurs. Dequoy Diofcoride, & 
les autheurs qui l'ont fuiuy ont pris occafion de croire que l' Hypoglojfon Se le Laurier Alexandrin 
eftoient plantes différentes. Et Diofcoride mefme a fait vne femblable faute en la defeription du 
Phyllus, Se de la Mercuriale. Il s'en treuue aufïi beaucoup de femblables en Pline, Le Laurkr Ale- 
xandrin s'appelle auffi Ideen. Que fi quelqu'vn ne treuue que ce nom là en quelque autheur , il 
eftimera incontinent,que c'eft vne plante à part,combien qu'il n'enfuit rien. Il eft auffi bien certain, 
dit-il, & mefme l'expérience en faitfoy, que la racine de l'V-uularia mefmes eftant feche meurit les 
bubons de la pelle. De là vient que les autheurs attribuent vne vertu emplaftique à la racine de 
VHypogloffon. Mefme tVuularia prinfe en breuuage aide aux femmes qui enfantent auec trauail ; 
fait venir les nsois aux femmes , &: fait fortir la pierre. Et combien que ce foient expériences vul- 
gaires: toutefois les autheurs attribuent les mefmes vertus au Laurier Alexandrin. Puis donc que 
la defeription de l'vn &: l'autre conuient bien à IVuularia , &: mefme qu'elle a les mefmes vertus, Se 
que le Laurier Alex andrin,Se l'Hypogloffon ont vne mefme defcription,&i vn mefme nom, il eft cer- 
tain quclYuularia eft la mefme plante que le Laurier Alexandrin,Se\c Laurier Alexandrin eft ÏHy- 
foglojfe. Voilà ce qu'en dit Cordus. Or combien que par ce que i'ay ditcy-defîus de ces trois plan- 
tes il foit bien aifé de réfuter ces raifons , ic ne laifferay pour cela de dire, qu'il fe treuue plulîeurs 
plantes qui ont vn mefme nom , Se que cela en a fait faillir pluiieurs , qui penfent que ce foit vne 
mefme plante , combien que s'en font diuerfes. En outre Diofcoride monftre bien, que la deferip- 
tion du Laurier Alexandrin Se de tHypogloffe ne font pas femblables : car il dit, que les fueilles de 
/Hypoglojfon font femblables à celles du Meurte fauuage , Se quelles ont comme de petites lan- 
gues : mais celles du Laurier Alexandrin font femblables au Rufc , au milieu defquelles le fruicl: 
croift, &c. Finalement , encor que ces expériences vulgaires feraient aifeurées,&: tres-certaines,& 
que l'Fuularïa auroit les mefmes vertus que l'Hypoglojfon Se le Laurier Alex andrinSx ne s'enfuit il pas 
pour cela , que ce ne foit qu'vne plante : car il s'en treuue bien plufieurs qui font différentes en 
cfpece Se figure , lefquelles ont neantmoins les mefmes vertus. Mais reuenons au Laurier Alexan- 
drin. Il s'en treuue grande quantité en la montagne d'Ida , 5c alentour d'Heraclée de Pont , dit 
Pline ; &: n'y en a point ailleurs qu'aux montagnes. Selon Galien l'herbe appellée Laurier, ou bien 
Laurier Alexandrin a vn tempérament fort chaud , Se vn gouft acre , Se vn peu amer : pour cefte 
caufe eftans pris en breuuage il prouoque l'vrine, &: les mois des femmes. Diofcoride dit qu'il aide 
à celles qui enfantent auec trauail , & les fait deliurer bien toft , fi elles boiuent de la racine au pois 
de fix dragmes dans du vin doux ; Se 'qu'elle fert aufïi à ceux qui ne peuuent vriner que goutte a 
goutte : mais qu'elle fait pif fer lefang. Au vieil exemplaire ces mots y font adiouftez : En vne once ejr 
demie de vin doux. Pline met la dofe plus grande : car il dit; le Laurier Alexandrin hafte l" enfan- 
tement , fi on bvit de fa racine au pois de trois deniers en quatre onces ejr demie devin doux. Elle fait 
auffi fortir l'arrierefiix Se prouoque les fleurs aux femmes prinfe comme delTus. 



De la. Laureole , 



CHAP. XLVllL 



t.iu.iy c.jo. 
Les noms. 



Liu zj.c. 8. 



Liure 4. de 
Diofc.c.145. 
Liu. 3 c. 3 6, 
Aumellicu. 
<~hap. 3 S 
liu. 3. ch. 6. 
& 7 - 




'Histoire au Daphnois Se Cham&daphneri eft pas moins obfcure,que cel- 
le de THypoglolfe, & du Laurier Alexandrin , tant à caufe de la diuerfité des 
noms , comme auffi pour la diuerfité des opinions des autheurs qui en ont ef- 
crit Jguantàceiïe efpece,à\t Pline,<^ l'on appelle Laureole elle a plufieurs noms: 
car les vns t 'appellent Pelafgus,ou Eupetalus^ les autres Couronne d'Alexandre. 
En vn autre endroit il l'appelle Laurier fauuage. Les Apothicaires & Simpli- 
- ciftes fuyuant le mot Grec l'appellent communément Laureola. Mais pource 
qu'il y a deux efpeces de Laureole, à fçauoir le malle Se la femelle ; aucuns veulent que le Daphnoi- 
des foit la Laureole femelle ; Se que le Chamxdaphne foit le malle. Et les autres tout au rebours .Mef- 
me il y en a qui croient,quele chamadaphne Se la Laureole font de diuerfes efpeces. La plante que 
Matthiol appelle Cham&daphne ou Laureole mafleîks autres l'appellet Laureole femelle, ou blanche. 
Dodon l'appelle Daphnoides>Se Laureole mafle-Ez celle que Matthiol & Fuchfe appellent Daphnoi- 
des,Se Laureole,Dodon l'appelle chamalea d'Allemagne,& Mezereon vulgaire. Il femble auffi que 
Tragus en donne le pourtrait Se la defeription fous le nom de Thymelea, Se chamelea,efant tombe 
en la mefme faute dont ilaccufe les autres,ne diftingilant pas la chamelea d'auec le Daphnoides,ou 
Laureole : car il fera monftré en fon lieu , que ces plantes là ne font pas la Thymelea , Se chamalea: 
mais ce que les Allemans appellent Zeilaud,Sc que luy appelle Thymelea,Se Zeidelpaf?,quï\ appelle 
Cbamxlea, félon Fuchfe ce n'eft .qu'vne plante, àfçauoir .Je Daphnoidts oute Laureole. Ainfiil fait 
? ' ^ deux 



DelaLaureole. Chap. XLViîI. 177 

deux deferiptions d'vnc mefrac plante,& mefmes en. baille deux pourtraits, & confond le fhywe- 
Lea y Chamxle* , &c Dafhrwdes fuyuanc l'opinion de Fuchfc. Mais fuyuanc l'opinion de Dodon , il 
confond la T»y>ncle*n\cc le DxphnoUes qui s'appelle en Allemand comme il dit Zeilaud , mais 
quant à la chamxlea, qu'il die élire appellée en Allemand Zeidelpaft , Dodon dit que ce n'eft pas la 
vraye chamalea. Quelqu'vn pourra dire , que Tragus par ces deux figures a voulu reprefenter h 
Chamadaphne.&c Daphmides.Ot noftre chamdea comme nous dirons,â de grandes fueilles au bouc 
de fa tigejmais celle dont Tragus a mis le pourcrait n'en a poinefic n'a pas auffi des rieurs fans fueil- 
les en la tige , comme il y en a en l'vne & l'autre figure. Dalechamp eftime , fuyuanc l'opinion de 
Dodon, que la Laureole des Apothicaires, ou Laureole mafle, eft le Daphnoides de Diofcoride, que 
Matthiolappelle chamtdaphne, comme il a efté dit; les Allemans Zeilaud-.lcs François Laureoledcs JjJJJ 
Icalié's Olmella,ou Oreola:ks Efpagnols fOreola.C'cft. vne petite plante de la hauteur d'vne coudée, 



Daphnoides oh Laureole. 



Daplmsides, ou L auréole auec la fleur. 





ayant plulîeurs branches,qui fon aifées à plier comme celles du Laurier, & qui ont leurs fueilles dés 
Je milieu en fus. L'efcorce des branches eft fort vifqueufe. Les fueilles font femblables à celles du 
Laurier; mais plus molles, &c plus minces (aux communs exemplaires ilya l%vort&, mais aux 
vieux exemplaires il y a «^foreg^c'eft à dire plus fortes. Et femble que Pline a auflj leu ainii, quand 
il dit qu'elle a la fueille plus grone & molle que le Laurier.Et'de fait la fueillejdc la Laureole eft bien 
de cefte façon là) 6c mal-aifée à rompre , lefquellcs bruflent la bouche , & le goufier , fi on en gou- 
fte. Elle fait plulîeurs fleurs efpeffes, qui font faites en façon de paniers longuets , grailes ,& à 
mode d'eftoile , blanches, tirant fur le vert , ou iaunaftre. Sa graine du commencement eft 
verde; mais après qu'elle eft meure; elle eft noire , retirant aux bayes de Laurier : toutefois elle 
eft moindre. Sa racine eft pleine de bois , & dure. Lobcl a mis le pourtrait du Daphnoides ou Lau- 
reole auec la fleur, &'d'vn autreauec lefruift. Theophrafte fait mention d'vne Laureole iaune : ce J^j^JJ'/ 6 
qu'aucuns entendent du fruici ; les autres de la Laureole f me lie. La Laureole dit Pline , eft vne Liu.ij.ç.30 • 
plante branchue,qui a la fueille plus groffe rjrpl^s molle que le Laurier, & brufle la bouche & le gou- 
fier quand on en taftc.Ses bayes font rouffes ou noires. La Laureole croift aux montagnes afpres &; aux £^I fc 
forefts d'Allemagne, France, & Angleterre. Elle fleurit des premieres,à fçauoir au mois de Feurier. Lin ? . c. ,f. 
•Sa femence eft meure au mois de May. Dodon dit que la Laureole eft chaude & feche au troifief- %%*£?£ 
me degré , & quafi iufques au quatriefme. Sa fueille frefche ou feche prife en breuuage , félon vertus. 
Diofcoride , cuacuë le phlegme , prouoque les menftrues, & fait vomir: eftant mafehée elle purge Lm -4-ci43 
le cerueau , & fait efternuè'r. Quinze de les grains prias en breuuage lafehent le ventre. Oril y a 
ainfi au texte: a fueille feche ou verte purge le phlegme parle ventre-.puis vn peu après: Eftant ma- ^ 
fchée elle attire U pituite de U tefte. Selon Pline , la Laureole lafche le ventre , en prennant trois l ' 3 ' 
dragmes de la fueille ou frefche ou feche auec dut fel en hydromel. Eftant mafehée elle euacuë le 
phlegme. Sa fueille aufli prouoque à vomir, U eft contraire à l'eftomac. Quinze, de ks grains prins 

par 







178 LiureII.de l'Hiftoire des Plantes, 

parla bouche fcrucntdc pttrgation. Car il faut alnfi corriger ce paflage qui autrement eft fo-it 
corrompu fuyuant les vieux exemplaires. Galien traitée en vn mefme lieu de la Laureole, ou Cle- 
Lime é. des mat is première, ou Peruençhe*oj\e Pline appelle auifi Chamœdaphne, Se du Cham&daphne, ou Lau- 
' ' rier Taxa, difant ainii : On mange bien les bourgeons tendres du chamœdaphne. Or elle a tes mejmes 
vertus que le Laurier Alexandrin, comme aujfile Daphnoides* cejl a dire Clematis. Les fueilles de la 
Laurcole prinfes ferrant bien aux hydropiques r pource qu'elles euacuent l'eau , comme aufli les 
grains : mais elles fubuertiflent l'eftomac : Se luy caufent inflammation , Se aux autres parties in- 
térieures. Cette nuifance fe corrige en les trempant au vinaigre, dans lequel on ait mis vn peu de 
coing, Se des grains d'Efpine vinette. 

De la Latfreolejlwelle, ou Cbamœdapbne, CHAP. XLIX. 

Lttnoms. §\(& A— £^^M E s T E P^ ante refemble auiîi au Laurier , Se eft appellée par les Apotlu- 
Liu. j.c. 38. ^^^S?^vl^? caires Se Simpliciftes, Laureole femelle, ou blanche. Dodon l'appelle cha* 

"J maie* Germante** ou Me\ereon vulgaire : les Ailemans Zeidelphaft : les 
Bourguignons l'appellent du bois Gentil.Lcs doctes Simpliciftes eftiment 
1 que ce foit le Cham&daphne de Diofcoride,c'eft à dire le petit Laurier *t^wt 
\ pource qu elle eft quaii de mefme efpece>qûe pource auffi qu'il eft vray- 
femblable, que Diofcoride commenceant à traitter des médicaments qui 
1 purgent violentement, après auoir traitté de la Laureole mafle* ait incon- 
^ tinent après adioufté la chamœdaphne * ou la Laureole femelle * veu que 
c'eft vne plante de mefme efpece , & qui a les raefmes vertus , à fçauoir d'euacuer les eaux Se le 
Di c ^ cor I liu, phlcgme. Toutefois Dalechamp ayant de plus près confideré la description du chamœdaphne* (es 
c z? ' ' 44 * erîects& vertus , en ce. qu'elle appaife la chaleur de l'eftomac , Se les douleurs de la tefte , Se ce 
Çhap. j 54. q lie Serapion adioufte,qu'elle chaffe les ventofitez de l'eûomac,appaife les tranchées du ventre, 
im? ' prouoque les mois Se l'vrine ; Se que le Laurier Alexandrin a les mefmes vertus : au lieu que la 
Laureole femelle eft de nature fort acre,&: merueilleufement chaude; Dauantage ayant pris garde, 
que le fruici du Cham&daphne eft attaché aux fueilles>au lieu que celuy de la Laureole blanche eft 
attaché aux branches , Se non aux fueilles ; il a efté contraint de laitier la commune opinion , Se 
croire que la chamœdaphne de Diofcoride ne doit pas eftre tenue pour vne efpece de Laureole. Or 
puis que des trois plantes dont nous auons parlé cy deuant , lefquelles font appellées Lauriers* à 
caufe qu'elles refcmblent fort aux Lauriers,lesdcux,aflauoirle Laurier Taxa de Plinc&le Laurier 
Alexandrin , portent leur fruici: rouge, attaché aux fueilles ; Se la troifiefme qui eft CUypoglofon a 
fon frui& attaché à des petites langues , ou queues grailes : Se que Diofcoride après auoir traitte 
du Laurier Alexandrin ne parle aucunement du Laurier Taxa* qui eft vne plante remarquée^ de 
laquelle il ne fe deuoit pas taire : il croift fermement que Diofcoride ait appelle chamaduphne la 
plante que Pline appelle Laurier Taxa : car tout ce que Diofcoride en dit y corroient fort bien, s'il 
euft adioufté la petite fueille pliffée qui couure le fruid; ce qu'aucuns eftiment qu'il ausirbien 
adioufté en ladite defeription : mais que quelqu'vn l'a effacé. Car il fait des verges d'vne coudée 
de long y qui n'ont qu'vne feule branche ( ce que Ruel a adioufté de Pline au texte de Diofcoride) 
droite, mince , Se lifïès les fueilles comme le Laurier , beaucoup plus liiTes Se pâlies : Se a la femen - 
Lîurcé des ce ronde , rouge, attachée à la fueille. A quoy faut adioufter félon Galien , que la chamœdaphne a 
fimpi. l es mefmes vertus que le Laurier Alexandrin,comme aufli Cordus affeurc, que l'expérience mon- 

Au chap. du ftre tous les iours , que ÏFuularia que Dalechamp appelle chamœdaphne* a les mefmes vertus que 
Laar. Taxa, le Laurier Alexandrin* comme il a défia efté dit. Toutefois il y a deux chofes qui font contraires a 
celte opinion , Se peuuent la faire reuoquer Se tenir en doute. Premièrement fi la Laureole blanche 
n eft pas la Cham<edaphne*qud\c plante il faudra prendre pour h Laureole en Diofcoride.En fécond 
Liure 6. des j j eUj q ue c > e fl. ^ Galien entend, quand il dit que la Daphnoides a la mefme vertu que la chamœ- 
daphne;vcu que la Daphnoides eft vne plante merueilleufement acre Se chaude:&:au contraire tant 
s'en faut que la chamœdaphne brufleque mefme elle appaife l'ardeur de l'eftomac. Quant au pre- 
mier point , Dalechamp refpond, que Diofcoride n'a pas eu cognoilîance de la plante que nous ap- 
pellos Laureole blanche *ou femelle* d'autant qu elle croift en nos montagnes glacées en vn bien dif- 
férant climat de celuy de la Grèce Se de l'Afiespour le moimril n'y a point de paflage en Diofcoride 
par lequel on puifle coniecturer qu'il fait cogneuë r ny mefmes pas vn des anciens autheurs. Si ce 
Liu ï f (t 30. n'eft que d'auenture on vueille dire que Pline entend de cefte plante là quand il âk,que la Daphnoi- 
des efl vne plante branchue,qui a la fueille plus grojfe* & plus molle que le Laurier * qui brufle U bou- 
che & le goufier* ayant des bayes noires ou rouf es : car aucuns lifent ainfi ce paflage là, au lieu de dire 
noires rouf eaflre s. Toute fois nous difons,que ce Daphnoides eft la Laureole mafle. Pour refpondr eà 
im ? V' icS la iecÔdeobieai5,il y a ainfi au texte de Galien: Or de la Chamadaphnis*& l'on mange fes rameaux^ 
tendres : de mefme & le Laurier Alexandrin a la mefme vertu; & pour cefte caufe auffi efl il appelle 
Daphnoides. Paulus,quia accoufturne d'eferire mot à mot le texte de Galien ? merles paroles 

defluf- 



De la Laureole femelle. Chap.XLIX. 179 

defîufdites plus fuccin&ement: Le Daphnoides ejl de mefme vertu,& aujfi la cham&daphne. Or on 
mange cefte cy. Aëce qui a imité Galien par tour, après auoir parlé aflez bnefuement du Laurier, ne 
dit rien du tout du Cham.tdaphne^Daphnoides,^ Clematismon plus que Paulus.Serapion qui a tout 
emprunté de Galien &: Dfoicoride,quâtà la defcription & aux vertus,apres auoir efc rit ce quel'vn 
&: l'autre autheur on dit du Laurier , du Chamxdaphne , &. du Laurier Alexandrin^ après la defai- 
ption du Daphnoides qu'il a emprunté de Diofcoride, adioufte ce qu'il a pris de Galien,aflauoir Son 
originelles autres lifent/* venn.ee qui eft mieux à mon aduis)^ comme celle de la Chamœdaphane 
Oribaze après auoir à ion acceuftuinée mis la defcription iîmple félon Diofco ide du Laurier cha 
m.tdaphnc, Daphnoides,^. du Laurier Alexandrin,ne dit rien du tout de cefte fcmblance quant aux 
vercus entre la cham&daphne.U. Daphnoides. Dont il appett,que Galien a eux le premier oui a mis 
celte ref emblance fins l'authontc de Diofcotidc. < &; neâtmoins elle ne laiffe pas d'eftre vraye,pour- 
ucu que nous entendions par fa Daphnoides. la Clematis féconde de Galien , à fçauoir la Peruenche, 
qu'il dit vn peu après, quelle eft auffiappellée ètsQneihs , [ivçcm\ê\ç ,7tcK\yvK,aê'iç , non pas liofijce 
Laureole^epi eft vne plante cauftique & qui vlcere : car celles là (ont toutes deux aftringeantes &£ 
deficcaciues.Ou bien il nous voulons dire „ que la cbamadaphne^L Dapbnoides purgatiue ont vne 
mefme vertu , il faudra entendre cela feulement , quan à prouoquer les mois : car l'vne & l'autre 
a cefte faculté. Voilà l'opinion de Dalechamp touchant la cham&daphne. Venons maintenant à 
ce qui refte à dire touchant la L auréole femelle. C'eft vne petite plante de la hauteur de deux ou £*/»»*»» 



La Lattreolc femelle* 




La Launole aucc fon fruiEï* 




trois pieds ou quatre pour le plus : elle a les branches courtes, mal-aifées à rompre. Son efeorce &: 
fes fueilles ont vne couleur verte-palle comme celles de la Lauréate , ou du Troëfne, ou del'oli- 
uier. Ses rieurs font odorantes, de couleur de pourpre , fortans le long des branches- En après elle 
porte des petits grains , qui font verts du commencement , puis après rouges quand ils meurinenr. 
Eftans du tout meurs & fecs, ils font noirs Se froncis, On appelle ces grains le Pojure de village , 8C 
Gramim Gnidium, mais mal à propos. Si on ofte l'efcorce à cesgrains,oudecouure Vn grain plein de 
moelle, tel que celuy du Chanure, ou de l'herbe aux Perles , qui a vn gouft infiniment chaud , qui 
bruiîe la bouche 8c le goufier. Elle croiftaux montagne , & lieux non cultiuez, en Bourgogne, Lt im 
Allemagne, Suiftl; & aufïïaux montagnes de Saijoye , du Dauphiné &c de Genncs , parmy les bois 
es lieux ombrageux. Sa fleur eft belle à voir, de couleur baye '.• _& fort au mois de Mars deuartt que teUm « u 
les fueilles. Sa femenceeft meure enuiron le mois d'Aouft. Elle purge le phlegnle gros & vifqueux £« tmttt 
parle bas en raclant les inteftins auffi bien que la Laureole ffiaile,!aquelle elle refemble quant aux 
facilitez toutefois elle eft plus vehemente.il la faut auiïi corriger en la mettant tremper au vinaigre. 
Nous en auons fait pourtraire icy vne branche coupée, comme Matthiol a fait En Bourgogne on 
l'appelle ( comme il a efté dit) Bois gentil, à caufe que fa fieur eft fort belle , & fort au commence- 

men£ 



1 8 o Liure II. de l'Hiftoire des Plantes» 

mentdu printemps douant que les autres : mefme pourfa beauté ils la cueillent &: la gardent pour 
pkiiirdans des vafes.On n'euftpas fçeu quecefte plante fut vne efpece de Daphnoides, il Theo- 
phrafte, qui autrement eft fort bref, en faifant la defeription des plantes n'euft dit bien clairement, 
qu'il y auoit deuxefpeces de Daphnoides différentes , principalement quant au fruid , pource que 
le fruid de l'vne eft noir , èc l'autre eft de la couleur de Saffran , fçauoir de la couleur de ces che- 
ueux que l'on amafle dans les fleurs de Saffran ; non pas de la couleur de Saffran détrempé en eau. 
Tellement que cefte efpece pourrait à bon droit eftre appellee iaune. 



De la Colutea fSeftcaria> ou Baguenaudier, 



CHAP. L. 



I iure i. de 
l'hift.ch. i 6. 
Les noms. 
Lime j. de 
riûftch.iy. 

Ljiftrmt. 



Liiuc 5. de 
Biofc.c. 70. 



Liure 5. de 
l'liiU..ch 17. 



Heophraste appelle le Baguenaudier *oAojr<<*,finon qu'il y aie 
faute aux liurcs , & Kohariu. Aucuns l'appellent Koxaria.En Latin on 
l'appelle aufïi Colutea Cefte plante croiffant en lieu qui n'eft pas cul- 
tiué,n'eft qu'vn arbriileau: mais citant cuitiuée elle deuiét comme vn 
arbre iettant plufieurs branches. Son bois eft quafi comme celuy du 
Sureau,affez dur. L'efcorce en dehors eft grifaftre; mais en dedans el- 
le eft verde. Au milieu du bois il y a vn creux en lieu de moelle. Ses 
fueilles font femblables à celles du Fenugrec , plus rondes que 
celles du Séné, &: ne font point aiguës au bout. Elles font lilTes &c 
verdes par deflus , & bîancheaftres & velues par deiîous , &c ont 
vn gouft amer. Elle porte plufieurs fleurs attachées à des longues queues comme celles 




Baguenaudier de Thsophrafie. 



Baguenaudier de MatthioL 





des Pois , on des Iefles , &: faites de mefme façon , & comme celles du Geneft *> &: non miparties 
en quatre , comme Matthiol les peint. Apres les fleurs il y vient des gouffes membraneufes , re- 
luifarites, quelquefois rougeaftres, & fort enflées , &: comme remplies de vent ; tellement que (i 
on les preffe, elles font vn bruit en s'efclatant. Au dedans il y a plufieurs grains , lefquels n'eftans 
encor meurs font fait en façon de roignon, ôc iaunes , du gouft des Pois ou des Feues : mais après 
qu'ils font meurs, ils font comme vne Lentille , noirs , durs , & plats par le milieu. Le Baguenau- 
dier, dit Theophrafte , croifl Principalement en Lipari. C'ejî vn arbre haut, qui poyte fon fruicl dans 
des goujfes de lagrojfeur d'vne Lentille, qui engraiffe merueilleufement les brebis. Il croifi e fiant femé 
& fumé de fumier de brebis. Il le faut femer après que l'efioile Arflurus efipajfée : mais premier que 
de le femer il faut tremper en l'eau lafemence, iufques a tant quelle fait enflée, ou pleine de e vent{c^t 
il faut lire ainfi au Grec , otçcv q<fy cPicKpvcrtfTût/ , ou bien &&Qv<riJTOJi cv izS vJ'ati : Iufques a tant quelle 
fit enflée : & non pas d\*<piV«f > Iufques à tant qu il germe , comme Gaza l'a leu , & comme il y 
a auffi aux communs exemplaires ) Sa fueille ejlfemblable a celle du Fenugrec. Une fait du com- 
mencement 



Du Baguenaudier. Chap.L. i8r 

mencement qi{vne branche , & ce iufques a trois ans auquel temps il eft bon pour en faire des baftons 
dont les vieilles gens sappuyent. Toutefois fi on le coupe par le fied.il meurt ; d'autant qu'il ne fait ia- 
mats des retenons Au Grec il y a; ££ «y^CW» ts»,ce que Gaza traduit ainfï : car tl ne pouffe pas 
parles coftez.En fin il Commence à îecter fes branches , au bouc de quatreans il eft grand comme 
vn arbre. Cette Colutea de Theophraftc, qui ne croiflbit pas ailleurs qu aLipari, maintenant croift. 
en France, ou l'on l'appelle Baguenaudier, comme nous auons dit : car elle a les mefmes marques, 
luyuanc l'opinion de Dodon,de Matthiol & de Ruel. Toutefois Ruel d.t,quele Baguenaudier eft le Liu.i.ch. 7 o: 
Sene de Barbarie, peut cftrepource que Theophrafte dit , que lefruiB du Baguenaudier engraijfe 
meruetlleufement les brebis : & qu'auili Serapio en la defeription du Wdit.que les bergers cueil- 
lent les gonfles quand elles tombent , pour autant qu'elles font fort bonnes pour engraiffer les bre- 
bis. Mefir e Ruel dit, qu'il s'efmcrueille , que Diofcoridc , Plinc.Galicn , & Paulus n'ont point fait 
mention deceft arbre . combien que Theophrafte l'a d'eferit ; & que maintenant on vf c tant de 
tes iueilles, gouffes & furjeons, qu'il n'y a quafi aucun medicamenc, auquel on n'y en mette. Mais Li urc l de 
Matthiol réfute aifément ceft erreur de Ruel, d'autant que le Séné eft vue herbe qui ne dure que Di °k. c. 70. 
auront quelques mois : &le Baguenaudier eft. vn arbre qui dure long temps , & porte des goulfes 
premièrement rougeaf 1res, puis blancheaftres, pleines de vent , dans lefquellcs il y a vn grain petit, 
rond, comme vue Lentille : au Heu que le Apporte des gonfles faites en croiffant & plattes, dans 
lesquelles il y a vn grain corne vn pépin de raifin. Fuchfe dit,que le B&guwa*dier s'appelle en Grec ,, 
*tA.vtm, &c en Latin Co/ytea:ou Colutea : Ô£qu il y en a deux elpeces : l'vne qui s'appelle particulie- pkut c ifs! 
renient Colyteœ,d on tics Apothicaires ne fe feruent aucunement ; que les Allcmans appellent 
VuelchlmfarXes François baguenaudier : l'autre dont les Médecins & Apothicaires le feruent fore 
communemët,qui s'appelle en langue Barbarefque Sena. En vne autre édition craittât delà Colutea 
$C duSeneM dit, que deuantqu'auoir leu TeophrafteenGrecil auoitpenfé que celle plante s'ap- 
pelloiten Latin Colytea, & Cohue a : mais après auoir veu Theophrafte en Grec il a aifément co- , 
gncu.que Colytea & Colutea eftoient plantes differêtes.En quoy il a bie raifomcar après que Théo- ^ 1? °' 
phrafte a traitcé de la Colutea qui croift principalement à Lipari,iladioufteincunrinant qu'il y a vne 
autre plante appellee Colytea laquelle croifl à l'entourde la motagne d ' lda,branchue,pleine,de neuds, Liurc j.«* e 
ayant plufieurs cencauitez aux effaces d'entre les branches & le tronc, & qui ri eft pas fort rarejsrdwn rhift - ch l 7- 
** !TflAo: Gaza lit, tsrduov'^ £ û Trchv.rare.cjr dont Une s' entreuue pas beaucoup. Elle a la fueille comme 
le Laurier a largefueilles'mau plus ronde,& plus grandeitellement que lie re femble a celle de l'Orme, 
fi ce n'eft quelle eft vn peu plus longuette, verte par deffus,& blanche par deffom,pleine de petits nerfs 
ronds 3 qui fort et du milieu d'i celle en façon de coftcs'.czx il faut lire ainfi félon l'interpretatio de Gaza: 
Et de s petits -nerfs fort de liez,, & filet s, qui fartent entre les plus grandes du milieu de la fueille en fa- 
çon de cosles. Son efeorce n'eft pas vnie, mais quafi comme celle de la vigne. Son bois eft dur &: fo- 
nde. Ses racines vont rampant par deffus terre,& font grailes/pongicufês & refroncies,&: merueil- 
leufement jaunes.On dit qu'elle ne porte ny fleur ny fruiét. Elle produit au {fi au bout c^cs branches 
vne chofe appellee Cachris&L des boutons a l'entour des fucilles , c'eft à dire des boutons qui cou- 
urent la maffe des fueilles deuant qu'elles foient efpannics,fort liftes, gras,& blancs,femblables à ce 
qu'on ppellc Cachris. Eftant coupée, ou bruflée par le pied, elle ne laiffe pas pour cela de reietter. 
Aucuns eftiment que la Colytea de Theophrafte qui croift en la montagne d'Ida , eft noftre Berbe- 
ris : & ce qui le leur fait croire, c'eft pourec qu'elle a les racines grailes, fpongieules, &: fort iaunes. L . 
Toutefois la dune de fon bois , & la defeription de fes fueilles ne femble aucunement conuenir lift. et". u ! 
au Berberis. Pour le regard du fruid & de la fleur i'efclàirciray tantoft ce poind. D'autres aiment 
mieux dire, que c'eft le Sureau de montagne : ce qui feroit croyable, fi le Sureau auoit le bois dur &£ 
folide, & les racines iaunes : car Theophrafte n'affeure pas ce que les bûcherons du mont Ida di- 
foient de cette plante, qu'elle ne portoit ny fleur ny fruid. Aufîi en difoient ils de mefme du Cor- 
noiiillier mafle ; au lieu que les Macédoniens difent qu'il porte fruid , comme chacun fçait bien 
qu il eft vray. Or le Cachris du Sureau de montagne, c'eft à dire le premier bouton des fueilles , ou 
comme oVt Pline, les neuds entaffez au bout des furjeons,les fleurs & le fruid,font dutout^utfa^, 
c eft à dire faits en façon de majfe au bout:cc que Theophrafte met pour vne principale marque du 
Cachris de la Colytea. Quant à la fueille du Sureau commun,quï n'eft pas beaucoup différente de cel- 
le du Sureaude montagne Selon Theophrafte,elle refemblc à celle du Laurier à largefueilles ; tou- 
tefois elle eft plus grande , plus large , &: plus ronde vers le commencement & au milieu , & plus 
aiguë au bout. On y voit mefme au commencement du Printemps , ou fur la fin de l'hyuer , lors 
qu'il commence à bourgeonner , des boutons faits en façon de maffe. Son bois eftant vert eft 
fpongicux : mais eftant fec il eft fort,& ne fe corrompt point, fingulierement fi onluy ofte f efeor- 
ce ;mefmes eftant dans l'eau. Ses racines vont rampant par deffus la terre. Or toutes ces marques 
que Theophrafte met de la Colytea du montyda fe treuuent au Sureau de montagne -Ov il me femble 
qu'il faut lire en Theophrafte fur la fin de la defeription de la troifiéme efpece de Colytea,commc il 
senfuit:L^ Cercis a des gouffes comme auffi la Colytea, quiefl vn arbre plein de ?ieuds,bienfueillu, & 
grand, qui porte fon ftuicJ dans des gouffes larges comme légumes. Sa graine eft petite & en a peu au 
Tome premier. Q^ regard 



Contre A- 
n>at. Enar. 
83.Hu. 3, de 
Wofe 
Liu 16.C38. 



Liu.ié c.40 

Lime 3. de 
Diofc.ch 70. 
Le lieu. 
Le temps. 
Le tempéra- 
ment & les 
^vertus. 
liu é.cér. 
En l'hift.des 
Plant.c 168. 

Les noms. 



1 8 2 Liure IL de l'Hiftoire des Plantes, 

regard de fa grandeur , enclofe dans des goujfes, & affc\dure. Or il y a feu de tels arbres, &c. Et faut 
ofter ces autres mots qui font ridicules, &: fans aucun fens, indignes du langage poly d'vn tel Philo- 
fophe fi bien difant.Et ainiî le fens fera clair & aifé à entendre.Qu.e fi c'eft là le vray fens de Theo- 
phrafte, ie croy fermement quecefte plante foit celle qu'on appelle Arbor ludœ, ou G/mimer, & fur 
toutfi fuyuant la defcription de la féconde Colutea nous voulons dire qu'elle ait la fueille veriê 
far deffus : mais blanche par deffous, pleine de petits filets nerueux , qui font entre les autres qui for - 
ten du milieu de la fueille en façon de cofies.Czr: la figure de cefte fueille , combien qu'elle ne foie 
pas beaucoup différente de celle des fueilles, du Sureau de montagne, elle fe voit toutefois plus clai- 
rement aux fueilles de cefte plante.De fait Theophrafte a mis la Colutea &L la Cercis, comme eftam 
d'vne mefme efpece , entre les plantes qui portent des gonfles. Aucuns prennent cefte troificfme 
Colutea, ou pour mieux dire Gercis,pom le Séné, comme a fait Amatus Portugais , dont il eft repris 
par Matthiol, &: à bon droit, pource que le Séné eft vne herbe ou vne petite plante , &: la Colytea eft 
vn grand arbre ayant les fueilles comme le Saule 3 (comme il y a en nos exemplaires,) en quoy elles 
font bien différentes de celles du Séné. Mais Conftantin a bien plus de raifon de s'eftonner par lau- 
thorité de qui Amatus Portugais veut maintenir que l'arbre que Theophrafte appelle Colutea , eft 
£ Albumum des Latins veu qu'vn chafcufçait que Piine appelle Albumum cefte partie que la natu- 
re a donné aux arbres en lieu de graiffe ou lard : car il dit ainfi ; Nature a donné au cor es des arbres 
comme aux autres animaux la peau, le fang,la chair ,1e s nerfs Je s veines,les os & la moelle, car l'c 'for- 
ce leurfert de peau,{ en plufîeurs il y a, La graiffe tout ioignant a la peau,) qu'on appelle en Latin Al- 
bumum, a caufe de fa couleur , cejl la plus molle partie ejr le pire endroit du bois, qui pourrit mefme s 
au Rouure & ejlfubiette a la vermouleure : anjjî la faut il toufiours couper. Et en autre lieu il appelle 
le Rouure Exabulmatum , duquel on a ojlé l'Aubour. Or au lieu que du temps de Theophrafte îe 
Baguenaudier ne croiftoit qu'à Lipari à prefenr , ainfi que dit Matthiol , il croift de foy-mefme en 
plufîeurs lieux , fpecialement es enuirons de Trentcen Ananie. Il en croift auffi en Fiance, comme 
il a efté dit. Il fleurit au mois de May.Sa femence eft meure au mois d'Aouft. Ses fueilles &ifa grai- 
ne font médiocrement chaudes , félon Dodon. Fuchfe dit que le Séné Se le Baguenaudier ne font 
pas differans en vertu. Toutefois Matthiol dit que cela eft faux , &: qu'il fçait fort bien pour l'a- 
uoir effayé: que la femence du baguenaudier fait aufïi bien vomir que celle du Geneft. 

Colutea, on Baguenaudier Scorpioide. 



informe. 





Le lie»- 



CHAP. LL 

L femble que ce foit icy vne fé- 
conde efpece de Baguenaudier* 
qui eft appelle Scorpioide , à caufe 
qu'il porte des chofes crliitefero- 
blent la queue d'vn Scorpion» 
C'eft vne plante laquelle d'vne 
racine grofîe & bien efpefTe iette 
plufîeurs tiges, fouples ô£aifées à 
plier faites à angles , couuertes 
d'vne efeorce afpre , verte, tirant 
fur le roux. Il fort tous les ans plufîeurs branches de neuds 
des plus dures racines , qui font en façon de verge , & ont 
plufîeurs angles , defquelïes il fort des reiettons garnis au 
' bout pour la plus part de fept fueilles : comme celles des . 
1 Lentilles, defquelïes il y en a fîx vis à vis l'vne de l'autre , êc 
la feptiéme eft au bout : fi bien qu'à la voir'auec les deux qui 
font près d'elle on diroit, tant ppurraifon de la difpofîtioiî, 
que de la figure d'icelles , que ce font fueilles ce Trerfle. Sa 
fleur eft comme celle du Pois,iaune , & en porte beaucoup. 
Elle porte des gouffes qui font quafî toufîours deux à deux, 
longues &c minces , attachées à vne queue longue &c graile, 
rondes, feparées comme pariointures fans neuds En ceft en- 
droit là elles font grailes, mais à l'endroit où eft la graine, elles 
font plus grofTes , faites en façon d'vne queue de Scorpion , ou comme la Scorpioide dont Mat- 
thiol fait mention . Sa graine eft quafî ronde , refemblant vn peu au Fenugrec , mais plus longue,^ 
faite à angles , noire, &: de mefme gouft que le Fenugrec. Elle croift es lieux afpres Se pierreux,& 
bien fouuent aux fentes des rochers. On attribue les mefmes vertus à cefte herbe qu'au Bague- 
naudier, 



Pu 



DuSenê Chap. LIL 



18 



Du Sme'y 



CHAP. Lll 




Le Séné. 



Ërmolavs appelle le Séné , Senna. Serapion l'appelle Sene , comme aufiï &kwktk 
les Apothicaires. En Italien on l'appelle Sena : en Efpagnol Sene â' Alexan- 
drie : en Arabe Sene : en Allemand Senet. Aucuns eftimerit que ce foit le 
Delphinion de Diofcoride,ôn bien le Polecynon^ou le Pepiion,on VEmpeïron^ 
ou bien t Alypon. Les autres le prennent pour le Cercis de Theophrafte, ou 
la Colùtcœ troifefme,on bien la Co'lyteapremiere.Touicfois il femble,que ce 
foit pluftoft vue plate nouuëlle,de laquelle les anciens autheurs tant Grecs 
que Latins n'ont aucunement parlé. Le Sene a les fueilles Comme la Re- Jf^J*J - . 
gliire,gron r es 3 &: vn peu grafïêttes,qui Ont vn tel gouft que les Feucs.Sa tige de pîofcôfcî 
eft de la hauteur d'vne coudée,de laquelle il fort des petites, br anelics,qui fe plient comme viie cor- ciîa P7°- 

roye. Ses fleurs font ia unes comme celles des Choux,ayanc 
des petites veines purpu rées. Apres les rieurs elle porte des 
goiuTes courbes cÔme de faucilles, & fi plattes naturellemet, 
que la peau de deffus ëft atraché j à celle de deffo'us,dans lef- 4 

quelles il y a vile graine noire tirant fur le vert , fifemblablc 
aux pépins de raiiin, qu'il eft mal-aifé de les difcërner du pre- 
mier coup. Les gotiffes pendent des petites branches, atta- 
chées à vne petite queiie ; qui eft la caufe qu'elles tombent 
eftans meures au moindre vent qui face. Celle plante craint 
fort le froid , pource la faut il femer eh May , & ne pafle pas 
l'automne : car fi on la fenie pluftoft , le froid ia fait mourir* 
&C la femant plus tard, elle ne peut endurer l'hytier. Serapion 
en dit aiilfi ; Le Senéfe garde fec : u porte des go u jj es longues, CIia P- !&• 
eir faites en croiffant , dans lef celles la graine efl enfer- 
re'e par ordre. Elles pendent a vne petite qiteWe , parqïtoy lé 
'vent les fait choir aise' ment. Le s bergers amajfent celles qui font 
tombées. Mefuë dit,que le Sene'zR, la gouffe d'vne plante que h 1 ^, i : tîes 
les Perfes appellent Ab Alterner, qui croift comme vn Ers. Il 
y en a vne forte que l'on feme, & l'autre eft faùuage II croift £« lie». 
en Syrie & en-Egypte, pour cefteLCaufe on l'appelle Alexan- 
drin. Maintenant on le feme par tout en Tofcane , ninfi que 
dit Marchiol, fur tout à l'entour de Florence, &t en -la riuiere 
de Gcnes,& en Prouence. Le Sene d'Egypte, d'Alexandrie èc 
de Syrie eft le meilleur. On le feme au printemps, il fleurit & ^ *&%** 
porte fes gouiTes au milieu de lefté. La gonfle du Série félon ^eméT 
Mefuë efchaufFe au commencement du fécond degré, Se de- vertus. 
feche au premier. A&uarius tout feul entre tous les Grecs en £•£ V&fi 
a fait mention, difant qu'elle purge fans aucun danger^ euacue le phlegme,, & la bile,ce que l'ex- mech. ch. s-. 
perience conferme, Combien qu'Auerrois dit que le Sene ne fçauroit euacuer le phlegme. Manard Jjj l *- dt * 
au contraire dit,qu'il a veu p^r experience,qu'il purge le phlcgme 3 & qu'il eft fort bon en la verolle. 
Siluius affeure qu'il a veu par ef£ee"t,que le 5*»/ purge l'eau des hydropiques. Selon Mefuë le Sene 
eft deterfif, digère, &: purge doucement la melancholie,&: la bile adufte du cerueau,des inftrumcns 
des fens, du poulmon,du cceur,du foye, &: de la râtelle. Pour cefte caufe il eft bon aux maladies de 
ces parties là , qui font caufées par telle humeur , Comme aux fleures melancholiqUes &c vieilles. Il 
caufe rallegrefîe, d'autant qu'il purge l'humeur, qui caufe la trifteiïe, & tend le corps iôyeux,& oii- 
ure les obftrudtions des parties nobles. La décoction de fes fueilles &: de la Camomile renforce le 
cerueau , & les nerfs> fi on s'en laue. Prinfe en quelque façon que ce foit , il conforte la veuë fe 
1 ouye. Pour le faire purger plus viftement , à caufe que de fa nature il demeure long-temps à faire 
fon opération, on y adioufte des chofes acres,comme du Zinzembre,dufel Mineral 5 ou du fel d'In- 
de , ou fel Gemme ; &: afin qu'il ne nuife à l'eftomad , il y faut méfier des medicamens qui font 
propres au cœur & à l'eftomac. Parquoy fuyuant le précepte de Galien il le faut cuire en grande 
quantité dans le bouillon d'vn poulet , ou d Vne poule , ou d'autre chair , afin qu'il purge fans fafc 
chérie. Ou bien il le faut mettre en infufion dans du petit lai cl: > auec du Spica nardi , puis après 
le faire vn peu bouillir. Ou bien il en faut prendre la pondre dans du laict doux. Il y a eu quel- 
qu'vn, qui mettoit vne grande quantité de Séné dans du vin nouueau , duquel il faifoit puis après 
boire au bout de trois mois. Ainfî il purgeoit le cerueau , les inftrumens des fens , & augmentoit 
l'allegrefle. Aucuns vfent heureufement de fa décoction auec des prunes H. du Spica nardi. Il ne 
fouftient pas d'eftre cuit fort long-temps. On le met eri infufion de quatre-dragmes iufques à 
yne once. Voilà ce que Mefuë en dit , alléguant mal à propos Galien en la préparation du Séné 
Tome premier* Q_ a VêU 




,iure IL de J'Hiftoire des Plantes, 

vcu qu'il iù pas fçcu que c'eftoit. Scrapion dit que le Senc'cb merueiiieufemenc bon à cm^ qti i 
reiucnt , & font hors du icns , aux vlccrcs de tout le corps, aux paralyfics, aux maladies qui eottii- 
o fecot les poux, aux douleurs de la tefte , à la rongne , aux pullules , à la gracelle , & au mal caduc. 
Il fortifie le cœur , principalement fi on le méfie parmy des médicaments propres à ce , comme les 
Violettes de Mars. Il ordonne de prendre delà poudre vne dragme . qui fembleeftrc peu , & la 
dcco&on de cinq dragmes. Manard dit , que la decoftion d'vne once cuite en eau pùrgè mé- 
diocrement. Mefuë dit que les gouiTes purgent mieux que la fueille , fpecialement ïi elles font 
. verdes tirans fur le noir, & font vu peu ameres. Elfes font vn peu aftringean tes , eftans meures & 
frefehes ; mais eftans vieilles elles perdent leur vertu. Les meilleures font celles qui ont vngros 
grain plat. Les blancheaftres & qui ne font pas meures, ne font pas bonnes. Les fueilles verres 
font meilleures que les blancheaftres &l minces. Ses branches ne feruent à rien. Il femblë qu'A- 
duari us dit qu'il n'y a que lagouftedu .Wquipurge. Et au contraire Manard afTeure que les 
fueilles purgent mieux que les gouiTes , fuyuant mefmes la longue expérience des Médecins, com- 
bien que Braiauole foit d'opinion contraire en deffendant Mefuë. Or pour ofter ce différant 
ÎS, c 70 Matthio1 *?\ c * en auoir forment fait l'expérience , dit en fin , qu'il v a deux fortes de gouftls : les 
vnes font fechees fur la plante , & tombées d'elles- mefme , dont on tire vne graine noire , & toute 
fleftrie. Les autres font cueillies deuant qu'elles foient meures , fc font pleines de fuc , grofles , & 
pefantes. On les eftend fur des clayes fc les fait on fecher à l'ombre. On n'en treuue & c ; uieres à 
vendre de cefte forte. Celles cy font d'aufli grande vertu laxatiue que les fueilles : mais les autres- 
que l'on treuue en grande quantité aux boutiques non feulement purgent moins que les fueilles, 
mais ne purgent quafi rien du tout. Or que Mefue aie parlé des gouiTes de la féconde force , il 
appert par fc.s propos que nous auons allégué cy-defTus, & qu'il n'entend pas de celles qui tom- 
bent , &C font fleftris , defquelles vfent ceux qui Jny contredifent. Quant à ce que Mefue dic,que 
le Sèttermit à l'eftomach , & que pour cefte caufe il y faut méfier des médicaments qui fortifient Je 
cœur, & l'eftomac; Manard & Matthiol font de contraire opinion ; & mefme contre ceux qui 
difent qu'il donne des tranchées : car veu qu'il eft vn peu amer, &C auffi qu'il participe de quel- 
que aftricïiqn , & eft deficcatif , il faut croire qu'il fortifiera pluftoft l'eftomach, que de le troubler 
& débiliter. Que Ci quelques vns , principalement les femmes, après auoir prins l'infuiion de Séné 
fentent des tranchées de ventre , cela ne procède pas de la qualité du Séné; mais de la diuerfité de 
nature de ceux qui le prennent , & des humeurs phlegmatiques , qui font grofles & vif «ueufes, 
lefquelles pouffées par le Séné remplirent les inteftins , & faifans folution de continuité engen- 
drent des douleurs par ce moyen. Mais à grand peine fe treuuera il perfo nne qui fe plaigne de la- 
douleur d'eftomac après auoir prins du Séné en breuuage. Tellement qu'Actuarius a eu raifon 
d'eferire que le Séné purge la colère & le phlegme fans' nuifance. Toutefois c'eft à bon droit 
que Mefue dit qu'il faut corriger le Séné çn y adiouftant des medicamens propres pour l'eftomac 
&: pour le cœur : car s'il eftoit dit , qu'à caufe de fa ficcité & aftridion il deuil fortifier l'eftomac ; 
il faudrait auffi que le Chou marin , & le Mezereon, & le Bois gentil, par leur fecherefTe forti- 
fiaffent l'eftomach : & toutefois elles luy nuifent par leur mauuaife odeur &: qualité purgatiue, 
dont les fueilles du fe:rp;uticip:nt aucunement , comme on peut apperceuoir , quand elles font 
vertes , ou qu'on le met en infufion. L infufion du Séné, pourueu qu'elle ne s'exhale point , eft 
meilleure que la decoftun. Cinq ou fix onces d'infufion lafehent le ventre fans donner fafcherie, 
&: en peut on donner feurernent aux femmes enceintes , aux enfans, &à teutes fortes de perfon- 
nes. On fortifie le Scnc pour mieux purger le méfiant auec de la CaiTe , de la Manne , ou de Rhu- 
barbe , ou de fyrop P v ofat folutif , ou fi on le met tremper dans du petit lai£t de cheure. On fait 
aufli vn fyrop de Se ;?é prins tout vert fur la plante, & d'infufion deRofes , lequel purge feurernent 
& abondamment toutes humeurs. Mais la meilleure infufion fe fait ainfi : il faut prendre fix 
dragmes du meilleur Send gue l'on puiiTe treuuer, de Zinzembre ou de Canelle pilée vne dragme s 
de fleur de BuglofTe deux dragmes ; le tout meilé enfemble faut mettre dans vn pot de terre ver- 
nifte , ou dedans vn vafe d'eftain ayant la gueule eftroite , puis faut ietter de X eau chaude deffus, 
ou de petit laiflt de cheure dix onces , &c bien boucher le vafe qu'il ne prenne point d'air en forte 
quelconque. Fuis après il le faut enueloper d'vn couffin plein de plumes d'oye , bien chauffé au- 
parauant au feu , &c le mettre ainfi en vn coffre tout le long de la nui£t. Par ce moyen la chaleur 
le conferuant plus longuement , ce en quoy l'infufion eft faite attire à foy toute la vertu du Séné. 
iiu.i.ch.70. R ue l s'eftonne de ce que les brebis s'engraiffent & fe rempliifent en mangeantdu Séné, ce que 
nous auons dit cy-deuant que Theophrafte l'efcriuoit du Baguenaudier ; au lieu que les hommes 
s'amaigrifTent & fe vuident. 

DnGuaimer y C H A?. LUI. 

Cefncr aux âpviËfll^ 

Jardins d' AL rf (|pgj| Evx de Montpelier appelle* ce bel arbre icy Arbor Tud.e:en François Guaimer,\ caufe que 
zàaSu. S^S^S fts gouiTes font comme des Guaines.Auçuns Tappellet auiourd'huy Ceratonia fauuœge.ks 

Italiens 



Ll 



uainier. Chap.LIlï. 185 




Italien* l'appellent Carrobariai combien que ce nom appartient mieux au Carroubier.il ah focillc t(, /°'* 
du tout ronde, comme le Cabaret, ou Pain de pourceau , nerueufe Se pleine de veines , groiTes Se 
nctie. 11 fait beaucoup de fleurs , qui fortent du gros tronc rond , Se. non des branches , Se furjeons 

en mefme temps, Se aufli deuant que les fueilles, decou- 
Le Guainhr , ou arbre de fadas, leur de pourpre , Se d'vn beau luftre , de la façon de celles 

d'vne leffe , ou d'vn Pois. Ses gonflés font meures enuiron. 
le mois d'Aouft , dans lefquelles il y a vne graine platte 
comme vne Lentille , ou comme celle du Geneft. Les gouf- 
fes font blondes ou bayes par dehors, &rcluifantes,plattes, 
ayans plus d'vn doigt de largeur , retirans aucunement à 
celles du Séné , finon quelles font droittes. Ilcroift près 
des ruiffeaux , pu fur les bords des champs gras, mefme 
fur les coftaux près de Veronne , Se de Narbonne , comme 
auflî ,çn Tofcane aflez près de Sienne, & auprès de Tin,qui 
eft vn bourg affis fur la riue du Rofne vis à vis de Tour- 
non. Aucuns le prennent pour le Laburnum , ou pour le 
moins ils croient que c'en foit vne efpece- D'autres le pren- 
nent pour la troifîefme Colytea de Theophrafte. Or corn- j4Jg ^ 
bien quc'ceft arbre icy porte des goufles , ce neantrnoins 
Geiherus eftirne qu'il eft bien différant du Laburnum , Se de Aux Jardins 
la Colytea ; d'autant que félon Pline , le Lahumnm eft vn ar- ^tT^ ' 
bre des Alpes , ayant la fleur d'vne coudée de long ; ce qui c ha P . 3 6. 
il eft pas en c eft arbre : Se la Colytea qui porte gonfles , fe r a, - a P *9' 
Ion Theophrafte a les fueilles cpmme le Saule , ou comme 
le Baguenaudier ) ainfi comme ont In: aux communs exem- 
plaires,) Si la gonfle large , comme le Séné , Se non eftroite. 
Mais nous auonsdit noftre aduis touchant cefte contro- 
uerfe en la defeription du Baguenaudier. Ce ne peut aufli ■ 
pas eftre l'arbre duquel Ruel eferit ainli : En nos quartiers •>"• Ém- 
ouvoir dans les cours des maifons vn arbre , qu'ils nom- 
ment Sycomore , qui eft fort fueillu , Se de prime face retire 
allez bien au Meuricr quant aux fueilles Se à la grandeur. Toutefois ic n'ay peu apperceuoir , qu'il 
portait aucune chofe ny aux bourgeons , ny aux branches, û ce n'eft qu'au commencement du 
printemps il porte comme des châtrons longs , Se fait fon frui£t en vne gouiïc, qui femble vne 
fueiMe, Se eft courbée qualî comme vne faucille. Si on l'entame il ne fait point de lai<5fc , au lieu 
que le vray Sycomore en efté eft plein d'vne humeur blanche comme de laid. Voilà ce qu'en die 
Ruel. Mais ceft arbre porte vne fleur, Se non pas vn chacton Ses gonfles ne font pas auflî peu 
ny comme de fueilles, ny courbées en faucille , mais droites Se comme celles des légumes , ainfï 
qu'on peut voir en le peinture. Il faut donc aduertir le ledeur , que l'arbre duquel Ruel parle icy 
fous le nom de Sycomore, eft le 'Plane, que les Latins nomment Acer, album , duquel nous auons 
ttaitté cy deuant ; Se que Ruel fe trompe difant qu'il a les fueilles comme le Meurier. Aucuns font 
d'opnion que ce foit la Cercis portant gonfles de Theophrafte : car il dit ainfi : Il y a aujfî dit-il, des i£{ft jj' t £ 
arbres, qui portent leur graine dans des gouffes , comme U Ceronia, qe'on appelle Figues d'Egypte , le 
Cercis , & la Colutea de Lip art. Et toucefeis-en vn autre paflage auquel il traitte particulièrement j^^J' ^ 
du Cercis, que Gaza a traduit Popu lus Alpina, il ne -fait aucune mention de gouffes. Le Cercis rtfem- 
ble au Peuplier blanc , tant pour raifonde fa grandeur , que pource auflî quefes. branches font 
blanches. Il a les fueilles comme le Lierre , qui de l'vndes çoftez n'ont point d'angles , & de l'au- 
tre elles font longues , Se vont en aiguifant , ayant quaii vne mefme couleur deflus Se deffous, atta- 
chées à vne queue longue &graile. Pour cefte caufe elles ne ftj tiennent pas droites, mais font 
pendantes. Son efeorce eft plus afpre que celle de f'Aubeau , Se ^lus rabotteufe » comme celle du 
Poirier fauuage. Ce Cercis eft le Populus Lybica, dont Matthiol donne le pourtrait , duquel nous 
auons amplement traitté.en fon lieu. Le lecteur doit eftre icy aduèrty que Matthiol en la féconde 
édition de les Commentaires fur Diofcoride a mis le pourtrait Se a defeription de ceft arbre pour Lui,x,c. .x.i/.* 
la vraye Acacia. Ku^tr de Busbech, dit-il Ambafîadeur de l'Etnpereur vers le grand Turem'a 
apporté de Conftantinople le pourtrait de £ Acacia* lequel a toutes les parties Se marques de la 
'vraye Acacia : caria figure de la plante entière a le tronc qui n'eft pas droit , mais tortu ; l'efeorce 
du tout noire îles branches Se les reiettons bien fournis par tout d'cfpines. Elle a les fueilles 
rondes, de ia grandeur de celles du Poirier, pleines de veines , noires par deffous Se vertes- 
blancheaftres par deflus , qui ne font point dentelées. Leur queue eft noiraftre ; les fueilles 
blanches purpurées. Ses goufles Se fa femence font comme celles des Lupins. Voilà ce qu'en dit 
Matthiol. Or il ny a aucune différence e,ntrefa figure Se la noftre cy jointe, finon que celle là 
Tome premier. Q^ 3 eft 



1 8 6 Liure II. de l'Hiftoire des Plantes, 

eft garnie d'efpines: Ce que toutefois plufieurs Hcrboriftcs de noftre temps y regardant de plus 
près eftiment eftre faux. 



Du Coîtort) 



CHAP. LIV. 



Les noms. 



La forme. 




L'Arbre portant le Coîicn ) de 
MaùbioL 



Liu. : ^ ch 



Liûre 4. d 
Huit ch.<>. 



Le lien. 

Le ftrnH":t- 
mettt 13- les 
•vertus. 



O m m e les Grecs appellent cefte plante |uào» , Scyaorlmw , ainfi aufli 
elle s'appelle en Latin Kylon Sz Gojfîpium. Les Apothicaires l'appeller.t 
Bombax : en François on l'appelle Çotton : en Italien Bambagia , Sz 
Cotcne : en Efpagnol Algodon : en Allemand Baummol. C'eft vne 
petite plante ayant les fueilles larges à grande decoupeures , quafî 
comme celles de la vigne ,ou de laBifmauue : mais moindres , & blan- 
cheaftres. Ses fleurs font iaunes , tirant vn peu fur le purpurée par le mi- 
1 lieu , Sz dentelées par les bords. Son fruicl: refcmble quafi aux noifettes 
plattes Sz larges , ou à vne petite pomme , de couleur de gris enfumé, 
plein de laine très blanches , dans laquelle la femenceeft 
cachée comme celle du Tercbinthe ou des Cubebes, Icn- 
guette , Sz en grand nombre , pleine de moelle blanche Sz 
huileufe, Sz d'affez bon gouft , comme celuy des pignons 
ou Amandres, fingulierement lors qu'elle eft. frefehe. Pline 
dit , qu'en la haute Egypte tirant contre l'Arabie il croift 
vne plante, qu'aucuns appellent Gojfîpium , ou Kylon ; Sz les 
toiles qu'on en fait Kylina. Cefte plante eft petite, Sz porte 
vn fruid femblable aux noifettes barbues, qui a vne bour- 
re cottonée au dedans que l'on file , &: n'y a laine au mon- 
de plus blanche ny plus délicate. Les Preftres d'Egypte en 
fontfaire leurs robbes par iingularité.Ce Cotton qui eftoitfi 
rare, & comme incogneu aux anciens, eft maintenant £1 
commun , qu'il n'eft pas befoin de l'aller quérir en Arabie: 
car il en croift en plufieurs lieux le long de la mer Médi- 
terranée, dont on le porte vendre ailleurs. Plufieurs cfti- 
ment que les anciens n'ont point eu cognoifianec de cefte 
plante ; toutefois ils fe trompent : car il la faut mettre au 
rang des vignes portans laine , defquelles Theophrafte fait 
mention : En l'ifte de Tyle , dit-il , laquelle eft dans le gcttl- 
fe £ Arabie du coslé ' âeiters Orient , il y afi grande quanti- 
té d'arbres après que la mer s eft retire'e , que l'on laijfe le 
lieu fans cultiuer. Or il y en a plufieurs qui portent laine , qui 
ont lafueille comme la vigne , mais plus petite : ils ne por- 
tent point de fruicl (il entend peut eftre qui foit bon a man- 
ger.) Ce en quoy la laine eft enclofe , eft de lagrojfeur d'vne 
pomme. Il croift au printemps, ferré. Mais e fiant bien meur il 
souure , & on en ofte le Cotton duquel on fait des troiles dt 
petit é* de grand prix.Jl s' en fait autant en Indie & Arabie. 
Le Cotton ne croift pas ftulemen tde fongré en Egvpte Sz en Indie:mais on en feme aufîi auiour- 
d'huy en Cypre, en Candie , à Malte , Sz en Sicile en grande abondance , Sz mefme en la Calabre 
en la Pouille , Se autres régions. Le Cotton efchaufFe Sz deiTeche, Sz eftant brûflé a vne merueilleu- 
fe vertu d'eftancher le fane qui coule des playes. Sa femence félon Serapion eft chaude Sz humide. 
La moelle de la femence eft fort bonne à la toux, Sz à ceux qui ont difficulté d'haleine. Elle aug- 
mente le fperme : par ce moyen elle efchaufFe à l'amour. On en tire de l'huile qui eft fort propre 
pour effacer les lentilles du vifage Sz autres taches du corps. 




7>« Ciftus. 



CHAP. LV. 



L*s noms. 



L.es effet es. 



La forme. 

Matdb.liu 1 
de Dio.fcoï. 
chap. 1 qij ■ 



y^>ï\ ^ STE P^ ante s'appelle en Grec xjV©*, & kw9#», K&açovteitlosctpov: en Latin Ciftus, Sz Ci- 
™ (Ihus : en Arabe Ramet.cn Italien Cislo-.cn Efpagnol Cerguacos : Elle s'appelle peut eftre 
C?ftus, à caufe qu'elle aies fueilles rondes comme le jm'ôx©- , c'eft à dire le Lierre. 11 y 
en a deux efpeces > fvn qui porte le Ladanon Sz l'autre qui n'en porre point. Ceftuy- 
cy eft aufli de deux efpeces , àfçauoir mafte Sz femelle , aufquelles nous adiouftons le marin. Le 
Ciftus qui ne porte point de Ladanon , eft vne plante ayant fon tronc rond , lieriile, plein de ueuds 
Sz branchu. Le mafte a les fueilles rondes , crefpées , heriflees , blancheaftres Sz aigres. La femelle 
les a longuettes comme celles de la Sauge : pour cefte caufe les païfans d'alentour de Padouc l'ap- 
pellent 



Du Ciftus. 



Ciftus mafle de 
MattbioL 



Chap.LV. 187 

Ciftus mafle à la faille ronde, 
de MattbioL 





'as femelle , de Matthi^L 



pellent Sauge fa/mage. Sa fleur fort au bouc des branches Comme celle du Grenadienou de ia Ro- 
fe fauuage. Celle du majle eft rougeaftre ; celle de la. femelle eft blanche. Il porte vne petite femen- 
ce comme celle duïufquiame , ce que font auffi les autres Gifles^ énueloppée d'vne couuerture à 
trois coins. Diofcoride ditquele Cifte eft vne plante branchuë 8C fueillue, qui croift en lieux pier- Liu vc - i0 9* 
reux.Ses fueillcs font rondesîd'vn gouft afpre,&: velues. La fleur du malle eft comme celle du Gre- 
nadier. Les autres lifent âW^ fojfy , c'eft à dire comme lu Roje. Celle de la femelle elt blanche. Les 

Grecs, dit Pline, ont apf 'elle 'Ciftus, ( qui eft vn nom appro- Liu *4-«-io« 
chant du nom du hitnc)vne plante, oui eft vn peu plus hau- 
te que le Thim^cr a,)sfueiâ'es femblables au Bafilic. On eri 
ireuue de dèuxefpecesje m tu (le a la, (leur incarnate \id feme i- 
le l'a blanche. Or il n'y a point de doute que Pline parle du 
Cifte de Diofcoride , combien qu'ils ne s'accordent pas en 
tout & par tout.Or û Pline fe fuft fouucnu de ce qu'il a die 
du nom du Lierre, il n'euft pas confondu l'hiftoire du Cijfus, 
c'eft adiré Lierre, 8c du Ciftus, cHam abufé par lafimiiitu.de 
des noms,quand il dit parlant du Lierre;//^ en a deux ejpe- u a l6 ç 
ces Je ?na(le,& la femelle: le majle eft pfas gmd,& a lafuùl- 
Jfe> l»^3Ê&(È8 le plus dureté' plu* greffe -,& la fleur tirant fur la couleur de 
$ pourpre. L'vn rjr l'autre a la fleur comme la Rofe fauuage, 
excepté quelle nej'entrien. 11 y a défia long-temps que Leo- 
nicenus a temarqué,que Pline auoit rapporté ce que deiTus 
au Lierre au lieu du C7/?^,ayant confondu ces plantes.qui 
toutefois font bien de différente nature, combien que Col- 
lin eau fc foit eflayé de deffendre Pline par quelques raifons 
de peu d'importance. MarCjllus,Matthiol, Cordus &RueI 
font de mefme opinion que Leonicenus. le croy que le tex- 
te de Thconhrafte eftant corrompu ait fait faillir Pline : car &#? f" ^ 

•1 ■ r t ■ r 1 n 1 n l«l«.ch.*. 

il y a ainli : Car on rapporte deux ejpeces de Cijtus , le majle^ 
ejr la femelle. Or ceUuy-cy a les fueilles plus grandes, plus af 
prcs^& plus groffes^ejr la fleur tirant Jur le purpurin. Hvn ejr 
f autre Jèmblable aux Rofes fauuage s. Or eft- il certain que 
Pline atraduit les mefmes mots ; veu donc qu'il y a encor 
auiourd'huy aux exemplaires de Theophrafte wW, au lieu 

CL 4 de 




c'orn.EtnM. 
ioj, liu.i.dc 
Diofc. 



LiHypoci, 



1 88 LiureII.dc l'Hiftoire des Plantes, 

de a/s*, tellement que mefme Gaza a traduit Lierre , au lieu de dire C7/?f , il eft vray femblable que 
Pline a efté deccu par la faute de rexemplaire,& qu'il a prins le Lierre pour le CiJkm.Cw mefme ces 
mots <pv$s.ov après e%«v, & f o<^k, deuantw e^/ei?, ne font pas aux exemplaires imprimez de Theo- 
phrafte. Or il appert par Theophrafte mefme qu'il y a en ce paiTage icy xi««, au lieu de »iç». Car il 
dit en vn autre endroit,qu'il.y a plufieurs efpeces de Lierre,l'vne qui rampe par terre,& l'autre qui 
croift en hauteur. Et qu'il aplufieurs efpeces de celle-cy, La blanche, la noire, & l'Helise. Il fe lut 
donc bien contredit à foy-mefme , û ayant mis tant d'efpeces de Lierre , il n'en euft vn peu après 




Liu.14.c10. 

Liu.2.6- c. 8. 



Les vertus de 
ÏHypociftis. 
Liure iz. 



'Hypocifte,à\t Dio(con6.t,appelle' 1 
Le Ctfius ; auec l'Hypociflts , de autres Cytinus, croift près les racines du Cifte, & refemble à la 
Mri.tthml. fl e ur du Grenadier. On en treuue de roux Je vert ér de blanc. 

On en tire le ius comme de l'Acacia. Toutefois aucuns le 
fechent,.& après l'auoir pilé le mettent tremper , & le font 
cuire, &c font tout le demeurant comme au Lycion. L'Hypo- 
cifte, dit V\mz,croift principalement fous le cifte: ëç en vn au- 
tre endroit , l'Hypocifte qu'aucuns appellent Orobethrcn, ejl 
femblable avne pomme de Grenade,qui neft pas meure. Elle 
croift comme i ay dit dejfous le Cifte , d'où aujfielle -aprinsfon 
nom. L'Hypocifte fechée à l'ombre, & prife auec du vin af- 
pre,& noir, referre le ventre. L'vne &c l'autre fait cet direct: 
car il y en a deux efpeces , la blanche & la rouge. Oribaze 
ne faitauffi mention que de ces deux efpeces, laifTant celle 
que Diofcoride appelle Verte. Fuchfe examinant les tro- 
chifques d'Ambre dit faufïement, que l'Hypocifte eft vne 
chofe fpongieufe comme vn potiron. Car l'Hypocifle , dit 
Matthiol , neft pas efpece de potiron ; mais comme vn 
germe fortant des racines du Cifte , refemblant allez aux 
rieurs du Grenadier , comme fçauent ceux qui ont fou- 
uent veu le Cifte , & l'Hypocifte en fes racines , laquelle il 
feroit bien requis que les Apothicaires cueilîiilent , & en 
tiraiîent le fuc : car l'Hypocifte dont on vfe communé- 
ment, eft falfific auec le fuc de l'herbe nommée Barbe de 
bouc, feché aufoleil. Les Arabes ont efté caufe de cet abus, 
cl'autant qu'ils nomment le Cifte , Barbe de bouc , d'où ks 
autres penfans que ce fuft la plante appelle e par les Grecs 
T^yoTr^V^c'eftà dire Barbe de bouc, en ont contrefait l'Hy- 
pocifte. Le Cifte croift en Cypre , en Candie 3 en Sicile , en 
Italie , comme en la Tofcane, llngùlierement fur l'Apennin, &: en Languedoc , en lieux non culti- 
uez, afpres , & pierreux. Les rieurs & les fueilles du Cifte delTechent au fécond degré , &c font 
médiocrement aftringeantes. L'Hypocifte eft de mefme tempérament; mais elle eft plus aftrin- 
geante. Le Cifte, dit Diofcoride, a vertu de reftraindre ; de forte que les fleurs beuës auec 4.u 
vin afpre deux fois le iour font bonnes aux dyfenteries , &; empefehent les vlceres corrofifs de s a- 
uancer dauantage eftans einplaftuécs deftus. Incorporées auec cire elles gueriffent les vieux vl- 
ceres^ les brufleurcs. L'Hypocifle a les mefmes vertus que l'Acacia;mais elle defïeche vn peu plus, 
&:reftraint. Pour ceftecaufe elle eft bonne au dyfenteries, aux cceliaques, a ceux qui crachent 
LiuK 7 . des le fang , & au flux immodéré des femmes , prinfe en breuuage &£ appliquée dedans. Selon Galien, 
fimpl. iç c ip e ft vn arbrifleau aftringeant au gouft, & en toutes fes particulières opérations. Toutefois 

les fueilles, & les petits tendrons broyez deflechent & reftraignent fi fort,qU ils fondent les playes; 
mais les fleurs ont plus d'efficace » tellement que prinfes en breuuage auec du vin elles gueriffent 
la dyfenterie,Ja débilité d'eftomac , les flux , &; les humiditez. Appliquées en cataplafme elles font 
fort bonnes aux vlceres pourris-: car leur qualité eft fort deficcatiue , quafi au fécond. degré com- 
plet. Or cette plante eft tellement froide, qu elle participe d'vne chaleur tiède. Quant à l'Hypo- 
c.ifl£ elle eft bien plus aftringeante que les fueilles , & eft vn fouuerain remède contre toutes for- 
tes de maladies caufées par defluxions .; au crachement de fang , aux flux des femmes , aux ccelia- 
ques &: aux dyfenteries ; mefme s'il eft queftion de fortifier quelque partie afFoiblie par trop d'hu- 
midité , l'Hypocifte la «renforcera &: la deffechera fort bien. A raifon dequoy 01^ en méfie aux 
Epithemes qui font ordonnées pour l'eftomac,&: pour le foye,&enlatheriaque; d'autant quelle 
Un m.c.io. renforce & fortifie le corps. L'vn & l'autre Cifte félon Pline , eft bon aux caquefangues, aux flux 
de ventre , envfant des fleurs autant qu'on en pourrait tenir auec trois doigts dans vn vin vert 
deu x fois le ioux. Incorporées en cire elles fontforj: bonnes aux vieux vlceres , & aux brufleurcs. 

Elles 




Le tempern' 
ment & les 
•vertus. 
Dodon liure 
j6.chap,3. 



Du Ciftus. Chap. LV. 



189 



Elles font auffi bonnes toutes feules aux vlceres de la bouche. Or il faut adioufter icy plufieurs ef- 
pe/îcs de Ciftm , que l'Efclufe a remarqué & defcrit. Premièrement il met cinq forces du malle, 
différentes quant à la façon des fucilles , ou bien en la couleur. Le premier Ci (le , qui eft icy peint $'/*/'/* 
auec fon Hypocifle , croift le plus fouuenc à la hauteur d'vn homme , ayant le bois allez ri aile , cou- ° J 
uert d'vne efcorce blancheaftre auec plufieurs branches deçà & delà, fortans toufiours deux à 
deux l'vne au droit de l'autre , comme auffi les fucilles gardent le mefme ordre : & font blanches, 



aftem-feldetEfdufe. 



Cift maflc 11 de Fe/clufî. 





molles & longues , aux iaunes plantes : mais aux vielles elles font plus courtes , dures & afpr'es, 
refemblans aux fueilles de Sauge , aiguës , & ayans vn gouft allongeant.., Sa fleur eft comme celle 
de l'Eglantier , ou des Rofes fauuages , ayant cinq fueilles de couleur de rouge-blaflfard , au milieu 
de laquelle il y a plufieurs filets iaunes comme en la Rofe commune. Apres la fleur il y vient des 
petits boutons à cinq angles , durs, velus , blanchaftres U aigus , dans lefquels il y a vue petite fe- 
mence , rouge-brune , de la grandeur de celle du Iufquiame bu du Pauot. Des racines de ce Cijle, 
qui vont rampant par defîus terre, il croift &et Hypocifle en grande abondance, qui eft la plus belle 
de toutes, & fort au printemps lors que ce Cifle eft preft à fleurir. Du commencement qu'elle fort 
de terf e on diroit que ceft de foye cramoifie > mais croifîant peu à peu & s'efpanouiffant elle perd 
bien de ce beau luftre , iufquesàtant qu'elle ictte fes fleurs blanchaftres, & pleines d'vn fuc 
vifqueux, duquel les Apothicaires bien expers en l'art font le fuc de l' Hypocifle. Ce Ciste croift en 
grande abondance en Efpagne , fpecialement en f Andaloufie , en Portugal & en Languedoc. Le 
fécond qui eft aufli peint icy , croift auffi grand que le premier, &c quelquefois plus, & iette bien au- 
tant de tiges dés le pied , & a bien autant de branches i toutefois il n'eft pas fi blanc. Les fucilles 
font difpofées en mefme ordre, plus molles, plus longues, plus eftroites, &: plus aiguës : la fleur eft 
comme celle du premier , blanche-purpurée. Quant aux boutons & à la femençe il y a peu de 
différence. Ceftuy-cy croift auffi en Efpagne , & fleurit plus long temps que les autres malles. Il 
croift auffi fur ces branches plus tendres vn ie ne fçay quoy enuiron l'automne de gras & odorant. 
Le troiflefme eft plus petit que les deux precedens, toutefois il a bien autant de branches:mais plus 
menues. Ses fueilles font plus courtes que le fécond , & d'vn vert plus blarfard , plus frondes, 
plus grafles, & plus odorantes, Sa fleur eft femblabie à celle des autres, de couleur de rouge-blaf- 
fard, & vn peu odorante. Ses boutons font plus petits que ceux des precedens, & demeurent 
plus long-temps caches dans leur couuertc, qui fert de coupelle à la fleur. La iemence qui eft de^ 
dans eft comme celle des autres. 11 croift de foy mefme en Potrugal au deffus de Lisbonne. Le 
,quaeriefme croift le plus fouuent auffi haut qu'vn hommme, &: eft yn arbriifeau comme les autres, 
ayant les petites branches aucunement blanches ; les fueilles plus grandes que celles des autres, 
& comme rondes , vn peu velues & frondes. Ses fleurs font comme celles des autres, vn peu plus 

grandes, 



Le Lieu. 



Cifle II. de 
ÏEfpluft. 



Cifle I II. d? 
l'Efclufi, 



Cifle IV. de 

L'Efelnfi. 



Ci fie V. de 

tèfdttfe. 



1 9 6 Liure 1 1. de THiftoire des Plantes, 

grandes , &: plus 'rouges. Ses boutons font velus , durs , & à cinq angles , plus grands que les 
precedens , dans lefquels il y a vue femenec rouffe plus grade que celle des precedens. On en 
treuue au Royaume de Valence & d'Arragon. Le cinquiefme eft bas, & trainant pour la plus part. 
Il a les branches enmron de la longueur d'vn pied ou vn peu plus , qui fortent en grand nombre 
d vne mefme racine. Ses fueilles font crefpées, & vn peu plifîees , blancheaftres , &: velues , d'vn 



CiflemAJley.ietEclufe. 




Ci fie femelle del'Efdufi. 




gouft afpre & aftringeant. Ses fleurs fortent au fommet des petites branches toutes efrales , &; 
quafi comme par ombelles , vn peu plus petites que celles des precedens ; mais d'vne fort belle 
couleur de pourpre. Leurs boutons font plus petits que ceux des autres , quafi toufiours cachez 
dansleurscouuertes, ayans au dedans vne femence comme celle des autres , mais plus noire. 
Liure les L'Efclufe dit qu'il n'en a point veu ailleurs qu'en Portugal. Or il diftingue auffi le Ci fie femelle par 
chïp d ! fp ' *" CS ef P eces : car ou ^ eft P 1lis g ran( * » & && d es verges droites comme le marie ; ou bien il va ram- 
" M V - pant par deflus la terre. Toutes les efpeces font la fleur de diuerfe couleur : car elle eft toute 
ciBe femelle, blanche , ou iaune, ou de couleur de l'Ocre. Or le Cïfie femelle eft vn arbriffeau branchu , par 
fois de la hauteur d'vne coudée , & par fois rampant. Ses branches font grailes , nciraftres : fa 
fueille eft de la grandeur de celle du mafle de la quatriefme efpece , quafi ronde , rude & afpre, 
verte , de gouft aftringeant & afpre , comme celle du mafle. Sa fleur eft vnpeu plus petite que 
celle du malle , quaiî femblable à celle du mafle de la cinquiefme efpece : aucunefois blanche , èc 
d'autrefois iaune , ayant des filets iaunes au milieu comme aux Rofes fauuages. Ses boutons font 
plus petits &c plus noirs que ceux du malle , & ne font pas aigus : mais vn peu plats au deffus. La 
femence qui eft dedans , eft vn peu plus noire , & plus groife. Il y a grande quantité de celuy qui 
a la fueille blanche , tant de celuy qui croift haut , comme du rampant en Efpagne , en Portugal, 
en Languedoc & en Guienne. Mais celuy qui fait la fleur iaune ne croift finon en quelques lieux 
d'Efpagne , & fur les confins de la Guyenne , vers la Bifcaye à l'entour de Narbonne. L'Efclufe 
jamsefie- dit , qu'il a remarqué quelques autres efpeces de Cifie en Efpagne &: en Portugal , qu'il eftime de- 
7 de felur* uoir e ^ re P 1lU ^°^ mis au nomDre des femelles que des mafles , ou du Le don ; à caufe qu'ils n'ont 
point de vifeofité , ny la fleur incarnate : fî ce n'eft que peut eftre quelqu'vn mette au nombre 
des efpeces du Le de cefte efpece là qui a la fleur comme le Thim. Le premier d'entre ceux cy a 
la fueille comme la Blanche-pute. Il iette des branches enuiron d'vne coudée , ou vn peu plus, 
grailes, affez branchues. Ses fueilles font fembla blés à celles du Pourpier marin s mais ton tes 
blanches , comme celle de la Blanche-pute. Elles ont la pointe plus obtufe , &c font d'vn crouft 
afpre & aftringeant. Il fort grand nombre de fleurs au bout de fes branches , qui ont cinq fueil- 
les iaunes auec leurs filets au milieu , plus petites qu'aux precedens. Sa femence croift en des' 
petits boutons longuets , &: faits en triangle , petite & rouffeaftre. L'Hypocifiis croift aux racines 

de 






Du Ciftus. 

Ci(ie 1. aux fueilles fembl Me s à la 
'Blanche- fute. de l'Efclufe. 



Chàp.LV. 191 

Cifie 1 1. ayant la faille de la Blanche- 
futeydel'Efclufe. 





de ceftuy-cy, du tout iaunc, ou de couleur d'ocre ; refcmblant quant à la couleur à la fleur de fa 
plante. L'autre Ctfit ayant la fùeiïle de la Blanche-pute , eft plus grand que le premier ,&: a les 
branches plus fermes, blanches comme celles du précèdent ; mais fes fueilles fontvn peu plus 
longues , eftroites , Se plus aiguës ; leur dos eft plus releué ; toutefois elles font plus blanches , &c 
lèches , 6>C ont vn gouft vn peu afpre &C aftringeant. L'vn & l'autre eft afîez commun en Portugal, 

aux lieux fablonneux , &: près de la marine , parmy les 
Qfle ayantlafueille de la Lauande, bruyères affez près de Lisbonne. L'Efclufe dit qu'il n'en a 
de l'E/clufè point veu ailleurs. Le Ci (le ayant lafueille comme la Lavan- 

de eft le plus fouuent de la hauteur d'vne coudée,fort b,ran- 
chui toutefois fes branches font courtes. Ses fueilles croif- 
fent par monceaux, '& font eftroites , blancheaftres d'vn 
gouft aftringeant. Ses fleurs font petites , blanches , quau* 
femblables à celles du précèdent. Cette plante refemble fi 
fort à la Lauande , que li ce n'eftoit le gouft , &C l'odeur , on 
la prendrait pour la Lauande. Les fleurs aulfi y mettent de 
la différence. Il dit n'en auoir veu ailleurs qu'au Royaume 
de Valence, en des lieux fecs 6c pierreux,quatre mille loing 
de Valence , au commencement d' Àuril. Le Cifte ayant la, 
fueille de la Mariolaine , eft vn arbriffeau qui iette plufîeurs 
branches minces. Ses fueilles font petites , quau rondes , S>C 
blancheaftres comme celles de la Mariolaine , vn peu plus 
petites, 6c auec vn dos releué. Elles font aftringeantes auec 
vn gouft vn peu afpre 6c falé. 11 porte plufîeurs fleurs blan- 
ches au bout de fes branches ayans les filets iaunes au mi- 
lieu de la fleur, comme les autres Ciftes ; Se ont cinq fueilles 
chacune , au milieu defquelles il y a vue tâche de pourpre 
brun. Leurs boutons font petits , quafi comme ceux du Lin, 
à trois coins ou angles, dans lefquels il y a vne femence 
menue comme celle du Iufquiame, noire tirant fur le blanc, 
ou de couleur de cendre. Toute la longue branche , qui a 
porté la fleur &c le fruicï, fe feche après qu'il eft meur , com- 
me auffi en tous les autres Ciftes.Ce premier fe treuue en la 
vieille Caftille. Il y en a auffi grande abondance en la 

Caftille 







t 9 2 Dure IL de l'Hiftoire des Fiantes, 



Cifle ayant les fuei.les comme la 
Mariolawe, de ÏEjdufe. 



Cijie aux jueillçs du ihim^ de 
tE/clufe. 





' Autres efyem 
■ de CiHe, de 
l'Efclufi. 



Caftiîle ncuue, & en tout ce quartier de l' Andaloufïe , qui eft entre les riuieres de Tayo , &: Gua~ 
diane.Le CiJle qui a Ufueille au Thim cil: vn arbrifleau de la hauteur d'vn pied.Ses branches petites 
font de couleur de rouge-brun, dures & ligneufes,lefquelles le plus forment fontfans fueilles linon 
aubout,où elles croiiîent en vn tas,rort petites, verdes,femblables à celles du Thim, ayans vn gouifc 
allongeant. La fleur fort au bout des branches,comme la précédente ; mais moindre,&; fans taches. 
Ceftuy-cy croift aux confins de f Andaloufïe p deuers la Caftiîle & Portugal. L'Efclufe adioulle 



Cifle annuel I, de t€fclufe. 



Cifle annuel IL âeLobel. 





en cor 



DuLede. Chap.LVI 



J 93 



encor deux autres plantes auec les précédentes, domla première eft appellée par Jes Herbiers » 
liant hemon bl*m&\ autre Hélianthe mmeXj, dernière félon l'Efclufe croift fur le bord des vigno- 
bles de Salamanque, & au Royaume de Grenade ; & fait des verges longuettes & rares. Elle a les 
rueil es p us larges que / He liant hemon, ôc plus vertes, & d'vn gouft allongeant. Sa fleur eft pafle 
ou blancheaftre, Sa graine eft menue, rougcaftre, dans des petits boutons à trois angles, Il dit auffi 
qu il s en treuue vue autre plante en la foreft de Madril , à deux lieues de Pans, laquelle doit cftrc 
mue au nombre des Cilles, quieft de la hauteur d'vn pied,& a les tiges fort petites , droites , ten- 
dres , & qm ne (ont pas fort branchues. Ses fueilles font longuettes, eftroitcs veluës,& verdoyan- 
tes , qui {ont garnies & les petites branches auffi d'vne humeur greffe & vifqueufe durant les iours 
Caniculaires. Sa fleur eft pcrite,& a cinq fueilles, pafles & tachées de violet. Ses boutons font fort 
■tendrcs,a trois quarres , dans lefquels il y a vne petite femence grife. Lobe! donne le pourtrait de 
cette-cy. Ces deux plantes dernières ne durent qu vn an,ou pour le moins elles fleuriffent la fécon- 
de annec,&puis après elles meurent. Tous les Ctfies fleuriffent au mefme temps que le malle. Leur utmt^ 
iemence meunt auffi au mefme temps. Ils gardent tous leurs, fueilles tout le long de l'année ': mais 
leur fleur fleftrit incontinent &c ne dure pas long-temps. Leurs racines (ont dures, ligncufes , diui- 
iees & s elpandans ça & là detous coftez. 



Dit Lcde 3 



CH AV. LVL 




Lede de MatthioL 



L y a vne efpecece de ' Ci fie fur lequel croift le L^dane , laquelle eft appellée cn Les m, ™> 
Grec AjjVov , ( peut eftre à caufe que fes fueilles ne font ne liffes , ne polies ; mais afpres 
& comme defehirées : car tâjié* e n Grec fîgUirîc <vnc robbe de toile rare & vfiée. )Oa 
l'appelle auffi KdJov : & en Latin Ledum, & Ladum:en Arabe chafus.c'efi vn wbriffkm, 
fc~jde,£WÏ croift comme le çiftamais Haies fueilles plus longue s, & plus noire s, le [que lie s fur U V " îl ° : 
le printemps amaffent de la gmiffe. Galien n'en traitte pas c6me s'il elloit différant de celuy duquel ***** 
nous auons parle cy defîus; mais il dit zmïv.Le Cifie qui croift es régions chaude *, combien qu'il ne/oit 
pasd autre efpece que le noftre.fi eft ce toutefois que le pais luy donne ie ne ficay quoy d'exquis , & vne | iu ^ 7> des 
particulière chaleur refolutiue , & eft différant d'auec le nofire en deux fortes , tant en ce qu'il a lai fi ' 
je toute ja froideur , & qu auffi il a acquis de la chaleur. Celle graiffe , que l'on amaffe fur le Ci fie, 
s appelle en Grec À«^ m : en Latin Ladanon. Les Apothicaires l'appellent Lapdanum : les Arabes 
Lede», Se Laden: les Italiens Lodano ,6C Odano: les Efpagnols Xara. Diofcoride dit qu'on l'a- 
malle en deux manières. Quand les boucs & les cheures broutent les fueilles du Cifie, elles amaf- 
tent mamfeftement la graille auec la barbe , & en rapportent , d'autant par fa vifeofité elle s'atta- 
che à leurs coiffes velues , le (quelles les païfans pignene 
pour en retirer la graiffe.., & .après l'auoir coulée , la met- 
tent par gros morceaux pour la garder. Ou bien ils ra- 
clent auec des cordes cefte graiffe de deffus les fueilles , & 
la formant en maffes en font le Ladane. L'Arabie, dir Pline, iM-t^ij, 
fie glorifie pour le Ladanum , qui y croift. Plusieurs difent 
qu'il fe fait par cas fortuit , & au grand tort de cefte forte 
de fenteur : car les cheures , qui autrement ne font que mal 
aux arbres , eftans fort friandes des plantes odorantes, com- 
me fi elles en cognoiffoient la valeur,brouttent les tendrons 
de l'arbre , qui font chargez de cefte liqueur fort douce; 
ainfî ce fucqui en diftile s'attache à leur vilaine barbe b par 
après lapouffiere qui tombe deffus le réduit en petites pe- 
lottes, puis il fe cuit aufoleil:Ô£ que c'eft pour cela qu'il 
y a du poil de cheure parmy le Ladanon : & que cela ne fe 
fait linon en la région de Baarat , quieft es frontières d'A- 
rabie du cofté de Syrie. Les autheurs plus modernes l'ap- 
pellent Strobon , & difent que les cheures gaftenr. toutes les 
forefts d'Arabie , où croilfent ces arbres , & que cefucs'atr 
tache à leur poil : mais que le vray Ladanum fe fait en Cy- 
pre, pour parler généralement desfenteurs fans s'arrefter 
à l'ordre des régions. Ils difent donc , qu'il fe fait auffi là en 
la mefme façon , & que c'eft vne graiffe attachée à la barbe 
des boucs &c des cheures , & au poil de leurs genoux , après 
quelles ont broutté la fleur du Cifie au matin , quand la ro- 
fee eft encore deffus. Et après que le foleil a confumé la ro- 
fée, lapouffiere s'attache à leur poil ainlî gras, duquel on. 
lire le Ladane en les pignant. Aucuns appellent Lada vnç 
Tome premier. R herbe 




1,94 Liure ÎL de THiftoire clés Fiantes 

herbe oui croift en Cypre, fur laquelle on armTe \cLadane,&L de là difent-iîs vient le mot de Lada- 
ne. Car comme ils ditent , fes fucilles (ont toutes chargées de ceite liqueur, que l'on amalTe en 
i . u . n c g traînant des corticaux par dcliùs , aufquels elle s'attache , & amii on en fait des malles. Le mefme 
' PUne cniligne vnc troiiieime manière de le cueillir : L'herbe,àk-ï\.de laquelle on fait le Ladamum tn 
Cypre, s appelle Lada.Ilfe treune attaché a la barbe des cheures.il s en fait aujfi en Syrie é Afrique, 
qu'ils appellent Totclcon : car ils enuehppent de lame les cordes de leurs arcs, & amftraclc't la rojée qui 
eft deffwlesfueiltes.ee Ladanon eft appelle Toxico.a. caufe de la manière que l'on tiët pour le cucii- 
Liurc i des li r ;d'autant que Toxm en Grec lignifie vn arc. Belon eferit encor vne façon de cueillir \e Ladane, àe 
Obfcra. c 7- i a q UC n e on v fe auiourd'huy en Candie.£*m? les chofesAït-ilquifont les plus remarquables t& Cadie, 
il fie faut pas oublier la façon défaire le Ladane,qui eft fort renomé entre les parfums.On ne U fiât foi 
de la plante appellée Ledon,come les anciens ont eftimémaisd'vn arbriffeau qu'on nomme Cifte (com- 
me/ Le don n'eftoit pas vne efpece de Cifle ) dont les montagnes de Candie font toutes garnies. Ce fie 
fiante de fa nature eft touftours verte ■ toutefov,fe s fucilles de l'hytter érfesfteurs du printemps c si ans 
tombées, quand ce vient en efté, elle iette des wuue lie s fucilles, qui font quafi toutes cot tonnées, au de fus 
defquelles il s amaffe par la chaleur du foleil, à 1 par l'humidité de la rofée, vne certaine graiffe. Et tat 
plut il fait chaud,plusily a de cefte rofée fur les fueilles. Ceux qui l'amaffent fe férue t a cefteffecldvn 
instrument, qui s'appelle en leur langue Ergaftiri.il eft fait comme vn rasi eau fans dents, auquels il y a 
pluftetirs corroyés de cuir roide,attachées,& pendant es. Or enpafsat doucemet ces corroyés par deffrn les 
fueilles Ja rofée s'y attache, laquelle ils raclctfuvs après auec des coût eaux, après auoir tenu ces corroyés 
la aufoleil bien ardent. La plus grande abondance dn Ladanon fe fait au bas du mont lda,en vn villa- 
ge qu'on appelle Cigualin,auprcs de Milipotame.Voila. ce qu'en dkBelon.Or on peut remarquer deux 
ehofes auxpalfages dePline,quenous auons allégué cy deffus.Preniieremennla faute qu'il a faite; 
& en fécond liemen cobien de régions le Lada-num eroiffbitrcar nous auos défia cy deuantmorrftré 
qu'il a notoi remet failly vfant du mot Ciffus au lieu de Ciftus,Ce qui fe voit bien plus euidemeiuen 
ce qu'il dit,qu'en Cypre le Ladane s'attache à la barbe, & au poil des genoux des boucs, lors qu'ils 
brouttent kfleur du Lierre au matin cependant que la rofée eft encor deffus.Et îuy mefnie monftre 
bien auffi qu'il a vfé du mot de Ci(fus\ccu\ à dire Lierre,™ lieu de Ci/lus,quU il dit puis apres,qu'au- 
cuns appellent Leda l'herbe de laquelle on fait le Ladane en Cypre. Or Diofcoride,Galicn,& tous 
"ÏV pr les autres monftrent bien, que le Ladane ne fe fait pas de toute forte de Ciffus , c eft à dire Lierre; 
ÏL \ , e c.i7* mais feulement du Ciste appelle Lede. Parquoy ie ne fuis pas de l'opinion de Hermolaus,en ce qu il 
& Cor. 130. rC p ren d pii ne a tort de ce qu'il nomme Lierre l'herbe dont on fait le Z,^;z<?:car Paulus la nomme 
Diofc.' ^ bien auffi quelquefois Lierre ; & Diofcoride dit,que l'herbe de laquelle on fait le Ladane eft appel- 
Lin 1 c. io 9 . j^ e par aucuns ciffarion c'eft à dire petit Lierre-.czr il n'y a point de propos de dire que le Ladane le 
fait de quelque autre plante que du Lede,d'autant qu'il l'appelle Ciffaron, ou Ciffarion. Que il cela 
euft efté vray,Diofcoride & Galien n'eulfent pas oublié de le dire.Et fi le. mot Ctffos au lieu de Cistes 
fe treuue en Paulus , il en faut attribuer la faute aux efcriuains , aufquels il a efté bien aise de taillir 
à caufe de la fimiiirudc de ces mots. Et ne faut pas croire que luy , qui a fuiuy Diolconde & Ga- 
lien ; ait penfé,que le Ladane fe fit d'vne autre plante que du Cifle Lede. La mefme faute fe treuue 
• bien aux îiures de Galien , la où il allègue les vers de Rufus Ephefien , lequel efcriuant du Ladane 
dit ainïi : 

in tre uueras au ■ jf.au champs de la Lybie 
Le Ladane pendant aux barbes des boucquins : 
Ce fac leur eft frt deux brouté par grande enuie 

Sur lafiieille du Cifte en leur ioyeuxfeftins. m 

Cat il y a é<m , au 'lieu de *k*. Parlons maintenant des lieux où le Ladane etoifloif. Diolconde 

i.e ti**. eferit, que le meilleur croift en Cypre,& le moindre eft celuy d'Arabie, & de Lybie. Galien dit, 

Sre'^es qa'il s'en fliit aux relions chaudes & en Alîe auffi. Pline dit, qu'il s'en fciten la région de Baarat 

flmpl. en Arabie : puis après il adioute.que le vray Ladane fe fait en Cypre ; & que le plus renome elt ce- 

S'? J c fé luy d'Arabie toutefois qu'il en croift auffi er? Syrie, & Barbarie , Rufus dit qu il croift au pais des 

■ ' ' * Ercmbes, qui font peuples de l'Ethiopie, qu'onappelle auffi Troglodytes , ayant efte nommez de 

ces deux noms pour vne mefme raifort : car les Grecs les appellent ifa&ç , &n m vzso tm è&® t^- 

Zcoîmv, c'eft à dire,pcurce qu ils habitent fous terre. Comme auffi ils les nomment ^yteàvraç, *w 

ri %ctrâ rd ? ^ûyhaç Jvsw, c'eft àdire d'autant qu'ils fe cachent dans des cauernes. Poflidonius : ainii 

liaw - a que récite Strabon, dit, que les Erembes,^ Arabes,ce n'eft qu'vu peuple, & n'y ayant linon yn peu 

de changement au nom. Auiourd'huy il fe fait du Ladane en Candie , comme il a délia eite dit.Il 

croift auffi du Lede en Languedoc, donc nous en mettons icy le pourtrait d'vne efpece , qui a eite 

remarquée par Bauhin, ayant les fueilles blancheaftres, aiguës au bout; l'cfcorce rougeaftre , & la 

chois du La- fleur iaune,bien garnie de fueilles tout à l'entour. Le meilleur Ladane , dit Diolconde , , elt ceJuy 

Jff: , 9 qui elt odorant, tirant fur le vert , qui s'amollit aifément, qui n'a point de grauier meile, & qui 

' C n'eft point moify, & eft refineux. Selon Pline, le vray & bon Ladane eft pur & net , 'odorant , mol, 

vert, & rciiueux. Or veu que celuy fe treuue communément aux boutique* n eft pas tel , a elt 

' i . / bien 






uLede, Chap.LVI. 195" 



fc>icii aife à connoiftrc , que ce neft pas du vray Ladane , Se 
quil eft fallifie , Se fans aucune vertu. Le Ladane , ainfi que 
Dioicoride eferic , efpeiht , eichaufte , Se mollifie ; ouure les 
veines , empefche les cheueux de tomber , le méfiant auec 
du vin , de la Myrrhe , &:d'huyle de Myrte. 11 embellit les 
cicatrices , fi on les en oint auec du vin. 11 guérit la douleur 
des oreilles iî on en met dedans auec de l'Hydromel , ou 
d'huile ro&ti II fait fortir l'anïerefais , il on en fait du par- 
fum. Méfié parmy les peflaires , il guérit les dttrrcz de la 
lklv\ lia !?s?& matrice. Il eft bon d'en nieller parmy les medicamen s qui 
A -■ feruent pour guérir la douleur des oreilles, & la toux, Se 
aux emplaftres remollitifs. .Beu auec du vin vieil il referre 
le ventre, Se fait vriner. Les fueilles font adrin géantes , Se 
font ks niefmes erFects que le Cifte. Le W^, minant IV lto« y-, dè S 
pinion de Galien , eft chaud au premier degré complet , Se u ? , mper ^ 
iiu commencement du fécond ; &: eft vn peu aftringéant. *i»fÇb$ 
' Outre ce il eft d'vne fubftance fubtile i Se pourtant efl-il re- vt ' 
molîirif , &: modérément refolutif , SI digeftif. Parquoy 
ce neft pas de merueilk s'il eft boii aux maladies de la ma- 
trice à raifon qti outre lefdites qualitez il a de l'aditriction. 
Pour c . tte cauic il empefche les chéueux de tomber : car il 
jonfume toutes les mauuaifes humeurs qui font aux raci- 
nes des cheueux, Si réferre lés conduits par ou fortent les 
cheueux. Toutefois il ne peut pas guérir la pelade , Se l'in- 
flammation des yeux : car ces maladies là requièrent des 
medicamens qui foient de plus grande efficace Se vertu,que 
n'eftpas \c-Ladme ï d'autant qu'elles font caufées par des 
mauuaifes humeurs, groffes , ai vifqueufes , qui ne peuuent eftre attirées , Se euacuées , finon par 
des medicamens deiïccatifs Se refolutifs , qui foieilt toutefois compofez de parties fubtiles. Ce> 
pendant il neft pas befoin qu'ils ayent vne telle fubtilité de parties > Se foient fi deficcatifs , qu'ils 
deflechenr par trop , confirmant par ce moyen non feulement les mauuaifes humeurs amaflecs, 
mais aufli l'humidité naturelle, oui fert de nourriture aux cheueux : car ainfi non feulement ils ne 
gueriroienr pas la pelade ; mais rendrai ent la perfomie charme. Pline dit que le Ladane eft molli- iifciÈ.4?» 
rit , deiiccanf , Se maturatif , Se qu'il incite à dormir : empefche le poil de tomber , Se le maintient 




C 



noir. On en mer dans les oreilles auec de l'Hydromel ou 
ïfie Lede à laràe fueilles de Pena. d'huile roftt. Appliqué auec fel il guérit les furfurés i quand 

la peau eft toute couuerte comme de menues efcailles , &£ 
les vlceres côulans de latefte , ou la tache. Il eft bon pour 
la toux pris auec duStorax , Se fmgulieremerit à ceux qui 
font fubiets à rotter, Le Ladane de Cypre prins en breuuage, Liu.itf.ch.*. 
guérit les maladies des parties intérieures ; rend vile belle ™? foe **» 
couleur aux cicatrices, & corrige les imperfections de la 
matrice , fi on l'en parfume. On l'applique aux doleurs & 
aux vlceres d'icelle. Outre les Ciftes defquels nous auons 
parlé cy-deffus , qui font touiiours verdoyans * Pena a mis 
le pôuftrait Se la defeription d'vne autre efpece qui porte 
aufli le Ladane i ayant les bourgeons Se fueilles beaucoup 
plus groffes , plus larges, plus longues, Se qui iette par le 
pied comme laRhois de Pline, ou comme le Brufc 5 & a la 
femence à triangle. Il en croift en grande abondance au 
deffus d'vne montagne très-haute des Ceuenes appellée 
fmncte-Colombe i Se a le gouft du Cifie Lede , fentant aucu- 
nement mal. Il a aufli fait pourtraire vne petite branche 
.d'vn arbre eftranger , qui a la fueille comme le Cifie Ledei 
fes feions font ligncuxau bout , femblables à ceux du Cilîe 
Se de mefme couleur. La fueille eft fronde, longuette, com- 
me celle de la Sauge ou de la Mente. Au bout des petites 
branches il y a des' petites pelottes velues, comme celles 
du Platane. Voilà ce qu'en dit Pena. Or l'Efclufe a fait la 
defeription de plufieurs autres efpeces de Ci lie Lede. Le GiBe h ^ 
premier Lede , dit-il , eft vn arbrifleau croiflant à la couleur l'çftbifa 

& a d'vn 




1 9 6 Liure II. de l'Hiftoire des Plantes, 



Efpcccde Cîfic Lede eftranger> de Veruu 



Ctfte Lede h de l'Eflufe. 





Lede II. del'E/cltéJe. 



L ede 1 T. de 

i'Efchfe. 



CUi'e III de 
ÏJifchtfe, 



d'vn homme, &C quelquefois plus, qui a plufieurs branches ligneufes, dures , & noires. Sesfueilles 
comme aufïî les branches fortent à l'endroit l'vne de l'autre , & font longues , de la largeur d'vn 
doigt en trauers , quelquefois plus noires par deflus , blancheaftres par deiTous ; couuertes & les 
petites branches aiuTt d'vne graifle odorante , &z d'vne liqueur chaude & reluiiante , fi abondam- 
ment qu'on la voit de bien loin ; &l mefme on en fent l'odeur d'vn demy quart de lieuë. Il a la 
fleur plus belle que tous les autres Ciftes , & plus large, de la grandeur d'vne Rofe , n'ayant qu'vn 
rang de fueilles. Quelquefois elle eft toute blanche ; mais le plus fouuent elles ont *vne tache 

quadrangulaire vers l'ongle de rouge brun, tantoft petite, 
& par fois plus grande , & large. Le milieu de la fleur eft 
tout plein de filets iaunes comme aux autres Cifres. Apres 
que les fueilles en font tombées , il y demeure des boutons 
plus gros qu'en cous les autres , quafi ronds , lifTes & non 
aigus ; &c ayam par fois dix angles, durs, iaunes par dedans. 
Lors qu'ils s'ouurent'il en fort force graine rouffaftre , plus 
menue' que de tous les autres. Il y en a abondance en plu* 
fietirs lieux d'Efpagne & de Portugal. Ccluy de la féconde 
ej]?ece , aux lieux où il vient de fon gré ne croift pas îi haut .• 
car il ne fait fes reiettons que de la hauteur de deux cou- 
dées, qui ont plufieurs branches fraiies. Il a les fueilles plus 
larges que celles de tous les autres , vertes par deflus , Se vr* 
peu blancheaftres par deiTous , retirans quelquefois aux 
fueilles du Lierre., & du Peuplier noir , aflez poulpucs , de 
afpres , vn peu rouges en hyuer , d'vn gouft vn peu nfpre, 
&: aftringeant* Sa fleur refemble tant à la figure , qu'à la 
grandeur à celle du Cijîe femelle , &: eft blanche. Ses bou- 
tons font pentagones , aigus , pleins d'vne petite graine noi- 
raftre. Il s'en treuue encor vne autre efpece quaiï du tout 
femblable à celle-cy ; mais elle eft plus petite, n'eftant iamais 
plus haute d'vne coudée. Ses fueilles font auffi moindres. 
Autrement elle a la mefme figure , fleur , &i graine , &; aufïi 
le mefme gouft. L'vn &: l'autre croift en la montagne de 
Sierra Morena , par laquelle on paffe en allant de Lisbonne 
à Seuille. Il s'en rreuue auflî fur les coftaux pres de Gre- 
nadç.Le Cifle de Utroiftefme efyece eft creu en Flandres de la 

graine 




> 



Cifie Lede 11 L ayant la f mille 
de Veuf lier. 



Du Lede Chap.LVI. 




Lede iV.de ÏEjckfe, 




graine qui auoit efté enuoyée d'Italie î de la hauteur d'vnc 
coudée, &: quelquefois plus. Il raie plusieurs reiettons. Ses 
branches font noiraftres : fes fueilles poulpues , vertes , ti- 
rans fur le noir , de moyenne grandeur entre celles de la 
première Où de la féconde efpece ; toutefois elles font plus 
courtes , que l'vne &: l'autre ,&: font quali de figure qua- 
drangulaire. Elles font couuertes &c les branches aufli d'v- 
ne humeur vifqueufe & gluante ; mais non pas en fi gran- 
de abondance comme la première efpece > &c mefme elle 
n'eft pas h fort odorante. Sa fleur eft blanche comme en 
celuy de la féconde efpece. Sa graine croift aufli en des 
petirs boutons , petite & noire. I obel met le pourtrait 
iïvn Cifie ayant la faille comme le Peuplier , &C en fait vne 
defeription à part-, combien qu'il n'y ait point d'autre diffé- 
rence que ce que l'vn eft cultiué &: l'autre non. Il croift, 
dit-il , en vn iardin en Flandres , ayant la fueille plus large 
que le précédant > &; a vne odeur plaifinte,commc le Lede 
François. Il a auffrk fleur toute femblable : mais il deuient 
quelquefois auili haut qu'vn homme te dauantage. La 
quatrième efiece de cifie iette plusieurs branches , qui ont 
plus d'vnc coudée de long , fouples & aifées à ployer , ve-< 
lues & blanchcaftrcs. Ses fuejllesfont plus molles que cel- 
les des autres Çiftes ', approchans allez de celles du Cifie fe- 
melle; mais elles font plus eftroites , velues & plus noires, 
couuertes d'vn fuc gras & vifqiuux , non feulement au 
Printemps;mais aufli tout le long de l'Efté, Sa fleur eft blan- 
che , de la grandeur de celle du Cifie femelle , &: quafi de 

Lede V. de ÏEfdufe. 



Lede IV. i« 

l'Efilufe. 




mcfme façon: Sa femence eft plus grofle,que celle de tous les autres, noire, enclofe dans des bou- 
tons , qui iontcouuerrs d'vne peau mernbraneufe, large. L'Efclufe dit n'enauoir point treuué ail- 
leurs, qu'en la vieille Caftille près le village de fain£b Martin du Caftannal , où ils l'appellent Ardi~ 
uieja- Le Cisle de la cinquième efpece croift en mefme hauteur que le quatrième ; toutefois fes bran- c Jfi sV - ^ s 
ches font dures , ligneufes , noiraftres. Ses fueilles font longues , plus eftroites que celles de l'Oli- 
uier, noiraftres, grafîes. Elles font couuertes, comrse aufli les ieunes branches , d'vne humeui'x 
Tome premier, R 5 vifqueu 






CiihVl.de 
l'Efclufi. 



Lede VIL de 

ï£]clufi. 



Lede-Plldetefclufi. 



Lede VlII.de 
t'Efilu;e. 



Lede IX ds 

'tjtiufe. 



198 LiureII.de l'Hutoire des * , 

vifqueufc. Sa fleur eft bl niche plus petite quafi que celle de tous les autres. Ses boutons font 
longuets, faits à angles , danslefquelsil y a vue graine ronfle tirant fur le noir, &: petite. Il n'y 
a rien plus commun par tout le Royaume de Valence &c auffi en Languedoc. Il s'en treuue auiîi 
en plusieurs autres lieux d'Ë (pagne & de Portugal. Le JJxicjme eftquaii tout femblable à ccftny- 
cy ; toutefois il eft vn peu pins petit , & a les fueilles moindres &; plus eftroites, fur leiquelles 
aulnily avnfuc vifqueux. Sa fleur eft plus grande, n'ayant que cinq fueilles , & blanche. Sa 

graine eft aufli toute femblable. Lcfeptiefme eft de la hau- 
teur d'vne coudée , ayant plufieurs branches , & bien 
efpeffes , de couleur de gris cendré , bien couuertes de 
fueilles femblables à celles du Rofmarin 3 mais du tout 
blancheaftres & afpres, & ont bien autant de fuc gras & 
vifqueux & les branches auffi comme celles de lacinquief- 
mc efpece. Il porte grande quantité de fleurs blanches au 
boutdefes branches, comme celles du précédant .• &: la 
graine auffi toute femblable. Ces deux dernières efpcces 
croiffent au Royaume de Valence, Le huiffiefme croift 
auffi haut que le précèdent : mais il a fes branches mieux 
efpandues , les fueilles plus minces, de couleur de vert- 
brun pardeffus, & blancheaftres par defïbus, refemblans 
aflez bien à celles du Rofmarin 3 mais elles ont vn gcuft 
aftrinseanc , combien ciu'ellesfont auffi couuertes d vn fuc 
gras &c vifqueux , & leurs branches auffi. Ses fleurs fartent 
en grand nombre tout du long de la branche , petites, 
iaunes , &; n'ayans que cinq fueilles. Sa graine vient en 
des petits boutons , de couleur de gris-brun. Il s'en treuue 
à force aux lieux qui ne font pas cultiuez par deçà la riuic- 
redu Tayo au deffus de Lisbonne parmy le Ciftequia 
la fueille comme la Blanche-pute , & en quelques lieux 
de l'Andaloufie. Le mufuiefme eft plus petit que le hui- 
cliefme ,& a la fueille vn peu plus grande; toutefois elle 
n'eftpas blancheaftre par defTous. Elles font auffi plus ra- 
res , &o'nt plus de fuc vifqueux. Les branches où la fleur 
& fans aucun fuc, & du toutfeches. 




croift font grailes 



LtdcyilLdeCEfifrfe. 



LedelX.del'Efclife. 





Du Myrte. Chap. L V 



199 



ledcXjeÏEfclufe. 




Il y vient aufli des boutons. Le àixiefme n'a pas plus d'vn 

pied de hauteur. Ses branches font fort minces , ligneufes nie x. 4e 

& aflez frailes , noiraftres , grades , &: pleines d'vne vifquo- l E f d,t f e ' 

firé , qui eft comme de filiue. Ses fueilles font beaucoup 

plus petites que celles du neufuiefme, allez femblables à 

celles du Thim. Ses fleurs forcent au bout des branchettes 

longues , aptes lefquelles il y vient des petits boutons en 

façon d'ombelle. Ces deux derniers croiffentaux confins de 

l'Andaloufie , du colle de la Caflille. Cesefpeces de Ci/le 

font auffi bien fueillùs en tout temps , comme le maile &la 

femelle. 




Les notnh 



Coroll.i j/i 
liure. 1. de 
Diofcor. 



Les e$eces> 



i—\. ^> t 



Vmmyrte. CHAP. LVlh 

E Myrte , ou Meurte s'appelle en Latin 
Myrtus , ou Murtus : en Grec /uupr/vsj, & 
,uv^(v?;, à caule d'vne fille d'Athènes 
qui s'appelloit Myrfme , laquelle eftoit 
renommée pour la beauté &: force , & 
-ftoit amie de Pailas, Or vn ieune 
homme efmeu denuic contre elle à 
caufe qu'elle allait emporté le prix fur luy» & à la courfe , Se 
à l.i lui te, la tua ; &Z police aulfi quelle furpafloit en beauté 
& autres <bns de nature les autres filles: après la mortde 
laquelle Minerue aima le Myrte ;pour fouuenance de ladite 
pucelle, en faifantaufll grand casque de l'Oliuier. Aucuns, 
ainfi que dit Pena , difent qu'il a efté airifî appelîée , à caufe 
que fon frnid a vne odeur quali femblable à celle de la Myrrhe , tandis qu'il eft frais . Il s'appelle 
auiîl , comme ditHermolaus, Myrfinos. Antiphanes l'appelle phibalecs , Se Archilochus le nomme 
Myrton. Les Arabes Acs, Alas,As-\es Italiens Myrto-Xes Efpagnoîs Murta,ou Raiam. Il y a plufieurs 
efpeces de Myrte : car il y a vn Myne fauuage , Se domeftique , & de l'vn & l'autre il y en a ynnoir 
& l'autre blanc. Or eft il a noter, que quand nous difons icy le oifettrte fœtmœge , nous n'enten- 
dons pas le Bmfit que Diofcoride H Piine appellent Myrte fauuage, Sç piqwmànais le vray Myrte 
fauuage., qui c ( 1 ainfi appelle pour le di'linguer d'auec le domeftique. Et combien que-Diofcoride 

n'ait pas exprelîemcut fait mention de ces deux efpeces de 
Meurte : il ne laifle pas pour cela de croire, qu'il y a vn Myr- 
te fauuage , de la mcfmeefpece que le domeftique. Ge qui 
appert en ce qu'il dit : Le Meurte ?ioir cuit lue eft meilleur, 
érc. Et ailleurs, du Meurte noir fauuage ou cultiué, ejrc. Toute 
lacoftedelamarinedeTofcaneeft pleine de Meurte fau- 
uage. Il croift aufÏÏ du Meurte fans eftre planté auxenui- 
| rons de Gennes , de Naples & de Rome. Et mefmes en 
~ Languedoc ; mais fingulierement le long de la cofte de Pro- 
uence. On le plante aufll en plufieurs iardins de l'Italie Le 
CMyrte a efté bien chanté parles Poètes, mais il eft encor 
plus renommé pour fes vertus médicinales. Celuyquieft 
cultiué fefait allez haut fi on y prend de la peine,& deuient 
/^commevnarbre.Ilales branches fouples, l'efcorce rouge, 

les fueilles longuettes , toufiours vertes , femblables à celles Laform, 
du Grenadier , ou à celles du Lcntifque , ou du Bonis, exce- 
pté qu'elles font plus aiguës, ayans vn gouft aromatique, 
& font odorantes. Elles font noiraftres au CMeurte noir , Se 
hlancheaftres au blanc. La fleur de l'vn Se de l'autre eft' 
blanche, Se odorante. Ils portent auffi des grains : mais ceux 
du cultiué font longuets , refemblans aucunement aux 
Oliues fauuages , Se plus gros que ceux du fauuage ; com- 
bien que Marcellus foie d'autre opinion , Se contre ce qui fe 
voit par expérience : car nous voyons que le fruid: du Meur- 
te cultiué, comme auiTi. de toutes les plantes cultiuées , fe 
fait plus gros par la cultiuatîon, Se mieux- nourry. Le CMyrte $ 
Uuuage n'eft pas beaucoup différant du cultiué , mais il eft 

R 4 plus 




Liu.i.c.nz- 
Liu i.c. 37» 



Jk 



JLilMJ.S.Z$. 



Chap.ijj- 



I iure 1. de 
Dioic.c ii 8. 

Myrte de Ta- 
rante. 



200 Liure II. de l'Hiftoire des Plantes, 

plus petit. Ses fueilles refemblent à celles du Bouïs, plus petites, & plus eftroittes , & ne font pas 
fi vertes. Ses fleurs (ont blanches. 1 e blanc forte vn rruicl blanc , ou bien tirant vn peu fur le 
rouge.. Le noir fait fon fruid noir à raifon dequoy Ouide dit, 
Vn bois de CMeurte y a, plein de grains bigarrez,. 
Le fruid s'appelle en Grec pt^T*:en Latin Myrta,& Murta.Lcs Apothicaires les appellent Myr- 
tilli.Or les anciens onteogneu pluiîeurs efpeces de Myrte, defquelles Pline atraitté bien ample- 
ment:mais iï en dit principalement ce qui s'enfuit:!)// temps de la fondation de Rome il y auoit des 
CMyrtes là ou ejl maintenant la ville -.car les hiftoires font foy, que les Romains & les Sabins efians 
prejls de combatre,pour ce que les Romains auoient rauy les filles des Sabinsjoferent bas leurs armes 
au lieu ou efi maintenant le temple de Venes Cluacine, ce fi a dire purgatrice : Car les anciens La- 
tins prennoient Cluerepour nettoyers& furent purife\auec du Myrte & àe la Verueine. On fait aujfi 
des parfums du Myrtc.car ils le choifirent alors, d'autant que ceft arbre eft confacré à Venus, qui 
prefidefurla conionclion. Caton fait mention de trois efpeces de Meurte ; affauoir du blanc, 
du noir , & du coniugal , lequel peut eftre eftoit forty de la race des Meurtes de Venus Clua- 
cine. Les autres eftiiTi eut qu'il a efté appelle Coniugal, à caufe qu'il, a fort bonne grâce, &fe 
lie bien auec les treilles & parois des iardinspour faite des ouurages de verdure. ) A prefent 
nous diftingons autrementles Meurtes : carnous les faifons ou fauuages oupriuez. Les Iardini- 
niers diftinguent aufli les priuez appellant Tarentin celuy qui a la fueille petite : & noftre Meur- 
te celuy qui l'a large : & Meurte étranger celuy qui eft bien fueillu, & a ordinairement fix rangs 
defueilles.Onne fc fert point de ceftuy-cy.Les aurres deux for t fort brnnchus.Quantau Meurte 
Comugalic croy que ce foit noftre Meurte commun. Voilà ce qu'en dit Pline. Matthiol die qu'il a 
bien cogneu le Myrte Tarent /»,& l'e/lrangenèc en a baillé la defeription & les portraits icy ioins. 
LeMeurtc Tarentin, dit il,ainfi nommé deTarente ville de Pouille,a la fueille de beaucoup plus 



Myrte deTarente. 



Myrte plus petit à petites fueille:. 





menue, &plus forte que le noftre; le fruiâ: moindre,&: en plus grande quantité; au bout duque 

il y a plufieurs pointes, qui font comme vne coronne. Il eft de couleur de pourpre-brun , ayant 

au dedans pluiîeurs petits os blanchcaftres : fes fleurs font comme celles du Myrte commun. En 

Fraçois il s'appelle Meurte petiticn Italie Myrto mortella.Lobçl le diftingue en d'autres efpeces, 

ym tftras- dontl'vn e ft. j e Meurte plus petit, qui a les fueilles eftroittes comme le Thim de Candie , &: plus 

longues. Le Myrte eflranger de Pline ayant plufieurs rangs de fueilles fe plante auiouid'huy aux 

iardins & vergers d'Italie. Sa fueille eft quafi femblable à celle du Myrte commun; mais non pas fi 

verte ; plus aiguë, & en plus grande quantité, & fi dru , que les branches enfoyt couuertes par 

tout.II porte vn fruiét longuet,retirant affez bien à celuy du Myrte commun Tous deux font fort 

piTnt^L> propres pour faire des ouurages de verduie, & ont les mefmes vertus que le noftre. l'Efclufe 

chap. ? i- a bien remarqué plus d'efpece de Myrte, tant en Efpagne qu'ailleurs. Il y en a vn , dit-il, qui a la 

v branch 






Du Myrte, Chap.LVII. 



201 



Meu-rte effranger. 




Myrte a Anddnufic à larges fuedu s t 
ru l bfcluje. 



brandies aflez groffes , les fueilles difpofées deux à deux, 
& affez clair femées , grandes, tellement qu'elles h lit par 
fois quafi atiffi grandes que celles du Laurier à pente 
fueille , ou bien de l'Arbouficr, de couleur de vert plus 
clair, & odorantes. Il ne porte ny fleurs , ny frnid , que 
bien rarement > d'autant que l'on s'en fért le plus fonuent 
à faire les hayes que Ton a accouftutné de tondre L'Efclu- 
fe dit qu'il n'a point yen de celte forte de Meurte, limon en 
vn certain monaftere de Seuille , & aux plaifans vergers 
des Mores de Grenade , où les hayes font toutes de celte 
forte de Myrte : &: encor d'vn autre qui luy retire fort ; tou- 
tefois il a les fueilles plus petites 6c vn peu plus efpeftes, 
qui eft icy peint , &: lequel il appelle Myrte d'Andalc 
larges fueilles domejlic Jecond- Il met aulii le pôutttâïj 
ancre Myrfe d' 'Andaloujte fumage , qui ne fait pas tant de 
branches, &c qui ne croift guieres en hauteur, ayant les 
branches minces & frailes ; les fueilles aiguës , qui forcent 
des branches deux à deux , allez loing vn rang de l'autre, 
fioMftrés , Se odorantes. Sa fleur eft blanche comme celle 
des autres. Son nui;! eft rond , forçant au pied de la fueil- 
le, attaché fermement à vue longue queue , & en grande 
quantité. Du commencement il eft verc,puis apnes ii fe fait 
blanc ; eftanc meut il eft noir, plein defuc, d vngouft bien 
fdai'fànt, auec vn peu d'aftnetion. Il croift de fon bon gre 
en plu Meurs champs &£ coftaux del'Andalciriîe près la ri- 
uiere de Guadiaiic , & atilli en Portugal , &: en fi grande 

Myrte ptuuage d Andalofey 
detéfclufe. 





abondance , qu'en certains endroits on ne treuue point d'autre plante par l'efpace de quelques 
li tics. Il fleurit quelquefois au mois d'O&obrermais le plus fouucnt il eft garny de fruid en ce reps f e ffff ie 
h. LcMyrte, ainiique dit Theoplnafte.eft incontinent brnllé par le froid > pour ceftecaufe il n'en vm.£ «.« 
croift point au mont Olympe , ny en la région de Pont , encores qu'on taiche de l'y faire venir auec liur ^ ** d " 
grand foin & diligence, mefmes par deuorion. Le Roy Mithridates, ditPline,^ les autres habit ans Liuaé.c.jt 
du deflroit de Cafja de la Mer noire &mefme ceux de la ville de Fanticafmm , tafeherent en toute 

forte 



201 Liure IL de lHiftoire des Plantes, 

forte de peupler leur contrée de Lauriers & Meurtes, pur senfiruir aux facrifices : mais il leur fut 
tmpojfible Jls ne vaimét donc pas aux montagnes,ny aux lieux froids:'& toutefois ils croiflent bien ."" 
loin 'M h mer aux iardins,vergeïs,& aux vignes,eftans cukiuewmais ils profitent merueilleufemet 
bien en quelque belle riue d'eftang ou de lac,mcfmc fans aucun artifîceJÔC fingulicrement auprès 
Uurc f , de de la mer - Pour ceftc caufe auffi fom ils confacrez à Venus , qui eft fortie de la mer, & lont auffi 
ma. ch. 9 . dédiez pour les cérémonies des mariages. Theophrâfte dit , que le Cap de mont Ce; cel eft tout 
garny de Mêmes, où ceux du lieu tiennent que Circe a habité \ montons le fepuîehre d'Elpe- 
nor, duquel il fort de petits Myrtes, comme pour faire de chapelets , au lieu que les autres font 
Lia i;.ci P . grands.Pline dit que les premiers Mêmes qui furent veus en Europe,furent auprès du fepulchre 
d'JElpenor;& qu'ils ont gardé leur no Grccqui monftre que ce font arbres eftrager.Le Myrte aime 
càufch.g rfl les ombres ainfl quefcrit Theophrafte.Selon Diofcoride,le Meurte outre fonfruid fait auffi 
Liu i eus- le Myrtidœnon,qm eft corne vne excroiflance relcuce J incgale,en faconde verruë,boiTuè,& tonte 
z^ Mynid*- d'vne couîeur^qui embraffe corne vne main tout le tronc du Myrte.Ce qui eft dit Matthiol,ailez 
Aumefiieu. cogiieu aux lieux où le Meurte croift en grande abondance. Galien l'appelle Myrtadaèc Paul 
liure 7 des Myrtida.T outefoish mefme Galien en fes cêmentairesfurHipocrate dit,que pluiïeurs appellent 
Liure" 7 . ^ Myrtidanon,Poyurc,§i alléguant ce pafTage de Diofcoride,où il dit,que c'eft vne excroiflance à 
ma!aVd c deS lenco ^ ^ u tL ' onc ^ u Meurte, il adioufte, qu'Hippocratc appelle ainfi le fruid de la planre,leqnel 
S5u ' " i[ dit eftre appelle Poyure cm les Perfes. Ce qui éft en diuers lieux d'Hippocrate; mais fmguhere- 
ment en deux:en l'vn defquels il àiv.Le fiuppofé, ou trente grains d'efcarlate après en auoir ofiél'efi- 
cor ce, & du médicament Indique pour les yeux , ce qui s'appelle poyure , & efi rond , de chacun trots 
grains. Il faut piler ces chofes, ry les ayant trempé en vin vieil en former vn fuppofitotre a l'entour 
L'aire i. des d 'vne plume , & l'appliquer ainfi. En l'autre il dit ainfi:7V«tf* grains d'efcarlate defpouillez.de leur 
malad. des p ea!f J e l'jndj c ,qt (e l es Perfes appellent poyure,qui a vne chofe ronde, que l'on appelle Myrtîdano.fiaut 
piler le tout enfemble aucc du laid de femme, & l'incorporer en miel ; & après auoir éflendu le tout 
deffus de la laine molle & nette, le mettre a l'entour d'vne plume,& le mettre dedans. Aucus lifent; 
ainti au GwçiDu medicamet Indique, qu'on appelle Oculaire, afîauoir du Lycion:&C encor ces mots; 
Et du Poyuue rond. Et au dernier pafTage ils lifent en cefte forte: Trente,^ ce que les 'Perfes appet- 
Lirn-e r 4 / lent Indique,du Poyure rond; & ce qu'ils appellent Myrtidanon&c.Qi Pline dit que Myrtidanc n eft 
I iu.t j.c.8. du vin f ait du frnid de Myrte fauuage. Toutefois en vn autre liure, Nous auons dit ,&\t-il,conwe fie 
Co.n Embl. faifioient le Myrtidanon-M quant & quât en adioufte f vfage 5 &: en dit les mefme chofes que Dio- 
Liurey/des fcoride dit de fon Myrtidanon, qui eft vne excroiflance fur le tronc du Myrte : Il fiert. dit-il, a la 
* fimpi. matrice appliqué deffus, (jrprins en breuuage: & fi on l'en oingt, & ce auec plus grande effcace,que 

vunT&hs l e f corce ->l a fueillt ',ou lafemence.Le Meurte Selon Galien, eft copofé de fubftances contraires;tou^ 
venus. tefois la nature terreftre Sz froide furmote.il a auffi quelque chaleur fubtilejàraifon dequoy il def- 
feche tresfort.Or ce qui furcroift aux branches Se au tronc qu'on appelle Myrtada, d'autant qu'il 
eft plus fec que les autres parties du Myrte, auffi eft il plus deficcatif St aftringeât. Aucuns le pilet, 
& auec du vin en font des trochifques.Les fueilles feches deffechét auffi plus que les vertes, lef- 
quellles ont vne humidité meflée.On tire du ius non feulement des fueilles vertes:mais auffi du 
fruicLToutcs ces chofes ont vertu de reftraindre,tât appliquées par dehors,que prifes par dedans 
èc n'ont auenne fubfta.nce venimeufe ny laxatiue méfiée. Voicy ce qu'en dit Diofcoride,Z> Myr- 
te & fin fruicl aflrmgcans ont donné du fruicl vert, ou fec a ceux qui crachent lefan£,& aux erofions 
de lavefjie, Le fuc ejfraint de fes grains meurs fait les me fines ejfecJs. Il fait vriner , Il fier t contre 
la morfiure des araignées qu'on appelle Phalange s, & contre la pique ure des Çcor pions, prins en vin.La 
décoction de la graine noircit les cheueux: fait en vin elle guérit les vlceres qui viennent aux extré- 
mités des membres. Ap limité auec fleur de griotte fiche, il apaifent les inflammations des yeux , & les 
fifilules qui font pleurer continue llemet lesyeux.Lc vin efpraint de fes grains après auôir efté vn peu 
bonillis 3 de peur qu'il ne s'aigriffcempefche d'enyurer 3 n" on en prend deuant que boire du vin,La 
femence fait le mefme efFect.Il eft bon d'en faire des bains,quand la matrice tombe aux maladies 
du fondement, ôc aux flux des femmes. Il nettoyé les efcailles du cuir mort de la tefte , &: la rache 
&C empefche de venir des boutons Se garde les cheueux de tomber.On en met aux medicamens, 
nommez Lipars. , comme auffi l'huile qu'on fait de fes fueilles.La décoction des fueilles eft fort 
propre à faire des bains pour s'affoir dedans aux mebres diflequez, & qui ont difficulté de feco- 
folider,Il eft bon d'en fomenter les os rompus mal-aifez à fouder.'Elle nettoyé les Fitiligines, On 
en diftile dans les oreilles qui font de la fange. Elle noircit les cheueux. Le fuc en fait tout de 
mefme. Les fueilles broyées, Se appliquées auec eau font bonnes aux vlceres humides, & à toutes 
les parties tourmentées par defluxion, aux cœliaques î 6c incorporées auec huile omphacinou 
rofat en petite quantités vn de vin elle feruent pour les vlceres qui s'auancent teuf ours , aux 
erifîpsles,aux inflammations des genitoires , aux epin£};ides,& aux rides dures &: enflées du fon- 
dement. La poudre des fueilles feches eft bonne pour mettre aux apoftumes qui viennent à la 
racine des ongles^ à l'excroiffance de la chair des ongles,& aux aificlles } &: au dedâs des cuiffes 
trop humides. Il reftreint les fueu rs de ceux qui fout fubiets au mal de l'orifice de l'çftomac. Les 

fueilles 



Liure î. 

C.IZI. 



Du Myrte. Chap.LVlî. 203 

fueilles erues, ou bruflées incorporées auec du cerot,guerifIant les bruflcurcs,!es apoftumes &• l'ex- 
croiffance de chair qui viennent aux racines des ongles. On cire du ius des fucilles,en y adioultant 
du vin vieil,ou de l'eau de pluycduquel il fe faut feruir tandis qu'il eft trais:car cftant fec il fe moiiîr 
incontinent, &: perd fa vertu. Le Myrtidanon eft plus aftringeant que le Myrte. On le broyé auec du 
gros Vlïi rude pour le réduire eu trochifques, que l'on feche à l'ombre : aufli eft il de plus grande ef- 
ficace,que les fueilles ny les grains,pour méfier aux cerots, pefîaires, demy-bams,&: cataplafme,lors 
qu'il eft queftion de reftreindre. Pline aufîi dit les mefmes choies du Myrte : &: quelque chofe da» Liu.15.ch ?« 
uantagc:mais bien confufément; &c mefme il redit vne mefme chofe plus d'vnefois : Les grains du 
Myrte , dk-il,font bon a ceux qui crachent k fang , ejr a ceux qui ont mangé des champignons, s' lis en 
boi tient auec du vin. Ils font auoir bonne haleine,encor qu'on n'en aurtit mangé ' quvniour deuant.AuSÇx 
le Poète Menander dit, que les Sinarifiufcens en mangoient ordinairement four cet efiecf. On en donne 
aux dyfenteries aupoisd'vn denier auec du vin. Efians cuits en vin ilsferuent auxvlceres malins qui 
font m al-aifc\a guérir, & mefme qui viennent aux extremite\ du corps. Ils font bons pour les yeux 
c h ajfieux, efians incorporez, en griotte feche & appliquez, dejfas. Mis fur le tetin gauche ilsferuent aux 
■douleurs de l'orifice de l'efiomac. Auec du vin pur ils font bons contre lapiqueure des jcorpions,aux ma- 
ladies de la vejfie,aux douleurs de la tefle , & aux fiflules qui viennent entre ?ml & lenez.,auant 
qu'elles apofiument. Si on les nettoyé de leurs pépins, & qu'on les incorpore auec du vin vieil , ris font 
bons aux enfleures , ejr ap estâmes eau fées far humeurs phlegmatiques. Leur fie refiraint le ventre t 
&faitvri??er. On l'applique anec ccrota la rougeolle çr à la verolle , & auffi aux morfures des pha- 
langes : il noircit les cheueux. L'huile du Meurte eft plus doux que le fuc : & le vin de Meurte en- 
cor plus ; car on ne s'en fçauroit cnyurer. Eilans vieil il referre le ventre , &' l'euro mac , guérit les 
tranchées du ventre, & rcueillc l'appétit à ceux qui l'ont perdu. La poudre des fueilles feches 
garde de fuer ceux qui s'en faupoudrent , mefmes ayant la fleure. Elle eft fînguliere aux defluxions 
de l'eftomac , & à la matrice qui tombe , aux maladies du fondement , aux vlceres qui coulent , & 
aux ereïipeles , fi on les en fomente. Elle raffermit le poil qui tombe , & nettoyé le corps de la 
peau morte qu'il a delfus. Elle eft auffi bonne aux brufleures, &; à toutes fortes de vefties. On en 
méfie parmy les medicamens que les Grecs appellent Lïpara pour les mefmes accidens , auf quels 
on fe fert de l'huile de Meurte , laquelle eft fott bonne aux parties humides , comme font la bou- 
che & la matrice. Les fueilles broyées en vin font fmguliercs à ceux qui auroient mangé des 
champignons venimeux. Incorporées en cire elles feruent aux gouttes & généralement à toutes 
apoftumes ; cuites en vin elles font bonnes aux dyfenteries , &à l'hydropiiic prinfes en breuuage. 
On les fèche pour foire de la poudre , qui eft propre à mettre fur les vlceres , & pour eilancher le 
fang. Elles font bonnes pour ofter les lemi'.les de ddius la peau , & pour les apoftumes qui vien- 
nent aux racines des ongles , 85 pour les boncons rouges qu'on appelle Eplmcl;àes , pource qu 'ils 
viennent la nuiefc. Elles feruent aafii aux creiuffes du fondement, aux miladies des genitoires, &£ 
auxvlceres malins, & aux bruflemes auec du cerot. On fe fert des fueilles bruflées , Se de leurfuc, 
èc de la decoefion auffi pour les oreilles fangeufes. On les bruilc auffi pour feruir de contrepoifon. 
A qnoy auffi feruent les tendrons des Meurtes Civn' lis auec la fleur, & brimez en vn pot de terre 
bien bouché, & tout neuf; puis après il les faut piler & prendre auec du vin. La cendre des fueilles 
méfiée en vin eft bonne aux brufleures. Pour empefeher que l'aifne n'enfle point quelque vlcere 
qu'on ait, il fumt de porter auec foy vn rejetton de Meurte,qui n'ait point touché de fer ny la terre. 
On tire le fuc des fueilles tendres pilées en vn mortier en y méfiant peu à peu du gros vin rude , ou 
d'eau de pluye,& après on l'efpramt pour s'en feruir aux vlceres de la bouche &: du fondement , de 
la matrice & du ventre , pour noircir les cheueux,&pour s'en frotter quand on fuc fous les ai/Tel - 
les. Il fert auffi pour ofter les lentilles du vifage , & quand il eft befoin de reftraindre. Car il faut 
qu'il y ait ainfi , au lieu qu'aux communs exemplaires il y a , pour s en frotter les iou'es. Car c'eft ce 
que Diofcoride en dit, On en frotte les aiffelles trop humides. Il fai.it aulli en ce mefme lieu lire en £° jj^™ d ^ 
cefte forte. On en méfie parmy les medicamens appeliez, Lipara : car cela s'entend des medicamens Diofcor. 
ou emplaftres, que Celfus a mieux aimé appeller Lenia,c\\\c de dire Pinguîa , c'eft à dire, gras. Et J® f °'^' 
Pline a retenu icy le mot Grec. Et en vn autre paffage ; On en méfie aux medicamens qu on appelle des part. 
Liparas. Or ces emplaftres font ainfi appellez,à caufe qu'e l'on y méfie de l'oingt de porceau , & au- £j* J -pi- 
tres graiffes & huiles: & au contraire les emplaftres aufqucls on n'en méfie point ou bien peu, font 
appeliez <a'À/^«#T*,combicn que le texte eft corrompu, 5c qu'il y a AlipenA.Lanature,àxt Pline en vn l VJ- c - z ?* 
autre paffage , s'ejlmonHrée du tout admirable au fuc du Myrte , attendu qu'on en tire deux fortes 
d'huile, ejr deux fortes de vin. Et auffi le Myrtidanon ; comme nous auons défia dit. Mefme deuant ^^ ^ ^ 
que le Poyure fuft treuué on fe feruoit du Myrte en lieu de Poyure. On en faifoit auffi vne viande rji Ç ci 18 
exquife appellée Myrtatum. Decefruicï: auffi on fait vne fauffe fur le fanglier pour luy donner ™ n ^ iu - r4 ' 
gouft. Les dames de Tofcane,dit MatthioLfont vue faufledes grains de Meurte , auec laquelle on DiciVihi if . 
mange la chair roftie,& de fort bon gouft. La fauffe qui eft ainfî faite du fruict de Meurte fortifie ^^"'*^ 
l'eftomac debile,& eft bonne aux caquefangues,&: aux immodérées purgations des femmes. On 
faifoit auffi anciennement du vin de Myrte,èc de rhuile:mais ce vin là n'eft plus en vfage. Quant à 

l'huile 



Silu.au 3 
liu <.w s An 
iid. Melaë. 



Thcophraft, 
liure 6. de 
l'hift. ch. 7 . 
& liu.z. des 
cauf. ch. 1 8 . 
l'liu.liu.i j. 
chap.iy. 



Les noms. 



Liure ?. de 
rhift.ch.17. 



Eclog. 7. 
& t. des 
Geoig. 

liu. 4. ci 41. 



Liure j. de 
rhift.ch.17. 



204 Liure IL de l'Hiitoire des Plantes, 

l'huile il s'en fait encor pour le iourd'huy. Celuy qui fe fait en preffant les grains de Meurte 
reftraint& dviîcche. Celuy qui eft compoié auec de l'huile , & des grains, ou lue de Meurte n'a 
feulement que l'aftri&ion qu'il retient du Meurte ; mais à caufe de l'huile il eft aujîi refolutif. Les 
fueilies du Myrte , ainii que dit Matthiol , & la graine pilees ibntfort bonnes à ceux qui font en 
danger d'eftre fuffoquez pour auoir mangé des champignons. La décoction des fueilies & du 
fruicl: eft bonne aux apoftumes chaudes , comme aux erefipelles & dertres. Le friùcc prins en 
quelque forte ou en breuuage , ou en viande , fortifie le eccur , & eft meiueilleufemcnt bon au 
battement d'iceluy. On brufle les fueilies feches dans vn pot de terre crue iufques à tant qu'elles 
foient conuerties en cendres très- blanches ; puis on les laue,&: s'en fert on pour le Spodium , ou 
Tutthie. L'eau diftilée des fleurs de Myrte a vue merueilleufement bonne fenteun aufliles parfu- 
meurs en font grand cas : toutefois celle qui eft faite des fleurs du Meurte d'Egypte doit eftre en- 
cor plus odorante, d'autant que le Myrte £ Egypte eft: merueilleufement odorant, ainfi que Plmc 
l'a eferit après Theophrafte. En la Tofcane on tanne les cuirs auec les Meurtes. Le Meurte , dit 
Pline, s eft aujfi voulu méfier^ de la guerre : car Pojlhumius Tubertus Conful Romanhqui fut le premier 
qui entra en petit triomphe a Rome, retournant de la guerre contre les Sabins,qu il auoit vaincu quaft 
fans coup frappera fin entrée dedans Rome pott oit vne cour me du Myrte Je die a Venus vï if on eu je. 
que les Salins commencèrent des lors a aimer le Meurte. Depuis* tout ceux qui entroint en moyen 
triomphe , furent couronnez àecMeurte , excepté Mardis Craiîus , qui vainquit les Efclaues Sc- 
ieur chef Spartacus : car il porta vne couronne de Laurier. MaiTurius dit , que ceux qui entraient 
fur chariots triomphans dans Rome,portoient vn chapeau de Meurte fur la tefte. Fifo a laifle par 
eferit, que Papyrius Malîo,qui fut le premier qui fît fon triomphe au mont Alban,ayant vaincu les 
Corfes, auoit accouftumé de regarder les ieux Circenfes couronné d'vn chapeau de Myrte. Mar- 
cus Valerius auoit au m accouftumé de tenir deux couronnes fur fatefte,l'vne de Laurier,&: l'autre 
de Myrte. 

Du rBrufc. CHAP. LVlll. 

Es Apothicaires appellent cette plante Brufim en y adiouftant vne lettre, au 
lieu qu'au Latin elle s'appelle n^ufeus^ & Rufcum : en Grec ^vpcrîvn *Ve/<*> c'eft 
à dire Meurte fauuage ; &; o^vixvpelv^ , c eft à dire Meurte piquant ; &c auffi ^vf- 
rdiicwôci. Les autres, dit Pline , l'appellent Chamœmyrftne : les autres Acaron, 
à caufe qu'elle eft petite. Theophrafte l'appelle Kivtçopvççivn Les Arabes les 
appellent Cube bes , confondans ces deux plantes enfemble. Les Italiens l'ap- 
9 pellent Rufco , & Pcngitop^ ; c'eft à dire , Pique-Souris , pourte qu'ils en enue- 
chair falée, de peur que les rats s'en approchent : les Allemans Bruofih : les Efpagnols 
fnsbarba. En quelques lieux de la France l'on appelle Bois 
.piquant : les Anglois Kuehull, &z Kuehulme. C'eft vn petit 
arbriffeau plein de bois , ayant la racine blanche , les tiges 
rondes , fort branchué's , couuerte d'vne efeorce brunaftre, 
&c efpefïe.qui eft bien fueillu. Ses fueilies font brunes, qui 
ne font pas beaucoup différentes d'auec celles du Myrte,ou 
du Bouïs : toutesfois elles font dures , aiguës Se piquantes. 
Pour cette caufe Virgile l'appelle rRiide, &c fes branches af~ 
près. Le fruicl: croift aux fueilies mefme , rouge , ayant vne 
femence dure au dedans. Le Rufc , félon Diofcoride , a les 
fueilies ieniblables au Meurte, vn peu plus larges , faites en 
façon 4e fer de lance. Son fruicl: eftant meur eft rouge,rond, 
attaché au milieu de la fueille, ayant vn noyau au dedans 
qui eft dur comme vn os. 11 iette des la racine des petites ■ 
branches hautes d'vne coudée , fouples comme farmens, 
&mal-aifées à rompre, fueilluës. lia la racine comme cel- 
le du Grame,afpre au gouft &:vn peuamere. OrRuel en 
fa traduction a failly , difant ; que le fruicl: pend au milieu 
de la fueille,aulieu qu'au texte Grec il y a ; Et des bayes ron- 
des au milieu de la fueille. Car de fait, le fruicl: ne pend pas 
de la fueille;mais y eft attaché,comme on voit par expérien- 
ce. Et mefme fuiuant l'authorité de Theophrafte , qui dit 
ainfi: Le Laurier Alexandrin a cela de particulier^quil porte 
fin fruicl en fa fueille comme le Brufi. Car le fruicl de fvn ér 
de l'autre fort au dos de la fueille. Or il y a grande différence 
entre ce fruicl: icy & les Cubebes , qui font grains aromati- 
ques : &; toutefois Serapion a penfé que c'eft oit vue mefme 

chofe 




loppent la 



Le Brufc. 




DuBrufc. Chap.LVIIÏ. 205 

chofe. Ce que Leonicenus perfonnage trefdo&e a remarqué longtemps y aï comme i! fe peut voir 
par (es eferits. Le Rufc croift en lieux afpres &; en des précipices. Ceux qui Ce plaifenc à la cognoif- l ^ Um - 
Tance des Simples le plantent aux iardins.il bourgeonne au printemps, comme les efpargcs; toute- 
fois Tes iettons font plus courts w , plus gros , Se velus , lefquels on fait bouillir pour les manger auec 
huile , vinaigre Si fel : mais à caufe qu'ils font amers au gouft , on en vfe pluftoft pour médecine, 
que pour viandeîd'autant qu'ils font excelles pour, faire vriller^ defopiler.Pline met le Bru/centre Liu.ii.cij 
Jes herbes qui font bonnes à manger, Se qui viennent d'elles mefmes, qui font rares en Italie. Son 
fruid eft meur au mois d'Aouft.Sa racine Se fes fueilles font chaudes au fécond degré, Se defTechent 
au premier. Galicn, Paul, &£ Aèce n'ont aucunement parlé du Brufc entre les fimples. Or voicy fes ô.chaj. I}. 
vertus félon Diofcoride : Le fruicl: Se les fueilles beués en vin font vriner , prouoquent lesmen- Le tempera- 
ftrues, rompent la pierre de la veflie , gueriîTent la difficulté d'vnne , quand on ne pille que goutte Z7mt ** 
à goutte -. guerilfent aufli la douleur de la tefte,&: la iauniife. La decodion de la racine cuite en vin iiu-4 c. 14. 
fait les mefmes erfe&s. On mange fes iettons tendres à guife d'efparges ; toutefois ils font vriner. 
Pline en eferit quafi tout de mefme : Le Myrte fauuage, dit-il, ou Oximyrfine,ou Cham&myifine , eft Iui > c 8r * 
tout femblable au Meurte,finon qu'il eft plus bas ; & a fes grains fort ronges. Sa racine eft prtfée,pour~ 
ce q veftant cuite en vin, elle eft fouuer aine à la douleur des reins, fi on boit de la decoBion >& a la dif- 
ficulté d'vrine,fingulierement quand onpijfe trouble & que l'vrine eft puante. Pile'e & frif? ^uec du, 
vin elle eft bonne a là izuniftfe , & pour faire purger la matrice. Ses premiers iettons aujfi eft ans man- 
gez, en façon d'eftarges , ejr cuits fous les cendres , comme aujfi la jemence beu'e auec du vin é" huile ; 
ou vinaigre, rompent la pierre. La graine auffi broyée auec du vinaigre ejr huile rofat , appaifè la dou- 
leur de la tefte : ejj- prinfe en breuvage elle guérit la iauniffe. Cajlor appelle Rufcus ce <J\'ùurte fauua- 
ge qui a les fueilles femblables au Myrte, ft ce n'eft qu elles font piquante s, dont le s p ai fans font des ra- 
maffes, ejrdil qu'il a les mefmes propriété z. En vn autre partage le mefme Pline dit ainfi : La racine Lm " c ,i;i 
du bois piquant eft bonne ft on enprend la décoction de deux tours l'vn, pour le mal de la pierre , & a 
ceux qui ne peuuent vriner que de trauos , ou qui piffent lefang. Or faut il tirer la racine le iour de- 
vant , ejr la cuire le lendemain , & faut méfier de ce Fie decoclion vn feftier dans trois onces de vin. 
Aucuns pilent la racine crue , $ la bornent auec de l'eau. Enfomme on tient pour certain que c'eft vne 
chofe fouuer aine pour les genitoires, (ou comme d'autres difent ) a la difficulté d'vrine , que de broyer 
les tendrons du Brufc pilez, en vin & vinaigre (ou bien comme il y a aux vieux exemplaires) fes let- 
tons pilez en v maigre, grc.Oï quand Pline dit l'vrine tortue , il faut entendre, quand l'vrine fort par 
ondes, 5c par interualles, à caufe des groffes humeurs qui bouchent le conduit de l'vrine, ou bien 
pour quelque carnofité que les Grecs appellent Ujperfarcofts. Or il faut noter, qu'il eft certain, que Leonicenus 
Pline confond icy le Brufc auec le Myrte fauuage, duquel nous auons parlé cy deffus, fur tout Lin. ij c 7 
quand il traitte des huiles artificiels. L'huile du Myrte noir eft tout femblable ; toutefois celuy du 
Meurte à largefueilles eft meilleur. On fait tremper les grains en eau bouillante, puis on les pile, SC 
les fait on cuire. Les autres font cuire les plus tendres fueilles en huile , Se puis après les preftent. 
D'autres les ayans mis dans de l'huile les font cuire au foleil.On en vfe de mefme à faire l'huile des 
Myrtes cultiuez; toutefois on eftime plus celuy du fauuage , qui a les grains plus petits , lequel eft 
appelle par quelques vns Oximyrftne , ou cham.tmyrftne , &c , îl appert donc que Pline a pris icy le 
Myrte fauuage pour le Brufc , par ce que nous auons dit cy deffus. Or il eft certain par le tefmoi- 
gnage mefmede Diofcoride , duquel Pline a emprunté tout ce qu'il en dit , qu'on ne fait pas de 
fhuile de Brufc ; mais du Myrte fauuage , qui eft ainft appelle pour la différence qu'il y a d auec le 
le cultiué.Car Diofcoride dit ainft : L'huile Myrtinfefah en cefte manière. On prend les plus tendres Llu ' 1 ' c ' 37 * 
fueilles du Myrte noir ou fauuage, ou du cultiué, puis on les pile ; & après en auoir tirélefuc , ony mé- 
fie enfemble autant d'huile omphacin que defuc , & les fait on bouillir au feu de charbon , iufques a ce 
que le toutfoit cuit afujfifance : après on ofle l'huile qui nage par deffus : ■ mais cefte autre façon eft plus 
ai fée. On fait cuire en huile & eau les plus tendres fueilles après les auoir filées puis onamaffe l'huile 
qui nage par deffus, Les autres mettent tremper les fueilles, dans de l'huile, & le font cuire aufoleil, lïu, ij.c.*. 
En outre quand il parle des facultez de l'huile Myrtin fuyuant ce que Diofcoride en eferit, à fçauoir 
qu'il referre , endurcit, qu'il guérit les genciues , la douleur des dents , la dyfenterie, la matrice vl- 
cerée , Se la veille , les vieux vlceres , & ceux qui coulent continuellement , incorporé en cire Se 
batteurede bronze ; outre ce qu'il fert aux inflammations , aux brufleures, aux efeacheures , aux 
creuaifes des pieds,, Se du fondement , aux diflocations , & à la mauuaife fenteur du corps : finale- 
ment qu'il eft bon par tout là où il faut reftreindre &: efpeffir , comme dit Diofcoride : il adioufte 
que l'huile de Chamœmyrfine,o\i Oximyrftne, c'eft à dire du Brufc , eft de mefme naturel : en quoy 
il appert qu'il a pris le Brufc pour le vray Myrte fauuage. Carie Brufc n'a pas les qualitez que Pline 
& Diofcoride attribuent à l'huile Myrtin,commc il appert par ce qui en a efté dit cy deffus fuyuant 
le mefme authetir. Les anciens fe feruoient des branches fouples du Brufe pour lier les vignes, ain- 

fi qu'il appert par Virgile difant; 

* l r „ /> . r .... 1 il- Liurei.de» 

Du Brujc l Ofter piquant faut cueillir dans les bois* Georg 

Tome premier. S Du 






En !a The- 



Le Rofage , ou Rhododendron. 






Lacun. 



206 Liure II.de FHiftoire des Plantes, 

DuRofage. CHAV. LlX. 

if Este plante eft appellée par les Grecs ny.ov , 8>tçcJcÂiJp6v , &: par d'autres çoJo&lQw,, 

iÇj peurce que {a fleur reiemble à la Rofe , & quelle a les fueilles comme le Laurier. Ni-' 

*&%, cander l'appelle Neris. Quant k nous, dit Pline, d'autant quelle ri a, point encor treuué 

^ de nom Latin , nom l'appelions Nerium , & Rhododendron , ou Rhododaphne. Apulée la 

nomme mofa Uurea : les François Rofage, ou Rofagine : les Italiens Rofalauro , &C Oleandro : les Ei- 

pagnols Adelfa : les Allemans Olander. C eft, dit Diofcoride, vn arbriffeau commun? ayant les fueil* 

Lafirmt. le s plus longue s que celles de l'Amandier, e-rplus groffes. Sa fleur efl comme vne rofe \fonftuicl eft cor~ 

nu , m & fait comme une Amande , lequel eft fie in d'vne cer- 
taine bourre ou laine,comme le cotton des chardons. Sa racine 
eft longue, aiguë, & ligneufe , d'vn gouft falé. Voilà ce qu'en 
dit Diofcoride fuy liant la traduction de Ruel.Or là où Ruel 
dit , Les fueilles plus longues que l'Amandier , il y a au vieil 
exemplaire: Ayant les fueilles comme l' Amandier , plus lon- 
gues,plus groffes,plus larges ejrplus aJpres.Ms.is il a bie traduit 
cefte autre claufule,où il dit,^' le fruiB eft plein au dedans 
d'vne bourre comme celle des chat dosau lieu qu'en quelques 
exemplaires il y a, comme celle de l'Hyacinthe. Or eft il que 
l'Hyacinthe ne fait point de bourre, parquoy il faut lire co- 
rne deflus , & comme il y a aux exemplaires plus corrects, 
&: comme mefme l'expérience le monftre.Quant à la refem- 
blance dufruicl auec vne Amande , cela fe doit entendre 
lors que la gouiTe eft encor petite, ou de la couleur verte de 
l'efcorce , & de fagrofleur: car autrement quand la goufle 
eft défia gtande, elle eft eftroite & longue , & n'a point de 
noyau dur au dedans; mais eft pleine de bourre. Ainfi elle ne 
peut acunement eftre comparée auec l'Amande. Quant au 
Rhododendron, dit Pline , encore que les Latins l'appellent 
Herba Sabina > ce neantmo'ms elle eft venue des Grecs, comme 
il appert par le nom de Rhododendron. Les autres ï appellent 
auffiNeriw , & Rhododaphne. Ceft arbre retient touftoursfa 
fueille verte. Il fait vne fleur femblable a la ïRfife, & fait k 
force branches. Aucuns lifentaulieude Sabina,Sabinè,c'ei\.à. 
dire au langage des Sabins-.mzis Hermolaus n'y confent pas, 
difant, que Pline veut dire, que le Rofage eft appelle Herbe 
Sabine,encor qu'il ne foit pas venu des Sabins. comme le no 
Grec le monftre : car il y a vne autre cfpece d'arbriffeau qui a nom Sabina, ÔC en GrccBrathy. Le 
Rofage croift es lieux cultiuez près de la mer, 8c au long des riuieres. Il y en a grande abondance 
limé 4. de aux montagnes qui (ont entre Nice &: Gennes, &c qui portent des gouiTes. Le premier que Mat- 
Diofcc. 77 . j^oi dit auoir veu , c'a efté fur le bord du lac de Garde, & au mont Argentier en la marine de Sie- 
ne. Ceft vne plante, qui refemble au Laurier , laquelle eft fort belle à voir , fingulierement lors 
qu'elle eft garnie de fes fleurs , par lefquelles peu s'en fallut qu'Apulée ? ( ayant efté transformé en 
Âfne, &: cerchant des vrayes Rofes , par le moyen defquelles il deuoit eftre remis en fa première 
forme) ne fut trompé , à caufe qu'elles refemblent fi bien aux Rofes , & qu'il n'en mangeaft fans y 
penfer : mais eftant fort expert en la cognoiffance des herbes & vertus d'icelles , fe fouuenant que 
les fleurs du Rofage eftoient poifon aux afnes, il retira incontinent fes babines , &; s'en retourna les 
oreilles baiffées. Lucian dit auffi, qu'il luy en print de mefme, lors qu'il eftoit tranfmué en afne:tou- 
En Lncms. te f Q j s il appelle le Rofage êàtyrp à%leu t c'eft à dire Laurier fauuage,Ôc dit, qu'il eft poifon aux afnes 
& aux cheuauxJ&: que tous afleuren^qu'il les fait mourir incontinent qu'ils en auront mangé. Dio- 
AumcClicu. fcoride ditaufTi,que fes fleurs & fes fueilles feruentde poifon aux muléts,afnes 5 chiens,& àpluiieurs 
Les vertus, beftes à quatre piedsitoutefois qu'elles font bonnes aux homes contre la morfure des ferpen s eftant 
,prifes en breuuage auec du vin/ fingulierement fi on y adioufte de la Rue : &; que le menu beftail, 
comme les brebis & les cheures meurent,fi clles'boiuent de l'eau dans laquelle les fueilles du Rofa- 
Lm.i6.c.io. g e avenc trempé. Pline en dit de mefme : Le Rofage eft poifon aux beste s de charge , & aux cheures 
ejr brebis Ilfert auffî de remède aux hommes contre la morfure des ferpens. Ce qu'il redit en vn au- 
Lui i+ en tre p a flT a g e: c ' e p merue Hl^ dit-il , que les fueilles du Rofage feruent de poifon aux beftes de charge;^ 
au contraire ceft vn remède pour les hommes , qui ont eîié pique\des ferpens, ft on en boit dans du vin 
auec de la Rue. On dit aujfi que les brebis rjr les cheures, qui auront beu de l'eau das laquelle les fueilles 
Lntrc 8. des de Htpfage auront trempé,meurent incontinent. On Galien contredità ce que deflus, efcriuant ainfi:Zr 
p ' Rofage eft vn arbriffeau affe\cogneu. Appliqué dehors du corps il a vertu de refoudre : mnisprins a» 

de dan s 




Le lie»- 



De la Regliffe, Chap.LX. 207 

dedans ilefl dangereux , & venimeux , non feulement aux hommes ; mais aujfiau beflaiL Mais Mac- 
thiol refpond qu'il faut àne,que le Rofage eji poifon aux hommes qui ne font pas mordus, desferpens;§c 
que félon Diofcoridc il fertà ceux qui en ont efté mordus : ainfï qu Auicenne dit des Cantfraridçs, 
qu'elles gucriffentccux qui fonc mordus du chien enragé , & que l'Euforbe eft bon contre les pi- 
queures des fcorpions , comme il y a des poifons qui font contraires aux autres. Cordusdit , qu'il 
y a moyen d'accorder ces autheurs en autre façon; àfçauoir , que le Rofage prins dans le corps, çft 

Rofate à U fleur bUnche , de Lobel P oi< ° ni mi, | s ¥&** m? 1 ^. P" dehors il fat contre les 

• morfures des bettes vcnimeuics. Toutefois Diofcoriçle a 
^ vrayement entendu, que le Rofage prins dans le corps fer? 
uoit contre les morfures des ferpens ; car aux exemplaires. 
plus entiers il y a cW oïvu Tivé^ja. , beuës aucc du vin à fça- 
uoir les fleurs fa les fueilles. Il y a mefme ainfi en Pline, qui 
femble auoir emprunté de Diofcoride ce qu'il en dit: dauan- 
tage, on met des fleurs de Rofage , comme feruant principa- 
palement contre les venins , dans l'Antidote appelle Efd rai 
lequel fert principalement contre la morfure des beftes ve- 
nimeufes. Or il y a de la faute en la defeription de cefte com- 
poiition en Aece & Paul , &: d'autant qu'il dit premièrement 
les fleurs du Nerion , & vn peu après , des Rojes de Rhododa- 
phne : carie Nerion &L Rhododaphne eft vne mefme plante; 
& IesRofes àe^Rododaphne font les fleurs du Nerion. 11 fem- 
ble donc que queiqu'vn aupit mis les fleurs du Ner